‹ La patrie de saint Jean-Baptiste, avec un appendice sur ArimathieChapitre 31 sur 50 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

l'église SAINT-JEAN-BAPTISTE

Une mosaïque qui, selon d'éminents archéologues, appartient au ou au vi'^ siècle, occupe le sol d'une substruction du porche élevé à l'entrée de l'église Saint-Jean à Aïn-Kârem. Le centre de l'œuvre d'art est garni d'une inscription grecque qui dit : Salut ! Martyrs de Dieu.

Il semble de prime-abord que cette mosaïque devrait suffire à elle seule pour établir la haute antiquité de saint Jean à Aïn-Kârem. Il n'en est pourtant pas ainsi pour tout le monde. C'est même sa découverte qui a fourni à tel et tel écrivain l'occasion d'une campagne de plume entreprise en vue de discréditer toute la tradition relative à la patrie du Précurseur.

M. l'abbé Raboisson, par exemple, raconte avec quel saint empressement il se rendit en pèlerinage à Saint-Jean-in-Montana et avec quel bonheur il célébra la messe dans la sainte Grotte où, comme il en était persuadé, dit-il, naquit le Précurseur. De retour à Jérusalem, il rencontra sur son chemin un professeur qui était alors chaud partisan de Jalhtha, et partant implacable adversaire d'Aïn-Kârem. C'est lors de cette entrevue que M. labbé Raboisson apprit qu'une mosaïque venait d'être découverte

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SOUS le porche de l'église Saint-Jean et il se hâta, selon son expression, « de porter le dernier coup à une tradition qui ne mérite pas de créance. »

Dans un ouvrage de deux volumes in quarto, il écrivit en conséquence : « Il est impossible aux partisans d'Aïn-Kârem de citer un seul document antérieur à Daniel (l). »

Voilà pour l'époque qui précède les Croisades.

Parmi les auteurs postérieurs au xi^ siècle, il énumère un anonyme de 1163, Burchard de Mont- Sion, Odoric de Frioul et Riccold de Monte Crucis, et cite le texte d'un anonyme du xiii*^ siècle, Les pèlerinages por àler en Iherusalem, mais il tronque précisément ce dernier là où l'auteur indique le lieu de la Visitation, comme ont fait la plupart des pèlerins, à deux lieues d'Emmaûs (2).

Nous ne connaissons pas « l'anonyme de 1163 », qu'il n'indique pas autrement. Quant aux trois autres pèlerins, M. l'abbé Raboisson les a bien mal compris, car tous les trois indiquent manifestement la patrie de saint Jean-Baptiste à Aïn-Kârem (3). Il

(l) En Orient, Paris, 1887, t. II, p. ilo.

(2; Voici le texte intégral : « Vers Orient est le lieu ou Noslre Dame salua sainct Helizabelh, et iluec fu nés sainct Johan Baptiste et Zacharie son père. D'iqui a. II. liues est un chastel que l'on apele Emaûs ; illuec aparut Nostre Sire a sainct Luc et a Cleoplias après sa surection. (Publ. de l'Or, lat., Itin. fran;^.. Genève, 1882, p. 99.) Le contexte indique d'une manière évidente que le mot orient est un lapsus calami, et qu'il faut lire occident.

(3) Voici les textes des trois auteurs cites par M. l'abbé Raboisson contre la tradition d'Aln-KArem :

1° Biirchard de Mont-Sion, 1283 [Descriptio T. S., éd. M. Laurent, Pcregrinatores medii œvi quatuor, Leipzig, 1864, p. 77, 82 et 8o), dit : « De Jérusalem IIII leucis contra occidentem est Emmaus... De F.mmaus leuca et dimidia ascendilur per vallem Raphaym a latore domus Zachariee quœ rclinquilur ad dextram euntibus Jérusalem, et de eodem domo

semble ignorer les autres témoignages et s'empresse de tirer — pour ses lecteurs — cette étrange conclusion : (( Il est difficile de trouver notions plus incohérentes ; et, comme avant le xii*' siècle, il n'y arien, mais absolument rien, sur la matière, dans aucun auteur, la tradition affirmée (au sujet d'Aïn-Kârem) me par<!iit absolument illusoire (1). »

