‹ La patrie de saint Jean-Baptiste, avec un appendice sur ArimathieChapitre 24 sur 50 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A une lieue et demie de Jérusalem, du côté de l'occident, apparaît un gracieux village assis sur un plateau incliné et entouré de montagnes dont les flancs sont plantés de vignes, d'oliviers et d'autres arbres fruitiers. Au nord s'ouvre un vallon qui débouche dans la profonde vallée de Beth-Hanina ; une source très abondante qui coule au pied du village arrose le fertile vallon tout transformé en jardins cultivés en terrasses.

Le pèlerin qui arrive de Jérusalem, ou qui suit la route de Jaffa, est moins surpris par l'aspect de la riante verdure qui couvre partout le sol, que par la vue de trois beaux clochers qui s'élèvent avec hardiesse de trois points différents de la localité, sans

compter un minaret musulman qui domine la fontaine.

Le lecteur a déjà deviné que nous parlons d'Aïn- Kârem, que les chrétiens appellent Saint-Jean- in- Montana.

Ce village répond-il par son nom et par sa position à une localité biblique ?

Le livre de Josué de la version des Septante énumère dans les montagnes de Juda onze villes qui ne figurent pas dans le texte hébreu. Au verset 60 du chapitre v on lit : « Thecô, et Ephrata qui est Baithléem, et Phagor, et Aitan, et Koulon, etTatam, et Thôbis (ou Soris) (1), et Karèm, et Galem, et Thédir (ou Baithir), et Manochô, onze villes avec leurs villages, Kariathbaal qui est la ville de larim etSothebâ, deux villes avec leurs villages. »

Il manque ainsi au texte hébreu les villes de toute la contrée située entre Thécua au sud-est et Kiriat-Iearim, aujourd'hui Kiriath el Enab, au nord-ouest. Cependant, tous ces sites sont d'une certaine importance et ont joué leur rôle sinon dans les premiers temps, du moins aux époques postérieures.

Saint Jérôme ne les trouvant pas dans le texte hébreu qu'il traduisait en latin, ne les a pas ajoutés, bien qu'il les connût parfaitement, ainsi qu'il l'a déclaré lui-même dans ses commentaires sur le prophète Michée : « Dans la version des Septante du livre de Josué qui contient la description de la tribu et des villes de Juda, nous lisons le passage suivant : — Thaeco (2), et Ephrata qui est Bethléem, et

(1) D'après certains manuscrits.

(2) Aujourd'liui Téqou'a, Thécua.

iPhégor (1), et JEtham (2), et Culon (3), et Thami ou Tattami, et Soris (4), et Caerem, et Gallim (5), et Baether (6) et Manocho, onze villes avec leurs villages. — On ne trouve ce passage ni dans le texte hébreu, ni dans aucune version ; et Ton ne sait au juste s'il a été rayé des anciens livres par la malice des Juifs, pour ne pas laisser voir que le Christ est sorti de la tribu de Juda, ou bien s'il y a été ajouté par les Septante (7). »

Que les Juifs aient effacé onze noms de villes pour passer sous silence le lieu où naquit le Messie, c'est une hypothèse inadmissible. Il est bien plus naturel de supposer, comme le remarque M. C. Conder, que dans la liste hébraïque tout un verset a été sauté par l'inadvertance du copiste (8). Ces localités, y compris Bethléem, sont d'ailleurs nommées dans les autres livres de la sainte Bible, et l'emplacement de la plupart d'entre elles est parfaitement connu. Elles sont toutes situées dans le pays montagneux au sud et à l'ouest de Jérusalem. C'est donc dans la même région qu'il faut chercher la ville Kapipi. Or, à l'ouest de Jérusalem, entre Bethléem et Kiriath-Iearim ou Kiriat el Enab et dans le voisinage de Bittir et de

(1) Phogor ou Phagor dans VOnomasticon d'Eusèbe est Beit-Fagur près d'Urtas ou des vasques de Salomon.

(2i Aïlan (Cfr. II Parai , XI, 6) est Aïn-Etàn près d'Urtas, non loin des vasques de Salomon.

(3) Aujourd'hui Kouloniyêh. — Si ce lieu avait porté au iv^ siècle le nom latin de Colonia, comme quelques-uns l'ont prétendu, saint Jérôme aurait certainement donné cette forme plutôt que celle de Culon.

(4) Très probablement la moderne Sâris.

(5) Cf. I Reg., XXV, 44.

(6) Aujourd'hui Bittir, près d'Aïn-Kàrem.

(7) Ad Michœam, V, 2, ap. Migne, Patr. lat., t. XXIV, col. 1198.

