Ani-rp di S.GiouAnni . | JD . Rouine del NorvAftcrio
Fih. 26. — Le désert de Saint-Jean, d'après le dessin de Zuallard.
Boniface de Ragusé (3), Albrecht de Lowenstein (1561) (4), Melchior de Sedlitz (1556) (5), Jean d'Ehrenberg (1553) (6), Jacques Wormser (1561) (7),
(1) Op. cit., p. 224-223.
(2) Peregrinalione di T. S., Palermc, 1630, p. 278.
(3) Op. cit., p. 76 et 212.
(4) Beschreibung d. Wallfahrt, etc , éd. Rœhricht et Melsner, Deutsche Pilgerreisen in das h. Lande, Berlin, 1880, p. 19i.
(3) Besclir. d. W., éd. Feyerabend, Reisze Bischreihmg, Francforts.-M., 1384, fol. 236, t.
(6) Beschreibung , etc., éd. Feyerabend, op. cit., fol. 273.
(7) Id., Ibid., fol. 236.
de Villamont (l), Jean Hellferich de Leipzig (1565) (2) ont tous constaté dans le désert de Saint-Jean la présence des ruines de l'église et dù couvent élevés en l'honneur du Précurseur. Un médecin, Léonard Rauchwolff (1573) est le premier à mentionner dans ce lieu « l'arbre appelé par les Arabes charnubi, dit-il, et dont le fruit porte en Allemagne le nom de S. Johannis Brot, pain de Saint-Jean (3). »
Le mouvement de pèlerinage au désert du Précurseur continua dans la suite avec le même entrain; et, si ce lieu offrait aux pèlerins du passé plus d'attrait que ceux d'aujourd'hui, c'est, peut-être, parce que du xv^ au xix^ siècle le saint sacrifice de la messe était célébré relativement plus souvent que de nos jours (4) dans cette vénérable grotte, sur la pierre même qui, selon l'opinion des anciens, servit de lit de repos au Précurseur (5).
Que peut-on sérieusement objecter à ces témoignages, pour infirmer l'authenticité de ce sanctuaire ? — Le site, a-t-on dit, est trop beau pour avoir pu servir de désert à saint Jean.
(1) Op. cit., p. 323.
(2) Ed. Feyerabpnd, op. cit , fol. 3S3.
(3j Beschreibung der Reisz un Morgenland, éd. Feyerabend, op. cit., fol. 346.
{{) Voir : Pierre de la Valle, de Stochove, Doubdan, Eugène Roger, Thévenot, Ferdinand Troïlo, Marien de Maleo, Quaresmius, Pantaléon d'Aveiro, P. Nau, etc.
(")) Les Professeurs de Notre-Dame de France disent dans leur guide, La Palestine (Paris, 190i, p. 289j, en parlant du désert de Saint-Jean: « On y rencontre, depuis trois ou quatre siècles, la grotte de saint Jean- Baptiste, où le Précurseur aurait vécu en ermite. » Il est permis d'être surpris qu'aucun de ces Professeurs n'ait eu connaissance au moins des témoignages si formels du xv* siècle, et qu'ils puissent encore douter qu'on y ait montré le désert du Précurseur au xvi' siècle.
Les lieux habités par le Précurseur étaient des déserts d'après la signification orientale de ce mot. Ce n'étaient pas, comme on est porté à le croire en Occident, des contrées arides et stériles, des plaines sablonneuses et inhabitables, des espèces de petits Saharas. Dans la suite, le théâtre du ministère de saint Jean fut le désert de la Judée, sur les bords du Jourdain, région peu habitée et à peu près inculte, il est vrai, mais riche en pâturage. Saint Matthieu raconte aussi que le Seigneur étant sur le point de multiplier les cinq pains et les deux poissons dans le désert, fit asseoir la foule sur l'herbe (1).