Quant au sanctuaire de Saint-Jean, il dit : « L'église actuelle d'Aïn-Kârem a été bâtie, croit-on, en 1700 par les Espagnols ; c'est de cette époque probablement, comme nous l'avons déjà dit, qu'elle fut dédiée pour la première fois au Précurseur (2). » Il

per leucam est castrum valde munitum, Bethsura, situm a latere montis contra Bethsech et Betlehem...

(( De Ebron II leucis contra aquilonem ad Neheleschol... De Neheleschol IV leucis contra Jérusalem est domus Zacharise, in quam intravit beata Virgo et salutavit Ellzabeth. Ubi eciam natus est beatus Johannes Baptista. »

2» Ricold de Monte Cruels, 1291 (Itinera, éd. Laurent, op. cit., p. 111), dit : « Inde redeuntes (a Bethlehem) ut iremus ad domum Zacharle, qui habitabat extra Jherusalem per tria miliaria, invenimus primo locum, ubi Elizabelh occurit Mariae et exultavit infans in utero ejus. Postea invenimus locum Zacharle et ibi prope ad terciam unius miliaris domus Elizabelh. Et in medio currit rivulus a fonte pulcherrimo, ubi fréquenter quiescebant et colloquebantur Elizabelh et Maria pregnantes. Ibi eciam invenimus locum beati Johannes baptistœ. » Il parle ensuite de l'église de Sainte-Croix et de la prétendue fontaine de Saint-Philippe, l'une et l'autre dans le voisinage d'Ain-Kârem.

3" Odoric de Frioul, 1320 {Liber de T. S., éd. Laurent, op. cit., p. 152- 153), dit à son tour : « Inde a duas leucas et dimidia (a Sancta Cruce) est fons rgregius, in quo Philippus eunuchum Ethiopen dê Jherusalem revértenlem baptizavit. Deinde ad unam leucam et per très leucas a Jherusalem est locus seu civitas pulcherrima, nunc devastata, in montanis Judée sita, nomine Sacharia, ad quam beata Maria ivit a Nazareth ad très dies cum dimidia et salutavit Elysabeth, matrem Johannis Baptistse qui ibi fuit natus. Et exultavit infans in utero eius. Et beata Maria dixit : Magnificat anima mea Dominum. In loco in quo sic obviaverunt et se invicem amplexerunt, pulchra ecclesia est constructa quse Magnificat vocatur in praesentem diem... Inde ad duas leucas est castellum Emmaus. »

(1) Op. cit., p. 116.

(2) Op. cit., p. 121.

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affirme ensuite que l'église primitive était dédiée aux martyrs et qu'elle s'élevait autrefois à l'ouest de l'église actuelle.

A en croire M. l'abbé Raboisson, les cinq ou six écrivains qu'il nomme placeraient la patrie de saint Jean-Baptiste l'un en Idumée, l'autre vers Jéricho, un autre sur le lac de Tibériade ou près de Nazareth, bien qu'ils l'indiquent positivement à l'ouest de Jérusalem, non loin de l'église de Sainte-Croix, de la fontaine de Saint-Philippe et d'Emmaûs. Et les cent autres écrivains qui fixent avec plus de précision encore la patrie du Précurseur à Aïn- Kârem, où tous ont rencontré une église dédiée à saint Jean-Baptiste bien avant l'an 1700, les classet-il parmi les auteurs qui ne disent « rien, mais absolument rien, en cette matière », ou bien nen a-t-il jamais entendu parler, pendant qu'il préparait à Jérusalem sa longue étude sur cette question? — Nous l'ignorons. Nous savons seulement que M. l'abbé Raboisson prétend traiter les Lieux saints d'après les règles de la critique moderne, et cette déclaration a tellement le pouvoir de fasciner les lecteurs, que quelques-uns ont pris notre auteur au sérieux.

