I.A PATRIE DE JOSEPH d'aRIMATHIE
Ces deux écrivains ont fait pour la Ramathaïm des Machabées et la Ramathaïm Sophim ce c^u'ils avaient fait pour les trois Maspha, pour les divers Gabaa, pour les deux Emmaus et d'autres localités homonymes ; — ils les ont fusionnées ensemble et n'en ont fait qu'un seul lieu. La ville détachée de la Samarie est bien distincte de la ville habitée par Samuel, tout le monde en convient aujourd'hui. Saûl à la recherche des ânesses de son père, n'a pas trouvé si loin de Jérusalem la demeure du prophète (1), et plus tard David, fuyant devant le roi Saûl, n'est pas descendu dans la plaine des Philistins pour se réfugier chez le même prophète (2). Tout dans le récit de la Bible s'y oppose formellement (3).
D'ailleurs, l'écrivain sacré fait bien entendre que la ville habitée par Samuel était située au haut d'une montagne (4). L'épithète Sophim (5), qui veut dire Lieu d'oii Von voit, observatoire sur un point culminant, lui a sans doute été donnée pour la distinguer de l'autre Ramathaïm assise en bas et qui est, peutêtre, l'ancienne Ramen des Septante, que le livre de Josué, XV, 34, mentionne parmi les villes de Juda situées dans la plaine, comme le remarque le Fr. Liévin de Hamme (6).
{V)lReg.,lX.
(2) I Reg., XIX, 18.
(3) La Palestine, par les Professeurs de Notre-Dame de France (Paris, 1904, p. 497), prétend encore que Samuel demeurait dans l'ancien pays des Philistins, au nord de Lydda.
(4) I Reg., I, 1 ; - IX, 11.
(o) I Reg., I, 1.
(6) Guide indic. de Terre sainte, 4» édit., Jérusalem, 1897, t. I, p. 138. — Nous verrons plus loin comment, selon l'hypothèse de M. l'abbé Barges, une ville du nom de Ramah a pu se trouver dans la plaine.
Au surplus, c'est assurément dans la plaine qu'il faut chercher la Ramathaïm des Macchabées, ville qui a été détachée de la Samarie parce qu'elle était peuplée de Juifs sacrifiant à Jérusalem, et saint Luc aussi, nommant la patrie de Joseph, Arimathie, a soin de la qualifier de tioXsoj; twv louoaLwv, une ville de Juifs (1).
L'emplacement de Ramathaïm-Sophim est encore l'objet de la sollicitude et des recherches des savants, et aucune des nombreuses hypothèses émises par les palestinologues les plus éminents ne paraît satisfaisante. Il ne faut donc pas s'étonner qu'Eusèbe, ne pouvant pas en déterminer le site propre, l'ait fusionnée avec l'autre ville de même nom, dont l'emplacement lui était connu. Son témoignage du moins, comme celui de saint Jérôme, selon la remarque de M. Robinson, « est décisif quant à l'existence d'une ville et d'un district du nom de Ramathaïm, non loin de Lydda et dans la région ou toparchie de Thamna (2). »
Eusèbe se contente de dire qu'Arimathie se trouve près de Lydda. Saint Jérôme, en ajoutant qu'elle est située dans la région thamnitique, ne nous fournit aucune donnée plus précise, car il nous laisse ignorer l'étendue ou les limites de cette région. Du reste les limites des toparchies variaient d'époque en époque, et jamais aucun historien ne nous a laissé des
(1) La Vulgate a rendu les paroles de saint Luc Arimathie, ville des Juifa, par Arimalhie, ville de la Judée, ce qui n'est pas la même chose. Plus d'une objection avancée contre la tradition de Ramléh a été basée sur cette traduction incorrecte.
(2) (( This testimony is décisive as to Ihe existence of a place and a district called Ramalhem, not far from Lydda, and within the région or toparchie of Thamna. » Biblical rescarches. Boston, 1841, t. III, p. 41.
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renseignements précis sur leur étendue, ni même indiqué les villes ou villages limitrophes. Il est donc permis de se demander si saint Jérôme avait une notion bien exacte de la délimitation de l'ancienne toparchie thamnitique?
