‹ La patrie de saint Jean-Baptiste, avec un appendice sur ArimathieChapitre 18 sur 50 · VII · texte numérisé non relu

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lionnëe. Toutes les villes qui figurent sur la liste sont situées au nord de Bethsour.

Quant à celles dont les habitants ont pris part à la reconstruction des murs de Jérusalem, Ceila (1) et Bethsour sont les plus méridionales (2). Il n'est pas question d'Hébron, ni d'aucune autre ville du midi.

On peut néanmoins, sans recourir à l'explication des professeurs allemands, concilier le récit sacré avec les faits. Toute la Palestine a été, en principe, rendue aux Israélites par Cyrus, cjui par la conciuête de Babylone était devenu souverain de toutes les possessions chaldéennes. Les Iduméens, comme les Samaritains et les S3^riens, ont reconnu l'autorité du nouveau maître.

Dans ces conditions, les Iduméens auraient-ils osé résister à l'édit royal, et s'opposer par la force à l'établissement d'une communauté juive peu considérable au milieu d'eux? Rien n'empêcherait donc qu'une partie des colons se soient rendus même jusqu'à Bersabée.

Seulement, les Edomistes n'ont pas évacué le pays; ils en sont restés les maîtres et le moment où les Juifs ne seraient plus tolérés au milieu d'eux, au delà d'une quantité négligeable, devait arriver bientôt. Car les Samaritains démontrèrent aux peuples voisins que, malgré l'édit royal, on n'était pas tenu à de grands ménagements envers les nouveaux arrivés.

Les Israélites avaient obtenu de Cjv^rus l'autorisation de reconstruire le temple; mais à peine s'étaient-

(1) Ceila, K-ôlla d'après Josèphe {Antiq. Jud., VI, xtii, 1), aujourd'hui Qila, est située à douze Itilomètres au nord ouest d'Hébron.

(2) Nehem., III.

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ils mis à l'œuvre, que les Samaritains les raillaient sur leur entreprise. Aux railleries succédèrent les menaces, puis les calomnies ; enfin, grâce à d'habiles intrigues de cour fomentées par les Samaritains, Cyrus revint sur son autorisation. Les travaux restèrent suspendus durant quatorze ans, jusqu'à la deuxième année du règae de Darius, qui permit de les reprendre et de les achever.

Plus d'un demi-siècle après, Néhémie vint de Suse avec pleins pouvoirs de relever les murs de la ville jusqu'alors restée sans défense au milieu d'ennemis acharnés. A peu près à la même époque^ Esdras vint de Babylone avec une nouvelle colonie d'exilés. Les deux chefs avaient reçu de la Providence la mission de restaurer la communauté juive, qui végétait depuis le retour de la captivité. Aussitôt que les travaux de fortification furent commencés, les hostilités des voisins éclatèrent avec un surcroit de haine et de méchanceté. Les Arabes, les Moabites, les Ammonites et les gens d'Azot se liguèrent avec les Samaritains pour empêcher par la violence ouverte la continuation de l'entreprise. Néhémie concentra les hommes valides à Jérusalem ; mais impuissant à éloigner les agresseurs, il dut se contenter de les tenir en respect : une partie du peuple était sous les armes pour repousser les attaques de l'ennemi, tandis que l'autre moitié avançait les travaux.

Telle était la déplorable situation des rapatriés. En butte aux insultes, aux vexations, aux odieuses accusations de leurs voisins, ils n'étaient jamais sûrs de l'existence du lendemain, toujours exposés à être égorgés sur un ordre arraché au roi, comme le

montre, par exemple, le cruel édit qu'Aman obtint contre eux et dont Esther les sauva.

A leur retour en Palestine, les Juifs ont sans doute essayé d'occuper le midi de Juda ; mais dans les circonstances que nous venons de relater, bien peu auront continué à vivre au milieu d'un peuple sauvage, cruel et haineux. Parmi ceux-ci, on n'est pas en droit de chercher les familles sacerdotales qui, dispensées de se livrer à l'agriculture et à l'industrie, avaient toute faculté de choisir leurs demeures dans le voisinage de Jérusalem.

Au temps des Machabées nous trouvons les Iduméens encore maîtres absolus de la Judée méridionale j usqu'à Bethsour, et toujours animés des mêmes sentiments de haine contre les Juifs. Ils favorisèrent les invasions des Grecs et attaquèrent les Juifs en toute circonstance.

Judas fortifia Bethsour « afin que le peuple eût une forteresse contre l'idumée (1). » Puis il châtia les Edomites à cause de leurs vexations contre les Juifs (2). Plus tard, il s'empara d'Hébron et en rasa les raurs (3).

Finalement, de l'an 135 à 106 avant J.-C, Jean Hircan P^, résolu de mettre fin à ce dangereux voisinage, marcha contre les Iduméens, leur enleva les villes d'Adora et de Marissa, et, les ayant complètement défaits, leur laissa le choix d'abandonner le pays ou d'adopter la religion juive en se faisant cir-

(1) \Macch., IV, 61. — Dans la Vulgate (II Macch , XI, î5), Bethsour est indique à cinq stades de Jérusalem. Il faut lire, comme dans les Septante, cinq schènes ou cent cinquante stades. Voir M. Heidet, Dict. de la Bible, de Vigoiiroux, t. I, col. 1746-1747, art Bethsur.