L'église actuelle occupe-t-elle l'emplacement de l'ancienne ? Telle est la question qui se pose naturellement en première ligne.

L'église de la Nativité du Saint-Précurseur, que Saew^ulf a trouvée abandonnée au commencement du xu° siècle, n'a pas tardé à être restaurée, comme Jean Phocas semble en faire foi vers 1180. Après l'expulsion des Croisés du pays, tous les pèlerins en parlent et il ressort de leurs descriptions que tout

en étant réduite par les musulmans à l'état de khan, ou bien d'étable, elle est restée debout avec S3s piliers, ses galeries, ses voûtes et sa coupole jusqu'à l'année de sa restauration par la Custodie de Terre sainte. Pipin de Bologne, Jean de Maundeville, Nicolas de Poggibonsi, de Rochechouart, Félix Fabri, Marien de Sienne en ont fait des descriptions qui s'accordent entre elles. En 1598, Jean Cotovic, par exemple, la décrit en ces termes : a On y voit encore ce temple qui est vaste, conservé presque intégralement et couvert de plusieurs voûtes de forme ronde d'un travail remarquable et magnifique (1). » La grotte de la Nativité est touiours montrée in^^ariablement près du maître-autel, au septentrion.

Elle n'a jamais cessé non plus de servir de but de pèlerinage aux chrétiens de tout rite. Vers l'année 1400, l'archimandrite Gréthénios raconte que chaque année, le jour de la naissance de saint Jean, « le patriarche grec de Jérusalem va célébrer la messe dans l'église de la sainte Nativité du Précurseur, qui est abandonnée (2). »

Il en était de même des autres rites. En 1561, le P. Boniface de Raguse, Custode de Terre sainte, rapporte que la veille de la fête de saint Jean-Baptiste, les Religieux Franciscains de Jérusalem et de Bethléem se rendent annuellement à Saint-Jean-in- Montana, pour y chanter solennellement les premières Vêpres, puis Matines à minuit, enfin le matin

(1) « Delubrum id egregii et magnifici operis fornicibus pluribus rotundo schemale teclum, amplum et quasi integrum adhuc ccrnilur. n [Itinerarium hierosol., Anvers, IGIO, p. 2ol )

(2) Op. cit., loc. cil.

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« la messe solennelle à laquelle assistent, avec les Latins, les Maronites et les Syriens. Plus tard les Grecs et les autres Orientaux entrent dans le saint Lieu pour y célébrer leurs offices (1). »

Bien que les musulmans eussent tranformé le beau monument en réceptacle d'immondices, les fonctions sacrées pouvaient s'accomplir avec décence et dignité, car la chapelle qui abritait le Lieu saint par excellence, la grotte où naquit saint Jean, était alors entre les mains des Frères Mineurs, comme un Custode, le P. François Suriano, nous l'apprend en ces termes : « Par respect pour un lieu si plein de mystères, nous avons pu élever, moyennant une grosse somme d'argent, un mur devant la chapelle de la Nativité, avec une porte que nous fermons à clef; et, dans le courant de l'année, nous visitons souvent ce sanctuaire (2). »

Plus tard, un autre Custode de Terre sainte, le P. Thomas de Novare (1621), put racheter l'église et uae partie du monastère et obtint du Cadi, ou gouverneur de Jérusalem, en payant 6,500 thalers, l'autorisation d'y établir une petite communauté religieuse. Mais le séjour des Frères Mineurs y fut de courte durée. Les musulmans assaillirent un jour le petit couvent, résolus de massacrer tous les moines. Ceux-ci se barricadèrent tant bien que mal et surent résister aux fanatiques assaillants, jusqu'à ce que des troupes envoyées par le Cadi, vinssent les délivrer et les reconduire à Jérusalem :3).

(l) Liber de perenni cuUii T. S., Venise, 1873, p. 7.>.

(2; Il trattato di T. S.. 6d. P. Golubovich, iMilan, 1900, p. 133, note.

