‹ La pauvreté, sa seule cause, son seul remèdeChapitre 12 sur 23 · I.A 1.01 III' l'UlTiAllUN SÔ · texte numérisé non relu

I.A 1.01 III' l'UlTiAllUN SÔ

1 alleiitiuii des iiiuiali.sles, si l'on iieut prouver que rubservation de ce devoir contribue puissamment ;i pré\enir la misère. Cela sera d'autant plus le cas si l'on peut démontrer que, du moment que la coutume générale permettrait de suivre la première impulsion de la nature et de se marier à l'âge de pubei té, les vertus les plus élevées et les plus universelles ne pourraient épargner à la société une misère désespérée, accompagnée de toutes les maladies et de la famine qui en forment le cortège habituel.

Une des principales raisons qui ont empéclié l'arsentiment général à la doctrine de la population est la répugnance d'admettre que Dieu ait, par les lois de la nature, appelé à l'existence des êtres qui ne pouvaient être nourris, conformément aux lois de la nature. MaiiS si, outre notre activité que ces lois laettent en œuvre, nons t.rouvons que nous pouvons éviter des maux par la contrainte morale que la raison et la révélation nous recommandent également, alors cette imputation apparente contre la bonté de Dieu n'a plus de raison d'être.

Maltlms expose ensuite sa conception d'un élat social où cliacun s'abstiendrait du mariage m^qu'au moment oii il pourrait nourrir une lamille (i). Il dit que si, par ce moyen, il naissait moins d'enfants, le salaire du travail serait élevé et « raibjecte pauvreté disparaîtrait du monde ».

Dans cette supposition, rintervalle entre la puberté et le mariage doit être signalé par une chasteté lùgoureuse, parce que la loi de la chasteté ne peut être violée sans produire du njal. La promiscuité dans l'amour affaiblit évidemment les meilleurs sentiments du cœur et avilit le caractère de la femme. Tout autre

(1) Ou bien ; où le iij'ariage aurait lieu assez tardivuineiit chez la femme pour qu'entre l'âge du mariage et celui de la ménopause, elle ne puisse avuii' qu'un petit nom,j!'c d'enfaiiLs. Cette explication du moral rc^iiaint est celle de .M. James Bonar.

commerce sexuel, à moins d'être accompagné de mauvais artifices, amènerait tout autant d'enfants que le mariage, avec une plus grande probabilité de les voir à charge à la société.

Ces considérations prouvent que la vertu de la chasteté n'est pas, comme on l'a supposé, le produit malsain d'une société artificielle, mais qu'elle a des fondations réelles et solides dans la nature et dans la raison. Elle est, selon toute apparence^ le seul moyen vertueux d'éviter la misère et le vice qui ne lésultent que trop souvent du principe de population.

11 n'est peut-être que peu d'actes qui détruisent d'une façon si directe le bonheur commun, que celui de se marier sans posséder les moyens de nourrir les enfants.

Si ,d'un côté, nous sommes convaincus qu'un excès de population amène la misère, et, de l'autre, que la promiscuité de l'amour entraîne des maux sans nombre et le malheur, surtout pour le sexe féminin, je ne vois pas comment celui qui trouve dans l'utilité la grande base de la morale peut éviter la conclusion que la contrainte morale est un devoir rigoureux. Les commandements religieux fortifient et confirment cette donnée. En môme temps, je pense que peu de mes lecteurs espèrent avec moins d'assurance que moi quïl surviendra à cet égard un changement notable dans la conduite des hommes.

La plus faible intelligence peut comprendre ce devoir. Il s'agit tout bonnement de ne pas mettre au monde des enfants quand on n'a pas de quoi les nourrir. Des conversations que j'ai eues avec des ouvriers je conclus qu'il ne serait pas trop difficile de leur faire comprendre ce principe de population et les mauvais effets qui en découlent : l'abaissement des salaires et la pauvreté.

