‹ La patrie de saint Jean-Baptiste, avec un appendice sur ArimathieChapitre 5 sur 50 · IN CIVITATEM JUDA · texte numérisé non relu

IN CIVITATEM JUDA

Ces trois mots sis tiÔIiv 'lo'joa ont servi de base à un grand nombre d'hypothèses^ par la diversité de l'interprétation à laquelle ils se prêtent. D'après les règles de la grammaire, ils doivent être traduits : « dans tine ville de Juda », et non « dans la ville de Juda » ; car, pour déterminer une localité ou un pays, la syntaxe grecque exige que la préposition qui régit le lieu soit suivie de l'article. Sans article la ville reste indéterminée.

Mais on ne doit pas toujours juger la valeur des

expressions emplo3'ées par un écrivain d'après les seules règles, de la grammaire. Il faut aussi tenir compte des locutions propres à l'auteur, des incorrections de style et d'autres particularités littéraires, en comparant entre elles les expressions analogues usitées dans ses écrits.

Le grec de saint Luc est sans contredit plus pur et plus correct que celui des autres écrivains du Nouveau Testament ; mais on ne peut méconnaître que l'évangéliste a aussi payé tribut à la décadence littéraire de son siècle, où la langue grecque commençait à s'altérer et à perdre de sa pureté. Si le prologue, par exemple, est tout à fait classique et d'un élégance digne des meilleurs historiens grecs, le récit de la naissance de saint Jean-Baptiste, qui vient immédiatement après, renferme beaucoup d'hébraïsmes, et semble même être une traduction fidèle d'un document araméen.

Saint Luc emploie l'expression précitée dans des cas où il est manifestement question d'un lieu indéterminé (1), comme il fait aussi précéder de l'article les lieux qui d'après le contexte sont bien déterminés (2). Cependant il ne le fait pas toujours. Ainsi, par exemple, au verset 4 du chapitre ii il dit : « Or, Joseph monta de la Galilée, ex TzoXeiùç NaÇapIS, en Judée, Tiôliy Aa-js^o, qui est appelée Bethléem. » Le contexte nous oblige de lire : « de la ville de Nazareth » et « dans la ville de David », bien que ces membres de phrase soient construits sans articlç.

Cela suffit pour montrer que si la lecture « dans une ville de Juda », lecture adoptée par toutes les

(1) Cf. I. 26; - VII, 11; - VIII, 1 ; - X, 10.

(2) Cf. V, 1 ; -VIII, 26 et 37.

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anciennes versions, parait être la plus naturelle, elle ne saurait cependant s'imposer. 11 est même regrettable que les partisans des diverses localisations se soient efforcés de tirer de l'une ou de l'autre lecture de ce texte un argument décisif pour soutenir leur opinion et combattre celle des antagonistes. Si l'on veut arriver à une entente, l'interprétation du texte doit rester en dehors de toute discussion ; son vrai sens ne pourra être déterminé avec certitude c^ue par d'autres données positives fournies par l'histoire ou la tradition.

Le mot Juda lui-même n'est pas exempt de toute difficulté, bien que le contexte semble indiquer le territoire de la tribu de Juda. En effet, l'évangéliste parle d'abord d'Hérode, roi de Judée (1). Par ce mot il faut entendre tout le territoire des douze tribus d'Israël. Dans d'autres passages du Nouveau Testament, le mot Judée exprime toute la contrée habitée par les Israélites, qui tous reçurent le nom de Juifs, bien qu'ils ne fussent pas tous de la tribu de Juda, -ni même de l'ancien roj^aume de Juda.

Puis, saint Luc, parlant du magistrat romain Ponce Pilate, dit qu'il était gouverneur de la Judée (2). Ici la Judée est prise dans une acception toute différente, et se rapporte, comme nous l'apprennent l'histoire et le Nouveau Testament, à la province méridionale du royaume d'Hérode.

La Juda où se rendit la Sainte Vierge devrait donc se prendre dans un sens plus restreint encore et ne s'appliquer qu'à la tribu de Juda. Néanmoins, il serait inopportun d'y insister dès maintenant,

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