(3) Marien Morone do Muleo, Terra sait la tllustrata, Plaisance, 1G89, p. 3lo. — Léonard du Clou de Limoges, 170^, Ilinerarinm brece T. S., éd. P. Marcel in do Civezza, Florence, 1891, p. 133-139.

La persévérance opiniâtre des Pères de Terre sainte pour arracher ce sanctuaire à la profanation devait être bientôt couronnée de succès, grâce à l'entremise du marquis de Nointel, ambassadeur de France près de la Sublime-Porte. En 1672 le firman fut expédié de Constantinople au Grand-Vizir de Damas, qui le renvoya, non sans profond regret, au Cadi de Jérusalem.

Empruntons ici les paroles du Père Jésuite Nau, qui nous a laissé de la Palestine une des meilleures descriptions de l'époque, et dont les renseignements sur Aïn-Kârem sont d'autant plus intéressants, qu'il a visité l'église Saint-Jean en 1674 avant sa restauration et une seconde fois lorsque les Pères Franciscains achevaient de la réparer. Il fut aussi, la première fois, le compagnon de pèlerinage de l'ambassadeur de France.

(( Le Cadi le plus affectionné à nos Religieux de tous les Cadis qui ayent jamais paru en Jérusalem, trouva le commandement du Grand Seigneur (le sultan) et l'aveu du Bassa (de Damas) en bonne forme, et après tout il ne voulut point le recevoir, afin qu'il ne fust pas dit qu'une personne comme lu}^, qui a été grand Mufti, c'est-à-dire Pape des Mahométans, eust contribué au restablissement d'une Eglise Chrestienne, et il souhaita les Pères en ami, qu'ils ne le pressassent pas là-dessus. L'afïoire estoit presque désespérée; mais par un comble de bon-heur, M. l'Ambassadeur arriva sur ces entrefaites (en 1674), et il fit condescendre le Cadi à tout. Trois Muftis, des quatre qui sont à Jérusalem, 3^ donnèrent leur approbation ; le quatrième voulut foire le zélé et s'3^ opposer ; mais on passa outre et

Fig. 72. — Intérieur de l'église Saint-Jean a AIn-Karem.

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sans différer, on commença à travailler. Cette Eglise si sainte et si auguste avoit esté changée en estable. Tout estoit plein d'ordure à deux ou trois pieds d'hauteur. Une muraille s'estoit desja escroulee, derrière la place du grand autel, les voultes menaçoient de ruine de tous costez ; en un mot ce Sanctuaire estoit perdu ^ si Von eut différé davantage sa réparation. Les Mahometans du village, cjui l'a voient profané, furent employez a le nettoyer, et comme ils estoient bien payez, et qu'ils sçavoient que dans les lieux, où les Pères sont habituez, tout le monde se ressent de leur charité, ils le fesoient avec beaucoup de jo3^e. Enfin en peu de temps il fut mis en estât, et on y put dire la Messe, et je l'y ay dite deux fois dans le lieu où saint Jean est né.

« Cette église est en forme de croix, d'une grandeur médiocre, bien bastie et bien voûtée. Le dome qui en fait le couronnement, et qui luy donne du jour, est un des plus beaux ornements qu'elle ayt. Son pavé est un ouvrage a la Mosaïque, qu'on a trouvé assez entier, sous le fumier et les ordures. L'endroit ou naquit S. Jean, est a la croisée du costé du Septentrion, au bout d'une voûte assez longue, paralelle à celle de la nef. C'estoit une petite chambre faite a moitié dans la roche. On en a fait une chapelle richement pavée, et on y a dressé un autel à l'Orient. Il faut descendre quelques degrez pour s'y rendre. Sainte Elizabeth choisit cet appartement, pour faire ses couches, et ce ne fust pas tant pour y estre fraîchement dans les grandes chaleurs de l'Esté, et pour être dans un lieu séparé, selon les ordres de la Loy, jusqu'au jour de sa purification, que par une conduite particulière de Nostre-Seigneur qui voulut

que son Précurseur luy fust semblable en sa naissance clans une caverne, comme il le devoit estre en sa vie. Ce grand Saint fut la circoncis, et il y receut le nom de Jean (1). »

De nouvelles difficultés suscitées par les gens du pa3^s firent interrompre les travaux de restauration. Ceux-ci ne furent repris et poussés activement que vers l'an 1690.