{8) The hillcountries of Judah lowlands, P. E. F. Quarterly Statements, 1875, p. 66.

Kouloniyêh se rencontre Aïn-Kârem qui, non seulement au point de vue onomastique, mais encore au point de vue étymologique, s'identifie avec la ville que nomme le livre de Josué.

Le nom hébreu Kere m, Kaosp. en grec, signifie vigne ou vignoble. Karm en arabe a le même sens ; et les vignobles d'Aïn-Kârem sont encore aujourd'hui les plus renommés de la Palestine (1).

Aussi les savants s'accordent-ils à identifier Aïn- Kârem avec la ville de Kapép. des Septante. M. E. Robinson l'avait déjà reconnu lors de son premier voyage en Palestine (2). Plus tard, il écrivit de nouveau : « Aïn-Kârim, on n'en peut douter, est la Kârem, ou Caerem des Septante et de Jérôme (3). »

MM. C. Wilson (4), V. Guérin (5), C. Conder et Kitchener (6), J. Sepp (7 , T. Tobler (8), de Hummelauer (9) et tant d'autres expriment le même avis. Nous ne croyons donc pas qu'il soit nécessaire d'insister davantage sur cette identification qui n"est contestée par personne.

M. C. Conder propose également d'identifier Aïn- Kârem avec la ville de Bethacarem (Jérémie, VI, 1

(1) En prononçant ce nom avec un ia long, Karim, Aïn Kârem, signifierait source du généreux. Avec une syllabe brève, le sens est celui de l'hébreu Kerem, vigne, dont est dérive le nom arabe Karem; et le mol Ain-Karem doit être traduit par Source du Vignoble.

(2) Biblical rcf^earches in Palestine, Boston, 1841, t. III, p. 272.

(3) Neuere biblische Forschungen, trad. de l'anglais, Berlin, 1857, p. 3jo.

(4) The land of the Bible, t. II, p. 268. (o) La Judée, t. I, p. 84-85.

(6) Sarvey of W. Palestine, Memoirs, III, p. 20. - Cfr. P. E. F., Quart. Statem., 1881, p. 271, — et 1888, p. 265 26G.

(7) Jérusalem und das h. Land, t. I, p. ;)39.

(8i Topographie von Jérusalem, Berlin, 1831, t. Il, p. 360. (t)) Comment, in Josue, XV, 9, Paris, 1903, p. 33i.

et Néhémie, III, 14). Il 3^ a en effet une certaine correspondance onomastique entre les deux noms. Bethacarem, en hébreu Beth ha Kârem, avec l'article, signifie maison de la vigne, et par extension, la Ville du vignoble, comme Aïn-Kârem a le sens de Source du vignoble. Les Septante l'ont rendu la première fois par BY,0Xapip. et la seconde par

Le prophète, prévoj^ant l'invasion des Chaldéeiis par le nord de la Palestine, engage les Benjamites, ses compatriotes, à s'enfuir de Jérusalem et leur dit : « Fuyez, fils de Benjamin, du milieu de Jérusalem, et à Thécua sonnez de la trompette, et à Bethakerem élevez un signal, parce qu'un fléau a été vu du côté du septentrion et une grande calamité. »

Bethacarem n'est pas mentionnée dans l'Onomasiicon d'Eusèbe, ni dans la traduction qu'en a faite saint Jérôme. Ce dernier en parle cependant dans ses commentaires sur Jérémie et l'indique vaguement entre Jérusalem et Thécua : « Jérusalem, dit-il, est située dans la tribu de Benjamin, personne ne l'ignore. Thécua est un hameau posté sur une montagne à douze milles de Jérusalem, et nous la voyons chaque jour de nos yeux. Entre les deux existe un village qui, en langue syriaque et hébraïque, est appelé Bethacharma et qui se trouve également sur une montagne 1). »

[\] Ap. Migne, Pair, lat., t. XXIV, col. 72L — Martiaa ajoute en note : « Ce nom est écrit diversement dans les manuscrits grecs et latins (des prophéties de Jérémie). Les Septante disent Bailhacharma et Betlithacar. Quant à saint Jérôme, on lit Betharem dans le cod. Sancigyrien. Dans un manuscrit royal et dans un autre de Gluny, ce lieu est appelé d'abord Bethacarem, puis Bcthacarim. Mais saint Jérôme avertit qu'en langue syriaque et hébraïque, ce nom se prononce Bcthacarma, parce que dans l'une et dans l'autre la vigne est appelée karma ou karmo. »

