CHAPITRE II
Deux corollaires de la loi de population. — La lutte permanente. La destruction mutuelle. — Obstacles répressifs et préventifs. — Antagonisme entre deux lois de la nature. — Réponse à quelques objections courantes à la loi de Malthus.
Le premier corollaire qiroii peut tirer de la loi de population est que jusqu'à présent il n'y a pas eu de progrès réel parmi les hommes des vieux pays, et que chaque bien est contre-balancé ; ar un mal (iela provient de ce que. comme l'a 1émontré Malthus, on ne peut éviter le frein positif da la' population, qu'en ayant recours à l'obstacle préventif.
lEn d'autres termes, ce n'est qu'en sacrifiant une somme proportionnée d'amour que les hommes peuvent accroître la quantité d'aliments et de loisir. Ce n'est qu'en augmentant l'obstacle préventif, c'est-à-dire la continence sexuelle, que l'obstacle positif peut être diminué et que ic bien-être du pauvre peut être favorisé-
Et ce n'est pas seulement la nourriture, c'est tout autre avantage qu'il fa'ut impitoyablement acheter au même prix. La vie moyenne est-elle plus longue aujourd'hui qu'autrefois ? Les guerres sont- Mies moins fréquentesl Fait-on des efforts pour abréger les beures de travail, pour embellir les demeures et assainir rexistence des pauvres ? Il faut de toute nécessité payer ces bienfaits par une diminution dans la somme d'amour : autrement, la prolongation de la vie ne fera qu'accroître la misrre, en augmentant encore la populaliori. Il faut ncheler un même prix terrible les
vertus morales et physiques, qui toutes tendent naturellement à préserver la vie et la santé et requièrent ainsi, forcément, une diminution dans le .chiffre des naissances, puisqu'elles prolongent la vie.
Mais ce prix, la continence, est un mal en luimême, et un fort grand mal.
La continence amène les malad'es physiques les plus accablantes, le malheur et le mécontentement, h ce point qu'on peut dire qu'une vie ,sans amour ne vaut pas la peine d'être vécue, en dépit de tout autre avantage.
Les deux grandes choses essentielles à l'existence et au bonheur, la nourriture et l'amour, ont jusqu'à présent été antagonistes, et, par suite, la nature des choses forçait l'homme à être malheureux.
Les obstacles par lesquels la population a jusfju'ù ce jour été maintenue au niveau des moyens de subsistance — et nulle influence n'a été aussi vitale, aussi importante pour la destinée humame — ont tous été d'une nature mauvaise, les obstacles positifs comme les obstacles î>réventifs.
Ainsi, pour toute vertu, pour tout bien que nous voyons au sein de notre société, nous pouvons être assurés qu'il y a, par compensation, un mal inévitable. Tous les efforts humains ont amené ure augmentation des difficultés sexuelles, de la continence, des maladies génitales et de la prostitution, et cela non pas incidemment, mais avec une certitude absolue et inexorable.
Nous avons échappé en partie aux horreurs de l'obstacle positif, c'est-à-dire aux guerres, à la inortailité parmi les enfants, à la famine, etc. Mais ce fut simplement et forcément pour arriver aux horreurs égales du frein préventif, c'est-à-dire aux maladies produites par la conti-
Sa cause, son remède 129
nence et par l'abus, à la prostitution, en môme temps qu'à uns abjecte pauvreté, ù. un travail exagéré,
La famine et la destruction rapide ont fait place à une laim lente, à une mort lente, produites par le manque de pain et le manque d'amour.
On le voit : jusqu'à présent ce qu'on pourrait appeler un progrès réel n'a pas existé dans la société humaine. Ce progrès fut et est une déception et il en sera ainsi tant que le pain et l'amour seront antagonistes.
Le second grand corollaire qu'on peut dédaire du principe de population, et qui suffit pour serrer le cœur et nous combler d'horreur, est que jusqu'à présent tout bonheur a été basé s^ir le malheur d' autrui. Personne ne peut être heureux sans causer inévitablement le malheur c'e son voisin.