En 1697, un voyageur anglais, Henri Maundrell, raconte que non seulement l'église, mais encore le couvent étaient entièrement rétablis depuis quatre ans. (( Ce qui est surtout beau, dit notre voyageur, c'est l'église. Elle consiste en trois nefs et possède au milieu une belle coupole, sous laquelle il y a un pavé en mosaïque égal, sinon supérieur, aux plus beaux travaux des anciens en ce genre (2). »

La belle église de Maundrell est la même que celle d'aujourd'hui et celle que le P. Nau a vue dans un état délabré vingt ans auparavant. Les Religieux de Terre sainte en ont conservé scrupuleusement les dispositions premières, jusqu'aux galeries supérieures des nefs latérales dont parle, en 1658, le P. Marien de Maléo. « En mémoire de la Nativité de saint Jean, dit-il, une belle église fut élevée (par sainte Hélène, dit-on) avec des pierres de taille, en forme de croix, avec galeries, et trois chapelles terminant les nefs, dont celle du nord occupe le lieu de la naissance de saint Jean-Baptiste (3). »

Du reste, que l'archéologue jette un coup d'œil

(1) Voyage nouveau de la Terre sainte, Paris, 1744, p. 476-477. (2j A journey from Aleppo to Jérusalem, éd. ïh. Wright, Early travels, Londres, 1848, p. 461.

(3) Op. cit., loc. cit.

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sur le plan de l'église actuelle et il s'apercevra immédiatement que toute son ordonnance appartient au type des monuments de rite oriental. La coupole n'occupe pas la première travée qui précède immédiatement Tabside, selon la règle suivie par les

¥ig. lô et 14. — Plan de l'église Saint- Jean et coupe de la partie

INFÉRIEURE DE l'ÉGLISE d'aPRÈS LA LIGNE BRISÉE A B DU PLAN.

Latins, mais la seconde, comme cela se rencontre dans les anciennes églises de rite grec, syrien, arménien et géorgien. La dernière travée des bas-côtés ne s'ouvre pas dans le chœur ; elle en est totalement séparée par une cloison, comme l'exige l'aménagement de la prothèse et du diaconicum dans les églises à coupole de rite oriental. Les piliers sont

carrés et massifs et n'ont rien de commun avec les piliers à faisceaux de colonnettes, toujours disposées en losanges, des constructions latines. Enfin, selon la règle presque invariablement observée par les Orientaux et à laquelle les Occidentaux dérogeaient très facilement, l'église d'Aïn-Kârem était originairement précédée d'un narthex qui fut dans la suite transformé en porche (1).

Tous ces caractères, et d'autres encore que nous pourrions relever (2), dénotent que l'église actuelle n'est qu'une restauration de celle dont nous parle Phocas et nous pourrions ajouter que l'église décrite par Daniel et Phocas n'était que la réparation de celle que Saewulf vit en ruine et qui remontait au moins au vii*^ siècle. Nous en trouvons une preuve dans l'église de Sainte-Groix qui est voisine. Le Père Nau avait déjà été frappé de l'étroite ressemblance qui existe entre l'église de Sainte-Croix et celle d'Aïn-Kârem (3). On fait généralement remonter celle de Sainte-Croix au v*^ siècle ; elle eut à souffrir à plusieurs reprises, notamment l'an 1099 lors d'une irruption d'une bande arabe. Cependant Saewulf, qui nous le rapporte, ajoute que l'église ne fut pas

(1) A Aïn-Kàrcm le narthex était formé de trois travées égales. La travée unique, ou le porche qui le remplace, fut légèrement élargi au nord et au sud ; c'est ce qui explique pourquoi les piliers supérieurs ne reposent qu'en partie sur ceux de la substruction, comme l'indiquent les plans.