En tout cas, on aurait tort de conclure des paroles de saint Jérôme qu'il faut chercher Arimathie entre Lydda et Thamna ; ce serait confondre cette ville avec la région de ce nom, et cette confusion serait d'autant plus regrettable qu'il existait deux villes portant le nom de Thamna, l'une à treize milles au nord-nord-est de Lydda, l'autre à seize milles au sudsud-est de cette même ville (1).
A deux reprises Eusèbe et saint Jérôme disent que Thamna se trouve sur la route de Lydda à Jérusalem (2). Ils parlent sans doute de la Thamna du nord (3) qui devint la capitale de la toparchie de ce nom (4). On l'identifie avec le village en ruine appelé Tibnéh ; mais cette localité se trouvait sur la route romaine qui allait d'Antipatride à Jérusalem sans passer directement par L^alda.
A seize milles au sud-sud-est de Lydda existe un village également nommé Tibnêh, qui selon le Survey of Westerri Palestine pourrait bien être la Thimna ou Thamna de Josué, xv, 10, et des Juges,
(1) Le livre des Juges mentionne une autre Thamna en relation avec Gdbaa, Djéba, dans les montagnes de Juda. Les géographes anglais {Survey of W. Palestine, Memoirs lil, p. 53) l'identifient avec le village arabe appelé Tibna, au sud-est d Eleuthéropolis ou Beit-Djibrin.
(2) (( Thamna... ostenditur hodieque viens prœgrandis in finibus Diospoleos eunlibus iEliam, in tribu Dan sive Judae. » — « .Enan... proximus Thamn^e vico grandi, qui situs est inter ^l^liam et Diospolim. » Op. cit., p. 213 et 29.
(3 /os., XIX, 43.
[S] Flavius Josîphe, Bell. Jud., III, iir, ii; — Pline, Hist. nat., V, U.
XIV, 15(1). C'est près de cette ville que passait la voie romaine qui allait de Diospolis à Jérusalem.
Jusqu'où s'étendait la toparchie de Thamna, il est impossible de le dire, et, bien que sous la plume de saint Jérôme Arimathie devienne une ville de la région thamnitique, l'Onomasticon ne nous fournit sur la patrie du noble décurion de l'Evangile qu'une seule donnée géographique positive : Elle se trouvait près de Diospolis ou Lydda.
Cependant, dans un autre ouvrage, saint Jérôme nous permet de préciser davantage la position d' Arimathie. Dans sa lettre LXXXVI à sainte Eustochie, appelée Epitaphe de sainte Paule, il fait suivre à cette dernière un itinéraire qui semble bien placer Arimathie au sud de Lydda. Sainte Paule vient en effet d'Antipatride, descend à Lydda, puis « à Arimathie, le village de Joseph qui ensevelit le Seigneur », ensuite elle se rend à Jafîa (2). Au delà de Lydda, vers le sud, existe la ville de Ramléh, la traditionnelle Arimathie ; et le docte Hollandais, Adrien Reland, remarque à ce sujet que « saint Jérôme semble avoir cru qu'Arimathie se trouvait à l'endroit où s'élève à présent Ramléh (3). » Nous verrons plus loin que, depuis, les chrétiens ont invariablement montré Arimathie à l'emplacement de Ramléh.
M. Robinson est à peu près d'accord avec nous
(1) Memoirs III, p. 417.
(2) (( Et Lyddam versam in Diospolim (vidit). Haud procul ab ea Arimathiam, viculum Joseph qui Dominum sepelivit, et Nobe, urbem quondam sacerdotum, nunc tumulum occisorum ; Joppe quoque... » Ap. Migne, Patr. lat., t. XXII, col. 489.
(3) (( Videtur credidisse Hieronymus Arimathiam sitam fuisse eo loco ubi nunc Rama urbs est. » Palœstina, 1. III, Utrecht, 1714, t. II, p. 580-
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sur tous les points énoncés ci-dessus, excepté le dernier : il pense qu'il faut chercher Arimathie quelque part à l'est de ÏA^dda plutôt qu'au sud.
