LIEU DE LA CIRCONCISION DE S. JEAN-BAPTISTE
Léonard du Clou de Limoges (1704) (l), et qu'ils récitent encore aujourd'hui comme alors.
Comme tous s'accordent à voir dans la grotte de l'église de Saint-Jean le lieu de la nativité du Précurseur, il est facile, grâce à l'Ecriture sainte, de déterminer lesquels d'entre eux sont les vrais représentants de la tradition.
La loi mosaïque avait fixé la circoncision de l'e-nfant au huitième jour après sa naissance (2), mais sans déterminer aucun lieu^ pour la cérémonie. A cette occasion on imposait un nom à l'enfant.
Dans le temple, l'ange avait dit à Zacharie : « Elisabeth te donnera un fils que tu appelleras Jean (3). » Au jour de la circoncision, on demanda par signes au père de quel nom il voulait appeler son premier-né, et il répondit en écrivant sur une tablette de cire : « Jean est son nom. » Cet acte d'obéissance à l'ordre céleste lui rendit la parole dont le doute lui avait ôté l'usage et il s'écria dans un élan de reconnaissance envers Dieu : « Benedictus Dominus Deus Israël. »
Sainte Elisabeth avait assisté à toute la scène et l'Evangile laisse entendre qu'elle y prit même une part importante. Or la mère nouvellement délivrée n'a pas pu quitter la maison avant l'expiration du délai de purification : la loi s'y opposait formellement, u Si une femme, dit le Lévitique, xii, 2, ayant usé du mariage, enfante un mâle, elle sera impure et séparée pendant sept jours. » Si l'impureté légale ne durait à proprement parler que sept jours, la
(1) Op. cit., p. 115.
(2) Levit., XII, 3.
(3) Luc, I, 13.
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mère, toutefois, ne pouvait quitter la maison où elle avait accouché c|ue le c[uarantième jour, le jour de ses purifications ; car la loi ajoute aussitôt : « Et elle demeurera encore trente-trois jours pour être purifiée de la suite de ses couches. » Et manebit, à la lettre sedebit, veut dire ici segregata domi, d'après tous les interprètes et diaprés les coutumes du peuple juif.
La circoncision de saint Jean eut donc lieu dans la maison où il fut mis au monde, puisque sainte Elisabeth y assistait et que cette femme jas^e devant Dieu n'a certainement pas violé à cette occasion la loi mosaïque. C'est dans cette même maison que, selon saint Luc, le Benedictus s'échappa des lèvres du prophète Zacharie sous l'inspiration du Saint- Esprit.
Le Magnificat, hymne incomparable de reconnaissance et d'amour, a retenti pour la première fois dans la maison de Zacharie où s'était retirée sainte Elisabeth, a En ces jours, dit l'Evangile, Marie se levant, s'en alla en hâte au pays des montagnes, en une ville de Juda. Et elle entra dans la maison de Zacharie et scdua Elisabeth. »
Malgré cette indication formelle^ plusieurs pèlerins placent la rencontre de Marie et d'Elisabeth, non clans la maison des vénérables époux, mais au milieu du chemin auprès de la fontaine qui déverse ses eaux au fond du A^allon.
A dire vrai, il n'est pas difficile de trouver la cause
de cette divergence : elle tient au souvenir d'une source qui avait été le témoin de cette rencontre et qui devait par conséquent en rester le signe commémoratif. Mais il existe deux sources : celle dont nous venons de parler, qui est la fontaine publique, et une autre plus petite qui coule encore aujourd'hui au fond de la chapelle de la Visitation (1), et qui, d'après une pieuse croyance, aurait surgi au moment même où les deux saintes femmes, tant favorisées des dons célestes, s'embrassèrent et échangèrent leurs suaves salutations.
Daniel, l'hégoumène russe, a remarqué l'existence de la source supérieure : « En haut, dit-il, s'élève une modeste église sous laquelle se trouve une petite grotte et à l'entrée de celle-ci est adossée une autre petite église. C'est de cette grotte que coule une source d'eau qui abreuva Elisabeth et Jean (2). »
(( Après la salutation, dit le pèlerin français de 1480 que nous avons déjà cité, Nostre Dame fist le pseaulme du Magnificat. En ce disant sourdit inoontinent une belle fontaine qui encore à présent court et est dessoubz la chapelle de laquelle les pèlerins beurent (3). »
Beaucoup de pèlerins ont été privés de la consolation de boire à cette source, et même de la voir ; car la chapelle fut occupée la plupart du temps par les Maures et il devint très difficile d'en approcher, plus encore d'examiner la disposition des lieux. Ne
(1) Le débit de cette petite source a diminué depuis l'établissement de la coloaie de recluses russes et la construction de puits au-dessus du couvent de la Visitation.