(2) Il est regrettable que les deux prétendues règles de bouchardage diagonal et de sigles lapidaires, invoquées souvent très mal à propos, empêchent parfois les archéologues de remarquer les caractères qui distinguent si nettement les constructions des indigènes d'avec celles des Croisés. — Voir à ce sujet : Deux questions d'archéologie 'palestinienne, Jérusalem, 1902, p. 116-128.

(3j Op. cit., p. 481. — Comp. le plan de l'église Saint- Jean avec celui de l'église Sainte-Croix.

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précisément détruite (1). La réparation put donc se faire aisément ; les arcs en plein-cintre ont été remplacés par des arcs brisés ; mais le plan n'a pas été changé.

Tout le monde regrettera certainement que les mosaïques qui, selon le P. Nau, couvraient le sol de l'église Saint-Jean, et surtout celle que Maundrell admirait encore sous la coupole, aient complètement disparu. On n'en a trouvé que

des traces derrière le maîtreautel.

Il est possible que les amas d'ordures qui les ont recouvertes pendant quatre siècles aient décomposé le lit de mortier sur lequel elles reposaient et que les petits cubes désagrégés n'offraient plus de résistance aux pas des fidèles.

En tout cas, si ces mosaïques portaient des inscriptions grec-

ques, ce qui est très probable, '

— Plan de l'église elles constituaient a cette de Sainte Croix.

époque pour les Latins un

danger imminent de perdre à jamais le vénérable sanctuaire.

Quoi qu'il en soit, on ne devrait pas se hâter d'accuser les anciens de vandalisme. Certains écrivains n'ont pas ménagé cette épithète à sainte Hélène elle-même, parce qu'on a à regretter qu'elle ait, entre autres changements, modifié la physionomie

(1) Op. cit., p. 35.

propre du Golgotha. On devrait, pour être juste, faire la part des temps et des circonstances, et ne pas oublier que les devoirs imposés aujourd'hui par l'archéologie à l'égard des antiquités étaient à peu près méconnus il 3^ a deux siècles au sein même de la capitale du monde catholique. L'archéologie est une science moderne.

Toutefois, il est. heureux qu'un hasard providentiel ait fait retrouver un bel échantillon de ces pavés en mosaïque qui ornaient le sanctuaire de Saint- Jean. Voici dans quelles circonstances se fit la découverte :

Le chevet de l'église bute contre la montagne vers l'orient ; de là le monument s'étend vers l'occident sur un rocher légèrement en pente. L'entrée de l'église se trouve en conséquence à deux mètres et demi au-dessus du sol, ce qui a obligé les constructeurs à élever le narthex sur une substruction voûtée. Jusqu'en 1887, on entrait du palier du portique dans l'intérieur de l'église par quatre grandes marches (1). Il restait donc sous le porche un espace vide de 1™,60. Ce lieu était muré et rempli de décombres, lorsqu'en 1885 on songea à appuyer sur le porche le prolongement de la tribune de l'église, pour agrandir le chœur des Religieux. C'est cette entreprise qui fit découvrir le petit pavé en mosaïque portant l'inscription grecque XAIPES0E ©(£o)T MAP- TYPEE.

A un pas de la mosaïque, on rencontra le mur qui soutient la façade de l'église. Une ouverture en

(1) En 1315, Nicolas de Poggibonsi {Op. cit., p. 237) dit déjà qu'on entrait dans l'église Saint-Jean par « quatre grandes marches. » En 1887, on a élevé le palier du porche à la hauteur du sol de l'église.

l'église SAINT-JEAN- BAPTISTE

plein-cintre, haute del'",68et large de 1"\54, donne accès dans une absidiole dont la conque, ou voûte en quart de sphère, est en maçonnerie, tandis que le reste est taillé dans le roc. Sous voûte, l'absidiole s'élève à 1"';70 au-dessus du niveau de la mosaïque,

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Fig. 16 et il . — Plan de l'église Saint-Jean, avec le sépulgue

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