Il aurait bien certainement raison de la chercher à Test, si le chemin de Lydda à Jérusalem devait nécessairement former une ligne bien droite ; mais comme les deux routes qui menaient de Lydda à Jérusalem dessinaient, au contraire, des courbes considérables, sa conjecture reste sans fondement, d'autant plus qu'à l'orient de Lydda on n'a pu découvrir aucun endroit qui corresponde tant soit peu à Ramatha ou Arimathie, ou qui ait été considérée comme telle par les anciens.
L'érudit Américain rejette ensuite la tradition qui montre à Ramléh la patrie de Joseph d'Arimathie, alléguant les trois raisons suivantes :
1^ Ramléh, dit-il, n'est pas une ville ancienne ; car, d'après Aboulféda et Guillaume de T3^r, elle a été construite en 716 par Soliman, fils d'Abd-el- Melek.
2^ Ramléh n'a aucun rapport de signification avec la dénomination antique de Ramah ou d'Arimathie. Son nom, tout à fait arabe, signifie sa6Ze ; étymologiquement il ne saurait dériver de Ramah qui a le sens de hauteur.
3*^ Les anciens pèlerins semblent avoir ignoré l'existence d'Arimathie au sud de Lydda (1).
Examinons la valeur de ces objections.
(I) Op. cit., t. III, p. 49.
APPPENDICE
Ramléh, située à la croisée des routes de Jaffa à Jérusalem et d'Egypte à Damas, est bâtie sur un léger renflement de terre, à 80 mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée. Le sol est sablonneux, mais des plus fertiles et l'eau 3^ abonde.
Pourquoi une position aussi avantageuse n'auraitelle pas été occupée par une ville avant le vm^ siècle de notre ère? Et pourquoi cette ville ne pourraitelle pas être Arimathie?
Le nom de la ville actuelle est arabe, répond-on, et il n'est ni identique ni analogue avec celui de Ramah, ou d'Arimathie son dérivé ; Ramléh et Ramah diffèrent totalement quant à l'étymologie et à la signification.
Cependant nous savons d'une part que plusieurs villes de la Judée ont porté successivement des noms différents : hébreu, latin, arabe. Jérusalem, par exemple, a reçu des Romains le nom d'^lia Capitolina et des Arabes celui d'El Qouds. Les villes qui ont subi ces changements de dénomination ne laissent pas d'être des localités anciennes. D'un autre côté beaucoup de vieilles localités ont conservé leur ancien nom, mais tellement déformé qu'il a changé de sens. Thamna ou Thimna, par exemple, qui signifie numerus ou vetans (1), est devenu Tibna ou Tibnêh, qui veut dire paille (2). Pourquoi le mot
(1) Saint Jérôme, Liber de nominibus, ap. iMignc, Patr. lat., t. XXITI, col. 783.
(2) Voir: Sarvey of W. Palestine, Name list, p. 273.
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Ramléh, sable, ne se serait-il pas substitué de la même manière au mot Ramah, hauteur, dans la bouche des Arabes?
Dans son Etude sur les villes de la tribu de Juda, M. E.-G. Rey dit : « Le nom moderne Er Ramléh signifie le Sable, ou la ville construite au milieu des sables. Il est vrai que le sol est, en cet endroit, de nature sablonneuse ; mais cette circonstance ne paraît pas suffisante pour qu'on 3^ voie l'origine de la nouvelle appellation et, malgré les doutes exprimés à ce sujet par le Révérend Robinson, je partage l'opinion généralement admise que Ramléh a remplacé l'Arimathie. Les musulmans, lors de la concjuête, n'ont pas manqué d'arabiser les noms des localités bibliques (1). »
M. Clermont-Ganneau, qui voudrait faire de Ramléh l'ancienne Beth Rimmon, dit aussi : « Ramléh passe généralement pour être de fondation arabe. Il est historiquement certain que le calife omniade Suleimân a créé là une grande ville dont l'importance a crû avec le temps. Mais cela ne veut pas dire c|u'il n'y avait pas auparavant sur ce point très bien situé, un bourg avec un nom. Ramléh est en apparence un nom purement arabe, « sable »... La toponymie populaire^ en Sa^'Ic comme ailleurs, a une tendance marquée à déformer les noms des lieux pour les ramener à des mots connus (2). »
Mais est-il bien certain que Soliman ait donné à Vimportante ville aux douze portes qu'il venait de fonder un nom aussi vulgaire que celui de Le Sablel
(1) Etude historique et topograp/iique de la tribu de Juda, Paris, 1850, p. 128-129.
