LA MAISON DE ZACHARTE
été destinée à commémorer un événement de second ordre dont il n'est fait aucune mention dans l'Ecriture, avant qu'on ait transformé en sanctuaires liturgiques le lieu de la Visitation de la sainte Vierge et celui de la naissance de saint Jean, illustrés l'un et l'autre par des prodiges célestes que l'évangéliste raconte avec une complaisance marquée.
On sait qu'en Palestine les premières églises furent toutes élevées aux endroits où Notre-Seigneur avait plus particulièrement manifesté sa divinité et sa toute-puissance. C'est précisément dans la maison de Zacharie qu'il a commencé à exercer sa merveilleuse influence sur les créatures en sanctifiant son précurseur dès le sein maternel. C'est dans cette maison qu'Elisabeth salua si gracieusement la Mère de Dieu, et que celle-ci révéla en termes sublimes la miséricorde du Seigneur envers son peuple. Un tel lieu n'a pas pu passer inaperçu dans les premiers siècles de l'Eglise. Et de fait le premier monument chrétien d'Aïn-Kârem apparaît sous le nom de « église de Zacharie, qui témoigne que Marie a visité Elisabeth », suivant les expressions de saint Pierre de Sébaste.
Si l'on consulte finalement les ruines imposantes de l'édifice lui-même, l'on verra l'idée cj^ui a présidé à sa construction se manifester d'une manière plus nette encore. On découvrira en même temps la pierre d'achoppement qui a fait dévier de l'ancienne tradition Daniel et Phocas ou leurs guides.
Dans la chapelle inférieure se conserve de temps immémorial un fragment du rocher qui s'entr'ouvrit pour donner un refuge au petit Jean lors du mas-
sacre des Innocents. Cette pierre n'occupe pas sa place primitiv^e, elle n'adhère pas à la masse rocheuse, mais elle a été détachée de la montagne et déposée dans une niche qu'on a ménagée dans l'épaisseur d'un mur énorme. Ce n'est donc pas là le rocher qui a servi d'asile à l'enfant, mais un fragment de ce rocher qui a été transporté du désert dans cette chapelle pour 3^ être conservé respectueusement. Toutefois, combien de pèlerins ont pris la partie pour le tout, le quartier de roc pour le rocher, le souvenir de la cachette pour la cachette elle-même ! Et si Daniel et quelc{ues autres visiteurs ont conclu de cette pierre qu'ils étaient arrivés « aux montagnes dans lesquelles s'enfuit Elisabeth avec son enfant sur les bras, et au désert où ils restèrent jusqu'à la mort d'Hérode », d'autres, persuadés d'être dans l'église du Magnificat, ont conclu, pour se tirer d'embarras, qu'Elisabeth avait caché son fils (f dans le rocher sur lequel s'élevait la maison de Zacharie. »
Supposons un instant que les constructeurs aient été chargés d'élever un édifice sacré pour honorer la montagne où se réfugièrent la mère et l'enfant en détresse. Auraient-ils fait disparaître le rocher et sa merveilleuse anfractuosité, en le brisant à coups de masse et de pic, ou en le masquant derrière de gros murs en maçonneri.>? N auraient-ils pas, au contraire, donné au rocher et à son admirable crevasse la place d'honneur dans l'édifice^ plutôt que d'en détacher un fragment pour le conserver dans la paroi latérale de la chapelle ?
En outre, pourquoi auraient-ils construit devant ce rocher, non pas une église proprement dite que