(2) I Macch., V, 3.

(3) I Macch,, V, 65.

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concire. Les Iduméens, depuis longtemps privés par les Nabathéens de leur ancienne patrie autour de Pétra, préférèrent la circoncision à l'émigration (1).

Cette conversion forcée ne changea guère leurs sentiments envers leurs frères ennemis. 11 ne paraît pas c|u'ils aient jamais accepté Vhumiliation d'avoir à leur tête un gouverneur Israélite : les gouverneurs de ridumée que l'histoire nous fait connaître sont tous des fils d'Esaù.

Le grand -père d'Hérode était gouverneur de ridumée; et son père Antipater l'était probablement aussi. Celui-ci sut jouer un rôle important sous le faible Llyrcan II ; et il profita si habilement des luttes de rivalités entre le roi et son frère et compétiteur Aristobule 11^ qu'il prépara à son fils Hérode la voie au trône de David.

Hérode le Grand nomma préfet de Fldumée et de Gaza son beau-frère Costabar, qui était en grande faveur auprès des Edomites, raconte l'historien juif, « parce qu'il était de la famille des prêtres de leur divinité nationale Coze (2). »

On ne doit pas au reste s'étonner de voir les Iduméens si attachés à leur divinité. Même sur le trône de Judée^ leurs princes se sont montrés plus païens que juifs, et tout en professant le judaïsme, ils ont introduit dans la Palestine des coutumes païennes, innovation que les rois syriens eux-mêmes n'avaient pu réaliser.

Somme toute, l'histoire des mœurs jui ves ne s'oppose pas absolument à l'établissement de certains

(1) Josèphe, Anliq Jud., XIII, ix, 1.

(2) Anliq. Jud,, XV, vu, 9.

Israélites, da moins à certaines époques, au milieu d'un tel peuple, et il est même vraisemblable qu'au delà de Bethsour existait une diaspora juive avant que Hjrcan P'" n'eût fait la conquête de ce pa3^s (1). Mais on ne peut pas en conclure que les aïeux de Zacharie avaient quitté la Judée pour aller s'établir en Idumée. L'organisation des revenus que les prêtres tiraient du peuple pour leur entretien et celai de leurs familles, les obligeait de vivre dans des milieux où la population juive était compacte, fervente et stable ; d'autant plus qu'à l'époque où nous sommes arrivés, les dîmes, les prémices et les offrandes devaient généralement, selon Josèphe, être envoyées à Jérusalem (2), sans doute, parce qu'autour de cette ville se tenaient groupées les familles sacerdotales et lévitiques.

Saint Luc nous fournit, du reste, un argument péremptoire que ce transfert de domicile n'a pas eu lieu. Zacharie habitait une ville de Juda. Or nulle part, ni dans l'Ecriture sainte, ni dans aucun ouvrage des écrivains de l'époque, l'Idamée ne figure sous le nom de Juda ou de Judée, pas même après sa conquête par les Israélites, pas même après l'avènement des princes iduméens sur le trône de David.

Le premier livre des Machabées, parlant des S^^riens qui essaimèrent de pénétrer en Judée du côté du sud, dit : « Ils vinrent en Idumée et campèrent à Bethsour (3). »

J udas fit ensuite de Bethsour une redoute avancée pour protéger Jérusalem, « afin que le peuple eût

(1) Cf. I Slacch., V, 1-3.

(2) Àntiq. Jud , IV, vm, 22.

(3) I Macch., IV, 29.

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une forteresse contre l'Idiiimée (1). » Dans un autre passage il est dit : « Cependant Judas fit la guerre aux enfants d'Esaû dans l'Idumée, l'Aacrabathène (2). »

Le gouverneur romain Gabinus, lieutenant de Pompée, qui ramena Hyrcan II à Jérusalem, divisa le pa3^s en cinq circonscriptions et érigea dans chacune un synédrin. Mais l'Idumée n'y figure pas ; elle ne faisait pas partie de la Judée (3).

Dans l'Evangile, il n'est qu'une seule fois question de ce pays ; mais il y porte le nom. d'Idumée et il est exclu de la Judée : « Mais Jésus se retira vers la mer avec ses disciples, raconte saint Marc, et une troupe nombreuse le suivit de la Judée et de la Galilée, et de Jérusalem, et de l'Idumée, et d'au delà du Jourdain ; et une grande multitude des environs de Tyr et de Sidon, apprenant ce qu'il faisait, vint à lui (4). »

Flavius Josèphe, qui écrivit après que saint Marc et saint Luc eurent composé leurs évangiles, parle du territoire méridional de Juda invariablement sous le nom d'Idumée (5).