(2) Recueil d'archéologie orientale, Paris, 1900, t. III, p. 276-277.
Il est permis d'en douter. Voici ce que dit à ce sujet M. V. Guérin : « Le mot Arima, comme le savant orientaliste M. l'abbé Bargès me l'a fait remarquer, peut dériver également de l'hébreu aremah, tllp^^P qui signifie « tas de blé », acervus frumenti. En chaldaïque aremtha, en syriaque aremotho, ont la même signification. En arabe a'rameh veut dire à la fois « amas de sable » et u amas de blé ». Les Arabes, en appelant Ramleh de la sorte, semblent avoir adopté le premier sens.
(( Quant à la dénomination hébraïque de Ainma ou Aremah, signifiant « tas de blé », elle pouvait s'appliquer très bien à une ville bâtie au milieu d'une plaine riche en céréales. Les Arabes, de leur côté, auront été plus particulièrement frappés de la nature sablonneuse de son terrain, et comme dans leur langue le mot a'rameh, ainsi que je viens de le dire, signifie également « amas de sable », de Arima, Arémah ou Ariinathia, ils auront fait A'rameh, puis Ramléh, terme par lequel ils désignent plus habituellement un « amas de sable ». Ces altérations de noms dans le passage d'une langue à une autre n'ont rien qui doive nous étonner (1). »
Nous avons déjà rappelé que le livre de Josué, XV, 34, indique une ville dans la plaine de la tribu de Juda, dont le nom n'a pas été conservé dans notre texte hébreu, mais que les Septante ont rendu par 'Ra|jLév. On pourrait se demander si cette ville ne portait pas en hébreu un nom signifiant « amas de blé » et si, après avoir été pendant des siècles entre les mains des Philistins, puis des Samaritains, elle
(1) Description de la Palestine, La Judée, t. I, p. 50-51.
LA PATRIE DE JOSEPH d'aRIMATPIIE
ne serait pas devenue une Ramah ou une Ramathaïm vers l'époque des Machabées. Ce n'est là sans doute qu'une simple conjecture ; mais elle expliquerait la présence d'une Ramah dans la plaine.
Quoi qu'il en soit, la tradition qu'Eusèbe et saint Jérôme nous ont transmise ne s'est pas perdue et, à partir de l'année 1099, les témoignages abondent en faveur de la patrie du noble décurion de l'Ev^angile : Arimathie est toujours montrée à Ramléh.
On s'étonne quelquefois que les pèlerins antérieurs aux Croisades n'aient pas fait allusion à Arimathie, quoiqu'ils parlent de Lydda.
A Lydda on vénérait le tombeau de saint Georges et la mémoire de la guérison miraculeuse du paralytique ^néas, opérée par l'apôtre saint Pierre (1). Mais quel attrait spécial Ramléh pouvait-elle offrir aux pèlerins? Que possédait-elle qui fût digne d'être mentionné dans leurs rares et courtes relations ? Cette ville ne constituait pas alors un Lieu saint. D'un côté, Joseph d'Arimathie n'a pas figuré avant les Croisades dans les martyrologes romains (2). Son nom, il est vrai, est consigné dans les ménologes grecs avant cette époque ; mais on ne trouve trace d'un culte spécial rendu à ce disciple du Christ avant le xn*" siècle. D'un autre côté, Arimathie ne renfermait pas le tombeau de Joseph et n'a jamais été le théâtre de quelque miracle ou de quelqu'autre événement digne d'être raconté par les pèlerins. Sous la domination arabe, Ramléh renfermait un bon nombre de chrétiens (3) ; et s'ils n'ont pas élevé
(1) Ac^., IX, 33-33.
(2) Voir : Bollandistes, A. S. S., Martii, t. II, die XVII, p. 302-506.
(3) Eutychius d'Alexandrie {Annales, ap. Migne, Pair, gr.-lat., t. CXI,
de monument sacré à Joseph, ils n'ont pas oublié pour cela que Ramléh était sa patrie, comme le prouvent les premiers historiens des Croisades, qui se sont faits l'écho de la croyance populaire.
