LA MAISON DE ZACHARIE
tout écrivain plus ancien représente nécessairement la tradition avec plus fidélité que ses successeurs. Nous avons vu combien multiples sont les causes pour lesquelles guides et pèlerins peuvent s'écarter de la tradition et introduire dans leurs descriptions circonstanciées leurs propres interprétations.
Dans le cas particulier, Daniel et Phocas ne s'accordent pas entre eux. Le premier ne connaît qu'une maison de Zacharie, qui fut à la fois le lieu de naissance de Jean et celui de la Visitation. Sur ce point il est explicitement en contradiction avec tous les autres témoignages de la tradition, et implicitement avec l'Evangile qui nous dit qu'Elisabeth alla se cacher pendant cinq mois.
Phocas localise la Visitation dans une seconde maison située en dehors du village, mais il n'en détermine pas le site.
Nicolas de Poggibonsi dit que la sainte Vierge et sainte Elisabeth s'embrassèrent auprès d'une fontaine, et Antoine de Reboldis remarque en outre c|ue la fontaine jaillit miraculeusement à l'occasion de cette rencontre.
Gréthénios place la maison de Zacharie dans laquelle entra la sainte Vierge pour saluer sa cousine « sur la deuxième des sept montagnes qui environnent la patrie du prêtre juif. »
L'on voit immédiatement que ceux qui virent dans l'église élevée hors du village un monument commémoratif de la cachette et du désert de saint Jean, ou se mirent en contradiction avec la tradition, comme Daniel, ou bien ne surent indiquer que vaguement le lieu de la Visitation, comme Phocas et Gréthénios.
Cette église située sur une hauteur à sept minutes de la ville et de la fontaine publique, répond-elle (( aux montagnes dans lesquelles s'enfuit Elisabeth pour soustraire son enfant à la fureur des soldats » et « au désert où, d'après Daniel, elle resta avec son fils jusqu'à la mort d'Hérode », et, selon le Protoévangile, « jusqu'à ce que le Précurseur se présentât à Israël ?»
Si vraiment sainte Elisabeth n'avait pas habité en cet endroit, pourquoi alors la sainte Vierge auraitelle traversé toute la ville pour aller trouver sa cousine au delà du vallon ? D'où serait venue sainte Elisabeth pour rencontrer sa jeune parente auprès de la fontaine ?
Il est inutile d'ailleurs de formuler ces objections. Consultons plutôt là-dessus l'opinion des chrétiens qui ont précédé de bien des siècles et Daniel et Phocas, et qui, par conséquent, se sont fait l'écho fidèle de la tradition d'^s premiers siècles.
Il ressort de la relation faite par les quatre pèlerins cités plus haut que leur lieu de la Visitation n'a jamais été marqué par un monument chrétien ; or si la place qu'ils indiquent eut été l'ancien emplacement de la maison de Zacharie les premiers chrétiens n'auraient pas manqué de vénérer un endroit si sacré et d'y élever, avec le temps, au moins un oratoire.
L'église qu'on rencontre au delà de la fontaine est certainement la plus ancienne construction chrétienne d'Aïn-Kârem. Elle a précédé celle de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste et, comme nous l'avons vu, sa fondation peut remonter jusqu'à la fin du iv*^ siècle. Mais il est inadmissible qu'elle ait