Entre Jérusalem et Thécua on n'a jusqu'ici trouvé aucun indice de l'emplacement de Bethacarem. On ne peut pas songer à Beit-Skaria ou Bethzachara, comme quelqu'un l'a proposé, ni à Hérodium, comme le prétend Pocoke. Josèphe a longuement décrit la ville d'Hérodia fondée par Hérode le Grand, et il en parle souvent sans dire quelle ancienne localité elle a remplacée. Le silence de l'historien juif n'est certes pas un argument contre l'identification d'Hérodia avec Bethacarem. Celui de saint Jérôme qui parle aussi d'Hérodium sans mentionner son ancien nom, acquiert déjà plus de poids, sans être néanmoins péremptoire. Mais il est certain que la ville d'Hérodia, ou si l'on veut, le mont Hérodium, dont le nom a été donné à une toparchie, ne s'appelait pas Bethacharma au iv^ siècle, et l'on ne voit pas pourquoi elle aurait cessé de s'appeler Hérodia jusqu'au jour où les conquérants arabes lui donnèrent celui de Djebel Fureidis ou Ferdûs (1). Hérodium n'est donc pas la localité qui, au temps de saint Jérôme, étaitappelée Bethacharma.

D'autre part, que faut-il penser des indications de cet illustre Docteur? Rien ne lui était plus familier que le pays situé entre Jérusalem et Thécua ; il l'avait tous les jours sous les yeux durant son séjour à Bethléem ; et cependant il n'a pas su y déterminer l'emplacement de la Bethacarem de Jérémie. Il ne dit pas si c'est au nord ou au sud de

(1) M. C. Conder (P. E. F., Quart. St., 1877, p. 27) dit qu'il n'est pas impossible que Fureidis ou Ferdûs, qui veut dire Paradis, ne soit dans la bouche des fellahs une corruption de Herodus. Il a trouvé dans la contrée un tombeau que les indigènes appellent Kobr el Melek Ferdûs, ce qui ne peut s'entendre du tombeau du roi Paradis, mais d'un prince de la famille des Hérode.

4 Bethléem, à l'est ou à l'ouest, qu'elle est située. Pourquoi n'emploie-t-il pas ses expressions habituelles pour nous apprendre comment elle s'appelle usque nunc, et pourquoi recourt-il à la langue syriac^ue et hébraïque et non à l'expression reçue par les indigènes ? Tout cela permet de soupçonner qu'il n'a réellement pas connu l'emplacement de Bethacharma, et nous explique pourquoi il n'en a pas parlé dans ses traités sur les villes de Palestine.

Il s'est contenté d'une simple conjecture, sur les paroles de Jérémie. Le prophète annonce que l'ennemi viendra du septentrion et il exhorte les Benjamites à s'enfuir devant lui dans la direction de Thécua, au midi, et vers Bethacarem. Saint Jérôme en aura conclu que la seconde ville comme la première devait se trouver au sud de Jérusalem ; mais le texte n'exige pas une conclusion si rigoureuse. Bien que le péril menaçant Jérusalem vînt du nord, il ne s'ensuit pas que, pour fuir devant lui, les Benjamites dussent courir directement vers le midi. S'ils prenaient la direction de l'ouest, ou du sud-ouest, ils passaient par les hauteurs d'Aïn- Kàrem, d'où ils pouvaient envoyer au loin le signal convenu au moyen de feux allumés.

MM. Guérin (1) et Legendre (2) objectent, il est vrai, qu'Aïn-Kârem, quoique située sur un mamelon fort élevé au-dessus de la vallée, est néanmoins dominée par d'autres montagnes et ne pouvait guère servir de phare pour envoyer des signaux lumineux. Cette réflexion est fort juste si l'on envisage la position du village actuel.

(1) Op. cit., p. 80.

(2) Diction, de la Bible de Vigoiiroux, t. I, art. Bethacarem , col. IGjL

Mais M. Guérin en particulier ne devait pas trop s'embarrasser de cette position. N'a-t-il pas laimême indiqué, sous le nom de Khirbet-Karim, ou les ruines de Kârem, une ancienne localité juchée sur une hauteur qui domine Aïn-Kâremà l'est, vers Jérusalem, et d'où la vue s'étend au loin vers la mer Morte et vers la Méditerranée ? « A gauche de la route (entre Saint-Jean-in-Montana et Sainte-Croix), dit-il, s'étendent les ruines d'un village antique ; mon guide me les désigne sous le nom de Khirbet Aïn-Karim. Un autre Arabe me les a indiquées sous celui de Kirbet Beit-Mezmir. Enfin, selon une tradition latine, ce serait làc|u'il faudrait placer la maison d'Obed-Edom (1), où l'arche sainte, avant d'être introduite à Jérusalem, a demeuré trois mois (2). »

S'il en était ainsi, on pourrait conclure que l'ancienne Kârem, abandonnant le sommet de la montagne, soit pendant, soit après la captivité de Babylone, serait descendue vers la source cjui coule plus bas. Mais le savant explorateur a jugé avec raison qu'il ne fallait pas s'en tenir à l'information de son guide, qui parut en savoir plus long sur la topographie du pays que ses habitants. Les indigènes ne connaissent ces ruines que sous le nom de Beit- Mezmir ; et il ne semble pas que Kârem ait changé de place dans le cours des âges.