Une des sources les plus importantes de l'histoire de la première Croisade est sans contredit VHistoria Hier osoly mit ana de Foucher de Chartres, qui en qualité de chapelain accompagna partout les Croisés dans leurs premières conquêtes. En 1099, les Francs arrivèrent à Lydda, puis dans le voisinage, à Ramléh : « Ils passèrent, dit notre historien, par la ville appelée Ramatha, ou Arimathie, dont les habitants sarrasins s'étaient enfuis la veille de l'arrivée des Francs (1). » A deux autres reprises, Foucher de Chartres appelle Ramléh du nom de Ramatha (2).
Que Ramléh ait été Ramatha ou l'Arimathie de l'Evangile, les Croisés n'ont pu l'apprendre que des chrétiens du pays" et en particulier de ceux de Ramléh qui, à l'approche des Francs, ne s'étaient pas enfuis avec les Sarrasins.
L'auteur des Gesta Francorum Hierusalem expugnantium était aussi arrivé en Palestine avec la première croisade et avait achevé de composer son histoire avant l'année 1108. Il écrit à son tour : « Laissant à droite la ville maritime de Joppé, ils descendirent à Ramatha, ville qui es^ 7nai?7^e?2a?i^ appelée
col. 1551) raconte qu'à Ramléh, lors d'un soulèvement, les musulmans détruisirent l'église de Saint-Côme et celle de Sainl-Cyriaque, des Melchites. Le calife El Mouktadir ordonna ensuite de les reconstruire et dé les rendre aux clirétiens. C'était au commencement du x' siècle.
(I) « Et per urbem nomine Ramatha, sive Arimathia pcrrexerunt, de qua Saraceni incolae aufugerunt pridie quam illuc pervenissent Franci. » Op. cit., WN, Recueil des historiens des Croisades, Paris, 18G6, t. III, p. 354.
(?) Op. cit., p. 397 et 451.
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i^amwZa et dont tous les habitants sarrasins avaient pris la fuite (1). »
L'abbé Guibert, après avoir parlé du passage des Croisés à Césarée maritime, ajoute : « Après cela^ ils se rendirent à une ville nommée Ramatha, célèbre parla naissance de Samuel (2). » Dans un autre passage, il désigne Ramléh sous le nom de « urbs Ramathem (3).
Dans VHistoire de Baudouin III, il est dit également que les Croisés passèrent par « Ramula, ou bien Ramatha (4). » »
Puis dans les Annales de Terre sainte rédigées vers l'an 1277, l'historien raconte que deux ans après l'occupation de Ramléh, les Croisés s'emparèrent de Césarée et s'exprime en ces termes : « Apud Ramatham anno MCI Cesarea capitur (5). »
Pierre Tudebode (6), All)ert d'Aix (7), VEstoire de Eraclès Empereur (8), le Continuateur de Guillaume de Tyr, dit de Rothelia (9), Benoît de Accoltis (10),
(') « Elenim marilimam Joppcn a dextra relinquentes descendcrunl in Hamatha, quae civitas nunc Ramula appcUalur ; de qua incolae Sarraccni omnes aufugicrunt. )) Op. cit., XXVIH, Id., t. 111, p. 508.
(2) « Post liœc ad cam, quam quidam Ramalham, origine Samuelis illustrem. » Gesta Dei ver Franco^, VII, 1, /(/., t. IV, p. 222. — Eusèbe et saint Jérôme, comme nous l'avons déjà dit, font aussi d'Arimathie la pairie de Samuel.
( {) Op. cit., VII, XXIV, Id., Ibid., p. 27^.
(•i) « Pcr urbem Ramulam sive Ramatha perrcxerunt. » Balduini III historia nicœna vel anliochena, LVIII, /d., t. V, p. 174. (o) Archices de l'Or, lat., Paris, 188i, t, II, Documents, p, 430, note 3.
(6) De Ilierosoliniitano ilinere, Rec. des hist. des Crois., t. III, p. 102 ctlH.
(7) Historia Hierosolymilana, V, xlii et VII, vr, Id., t. IV, p. 4C0 et oll.
(8) Id., t. I. Le traducteur rend le nom Ramula de l'évôque de Tyr par Rames.
