‹ La Patrie en dangerChapitre 102 sur 111 · ACTE V, SCÈ>'E III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈ>'E III

PERRIN

Votre mise en liberté est signée, n'est-ce pas? mais donnez moi donc bien vite cette bonne nouvelle.

UiNE VOIX DE CRIEUR, au dehors.

La liste des soixante gagnants à la loterie de la Sainte- Guillotine !

BLANCHE, lentement.

Mon ami, c'est pour aujourd'hui, ma tante, vous et moi... On a vu nos noms sur la liste. (Elle regarde sa montre.) Dans deux heures !

TERRIN, après l'avoir regardée, un moment atterré.

Quel doux et fier courage est le vôtre, Blanche! Rien ne tremble dans votre voix, rien ne tremble dans votre cœur, devant cette mort...

BLANCHE, les yeux au ciel et rayonnante.

Mais je la veux, je l'appelle, je la bénis...

TERRIN.

Vous?... 0 pauvre enfant, à votre âge, quelle raison!... Blanche, c'est impossible! Mais, qu'est-ce qui peut...? pourquoi...?

BLANCHE

Pourquoi? Ah! je puis vous le dire aujourd'hui, puisque je sais que je n'ai plus qu'aujourd'hui pour vous le dire... Pourquoi? Parce que je vous aime !

PERRIN

Vous?... Moi!

BLANCHE', elle s'assied à côté de lui.

Nous avons été enfants ensemble... Nos jeux ont mêlé nos premières années. .. La même maison nous a vus naître... La même campagne nous a vus grandir... Souvent, nous avons mordu au même fruit... Nous étions comme frère et sœur. . toujours tous les deux... Je ne sais pas

si les autres oublient plus que moi, mais j'ai vécu si peu depuis ma jeunesse que je me suis toujours souvenue de mon enfance... Puis, quand ce fut fini... car il faut toujours que cela finisse... vous êtes revenu dans mon existence comme le Dévouement... à des heures solennelles et terribles... On eût dit que nos désastres, avant de nous unir, faisaient nos rendez-vous... Oui, je vous ai revu, toujours bon, généreux et brave, portant sur vous et tout autour de vous un rayon de la grandeur et de la fatalité des temps... Alors, peu à peu, j'ai eu mes idées, qui sont allées à vous... Il me semblait que Dieu ne s'y opposait pas !... Et maintenant, me comprenez-vous?... Tout ce qui nous sépare, les préjugés de ma tante, de mon oncle lui-même, mon sang, le royalisme de ma race, ce que je dois à mon nom, ce qui me défendait hier pour jamais d'être à vous, ce qui mêle défendrait encore à présent, mon ami, quand même je serais libre et ma maîtresse, tout cela... ah ! une pareille vie... vous voyez bien vous-même , mon ami , l'autre supplice vaut mieux !...

PERRIN, qui a écouté Blanche avec stupeur. 11 se lève.

Je ne rêve pas, n'est-ce pas? je suis bien éveillé ! Nous sommes dans le préau de Port-Libre. Voilà le jour du ciel. Vous êtes là, et je vous touche. Et cela est : Blanche de Valjuzon aime le général Perrin !

Cela est, mon ami, et je remercie cette fin redoutée de tous, la seule chose au monde qui pouvait m'arracher mon amour et me le mettre sur les lèvres... pkrrin, pensif et méditant.

Une mort de sang!... une mort qui tue les femmes comme on Les assassine!

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