‹ La patrie de saint Jean-Baptiste, avec un appendice sur ArimathieChapitre 33 sur 50 · DÉCOUVERTE · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE

et on arrive à un mur percé d'une porte (A). Sur le linteau sont gravées dans la pierre quelques lettres grecques avec une croix. Une autre croix se voit

sur le même linteau à l'intérieur, où l'on rencontre un petit vestibule très bas couvert de dalles qui s'appuient d'un côté sur le mur, de l'autre côté sur le rocher. Trois côtés de cette petite chambre sont revêtus d'un stuc blanc sur lequel on découvre partout des traces de couleurs. La paroi de droite est notamment encadrée de filets rouges et toute couverte de palmes vertes et de tulipes rouges. Celles-ci sont exécutées assez grossièrement et jetées pêlemêle sur le mur sans régularité.

La quatrième paroi est rocheuse. Elle est percée de deux baies carrées qui ouvrent directement sur la grotte et sont séparées l'une de l'autre par un trumeau équarri qui appartient à la même masse. Un escalier de quatre marches conduit au fond de la grotte, occupé par cinq auges de différentes grandeurs et disposées très irrégulièrement. Deux de ces tombes sont établies dans des arcosolium à pleincintre. Une dalle fermait autrefois chacune d'elles, comme l'indiquent les rainures ; mais on n'en a trouvé aucun fragment. Un tronc de colonne (C), dont la partie supérieure est légèrement taillée en cuvette, a été trouvé, nous dit-on, au haut du rocher (en c) ; mais depuis, il était tombé à l'intérieur sur le tas de fumier.

Pour aménager la grotte en hypogée, on a dû d'abord en égaliser et en aplanir les parois avec le pic ; puis on les a recouvertes d'un ciment très dur, par-dessus lequel on trouve beaucoup de traces de stuc blanc, notamment près da plafond rocheux, où l'on voit des encadrements de filets rouges.

Notre impression est que le linteau de la porte d'entrée n'est pas à sa place primitive ; le vestibule

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a subi des changements à une époque postérieure à

Trp,ces d'une joeinture.

Jur l 'une des jour où du. séjsuUre.

du Jej^u^lcyc.

Jurle li'nJrcAu.

de. Li ^oorte.

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Jiu- dessus de. ij^Torlre.

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Fig. 2^. — Lettres et peintures tiîouvées dans la grotte sépulcrale.

son érection; le stuc blanc semble avoir été appliqué sur le mortier primitif longtemps après la déposition

des morts ; en un mot, cette grotte sépulcrale, à notre avis, a dû être l'objet de pieuses visites pendant bien des siècles et vraisemblablement jusqu'à l'expulsion des Croisés de Jérusalem.

A présent revenons à la mosaïque.

Quels sont les martyrs auxquels s'adresse la salutation ? — Nous ne connaissons que deux écrivains C|ui en parlent, mais ils ne s'accordent pas sur la classe sociale dans laquelle il faut ranger ces victimes.

Epiphane l'Hagiopolite, parlant de la patrie du Précurseur, mentionne en même temps deux grottes qui contiennent les reliques des saints Innocents tués par le roi Hérode. Plusieuj's écrivains modernes crurent qu'il indique ces grottes à six milles à l'ouest de Jérusalem. Mais une étude attentive du texte ne laisse pas subsister le doute que la ponctuation ne soit fautive. Les deux sépulcres sont indiqués jjrès de la Ville sainte, et la patrie de saint Jean-Baptiste à environ six milles des sépulcres.

D'ailleurs, c'est à Bethléem, tout près de la grotte de la Nativité de Notre-Seigneur, que depuis le commencement du v^ siècle au moins on a montré sans interruption la grotte funéraire des saints Innocents (1). Puis, si nous n'avons aucune objection à faire valoir contre le sépulcre des martja^s trouvé vide sous la porte de l'église Saint-Jean, nous devons cependant faire remarquer que, dans le second sépulcre récemment découvert dans le voisinage, on a trouvé des ossements d'adultes et des crânes qui

(1) Voir : Le prétoire de Pilats et la forteresse Antonia, p. 174.