(1) La Bible nous apprend que l'habitation du lévite Obed-Edom se trouvait sur le chemin de Kirialh-Iearim à Jérusalem. La conjecture qui voudrait placer la patrie d'Obed-Edom à l'est d'Aïn-Kârem ne trouve de point d'appui ni dans l'Ecriture sainte, ni dans la tradition. Dans leur guide Huit jours à Jérusalem, les professeurs de Notre-Dame de France, prenant Obed-Edom pour le nom d'une ville, l'identifièrent avec Biddou près d'Emmaùs Qoubeibéh (p. 196). Dans leur nouveau guide La Palestine, ils n'ont pas renouvelé cette bévue.

(2) Op. cit., loc. cit.

Bethacm^em, où l'on devait allumer les feux, a très bien pu ne pas être ime ville placée au sommet d'une montagne ; ce mot désignait probablement aussi la hauteur qui dominait la ville de ce nom.

La seconde fois que la Bible mentionne Bethacarem, ce nom indique un district plutôt qu'une ville. Néhémie (III, 14) nomme Melchias, fils de Réchab, comme constructeur de la porte Sterquiline ; et il en fait le chef (en hébreu sar) du district (en hébreu joelek et izspiy^Mpoy d'après les Septante) de Bethacharam. « Et Melchias, fils de Réchab, chef du district de Bethacharam, bâtit la porte Sterquiline. » Il en ressort que le nom de la ville servait à désigner le district et par conséquent les montagnes qui entouraient la cité.

La montagne contre laquelle s'appuie Aïn-Kârem et qui domine le village d'une hauteur d'environ 150 mètres, offre une particularité des plus remarquables, bien faite pour confirmer l'opinion de M. Conder. Au sommet du plateau, le célèbre palestinologue a noté sept tumulus qui remontent, penset-il, aux temps préhistoriques (1). Renferment-ils des tombes ou sont-ils des hauts-lieux consacrés dans les premiers âges aux sept divinités planétaires ? Ces questions demeureront sans réponse aussi longtemps que ces monuments resteront sans être fouillés.

Le plus grand de ces tumulus, celui qui est le plus voisin d' Aïn-Kârem, est appelé Rudjem et Tàroûd. Il a treize mètres de hauteur, quarantetrois de diamètre à la base et treize de diamètre sur

(1) Conder's report, P. E. F., Quart. St., 1881, p. 271.

la plate-forme supérieure. Tout ce cône tronqué est formé d'une multitude de petites pierres de cinq à quinze centimètres de longueur, ne montrant aucune trace ni de taille ni de mortier ; les flancs, qui ont une inclinaison de 45 degrés, sont recouverts d'une légère couche de terre. Du haut du Rudjem ^t Târoûd la vue s'étend depuis la Méditerranée jusqu'aux montagnes de Moab au delà du Jourdain, et l'on a sous les yeux le mont des Oliviers, le Néby- Samuel, Castoul et Sôba. La montagne d'Aïn- Karem, que ses monuments ont dû rendre notoire, est donc propre à servir de poste d'observation ; et à l'époque de Jérémie, elle était toute désignée pour donner l'alarme en annonçant par des signaux de feu l'approche de l'ennemi redouté.

Aïn-Kârem semble figurer dans l'histoire des Israélites bien longtemps auparavant.

On lit dans le premier livre des Rois (VII, 11) : (( Et les hommes d'Israël sortant de Masphath, poursuivirent les Philistins et les frappèrent jusqu'au lieu situé au-dessous de Bethchar. » Cette dernière expression laisse entendre que la ville était sur une hauteur et que la route prise par les Philistins pour retourner dans la plaine de Séphéla passait à ses pieds.

Bien des essais ont été faits pour identifier Betchar avec un site qui réponde à ce nom ; mais aucune des localisations proposées n'a été trouvée satisfaisante.

