LOCALISATION DES EVENEMENTS A AÏN-KAREM
pour visiter les sanctuaires de Bethléem, il se servit d'un guide Israélite (1). Rien d'étonnant, dans ce cas, s'il n'a pas reçu des indications entièrement conformes aux traditions chrétiennes.
11 est enfin permis de se demander si les guides eux-mêmes, tous étrangers à Aïn-Karem, avaient des notions bien exactes de la tradition concernant les divers Lieux saints de Saint-Jean-in-Montana. Le guide de Daniel le Russe n'admettait qu'une seule maison de Zacharie : celle où naquit l'enfant annoncé par l'ange, à l'emplacement de l'église Saint-Jean; ce serait là, d'après lui, qu'Elisabeth se cacha pendant cinq mois et reçut la visite de sa jeune parente.
Celui de Phocas reconnut que le saint prêtre possédait deux maisons en deux endroits différents, l'une en ville et l'autre à la campagne ; dans la première ntiquit le Précurseur et dans la seconde eut lieu l'entrevue de Marie et d'Elisabeth. Mais Phocas et quelques autres pèlerins admirent avec Daniel que le quartier de rocher conservé dans l'antique église située en face d' Aïn-Karem constituait la cachette de saint Jean et partant son premier désert. Pour ceux-ci, la domus Zachariœ de l'Evangile, la maison où le Messie sanctifia son précurseur dans le sein de sa mère et où Marie improvisa le Magnificat n'aurait jamais été remplacée par une église et le souvenir de son emplacement ne se serait conservé que d'une manière très vague.
Pour la très grande majorité des pèlerins, le monument sacré qu'on leur montra au-delà du vallon,
(1) Ed. Rœhricht et Meisner, op. cit.. p. 38.
sur une colline boisée, représentait bien la domus Zachariœ de saint Luc. Mais quelques-uns se sont imaginés que c'était là la maison principale, celle où Zacharie demeurait habituellement, tandis que l'autre, située au milieu du bourg, n'était qu'un bâtiment de moindre importance où sainte Elisabeth ne se rendit qu'accidentellement, ou pour mieux dire, par une disposition de la divine Providence, afin que son enfant naissant dans une grotte, eût une conformité de plus avec le Messie qu'il devait précéder et annoncer. Ils s'imaginèrent en conséquence qu'Elisabeth, délivrée de son enfant, retourna aussitôt à « la maison de Zacharie, » et que là eut lieu la circoncision de Jean, avec les merveilles qui l'accompagnèrent.
Il en est de même du lieu précis de la rencontre de Marie et d'Elisabeth, que la tradition indique auprès d'une source. Les pèlerins qui ne purent s'approcher de la source qui coule sous la maison de Zacharie furent tentés de localiser cette rencontre auprès de la belle fontaine du voisinage.
Bref, de même que ces trois mots in civitatem Juda ont été rendus de quatre manières différentes, selon les idées préconçues que chaque commentateur avait sur la patrie de saint Jean-Baptiste, de même aussi la tradition relative à la localisation des souvenirs d'Aïn-Kârem a été souvent interprétée d'après les idées qu'on s'était faites de l'habitation du prêtre Zacharie ou de quelque autre circonstance.
Si donc l'on trouve dans les minuties relatées par les pèlerins des variantes et même des contradictions, on aurait tort de les mettre sur le compte de la tradition elle-même et d'en conclure c^u'elle est