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ont appartenu à des personnes avancées en âge, comme le prouvent les apophyses presque effacées.

En 1360, un écrivain slavon composa à Niddin un Recueil de vies de saintes femmes^ suivi d'une courte description des Lieux saints de la Palestine, pour l'usage de la tsarine Anne, femme de Jean Sracimir, dernier empereur bulgare. Avant de parler du tombeau de Rachel et du sépulcre des Innocents à Bethléem, l'écrivain dit : « En allant au suppedaneum du Seigneur, on voit la grotte avec les reliques des s. s. pèlerins massacrés par le roi Chosroès, ensuite le suppedaneum lui-même du Seigneur, et en bas la maison de Zacharie où naquit Jean le Précurseur et d'où Elisabeth se rendit dans les montagnes avec son enfant Jean (1). » Il ne faut pas s'étonner si le texte manque de clarté. Notre écrivain, comme le remarque son traducteur, le P. Martinov, n'a jamais Adsité la Palestine ; il a emprunté ses renseignements à une relation d'un ancien pèlerin, probablement du xu*^ siècle.

On doit même se demander si notre écrivain parle du tombeau des martyrs qu'on voit à Aïn-Kârem devant le suppedaneum ou la maison du Seigneur d'où l'on descend au lieu où naquit saint Jean-Bap- tiste?Ce texte obscur se prête à une interprétation différente : En partant de Jérusalem, on rencontre le sépulcre où furent ensevelis les pèlerins ou les chrétiens massacrés par les hordes de Chosroès ; puis on arrive à Sainte-Croix où poussa l'arbre sur lequel fut cloué Notre-Seigneur et de là on descend à la maison de Zacharie.

(1) Récit slavon sui^ Jérusalem,, Archives de l'Or, lat., t. II, Paris, 1881, Documents, p. 392.

Vers l'an 1103, Saewulf, au contraire, nous apprend en termes clairs et précis que les martyrs d'Aïn- Kârem furent des moines grecs qui habitaient le monastère de cette localité. Mais en ajoutant que leurs bourreaux étaient des Sarrasins, il est loin de préciser l'époque de ce désastre (1).

L'archéologie seule pourra en fixer approximativement l'époque en la déduisant de l'âge de la mosaïque. Dès 1886, le célèbre archéologue J.-B. de Rossi avait émis son opinion à ce sujet, comme nous l'apprit M. l'abbé Raboisson en ces termes : « Ici doit intervenir un juge dont personne ne contestera l'autorité en semblable matière, c'est l'éminent archéologue romain J.-B. de Rossi. On lui avait envoyé de Palestine, à peu près en même temps qu'à moi, le dessin de la mosaïque d'Aïn-Kârem avec une longue lettre explicative, pour le consulter sur l'âge et la signification de cette inscription. Il répondit, en une lettre que j'ai sous les yeux, que les caractères paléographiques de l'inscription devaient la faire rapporter avec certitude au vii^ siècle au moins (2). »

Don Emile Zaccaria, qui a expédié à l'illustre archéologue la longue lettre explicative et le dessin de la mosaïque, sans attendre que celle-ci fut entièrement déblayée et avant qu'on eût soupçonné la pré-

(1) Le mot Sarrasins, Saraceni, est déjà employé par les Pères de l'Eglise du iv*^ et du siècle pour désigner les ennemis qui venaient de l'Orient appelé en arabe charaka. Il servit souvent pour désigner tout peuple ennemi de la religion chrétienne et resta comme surnom des mahométans. Procope de Césarée {Anecdotes, éd. Isambert, p. 30) parle d'un Aréthas, chef des Saracènes ou Arabes du sud de la Palestine, alliés des Romains. Ils furent les antagonistes des Saracènes limitrophes do l'Euphrate et alliés des Perses.

(2) Op. cit., p. 117-118.

