‹ La patrie de saint Jean-Baptiste, avec un appendice sur ArimathieChapitre 41 sur 50 · LA MAISON DE ZACIIARIE · texte numérisé non relu

LA MAISON DE ZACIIARIE

Daniel ne connaît qu'une maison de Zacharie, ielle qui se trouve au sein de la ville et, naturellerhent, c'est là, d'après lui, que Marie visita Elisabeth et que Jean vit le jour. Le pèlerin russe est seul de cet avis. Tous les autres, sans exception, admettent deux maisons, l'une dans la ville, l'autre dans la campagne ; la première fut le berceau du Précurseur, la seconde fut le théâtre de l'entrevue de Marie et d'Elisabeth. Déjà Phocas place en dehors de la ville la maison de Zacharie où Marie salua sa cousine et exprima son bonheur dans le cantique Magnificat. Près de ce lieu, dit-il ensuite, se trouve le village où naquit le Précurseur. Voici du reste en quels termes il s'exprime : « A environ quatorze stades de Jérusalem, on voit la maison du prophète Zacharie, où l'immaculée Mère de Dieu se rendit avec empressement après l'annonciation et salua Elisabeth, tandis que l'enfant de cette dernière tressaillit d'allégresse dans son sein, pour témoigner, semble-t-il, la joie qu'il éprouvait à recevoir le Seigneur. La Vierge fit entendre son cantique admirable et prophétique. Là se trouve aussi un village, avec une église élevée au-dessus d'une grotte ; c'est au fond de cette grotte qu'eut lieu la naissance du Précurseur (1). » Nicolas de Poggibonsi, Antoine de Reboldis et Gréthénios semblent avoir puisé leurs renseignements à la même source que Phocas.

Mais pour Phocas, comme pour Daniel et les trois autres pèlerins, l'antique église située au delà du vallon ne représente pas la maison de Zacharie^ le lieu de la Visitation, mais la montagne à laquelle

(1) De locis sanctis, ap. Migne, Patr. gr.-lat., t. CXXXIII, col. 9oo.

Elisabeth confia son enfant pendant le massacre des Innocents, ainsi que le premier désert de saint Jean- Baptiste. Ils sont donc sur ce point en complet désaccord avec les centaines de pèlerins auxquels on avait montré cette même église comme le lieu où se trouvait la maison de Zacharie de saint Luc.

Comment cette divergence d'opinions a-t-elle pu prendre naissance? Laquelle de ces deux opinions représente la tradition ? Quelque difficile que ce problème puisse paraître de prime-abord, sa solution est en réalité fort simple.

Si au temps des Croisades un grand nombre d'auteurs affirment qu'Aïn-Karem est la patrie de saint Jean-Baptiste, on n'en trouve pas, cependant, en dehors de Daniel et de Phocas, c^ui aient laissé, avant la fin du xiii'' siècle, une description de ses monuments avec leur position topographique.

Mais avec Ricoldde Monte Crucis (1294), François Pipin (1320) et Frescobaldi (1384), commence toute une série d'écrivains qui reconnaissent que l'église située en dehors du village avait remplacé la maison de Zacharie cju'habitait Elisabeth lorsque la sainte Vierge vint à Aïn-Kârem. Nous avons déjà vu par suite de quelle erreur ils n'ont pas tous placé dans cette maison toute la scène racontée dans l'Evangile. De tous les témoins du moyen âge, dira-t-on peutêtre, Daniel et Phocas sont les plus anciens et, par conséquent, les plus dignes de foi.

En matière de tradition, il est vrai, les écrivains qui nous la font connaître méritent, en règle générale, d'autant plus de confiance qu'ils ont vécu en des temps plus rapprochés de l'événement qu'ils rapportent. Mais cela ne veut pas dire qu'au moyen âge

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