Est-ce un rêve de supposer que, si la cause vraie et permanente de la pauvreté était clairement expliquée, de façon à toucher le cœur d'un homme, cela exercerait une certaine influence sur sa conduite ?

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DuQs tous les cas, rexpérience n'a jamais été tentée.

Presque tout ce qu'un a fait jusqu'ici pour les pauvres a eu, comme si c'était un lait exprès, la tendance de jeter un voile sur ce sujet et de leur cacher la cause réelle de leur pau\ reté. Quand le salaire est à peine suffisant pour nourrir deux enfants, un homme se marie et en a cinq ou six. Comme conséquence naturelle, 'l se trouve dans la misère. Il en accuse la mauvaise échelle des salaires ; il en accuse l'assistance lente et faible que lui donne la paroisse ; il en accuse l'avarice des riches ; il en accuse les institutions sociales qui lui paraissent partiales et injustes ; il €n accuse peut-être la Providence. Jamais, au grand jamais, il ne pense à la cause réelle de sa misère. La dernière personne qu'il songe à accuser c'est lui-même, lui qui, en {ait, est le plus à blâmer, et qui n'a d'autre excuse que celle qu'il a été trompé par les classes supérieures qui, généralement, sont tout aussi ignorantes que lui sur ce suiet. Peut-être voudrait-il ne pas s'être marié, mais il ne lui vient jamais à l'idée qu'il a fait quelque chose de mal. On lui a toujours dit que c'est un acte méritoire d'é'lever des sujets pour le roi et la patrie. Il croit donc tout naturellement qu'il souffre pour avoir fait son devoir, et il s'indigne de la cruauté et de l'injustice des hommes qui de laissent souffrir.

Jusqu'à ce que ces idées erronées aient été rectifiées, que le langage de la nature et de la raison, en ce qui concerne la population, soit généralement entendu, et qu'il ait remplacé le langage de l'erreur et du préjugé, on ne saurait dire qu'on ait essayé encore la raison du peuple.

Pour avoir le droit de l'accuser il faut cciimencer par l'instruire.

Il faudra se plaindre de son imprévoyance et de sa paresse s^il continue ù agir comme il fait, après qu'on lui aura démontré qu'il est lui-même la cause de sa pauvreté ; que le remède dépend de lui et de nul autre que de lui ; que la société dont il fait partie cl le gouvernement qui la dirige ne peuvent rien ; que,

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iliu'l que soil U' désir qui porlc l'une cl l'aulre à le soulager, quela que soient les efforts (lulls fout pour ij parvenir, ils sont bien réelleineut incapables de satisfaire à leurs désirs bienveillants ou à leurs imprudentes promesses ; que lorsque le aalaire des ouvriers r.'est pas suffisant pour Ventretien d'une famille c'est un signe évident que le pays ne peut nourrir un plus grand nombre d'habitants ; que, dans cet état de choses, si l'homme pauvre se marie il impose à la société une charge inutile, en se rendant lui-même misérable ; qu'il s'attire des angoisses, des souffrances et des maladies qu'il eût pu aisément éviter en écoutant les inspirations de la raison.

Teux qui désirent réellonient nméliorRr la condi'loj* des classes inférieures doivent se poser comme but d'élever la proportion relative entre le prix du travail et le prix des denrées. Jusqu'à présent nous avons surtout essayé d'atteindre ce but, en encourageant les mariages des pauvres, en augmentant par suite le nombre des travailleurs ,on encombrant le marché de cette machandise : le travail, que nous voudrions voir se vendre cher. Voilà ce qu'on a essayé dans bien des pays et pendant bien des siècles, et le résultat est juste celui auquel il fallait s'attendre. Il est bien temps de tcjiter autre chose.