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sence de la grotte sépulcrale, a eu la bonté de nous faire entendre que M. de Rossi ne prétendait nullement que la mosaïque remontait « au vii*^ siècle au moins, » mais qu'il affirmait au contraire que, selon son avis, elle avait dû être exécutée au v^ ou au vi*' siècle. Seulement, à son grand regret, don Emile Zaccaria ne put nous communiquer la réponse de l'archéologue : à la mort de celui-ci, il avait envoj^é l'autographe à son neveu, M. l'avocat J. Angelini. Or, durant le courant de cette année^ nous avons eu

Fig. 22. — Dessin de la mosaïque envoyé a M. J.-B. de Rossi.

l'honneur de voir M. Angelini à Jérusalem même. Il nous promit de nous envoyer dès son retour en Italie une copie de la lettre de son oncle, et grâce à son obligeance, nous pouvons reproduire ce que M. J.-B. de Rossi pensait de l'âge de la mosaïque.

Il écrivit en date du 17 octobre 1886 : « La lecture et l'interprétation de l'épigraphe en mosaïque : XAIPESeE e(£o)r MAPïTPES est très simple : Salvete martyres Dei... De quels martyrs est-il question? Vous pensez, me semble-t-il, aux moines de la laure de Saint-Sabas tués par les Sarrasins au vii« siècle.

La mosaïque et sa formule de salut aux martyrs seraient dans ce cas du viu*^ siècle. Vraiment, cette date paraîtrait trop récente pour ce type d'œuvre de mosaïque et de pavé. L'acclamation est de saveur antique; la paléographie carrée (SC) était en grande vogue au v'^ siècle, comme le démontrent les inscriptions munies de dates certaines. S'il fallait prononcer un jugement sur la simple vue du dessin sommaire que vous m'avez envoyé, j'attribuerais le pavé en mosaïque, son ornementation et son inscription plutôt au v'^ou au vi<^ siècle qu'au vii*^ ou auviii*^. Mais c'est très risqué de juger ainsi à l'aveugle, à la seule inspection d'un petit croquis et non d'un facsimilé capable de donner une idée précise du style, de l'art et de l'âge du petit monument(l). »

Un autre maître dans l'archéologie sacrée, M. le commandeur Horace Marucchi, a visité Aïn-Kârem le 28 mars 1904 etapu juger de visu notre mosaïque. L'éminent professeur est également d'avis que le pavé en mosaïque remonte au v° siècle et au plus tard à la première moitié du vi^ siècle.

Nons nous inclinons d'autant plus volontiers devant le j ugement de tels maîtres, que l'histoire à notre avis confirmera leur opinion.

Mais disons d'abord que nous ne serions nulle-

(I) Nous n'avons pas à parler ici de l'opinion émise par J.-B. de Rossi sur le vocable de l'église d'Aln-Kârem. Far sa longue lettre explicative, don Emile Zaccaria, à celte époque là chaud parlisan de Jatlitha, cherche à persuader notre archéologue que presque tOBS les savants modernes enseignent que Youtthah était la patrie de saint Jean-Baptiste. Il y fait valoir ensuite un petit nombre de témoignages, tels que M. l'abbé Raboi^- 8011 les a reproduits, pour conclure que, soit avant, soit après les Croisades, « Ain-Kàrem ne possède rien, mais absolument rien en sa faveur. » Nous avons vu précédemment ce que valent les informations qnc don Emile Zaccaria lance avec gaîté de cœur dans le public.

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ment surpris si quelques palestinologues hésitaient à partager cette manière de voir. Au mont des Oliviers, dans la propriété russe, on a découvert, il y a une vingtaine d'années, une splendide mosaïque d'une exécution bien plus artistique que celle d'Aïn-Kârerti. Puis en 1894, on a mis à jour, à cent mètres au sud de l'église Saint-Etienne des Pères Dominicains, une autre mosaïque fort bien conservée et qui certes n'est pas inférieure à celle d'Aïn-Kârem, avec laquelle, du reste, elle a un grand air de parenté, surtout par l'art de traiter les oiseaux et les fleurs. Les deux mosaïques sont établies sur des sépulcres et elles portent chacune une inscription funéraire en langue et en caractères arméniens. Or des archéologues anglais et allemands jugeant de l'âge de ces œuvres d'après l'épigraphie, ont déclaré qu'elles ne remontent pas au-delà du ix<^ siècle.

