ACTE IV, SCENE HT
ceux qu'ils nous laissent : les larmes de la patrie n'y sèchent jamais !
L'ADJUDANT, désignant le comte.
Général, cet homme qui est là...
TERRIN.
Eh bien, quoi? qu'il entende!... Nous avons dans les camps gardé ce droit des hommes libres de dire ce que nous pensons... C'est notre liberté à nous autres, un courage qui s'est réfugié aux armées avec l'honneur de la France... Sois tranquille, on ne bâillonne pas des bouches qui déchirent des cartouches!... Oui, Lyon me fait horreur... Tu vois bien que je m'en échappe et que je m'en sauve tant que je peux... Encore, quand on se battait, c'était la guerre... Mais à présent qu'on ne tue plus, qu'on massacre!... Ali ! ces mitraillades, ces fusillades, dans la prairie de la Part-de-Dieu ; ces murs de victimes qu'on foudroie; cette ville qu'on extermine ; ces femmes, ces enfant?... non, non! je ne peux plus entendre cela ! je ne veux plus voir cela... Tiens ! parfois, il me semble qu'on a changé notre uniforme en carmagnole de bourreau !
LE COMTE
Par le rasoir de l'égalité! voilà des paroles de Pitt etCobourg; des paroles d'un avilisseur des autorités constituées ; des paroles contre-révolutionnaires, quoi ! et que tout bon républicain, toi le premier, citoyen aubergiste, responsable de tous les suspects que tu reçois chez toi, tu devrais dénoncer...
MADELEINE, entraînant son père.
Venez, papa... Ah ! vous pouvez bien maintenant aller
à votre Club. (Elle sort avec son père en causant avec lui.)
LE COMTE
Mais sois tranquille, satellite des tyrans! je suis là...
(L'adjudant se lève menaçant.) PERLI-N, l'arrêtant. (Vu comte.)
Parle, camarade. La guillotine, n'est-ce pas? Eh! bien, je voudrais nous y voir monter tous les deux : nous verrions celui qui crierait de meilleur cœur : Vive la république !
LE COMTE
A l'avantage de la rencontre, citoyen général ! (n boit.) Scélérat de rogomme ! On peut dire que celui-là est fait avec du bouillon de canard et du poivre long... (v pan.) Maintenant, faisons l'ivrogne qui dort : ça dispense de montrer sa carte.
FERLIN, à l'adjudant.
Eh bien, allez, mon cher, je vous attends. SCÈNE IV
PERRIN, perdu dans ses réflexions, le COMTE faisant semblant de dormir; un long silence ; BLANCHE, poussant doucement la porte de sa cache.
BLANCHE
Plus de bruit!... Ils SOnt partis... (\percevant Terrin.) Ah!
quelqu'un... lui!
I'ERHIN.
Mademoiselle de Valjuzon! ici !... Vous n'êtes pas en Suisse? On m'avait dit que vous et votre tante... J'avais demandé en entrant à Lyon...
BLANCHE
Merci de vous êtes souvenu... Non, nous n'avons pas