M. Conder, après avoir soutenu qu'Aïn-Kârem est l'ancienne Karem du livre de Josué, ajoute : <( Cette identification ne serait pas en contradiction avec l'hypothèse très probable qu'Aïn-Karem est aussi

I^etchar (I Samuel^ VII, 11). Bethacharem a pu être ijne forme postérieure, intermédiaire entre l'antique Bethchar et la moderne Aïn-Karem (1). »

M. Th. Chaplin dit aussi : « Le village appelé à présent Aïn-Karem peut bien être le Betchar où les vainqueurs cessèrent de poursuivre l'ennemi (2). »

On peut se demander finalement si les montagnes qui dominent Aïn-Karem ne seraient pas le mont Ephron, en hébreu har Efrôn, dont il est question dans le livre de Josué (XV, 9) entre Nephtoa, aujourd'hui Liftâ, et Kiriath-Iearim, la moderne Kiriat el Enab ?

Le texte hébreu parlant de la frontière entre la tribu de Juda et celle de Benjamin, dit : « Elle va du sommet de la montagne jusqu'à la source de Nephtoa et vient jusqu'aux villages du mont Ephron ; elle s'incline vers Baala qui est Cariathiarim. »

Les villages dont il est question ici indiquent qu'il faut entendre par mont Ephron la série des collines qui forment l'extrémité nord-ouest de la frontière. Mais la version syriaque remplace les mots « elle vient jusqu'aux villages du mont Ephron » par la phrase suivante : « Elle passe à la corne du mont Ephron (3). »

Le R. P. de Hummelauer rappelle à ce sujet que le prophète Isaïe, V, 1, emploie le même mot corne pour désigner une certaine montagne couverte de vignes. Puis, après avoir fait remarquer que,

(1) Op. cit., loc. cit. - Cf. Quart. St., 1888, p. 265-266; - Id., 1889, p. 29.

(2) P. E. F., Quart. St., 1888, p. 267.

(3) « Exitque ad cornu montis Ephron. » Biblia polyglotta de Wallon.

cVaprès le texte hébreu et la version des Septante, la frontière fléchissait vers, le midi, il ajoute : « J'osè conjecturer que le lieu décrit dans ce passage est le \ même que Kapép., localité que les Septante admettent dans cette propre région. Assurément le site d'Aïn- Kârem, à l'occident de Jérusalem, fléchissant vers le midi, concorde parfaitement avec le texte (1). »

Rien, sans doute, ne nous autorise à voir dans la corne du mont Ephron de la version sj^riaque une allusion aux monuments préhistoriques qui dominent Aïn-Kârem, ce mot ayant souvent le sens de cime. Mais Ephron soit le nom d'une montagne unique, ou celui d'une série de hauteurs, on doit vraisemblablement le chercher dans les alentours d'Aïn-Kârem.

En résumé, Aïn-Kârem est certainement l'ancienne Karem du livre de Josué des Septante.

Cette localité est très probablement aussi la Bethacharem de Jérémie et de Néhémie.

11 est enfin vraisemblable qu'elle est en même temps la Betchar mentionnée au premier livre des Rois.

Les tombeaux juifs qu'on rencontre à proximité du village actuel, principalement sur les flancs du mamelon qui porte le couvent des Dames de Sion (2), sont autant de témoins de l'antiquité de ce lieu.

(1) Comment, in Josue, XV, 9, p. 334.

(2) Lq Sur vey of W. Pal., Memoirs, III, p. 60 61, signale ces derniers en ces termes : « Au sud du village actuel d'Ain-Karem, près du mur de clôture du couvent des Sœurs de Sion, se trouvent trois tombeaux taillés dans le roc. Le premier, celui qui se voit le plus à l'est, contient deux qoqîm au fond, et un autre de chaque côté, à droite et à gauche d'une chambre carrée. Le deuxième est obstrué. Le troisième est formé d'un vestibule carré et d'une chambre située à environ un demi-mètre plus bas ; elle est garnie d'un banc sur trois côtés et d'un koka au fond. »

Aïn-Kârem, la patrie traditionnelle de saint Jean-Baptiste est donc, saas contredit, une ville biblique dont l'existence remonte au delà de l'occupation de la Terre- promise par les Israélites et qui n'a jamais cessé, semble-t-il, déjouer un certain rôle dans rhistoire du peuple de Dieu.

Aïn-Kârem est en outre une ville de la tribu de Juda, située dans le territoire de Jérusalem, et, au temps de Notre-Seigneur, dans la toparchie Oriné, ou la montagneuse. Les paroles de l'évangéliste « in montana, in civitatem Juda » s'appliquent donc à la lettre à Aïn-Kârem.

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