Cependant, M. Clermont-Ganneau, qui a publié un excellent dessin de celle du mont des Oliviers, n'est pas de cet avis. Un examen minutieux, dit-il, démontre clairement que l'inscription arménienne a été encastrée dans un angle de la bande blanche de la mosaïque à une époque postérieure ; les cubes noirs et blancs de la ligne épigraphique sont d'une teinte et d'une composition différentes de celles des petites pierres voisines (1).

Quant à la seconde, personne n'a remarqué que l'inscription enclavée dans un cartouche ait été insérée après coup ; elle ne se trouve pas non plus, comme celle du mont des Oliviers, hors de la

(1) Archœological researches, Londres, 1899, t. I, p, 321-331.

place qui lai convient dans une pareille œuvre. — a Néanmoins, dit M. Clermont-Ganneau, malgré tout cela, je doute que l'épigraphe si bien adaptée à la composition soit réellement du même âge que la mosaïque et je me demande si elle n'a pas remplacé une inscription grecque (1). »

Sans vouloir suspecter une différence d'ancienneté entre l'inscription et la composition de cette dernière mosaïque, nous nous demandons plutôt sur quoi se basent certains savants pour déclarer que les deux inscriptions sont du ix^ siècle plutôt que du v^ ou du vi^ Possède-t-on des épigraphes arméniennes datées avec certitude, qui permettent d'établir, par comparaison, les changements successifs qu'a subis l'alphabet mesrobien depuis sa création ou son perfectionnement à la fin du iv^ siècle jusqu'au ix« (2) ?

D'ailleurs toutes ces discussions n'affectent pas la mosaïque d'Aïn-Kârem. De fait, M. de Rossi n'a pas basé son opinion sur le style et l'exécution artistique de la composition, dont il n'avait c|u'une esquisse rudimentaire ; il n'a tenu compte que de la forme des caractères de l'épigraphe, qui seule était exactement reproduite, et de la formule salutaloire,

(1) Op. cit., p. 336. — En dehors de l'épigraphe, ces deux mosaïques r.e présentent aucun signe qui démontre d'une manière certaine une origine chrétienne; on n'y voit même aucun emblème funèbre. Dans la seconde, un perroquet enfermé dans une cage occupe le poste d'honneur.

(2) L'inscriplion de la mosaïque du mont des Oliviers dit qu'il y a là le tombeau de Susanne, mère d'Artavan ; elle indique le jour et le mois de la sépulture, mais ne mentionne pas l'année. Comme l'ère nationale arménienne ne fut instituée que par le concile de Tévine en 532, il y aurait là un indice que l'épigraphe est antérieure à l'ère arménienne, d'autant plus qu'un prince arménien du nom d'Artavan était au service de l'empereur Léon I" et de l'empereur Justinien. L'épigraphe pouvait donc être insérée au V ou vr siècle déjà dans une ancienne mosaïque.

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Salvete martyres Dei ; et ces deux éléments d'appréciation lui ont suffi pour se prononcer en faveur du v'' ou du siècle. M. le professeur Marucchi a eu l'avantage d'examiner cette œuvre décorative et s'est empressé de ratifier le jugement de son collègue défunt.

Si nous consultons les événements de cette même période, l'histoire ne fera que confirmer l'opinion des deux illustres savants romains.

D'abord, il n'est guère vraisemblable que les martyrs d'Aïn-Kârem aient été les victimes des bandes de Chosroès. Pendantque celles-ci marchaient sur Jérusalem, les Arabes, il est vrai, passèrent le Jourdain, saccagèrent la laure de Saint-Sabas et y massacrèrent quarante moines (1). Les Perses euxmêmes ont mis à feu et à sang la ville de Jérusalem, ravagé les pays qu'ils traversaient, et incendié les églises et les couvents qu'ils rencontraient sur leur chemin. Ils ne paraissent pas cependant avoir mis à mort les gens paisibles qui ne leur offraient pas de résistance. La ville de Jérusalem forme une exception motivée d'après Sépéôs. Mais lors même que les moines d'Aïn-Kârem fussent tombés sous le glaive des Perses, ce n'est pas aux victimes de cette guerre que pourrait s'adresser l'acclamation dessinée dans la mosaïque.