Déjà le P. Nau, au xvii^ siècle, croyait devoir rectifier l'opinion erronée que ses contemporains se faisaient des déserts de l'Evangile. « Il ne faut pas, en entendant ce mot de Désert, dit-il, s'imaginer des terres stériles et abandonnées, ou quelque grande forest inhabitée et inaccessible. Ce lieu est des plus agréables qui se voyent en Judée. Toutes les terres qui l'environnent sont bien cultivées, mesme aujourd'hui que ce pays est despeuplé, et on y seme de bon bled.. 11 y a beaucoup de vignes et elles paroissent de grand rapport. Ce désert n'est gueres plus désert que les Hermitages de nos Solitaires d'Europe, qui sont seulement un peu escartez du chemin, en quelque endroit de difficile accez et peu fréquente. C'est de cette sorte qu'estoit celuy ou Nostre-Seigneur jeusna quarante jours et quarante nuits. Celuy de S. Jean n'est rien autre chose (2). »
Dans le langage oriental, le mot dései^t est en effet synonyme de lieu solitaire, et c'est dans ce sens seul
(1) Matth., XIW, 13.
(2) Op. cit., p. 4G7.
qu'on doit nécessairement prendre le premier désert du fils de Zacharie. Fidèle aux prescriptions de l'ange qui avait annoncé sa naissance, saint Jean ne but jamais ni vin ni aucune boisson fermentée ; mais il se nourrissait de miel sauvage et de sauterelles, dit l'Evangile. Or les abeilles, comme les sauterelles, ne se trouvent habituellement que dans des contrées riches en fleurs, en herbes et en végétations de toute sorte, comme l'est précisément le désert près d'Aïn-Kârem.
Ce genre de nourriture a toujours paru tellement étrange aux Européens que souvent on a prétendu voir le miel sauvage dans la pulpe sucrée du caroubier et les sauterelles dans une plante imaginaire appelée locuste.
Le caroubier, ceratonia siliciua, en arabe haroùb, est un arbre commun en Judée, et de tout temps ses gousses ont servi de nourriture aux gens pauvres et aux bestiaux, en Orient comme dans le midi de l'Europe. Si Ton prend soin de greffer les arbres, la pulpe devient fortement sucrée et très nutritive (1). Il est donc fort vraisemblable que l'austère ermite d'Aïn- Kârem s'est aussi nourri du fruit de cet arbre ; on le croit communément, et depuis de longs siècles cette persuasion populaire a valu aux caroubes le nom vulgaire de pam de saint Jean, en allemand Sanct-Johannes-Brod.
(1) Les Arabes utilisent parfois en guise de sucre les gousses des caroubiers greffés ; ils en tirent aussi un sirop pectoral, ou les font fermenter pour en extraire l'eau-de-vie. En Espagne, elles entrent dans la fabrication d'un chocolat économique. {Grande encyclopédie, t. IX, art. caroubier.) — C'est de ce fruit, y.spâTiov, silique, ou caroube, que l'enfant prodigue de l'Evangile voulait se rassasier, mais il devait le laisser aux pourceaux qu'il gardait. [Luc, XV, 16 )
Mais ]a caroube n'est pas du miel sauvage, et l'Evangile parle évidemment du produit des abeilles. Au temps des Hébreux, le miel sauvage était commun en Palestine, et même si abondant qu'on en faisait l'objet d'un commerce considérable avec les habitants de Tyr, comme l'apprend le prophète Ezéchiel, XXXVII, 17. Il y en avait encore beaucoup au temps des Croisades, puisque Marin Sanut raconte que les Anglais qui en 1271 suivirent le prince Edouard en Palestine, mouraient en grand nombre à cause des grandes chaleurs, mais surtout pour avoir mangé trop de fruits et trop de miel (1). Plusieurs pèlerins du xviii*^ siècle racontent encore qu'au couvent de Saint-Jean à Aïn-Kârem les religieux leur avaient servi du miel sauvage.
Les locustes que mangeait saint Jean étaient, au dire de saint Jérôme, des sauterelles véritables et non des végétaux. « Chez les Orientaux, dit-il, et chez les peuples lybiens qui rencontrent dans les vastes déserts brûlés par le soleil des nuées de sauterelles, la coutume est de s'en nourrir. La conduite de saint Jean-Baptiste le prouve aussi (2). »
Les insectes orthoptères, ou acridiens, dont la taille varie de un à douze centimètres, ont été utilisés de tout temps pour la nourriture de l'homme et des animaux. Moïse permit aux Israélites de manger quatre sortes de locustes (3), et à l'époque de saint Jean, comme aujourd'hui encore, elles étaient un aliment pour le bas peuple (4). Mais comme les nuées de
(I) Op. cit., t. Il, 1. III, c. XI, p. 224.