Daans les Etats vieux et peuplés, ce n'est qu'enlimitant l'offre d'ouvriers qu'on peut espérer de voir une amélioration essentielle et permanente du S'-rt de la classe la plus nombreuse et la plus pauvi'. Quand nous trouvons que, quelle que soit la rapidité avec laquelle s'accroissent les moyens de subsistance, la quantité des consommateurs s'augmente plus rapidement encore, que, malgré tous nos efforts, nous sommes restés en arrière, nous devrions nous Convaincre que ces efforls ne peuvent réussir dans cette direction. Essayons alors de proportionner la population à la nourrilure, puisqu'il est impossible de. proportionner la nourriture à la population. 11 fcHit poursuivre les deux objets à la fois, et ainsi nous pourrions arriver à ces deux grandes choses : une population nombreuse, et un élat .social où l'abjecte

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pauvreté et la dépendance seraient relativement inconnues-

Uencombrcmcnt du marché et un bon salaire pour chaque travailleur sont des ehoses incompatibles. Jamais elles n'ont existé de paii- dans les longues annales du nwnde. Les accoupler, môme en imagination, dénote une ignorance grossière des plus simples principes de l'économie politique.

Que ceux qui ne sont pas convaincus par ces arguments s'occupent dgs conséquences de la méthode opposée.

Si nous voulons que tous se marient jeunes, et que, néanmoins, nous ayions l'espérance de surmonter les maux, les maladies et la misère qui en découlent, --■ tous nos efforts seront inutiles. La nature n'est jamais déroutée, jamais battue. La moiialit-é nécessaire viendra sous une forme ou sous une autre. L'extirpation d'une maLidie, par l'habileté humaine, sera simplement le signal de l'apparition d'une autre, peut-être plus funeste encore.

Quant aux effets que la connaissance de la cause jii'incipale de la pauvreté exercerait sur la liberté civile,je crois que rien ne contribuerait autant à consolider une lil)erté rationnelle, tandis que l'ignorance de ce sujet constitue à présent un des principaux obstacles. La pression de la misère sur le pauvre, et la coutume de l'atfrilHier au (jouvernement me paraissent le boulevard et l'ange gardien du despotisme : elles donnent au tyran le prétexte irréfutable de la nécessité.

Voilà pourquoi tous les gouvernements libres tendent toujours à se détruire eux-mêmes ; voilà pourquoi tant de nobles efforts dans la sainte cause de la lil)ertô ont échoué ; voilà pourquoi presque chaque révolution aboutit, après une lutte longue et snnglan- 'e, a'"\ despotisme militaire.

Quand un gouvernement étaWi esl renversé, lew pauvres, voyant que les maux dont ils S'iuffient n'ont pas été guéris, tournent leur ressentiment contre les successeurs de l'ancien pouvoir. Cela continue ainsi sans fin, jusqua ce que la majorité des gens à leur aise, fnliguée de ]'anar<^*bie, soit prêle à se jet-or dans

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lei- bras de la piermôre puissance qui lui parait suffisamment ïorte. La populace, qui généralement est le produit d'un excédent de population, poussée en avant par des souffrances réelles, mais ignorant d'où elles proviennent, est, de tous les monstres, le plus dangereux pour la liberté.

Il est un droit, qu'on a généralement cru appartenir à tout homme, et qui ne lui appartient pas et ne saurait lui appartenir, j'en suis convaincu : c'est le droit de subsister, lorsque son travail ne lui en fournit pas le moyen. Nos lois, il est vrai, disent qu'il a ce droit, mais en le faisant elles s'efforcent de renverser les lois de la nature. Autant dire qu'un homme a le droit de vivre mille ans, s'il le peut : c'esl nne question de moyen et nullement de droit.

Si les hommes étaient une fois convaincus de cette vérité, qu'ils ne sauraient avoir le droit de subsister, toutes les déclamations pernicieuses contre les institutions injustes de la société deviendraient impuissantes. Si l'on indiquait clairement aux pauvres les causes réelles de leur misère, si on leur montrait quelle petite portion de leur détresse peut vraiment être attribuée au gouvernement, on verrait cesser' une grande partie du mécontentement et de l'irritation qui existent de nos jours ; et q'uand ces sentiments se montreraient, ils ne seraient pas tant U craindre.

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