En effet, les armées de Chosroès laissèrent la population de la Judée dans la plus profonde misère. C'est à peine si l'on put songer à relever le Saint- Sépulcre, grâce aux aumônes venues de l'étranger ; et tout le monde sait avec quelle parcimonie et dans

(1) Vie de s. Jean l'Aumônier, I, 6, ap. Migac, Pair, gr.-lat., t. CXIV, col. 901.

quelles proportions mesquines l'abbé Modeste dut se résigner à remplacer les fastueuses constructions de Constantin. Enfin, pour comble de malheur, peu d'années après les Perses, arrivèrent les Arabes, disciples de Mahomet. Tout autour de Jérusalem les monastères ne se relevèrent plus, et certes, ce n'était pas le moment d'orner les tombes des victimes de la fureur des Perses par de riches mosaïques à l'entrée d'églises en ruine.

Un siècle auparavant on avait vu une époque bien plus calamiteuse pour les moines de Palestine dont les couvents n'étaient pas protégés par des forteresses. C'était le temps de la troisième révolte des Samaritains, alors nombreux et puissants, qui avaient formé des centres importants, non seulement à Naplouse et à Scythopolis, mais aussi à Emmaûs- Nicopolis, à Gezer, à Gaza et dans d'autres villes de la Judée occidentale.

Laissons M. A. Couret nous raconter cet épisode : « Poussés à bout, nous dit Procope, par les lois intolérantes et l'avarice de Justinien, les Samaritains se révoltèrent (521-531) une troisième fois. Tout le peuple prend les armes, choisit pour roi un bandit nommé Julien, adopte encore pour centre d'insurrection la ville de Néapolis, et de là infeste les routes de Jérusalem^ de Césarée et de Scythopolis, où dominait un des leurs, nommé Sylvain, fameux depuis longtemps par ses cruautés. Mais l'armée samaritaine fut battue dans les montagnes de la Trachonide par le gouverneur militaire Théodore et perdit trente mille hommes ; vingt mille prisonniers furent vendus en Perse et dans l'Inde. Irénée succédant à Théodore en acheva la destruction.

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« Les chrétiens se vengent sur ceux qu'ils peuvent atteindre, et Sylvain, revenu à Scythopolis où il espérait être protégé par la terreur de son nom, est saisi et brûlé vif sur la place publique. Mais cette vengeance faillit coûter cher aux chrétiens. Sylvain avait à Constantinople un fils nommé Arsénius, qui s'était insinué fort avant dans les faveurs de Théodora et de Justinien ; il sut peindre à l'empereur la révolte des Samaritains comme le fruit des violences des chrétiens. Ces manœuvres réussirent. L'empereur, tournant sa colère contre les chrétiens de Palestine, ordonna de les châtier avec autant de rigueur que les rebelles. Cette nouvelle répand la terreur dans toutes les provinces ; les moines, les abbés, les évêques et le patriarche Pierre se tournent encore vers leur ancien appui et conjurent saint Sabas d'aller à Constantinople détourner ce nouvel orage et obtenir pour la première et la seconde Palestine quelque adoucissement dans les impôts.

« Le vieillard se rend à leurs prières et à plus de quatre-vingt-dix ans, il part pour Constantinople et se présente au seuil du palais, où il fut reçu avec beaucoup d'honneur...

« Il fut facile à saint Sabas de détruire la calomnie d' Arsénius ; il montra la révolte sous son jour véritable, et Justinien se calma. Sur la demande de saint Sabas, Justinien chargea l'archevêque Pierre et les évêques d'Ascalon et de Pella de parcourir le théâtre de la révolte, de constater les dommages, de les compenser par une décharge proportionnelle dans l'impôt, et en même temps de dresser la liste des églises abattues ou incendiées, pour que le comte Etienne, commandant de la province, les fit

rétablir aux frais des Samaritains ou du trésor.