Dans les récits des premières hostilités entre les Juifs et les Romains, il nomme neuf fois, dans un seul et même chapitre, le pays des Edomites et chaque fois il l'appelle Idumee. En voici deux extraits : a Contre toute attente, Simon entra dans l'Idumée sans coup férir et, faisant une irruption

(1) Id., Ibid., 61.

(2) Id., V, 3. - Cff. I Macch , V, 31 et Go.

(3) Josèphe, AiU. Jiid , XIV, vi, 4 (1) Marc, III, 7 et S.

(o) Voir : Anliq Jud , XII, vu; — XIII, ix, l ; — XIV, xvin ; — XV, xvii.

soudaine, il s'empara d'abord de la ville d'Hébron... Après cela, il parcourut toute l'Idumée (l). » Un peu plus loin il raconte que Céréalis, général de Vespasien, envahit à son tour « l'Idumée appelée la supérieure ». Après avoir pris les villes de Caphétra et de Capharabin, il marcha sur Hébron 2).

L'historien juif parle plus de cent fois de l'Idumée et des Iduméens, sans jamais dire que ceux-ci habitaient en Juda ou en Judée. Au contraire, il place l'Idumée complètement en dehors de la Judée.

Apion ayant écrit que Dora (ville maritime) se trouvait en Idumée, Josèphe le taxe de profonde ignorance et dit : a L'Idumée confine à notre pays et est située près de Gaza; mais iî ne s'y trouve aucune ville du nom de Dora. C'est en Phénicie, près du mont Carmel, que se trouve la ville appelée Dora (3). »

Les talmudistes ne se contentent pas de dire que l'Idumée confinait à la Judée; ils l'excluent même (sans doute par exagération) du pays d^Israël. La Mischna parle de la ville de Bélar, ajoutant qu'elle était située « hors de la terre d'Israël (4\ » Ce lieu n'est autre cjue le village Br^Taxç, cjue Josèphe place positivement au milieu de l'Idumée, au sud d'Hébron (5), comme MM. Herzfeld et Neubauer en conviennent (6).

Toute la littérature de l'époque s'accorde sur ce point avec la Bible et l'historien juif. Adrien Reland

(1) Bell. Jud , IV, IX, 7.

(2) Id , Ibid., 9.

(3) Contra Apionem, II, 9.

('.) Hallali, IV, 10.

(o) Bell. Jud., IV, viir, 1.

(3) Voir : Neubauer, Géographie du Talmud, p. 41. ;

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a publié une longue liste de textes tirés des écrivains du 1°^ au iii*^ siècle, qui parlent du pays alors occupé par les descendants d'Edom (1). Tous sans exception l'appellent Idamée, et pas un seul ne le désigne sous le nom de Judée. Quelques poètes, chantant la conquête de la Palestine par Vespasien, ne nomment pas la Judée et ne parlent du pays conquis que sous le nom à'Idumëe. La désignation de la Judée sous le nom d'Idumée, et celle des Juifs sous le nom d'iduméens peut paraître singulière ; mais il semble bien que la confusion est née du fait qu'à cette époque les souverains de la Palestine étaient tous de race iduméenne. Il est aussi permis de croire, remarque Reland, que par le mot Idumée ces écrivains entendent proprement la partie méridionale de la Palestine, dont le peuple guerrier prit une part active, au rapport de Josèphe, à la défense de Jérusalem contre les Romains.

Nous ne reproduirons pas les textes cités par Reland; nous nous contenterons d'en indiquer les auteurs. Ce sont : ^lianus (2), Virgile (3), Juvénal(4), Stace (5), Martial (6), Valérius Flaccus (7), Pline (8 , Ptolémée (9), Origène (10) et saint Jérôme (11).

Après H3^rcan P% comme après Hérode le Grand,

(1) Palœstina, Utrccht, 1714, t. I, p. 48- i9.

(2) Lib. VI, Uist. ariinmliuin, XVII.

(3) Georg., l. III, v. 12.

('•) Sat. Vill, V. 183.

(o) Sylc, l. V, s. 2. — Cfr. Id , /. I, s. G.

(3) Lih. II, 2; — lih. X, ."iO.

(7) Argonaiilicon, l. I, v. 12.

(S) Hist. nat., l. V, c. XII, XIII et XIV.

(9) Geog raphia, l. V, c. XVI, lab. IV.

(10) Comment, in Job, l. III.

(11) Episl. XXVIII, Ad Dardanum.

la région méridionale a continué d'être appelée invariablement Idumée ; mais jamais ni Jada ni Judée. Il est donc certain que la ville indiquée par saint Luc en Juda ne se trouvait pas dans l'Idumée, et ne peut être ni Hébron ni aucune autre ville plus méridionale. On doit donc chercher la patrie de saint Jean-Baptiste au nord d'Hébron, voire même au nord de Bethsour. C'est en effet, comme nous allons le voir au chapitre suivant, la région septentrionale de la tribu de Juda, cjui fut désignée au temps de saint Luc sous le nom de v, opsivr^, la i^égion montagneuse.

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