Quand tous se disputent le pain, l'amour et les autres biens, l'homme ne peut jouir d'u'i seul sans en priver d'autres individus. L'hum-v nité ressemble à une forêt trop épaisse. Tous les arbres souffrent plus ou moins, mais les plus robustes parviennent à lever leur cime à l'air et au soleil, et ce faisant ils tuent les rejetons laiblôs qui les environnent. De même, ceux d'entre nous qui possèdent plus de talents ou de vertus que les autres, des corps ou des esprits plus robustes, ou qui sont nés dans des conditions plus favoraibles, luttent et s'emparent des biens de la terre qu'on se dispute avec tant d'àpreté. En le faisant ils détruisent ceux qui sont plus faibles. Ce siècle, et tous les siècles passés, ont été dans les vieux pays, des siècles de destruction mutuelle. Nous mangeons le pain de nos semblables, nous respirons leur air, nous jouissons de leur amour. Le talent et la vertu au lieu
lao La Pauvketé
cTêtre un bien pour ceux qui nous entourent, deviennent une malédiction : c'est pourquoi lo talent et la vertu ne méritent pas ces noms.
Au sein des classes pauvres, cette lutte meurtrière a pour objet la chose essentielle à l'existence, la nourriture ; parmi les riches, elle -"e livre pour la possession d'autres biens, spécialement pour celle de Yamour. Ceux que leurs talents mettent à même de réussir, se marient et obtiennent le monopole de l'amour et des enfants, dont ils privent les au très- Aujourd'hui que, par suite de la forte moyenne d'enlants que chaque union matrimoniale produit, un nombre limité d'hommes seulement peut se marier, quiconque épouse une femme doit savoir qu'il empêche le mariage de quelqu'un d'autre et qu'il plong'e son voisin dans les douleurs et les maladies du célibat.
Ainsi, plus nous réfléchissons à cet important sujet, plus nous remarquons que la vertu, le lalent, le bonheur, n'ont été jusqu'à ce jour que des déceptions, de simples noms dont personne n'a le droit de se parer. Peu importe le caractère des vertus ; qu'elles aient été chrétiennes ou non, cela ne fait pas la moindre différence : jusqu'à présent, toutes les qualités qui ont permis à un homme de faire son chemin ont lété forcément exercées au détriment de quelquc'?uns de ses semblables ; — à ce point de viie toute qualité pourrait tout aussi bien être qualifiée mal.
Ceci confond toutes les idées reçues sur la différence entre le bien et le mal. Ceci nous démontre que le scepticisme enraciné sur le sort des hommes, qu'on a reproché à tant de penseurs, est en réalité la seule opinion qui f.Oit fondée sur l'état réel des choses, et que la mo?il0
Sa calse, Sun uemèue 131
lut jusqu'ici une science radicatement fausse et erronée-
Vous désirez mener une bonne vie ? Vous trouverez que c'est absolument impossible, et que, peut-être, la meilleure chose que vous puissiez l'aire en fin de compte pour vos semblables, serait de cesser de vivre et de laisser plus de place aux autres. Dans un pays vieux, où las obstacles à La population se trouvent dans la coiii<iiience, la prostitution et la pauvreté, personne n'a jamais mené une vie vertueuse.
A quoi servent, tant qu'il en est ainsi, les efforts des sages, les luttes des philanthropss, les aspirations d'un ^cœur aimant qui cherche à secourir ses semblables ? Le principe de population et les corollaires qui en découlent anéantissant tous ces efforts, par leur action présente sur les destinées humaines.
La morale, la médecine, la religion, la législation, la politique, sont des farces qu'on rep.'ésente avec solennité pour le public et qui ne servent, par la pompe imposante et le luxe éblouissant des cérémonies, qu'à détourner l'attention des tragédies lugubres qui se jouent der^ rière les coulisses.
Soyons certains d'une chose : si nous ne parveuons pas à quelque autre solution des difficultés sociales, notre société continuera à rester à jamais ce qu'elle fut toujours : un chaos de confusion, d'injustice et de misère.
Ces idées ne nous paraîtraient pas si étranges, si nous n'étions pas habitués à regarder le m.onde sous l'aspect le plus favorable, et du point de vue occupé par les classes riches et bien élevées. Si nous étions nés dans les haillons de la misère ; si le sort nous avait forcés, pour ne pas mourir de faim, h recourir au crime ou bien à
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la prostitutiaii ; si le labeur incessant avait i)royé nos membres et que, sans amis, sans aide, nous eusions été chassés de porte en porte par les agents de police ; — nous aurions une idée bien différente de la condition du monde ; et la richesse et la civilisation dont nous voyons jouir nos voisins ne feraient qu'augmenter notre amertume. Alors les douleurs poignantes nous eussent enseigné cette triste vérité : que pour les pauvres le progrès de l'humanité est un mensonge creux, et que la prospérité des riches est basée sur leur travail, leurs souffrances et leur misère.