« Saint Sabas revint en Palestine, où il vit le commencement d'une véritable renaissance architecturale déterminée par son entrevue avec Justinien. De toutes parts s'élevaient des églises, des monastères nouvellement fondés ou rebâtis d'après un nouveau style : c'était le même mouvement, la même activité qu'au temps de sainte Hélène et de la grande Eudoxie (1). »

Les rebelles ont-ils porté leurs déprédations jusqu'à Aïn-Kârem ? — Tout document précis nous manque sur ce point. Nous savons seulement que n'osant pas s'attaquer aux remparts de la Ville sainte, ils ont traversé les montagnes d' Aïn-Kârem et sont arrivés jusqu'à Bethléem dont les murs n'offraient alors que des monceaux de décombres. Après l'entrevue de saint Sabas avec l'empereur, Bethléem fut fortifiée de nouveau, nous dit Procope, et « reçut une nouvelle enceinte qui mettait la ville à l'abri des coups de main des pillards (2) ; » et à en croire Eutychius d'Alexandrie, la basilique de la Nativité de Notre-Seigneur fut restaurée sur l'ordre de Justinien (3).

Nous savons aussi, par le même Procope, que dans les montagnes de la Judée et tout autour de Jérusalem presque aucun couvent n'avait échappé à ce désastre. A peu près tous furent restaurés et se relevèrent de leurs ruines (4).

L'histoire semble donc s'accorder avec l'archéo-

(1) La Palestine sous les empereurs grecs, Grenoble, 1869, p. 172-181.

(2) De aedificiis, V, 9.

^3) Annales, ap. Migne, Pair, gr.-lat., t. CXI, col. 1070-1071. (4) Op. cit., toc. cit.

Ftg. U. —

Intérieur de la grotte de la Nativité de saint Jean-Baptiste.

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logie et enseigne comme elle que le sépulcre situé sous la porte de l'église d'Aïn-Kârem contenait les corps, non de simples victimes de la guerre du vii^ siècle, mais de moines massacrés au vi^ siècle en haine de la religion chrétienne et qui méritaient par conséquent le titre de martyrs de la foi, de martyrs de Dieu. La renaissance artistique qui suivit la révolte des Samaritains explique comment sous le narthex devant une tombe de martyrs dont les noms ne sont pourtant pas rappelés, on ait exécuté une si belle mosaïque en souvenir de leur glorieux trépas.

L'introduction d'un nouveau style, déterminé par la coupole sur plan carré, permet d'admettre que dès le vi^ siècle l'église Saint-Jean a reçu la forme architecturale qu'elle a conservée jusqu'ici et que l'église Sainte-Croix possédait d'une manière positive avant les Croisades.

Finalement^ si saint Sabas a mérité d'attacher son nom à ce noble et vénérable sanctuaire lors de sa première reconstruction, il l'avait mérité auparavant déjà, à notre avis, à titre de fondateur du monastère de Saint-Jean-in-Montana. Ce monastère fut en effet construit pour des moines grecs — de l'obédience de saint Sabas, — et comme métochie de la laure de cet illustre anachorète. De plus, la patrie du Précurseur devait être particulièrement chère à saint Sabas qui avait proposé à ses disciples, comme patron et comme modèle, celui qui a été sanctifié par le Sauveur dans le sein de sa mère et qui a passé sa vie au service du Seigneur dans la solitude. Enfin, par institution de saint Sabas, l'Eglise grecque célébrait la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste

avec une solennité inaccoutumée chez les autres rites. Comme pour la fête de Noël, il y eut double office de vêpres, un office mineur et un office majeur ; le grand office du jour avait double canon et la liturgie était relevée par les meilleurs poèmes que les plus célèbres hymnographes avaient composés pour glorifier la merveilleuse naissance du Précurseur (1).

Tout cela nous permet de conclure que si le monastère de Saint-Jean-Baptiste, qui a fourni des martyrs de Fan 521 à 530, n'était pas encore fondé dans la seconde moitié du v° siècle, saint Sabas n'aurait pas manqué d'y établir quelques-uns de ses disciples, pour 3^ faire retentir jour et nuit rh3"mne du saint prêtre et prophète Zacharie : Benedictus Dominus Deus Israël.

(l) Bollandistes, A. S. S. Junii, t. V, p. 593.

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