‹ La patrie de saint Jean-Baptiste, avec un appendice sur ArimathieChapitre 37 sur 50 · LOCALISATION DES EVENEMENTS A AÏN-KAREM · texte numérisé non relu

LOCALISATION DES EVENEMENTS A AÏN-KAREM

pèlerins, la localisation des différentes scènes qui se sont déroulées sur un théâtre relativement restreint, n'ait suscité ni malentendu ni méprise ni confusion. Nombreuses étaient les causes qui devaient produire ces écarts d'opinions dans les relations des visiteurs d'Aïn-Kârem.

Bien des pèlerins n'ont rédigé leurs souvenirs de voyage que longtemps après leur retour dans la patrie. Ludolphe de Sudheim, par exemple, se plaint que ses nombreuses occupations l'aient empêché durant huit ou neuf ans de mettre par écrit ce qu'il avait vu et appris pendant son pèlerinage en Palestine (1). En pareil cas les souvenirs s'affaiblissent et s'obscurcissent naturellement et cela explique la confusion qui règne parfois dans le récit.

En outre, la plupart des pèlerins n'ont fait que traverser rapidement le village ; l'accès des églises occupées par les musulmans, fort difficile en tout temps, devenait souvent impossible à cause des mauvaises dispositions des habitants méchants et haineux. Voilà, sans doute, pourquoi Guillebert de Launoy (2), Jean de Maundeville (3), Ludolphe de Sudheim (4) et plusieurs autres n'}^ ont vu qu'une seule église et ont fait de celle-ci le théâtre unique de tous les événements accomplis dans la bourgade. Ainsi encore Baldensel (1336) n'a vu que l'église de la Visitation qui, dit-il, « renferme le sépulcre de saint Jean-Baptiste (5). » Ce pèlerin confond ici évidemment le tombeau du Précurseur avec la

i\) De itinere T. S.. Archives de l'Or, lat., t. II, part. II, p. 3o4.

(2) Voyages et ambassades, 1399-1450, Mons, 18i0, p. 59.

(3) Op. cit., loc. cit.

(4) Op. cit., p. 35Î.

(5) Op. cit., p. 330.

cachette de son enfance représentée dans cette église.

Il ne faut pas non plus oublier que, sauf Daniel et Phocas, tous les écrivains qui nous ont laissé une relation détaillée des sanctuaires de Saint-Jean-in- Montana ont trouvé ses monuments sacrés sans culte et ses monastères sans religieux. Ils devaient donc s'en remettre à peu près exclusivement à la science de leur guide. Mais les explications du guide ont-elles toujours été bien saisies ? Sa langue étaitelle même seulement bien comprise ? Bien des faits nous suggèrent une réponse négative. Un notaire de l'Italie méridionale, Nicolas de Martoni (1394), n'a pas dû trouver de guide parlant l'italien ou le latin ; car il ne semble avoir saisi de tout ce qu'il a entendu au milieu de ces sanctuaires que les noms propres, quitte à deviner le reste. Aussi trouvonsnous dans sa rédaction des énormités comme la suivante à propos du lieu de la Visitation : « Dans ce lieu, les disciples du Seigneur ont composé deux psaumes, savoir le Magnificat et le Benedictus, à la louange de la bienheureuse Vierge Marie (1). » Voici ensuite ce qu'il a retenu des explications qui lui auront été fournies au sujet de l'église Saint-Jean et du désert : « Lorsque saint Jean fut devenu grand, il obtint de son père la permission de se retirer là (au milieu du village) pour y servir Dieu dans la prière et il y resta pendant un long espace de temps. On y voit une église dans laquelle nous n'avons pas pu entrer (2). »

Jacques de Berne (1346) raconte lui-même que

(1) Liber peregrinationis ad loca sancta, Revue de l'Or, lat., Paris, 1895, t. III, p. 622-623.

(2) Id., Ibid

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