{•i) Adv. Jovianum. II, ap. Migne, Pair, lat., t. XXIII, col. 29j.
(3) Levit., XI, 22.
(4) Dans beaucoup de pays d'Asie et d'Afrique, les habitants mangent les sauterelles grillées, ou salées, ou desséchées et réduites en poudre. On
sauterelles ne traversent que très rarement la Judée, un ermite ne pouvait faire de ces insectes la base de son alimentation cjue lorsqu'il habitait une solitude où la végétation sans cesse renaissante fournissait aux sauterelles de quoi vivre et se perpétuer.
Le désert d'Aïn-Kârem, loin d'être un site invraisemblable pour le séjour d'un solitaire, possède au contraire toutes les conditions requises pour la première solitude de saint Jean : la proximité de la maison paternelle, un coin de terre où il trouva du miel sauvage et des sauterelles, une source d'eau vive pour se désaltérer et une caverne pour s'abriter.
Toutes ces circonstances nous autorisent donc à maintenir la tradition.
Encore un mot à propos cle deux autres souvenirs qui se rattachent au désert de Saint-Jean :
C'est le tombeau de sainte Elisabeth qu'on montre non loin de la grotte de Saint-Jean et le rocher qu'on rencontre à mi-chemin entre Aïn-Kârem et le désert.
Au xi^ siècle, Cédrénus raconte que sainte Elisabeth, après s'être retirée clans la solitude avec son fils pour le soustraire à la fureur d'Hérode, y mourut au bout de quarante jours, et qu'un ange prit alors soin de son enfant (L). Mais il n'ajoute pas qu'elle fut enterrée en ce même désert.
Quaresmius cite le texte de Cédrénus, mais il ignore l'existence du tombeau de sainte Elisabeth au
Gslime à enviroQ GO charges de chameau ou 9,000 kilogrammes la quantUc de ce produit alimentaire qui entre journellement dans les ksours do rOued-Souf, au sud du département d'Oran, en Algérie (Grande encyclopédie, t. XIII, art. criquet, p. 380.) — Dominique Lafi, de Bologne, raconte qu'après avoir visité le désert de Saint-Jean, en 1678, il mangea six sauterelles grillées, auxquelles il trouva le goût de la crewaite. [Viag g io in Levante, Bologne, m3, p. J.a) (I) Op. cit., col. j33.
désert de Saint-Jean, ou du moins il n'en parle pas dans ses longues dissertations sur ce saint Lieu ; et jusqu'à la fin du xvii^' siècle la plupart des pèlerins gardent le même silence.
Mais alors parut la Cité mystique de Dieu, dans laquelle la Vénérable Marie d'Agréda raconte que sainte Elisabeth mourut dans le désert après y avoir séjourné pendant trois ans (1). Le petit Jean, âgé de quatre ans, dit-elle, enterra sa mère, avec l'aide des anges, dans le voisinage de sa grotte (2).
La Cite mystique étant pour bien des âmes pieuses un livre divinement inspiré, la sépulture de la mère du Précurseur fut en conséquence regardée comme un fait digne de foi. Seulement, d'après la sainte voyante, Elisabeth vécut et mourut dans un désert du voisinage d'Hébron. Pour Marcel Ladoir et d'autres encore, une erreur de localisation s'était évidemment glissée dans le texte de la Cité mystique, et ils ont cru qu'il fallait chercher le tombeau de la cousine de la Vierge Marie dans le désert traditionnel (3).
Le tombeau de sainte Elisabeth qu'on montre dans le désert de Saint-Jean près d'Aïn-Kârem n'est donc
(1) En 1G:38, avant la publication des œuvres de Marie d'Agréda, le P. iMarien Morone de Maleo (Terra santa illustrata, Plaisance, 1661), p. 313) raconte que, dans la chapelle de Saint-Jean-Baptisle de l'église majeure de La Valette à Malte, un tableau représente sainte Elisabeth venant de rendre son âme à Dieu; le petit Jean y est entouré d'anges. Au bas du tableau se trouve cette inscription : « Mortua Elisabeth in descrto, Angeli curam pueri susceperunt. » Marien Morone en conclut que sainte Elisabeth fat enterrée dans le désert, près d'Aïn-Kârem. Mais, malgré son long séjour à Jérusalem, en qualité de Custode de Terre sainte, il ne sut rien de l'emplacement de ce sépulcre.