(9) M, t. II, p. o03.
(10) Historia Gotefredi, Id., t. V, p. 599, 600, G04 et 616.
Li Estoire de Jérusalem et cV Antioche (1) et d'autres chroniques et chroniqueurs désignent généralement Ramléh sous le nom de Rama, ou Rames, Guillaume de Tyr écrit d'abord Ramula et vers la fin Rama (2). Ces témoignages montrent assez combien la tradition recueillie par Eusèbe et saint Jérôme était encore vivace dans le pays à l'arrivée des Francs.
Consultons à présent le clergé latin de la Palestine. Aussitôt qu'on eut pris possession de Ramléh, on y érigea un siège épiscopal : Arimathie a donc été le premier évêché latin de la Terre sainte. Mais comme Ramléh ne possédait pas d'église digne d'être érigée en cathédrale, et qu'à une lieue de distance, à Lj^dda, on vénérait le tombeau de saint Georges, patron des guerriers, Saint-Georges de Lydda devint l'église épiscopale. « C'est pourquoi l'evesque de Rame et de Lidde, dit Fr. du Cange, estoit ordinaireinent nommé evesque de Saint-George, de l'une ou de l'autre de ces deux villes nommées indifféremment Saint-George de Rame ou de Lidde (3). » L'an 1212, Wilibrand d'Oldenbourg ne fait même de Lydda et de Ramléh qu^une seule ville et dit « qu'elle est appelée aujourd'hui par les Francs San lorge de Ramule (4). »
En souvenir de la célèbre ville biblique qui venait d'être érigée en évêché latin, l'évêque de Ramléh prit le titre de « Episcopus Ramathensis. »
Dans un acte de donation faite avec le consentement du chapitre de Saint-Georges en faveur des
(1) Id\i. V, p. 6i2.
(2) Historia rerum, XXI, xxi, Id., t. I, part. II, p. 1039.
(3) Les familles d'outremer, éd. E. G. Rey, Paris, 1869, p. 799. ('i) Peregrinatio, éd. Laurent, op. cit., p. 184.:
LA PATRIE DE JOSEPH d'aRIMATHIE
Frères lépreux de Jérusalem, et signée par l'évêque de Ramléh en septembre 1147, on lit : « Ego, Rogerus, Dei gratia Ramathensis episcopus (1). »
Robert, le premier évêque de Ramléh, portait déjà ce titre, comme cela ressort d'un autre acte public du 28 septembre 1110, par lequel le roi Baudouin confirme une donation faite par l'évêque de Ramléh aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem : « Laudo et confirmo, dit-il,..- terrasque et domos quas dédit episcopus Ramathensis in S. Georgio Hospitali Iherosolymitano (2). »
L'auteur des Gesta Francorum (3) et Tudebode (4) appellent aussi Roger « episcopus Ramathensis ».
La noblesse reconnut, comme le clergé et les chroniqueurs, que Ramléh avait succédé à la ville biblique de Ramathaïm ou d'Arimathie, et les rois de Jérusalem y créèrent une seigneurie sous le titre de Ramatha.
Baudouin, qui figure dans l'acte du roi Baudouin L^ cité ci-dessus, comme donateur en faveur de l'Hôpital, de certaines propriétés sises à « Rames», a été le premier seigneur de Ramléh. Son petit-fils Hugues d'Ibelin, et plus tard les frères de ce dernier, Baudouin et Balian d'Ibelin, sont souvent mentionnés dans les actes publics avec le titre de Dominus Ramathensis (5).
(1) Cartulaire de Saint-Lazare, Archives de l'Or, lat., t. II, Documents, n» IV, p. 125.
(2) Cartulaire de l'Ordre des Hospitaliers de S. -Jean, éd. Delaville- Leroux, Paris, 189't, p. 21-22.
(3) Op. cit., loc. cit., p. 543.
(4) Op. Cit., loc. cit., p. 102.
(5) Du Gange, Les familles d'outremer, cod. dipl., n» 17, p. 18, — n" 191, p. 236 et p. 362. — Cartulaire de l'Ordre des Hosp. de S.-J., éd. Delaville-Leroux, t. I, n° 495, an. 1176, p. 341.