(2) Op. cit., p. 51.
(3) Op. cit., loc. cit.
retrouvant pas au Mar Zakarîyah la fontaine traditionnelle, ils ne s'occupèrent que de celle qui jaillit plus bas, au pied de la colline, sur le chemin qu'ils suivaient pour traverser la bourgade.
Cette grande fontaine, qui forme un petit ruisseau, a dû en tout temps faire la richesse du pays ; mais pendant de longs siècles il ne s'y était attaché aucun souvenir spécial de fait extraordinaire. Daniel et Phocas n'en parlent même pas.
Voici à quel titre elle figure dans les récits des pèlerins :
Ricold de Monte Crucis (1294), venant , de Bethléem, écrit : « Nous trouvâmes d'abord le lieu où Elisabeth rencontra Marie et où son enfant tressaillit dans son sein. Ensuite nous rencontrâmes le lieu de Zacharie et là près, à un tiers de mille, se trouve la maison d'Elisabeth (où elle enfanta). Entre les deux court un filet d'eau provenant d'une magnifique fontaine où Marie et Elisabeth, toutes deux enceintes, se reposèrent et s'entretinrent souvent (1). »
En 1330 François Pipin dit à son tour : « Entre ces deux églises (celle du Magnificat et celle de la Nativité de saint-Jean) coule une source appelée la fontaine de la bienheureuse Marie, où celle-ci se désaltéra et vint souvent puiser de Feau (2).
Vers l'an 1400, un anonyme grec ne mentionne cette fontaine que pour l'appeler « aqua Redargutionis (3). »
Jean Thénaud (1512) dit simplement : « Et la près est le lieu ou nasquit sainct Jehan. Item par delà
(1) Op. cit., p. 111.
(2) Op. cit., loc. cit.
(3) Op. cit., loc. cit.
une fontaine, estoit la maison champestre de Zacharie (1). »
Denis Possot, en 1532, n'est pas moins laconique : (( De là (du désert de Saint-Jean) a deux milles, tirasmes revenant vers Hierusalem au lieu ou Nostre Dame et saincte Elisabeth se rencontrèrent, et y a une pauvre chapelle en une montagne et la fist Nostre Dame le pseaulme de Magnificat. Ung peu plus bas, environ un petit gect d'arc, sort une belle fontaine auprès de la quelle nous desjunasmes (2). » Mais durant la pause qu'il fit avec son guide devant cette source, il n'a rien appris sur son histoire.
Zuallard est peut-être celui qui a le mieux noté et le plus exactement rendu ce que les indigènes pensaient au sujet de la source dont nous parlons : « En allant de cette église (Saint-Jean) à un jet de pierre plus bas, dit-il, on rencontre la fontaine appelée par les habitants la fontaine de la Vierge Marie. Saint Jean et ses parents {et la Vierge Marié) s'y rendirent souvent, comme on le présume, pour s'y désaltérer (3). » Barbone Morosini (4), Martin Seusenius (5) et d'autres s'expriment à peu près dans les mêmes termes.
Tous les pèlerins ont rencontré cette belle source sur leur chemin ; mais beaucoup ignorèrent l'existence de celle qui, selon la tradition, jaillit à l'intérieur de la grotte pendant la touchante entrevue de
(1) le voyage d'outremer, éd. Ch. Schefer, Paris, 1884, p. 111.
(2) Le voyage en T. S , éd. Ch. Schefer, Paris, 1890, p. 176.
(3) Op. cit., p. 222.
(4) Op. cit., p. 325.
(3) Reise in das h. Land, éd. F. Mulhau, Zeitschrifï D P. V., Leipzig, 1903, p. 46.
Marie et d'Elisabeth. D'un autre côté, tous savaient que le lieu de cette rencontre était marqué plus loin et plus haut que la grande fontaine, par une église commémorative portant le nom de Magnificat : (' A l'endroit, dit Odoric de Frioul, où elles se rencontrèrent et s'embrassèrent mutuellement, s'élève une belle église qui est encore connue de notre temps sous le nom d'église du Magnificat (1). » Aussi quelques-uns se trouvèrent si embarrassés par la présence respective de l'église de la Visitation au haut de la colline, et de la seule fontaine visible au fond du vallon, qu'ils crurent ne pouvoir résoudre la difficulté qu'en dédoublant le lieu de cette rencontre.