(2) La Cité mystique de Dieu, part. II, /. IV, c. xxvii, éd. Croiset, Paris, 1862, t III, p. 449.
(3) P. Marcel Ladoir, 1719, Voyage fait à la Terre sainte, Paris, 1720, p. 223-22:3.
un fait avéré ni par une tradition, ni par une révélation quelconque.
Le rocher calcaire qu'on montre à mi-chemin entre Aïn-Kârem et le désert, et qui, avec le terrain circonvoisin, est devenu la propriété des Arméniens catholiques, offre plus d'intérêt, bien que nous n'a3^ons pas réussi à savoir quel souvenir primordial s'y rattache exactement.
En 1509 Anselme de Cracovie revenant du désert dit : « A mi-chemin de la maison de Zacharie on voit encore une grosse pierre, creusée comme un siège, et sur laquelle Zacharie, dit-on, se reposa souvent quand il allait visiter Jean son fils (1). »
En 1600, le seigneur de Villamont a vu en ce même lieu (( une grosse pierre a la forme d'un siège, sur laquelle nous fut dict que sainct Jehan se reposoit lorsqu^il estoit lassé (2). »
Trente ans plus tard, le seigneur de Stochove raconte que ce rocher servit à saint Jean de chaire lorsqu'il prêchait la pénitence au peuple (3). C'est sous ce titre qu'elle figure dès lors dans quelques relations des pèlerins. Cela ne s'accorde pas avec l'Evangile qui dit positivement que le Précurseur, s'étant manifesté à Israël, a inauguré son ministère d'avant-coareur du Messie dans le désert de Juda, sur les bords du Jourdain, loin par conséquent d' Aïn-Kârem.
Mais n'insistons pas ; car au xvii^ siècle même on n'attacha guère d'importance à ce rocher. Quaresmius n'en parle même pas, bien qu'il ait eu l'ou-
(1) Op. cit., p. 781.
(2) Op. cit., p. 321.
(3) Voyage du Levant, Bruxelles, 1662, p. 400.
vrage d'Anselme entre les mains ; et Nau explique pourquoi la plupart des pèlerins n'en disent pas davantage. « Devant que d'y arriver (au désert), on trouve vers la moitié du chemin une pierre, qui est à l'endroit ou l'on dit que saint Jean- Baptiste commença à prescher et à se faire connoistre au monde. Cette Tradition mesme n'est pas universellement receue, et souvent on laisse passer la les Pèlerins, sans les y faire arrester (1). »
Bientôt cependant un souvenir historique devait s'attacher à ce rocher pour le rendre notoire à tout le monde, aux chrétiens et aux musulmans, et pour lui donner un certain intérêt aux 3^eux du pèlerin.
En 1721 un certain Maugrabin de Saint-Jean-in- Montana eut l'audace d'attaquer ce rocher et d'en détacher plusieurs fragments pour les réduire en chaux. Mais à peine avait-il mis le feu au combustible, qu'une forte détonation retentit, le four éclata et les pierres qu'il contenait furent projetées au loin. Revenu de son épouvante, le musulman comprit que le prophète Hanna (Jean) était irrité contre lui à cause du sacrilège qu'il venait de commettre. Il lui rendit grâces d'abord pour lui avoir conservé la vie, et afin d'apaiser son courroux, il alla humblement porter le plus grand fragment au Père Supérieur du couvent de Saint-Jean. Celui-ci fit placer cette pierre dans l'église^ où elle prêcha éloquemment à ces Maugrabins, jusqu'alors si intraitables, le respect qui est dû à tout ce qui touche aux prophètes Zacharie et Jean (2).
(1) Op. cit., p. 474.
(2) Voir : Fr. Liévin de Hamme, Guide indicateur de T. S., Jérusalem, 1897, t. II, p. 13.