Ainsi Marien de Sienne parle d'abord de l'église ou de la maison « dans laquelle, dit-il, Marie visita sainte Elisabeth et composa le Magnificat. » Mais comme il n'y a pas aperçu la petite source miraculeuse, il se permet d'écrire aussitôt : « En descendant de ce lieu dans la vallée, à un trait d'arbalète on rencontre une petite fontaine (sic) qui coula miraculeusement {sic') lorsque Marie et Elisabeth s'y rencontrèrent (2). «
Poloner est tombé dans la même contradiction. Après avoir décrit la double église qui occupe l'emplacement (( de la maison de Zacharie, dans laquelle, dit-il, la bienheureuse Vierge visita Elisabeth, ^) il parle de nouveau de cette rencontre et des mémorables paroles de Marie et de sa cousine à propos de la grande fontaine du village (3).
(1) Op. cit., p. 152.
(2) Op. cit., loc. cit.
(3) Op. cit., p. 252.
Félix Fabri se tire d'embarras avec moins de frais : La sainte Vierge, dit-il, fit jaillir miraculeusement cette magnifique fontaine en passant là, avant de monter dans la maison de Zacharie pour visiter sa cousine (i).
D'autres enfin, parmi lesquels on compte Nicolas de Poggibonsi, d'Anglure et Frescobaldi, disent qu'Elisabeth, allant au-devant de Marie^ la rencontra près de la fontaine où elles échangèrent leurs salutations.
On a voulu faire croire la même chose à Greffin Affagart (1553-1554), mais ce pèlerin normand trouva un mot de protestation. Il parle d'abord de l'église de Saint-Jean et de celle du Magnificat, puis il ajoute : « Entre ces deux maisons il y a une belle fontaine en laquelle ilz disent par de la que la Vierge Marie trouva Elisabeth et pour ce les Turcs et Mores y ont révérence ; mais ce dict n'est pas de grande auctorité, car l'Escripture n'en fait nulle mention (2). »
En effet, l'Evangile n'insinue d'aucune façon qu'Elisabeth ait su que la Vierge de Nazareth s'était mise en route pour venir en toute hâte auprès d'elle. 11 permet encore moins d'admettre que Marie rencontra sur la voie publique celle qui, après avoir eu l'assurance qu'elle avait conçu, s'était retirée du monde et passa cinq mois dans la solitude.
Puis, la sainte Vierge et sainte Elisabeth auraientelles échangé leurs salutations et se seraient-elles confié mutuellement leurs célestes secrets à haute voix sur un chemin public, auprès d'une fontaine où
(1) Oy». cit., loc. cit.
(2) Relation de la Terre sainte, ccl. J. Cliavrgnon, Paris, 1902, p. lio.
la population allait et venait ? Remplie du Saint- Esprit, l'épouse du prêtre juif célèbre les grandeurs de celle qui vient la visiter « en élevant la voix, nous dit saint Luc, et en s' écriant : Vous êtes bénie entre les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. » Et l'humble Vierge exprime sa joie et sa confiance dans la puissance et la miséricorde du Seigneur, en affirmant que « désormais toutes les générations la proclameront bienheureuse. » De tels accents et de telles confidences ne purent se faire en présence de la foule bruyante et affairée qui se presse autour d'une fontaine.
Mais quel besoin avons-nous de raisonner sur la vraisemblance ou la possibilité de cette rencontre au fond du vallon, sur la voie publique, lorsque l'Evangile nous apprend que toute cette scène se passa dans l'intimité, dans l'enclos de la maison du prêtre : « Et intravit in domum Zachariœ et salutavit Elisabeth. » Aussi, la fontaine du village ne fut-elle jamais marquée par aucun monument sacré (1), ni même mentionnée dans les récits des anciens pèlerins. La maison de Zacharie, au contraire, était dès la fin du iv*^ siècle, comme nous avons vu, remplacée par un édifice sacré.
Nous arrivons à la troisième difficulté, qui a jeté plusieurs écrivains modernes dans un embarras inextricable.
(1) Dans ces derniers temps seulement les musulmans ont établi une mosquée par-dessus cette fontaine, en laissant toutefois la source accessible à tout le monde.