Les félicitations que s'adressent les gens les plus fortunés, les discours pomj^eux des hommes politiques sur les progrès de la civilisation sont une injure à ceux qui souflrent^ injure gratuite et cruelle. Le moins que nous puissions faire pour ceux qui sont condamnés à manquer de pain, d'amour ei de loisir, serait de ne pas insulter à leur misère par de vaines rodomontad3s sur l'augmentation de la somme de bonheur humain.
J'insiste sur ces considérations, parce que je voudrais faire partager ma conviction que notre état social actuel est tellement Jiorrihle, quand nous regardons sous la surface, qu'il ne peut pas continuer à rester longtemps tel qu'il est.
.le voudrais faire comprendre que les destinées humaines, examinées à la lumière du principe de population, ressemblent à une hideuse fantasmagorie imaginée par quelque démon railleur.
Je voudrais démontrer que, à moins qu'on ne fasse dans notre société un changement radical qui puisse réagir contre l'action meurtrière du
Sa calse, son remède 133
principe de population, le sort de Thomme est désespéré.
Comparées à cette question, toutes les autres : religion naturelle ou surnaturelle, éducation, médecine, politique, etc., sont insignilianles. Il ne peut y avoir de solution pour aucune aussi longtemps que celle-là, n'est pas résolue. La question n'est pas de savoir si nous pourrons améliorer la morale, la religion ou la médecine, mais si nous aurons une morale, une religion ou une médecine.
Jusqu'à présent nous n'en avons pas eu. Tous les efforts pour progresser dans ces sujets ont été complètement neutralisés par le principe de population qui, « à chaque pas, traînait derrière lui une chaîne plus lourde de maux ». Nous avons vécu, nous vivons, comme les animaux inférieurs, dans un état de destruction m.utueUe- Il n'y a de différence que dans la manière de détruire et dans le fait que la tuerie est en grande partie accomplie sans conscience et sans intention.
Peut-on faire quelque chose pour empêcher cette lutte permanente, cette destruction mutuelle ? Peut-on prévenir tous ces maux?
Il est de la plus haute importance pour répondre à cette question que l'attention de ceux qui cherchent à remédier à la pauvreté ne soit jamais détournée de cette profonde vérité que la cause des bas salaires, ou, en d'autres termes, que la pauvreté, se trouve dans la trop grande population, dans ce fait qu'il y a, à tout moment, trop de gens en proportion des moyens de subsistance, trop d'ouvriers en proportion du capital disponible.
La disproportion entre le nombre des hommes
l'.Vk La Pauvreté
et les moijetis d'existence est la seule cause réelle de la Tjauvrelé sociale (1).
: Des cas individuels de ipauvreté peuvent être produils par rinconduile individuelle, par livrognerie, Figiiorance, la paresse ou la maladie. Mais toutes les influences accidentelles doivent être laissées de côté quand on considère la cause permanente et qu'on vise à rextiiiction du paupérisme. De plus, l'ivrog-nerie et rignoran-ce sont bien plus souvent Yeilet que la cause de la pauvreté ; le méconnaître est une grande erreur. C'est pire qu'une erreur, c'est une injustice énorme, et celte confusion d'idées a poussé bien des gens à parler sévèrement de la pauvreté, comme étant le résultat d'une telle inconduiie.
Jusqu'à présent, tous les efforts d'alléger la pauvi-eté n'ont été qu'une vaine déoeption. parce qu'on n'en connaissait pas la seule cause vraie et qu'on ne s'occupait pas, par conséquent, de 1 enlever. Un a cherché à remédier à la pauvreté en faisant l'aumône, en améliorant la condition morale des pauvres, en ordonnant des croisades contre l'ivrognerie, en propageant le christianisme, et, ailleurs, par un plan d'éducation nationale, par le socialisme, ou par d'autres moyens. Mais dans tout cela on ne fait pas attention à la racine véritable tlu mal ; on oublie qu'aucun de ces remèdes ne saurait avoir un effet direct et permanent sur l'in- :suffisançe des salaires.
Le seul moyen d'affecter les salaires est d apprendre aux gens à prévenir un excès de population. Si la proportion des habitants aux aliments et au capital peut être diminuée, la pauvreté sera amoindrie, et elle ne le sera par aucune autre méthode imaginable. La seule voie qui se présente
(I) Sur rinsurfisaïKC d'aliments voir note 1, page 55.
Sa cause, son remède IWT)
pour éteindre la misère est d'avoir moins déniants.
J'insisle ici, et on n'insistera jamais assez sur une erreur très commune qui empêche le monae de reconnaître ces vérités, et que nous entencloii3 répéter sans cesse, chaque fois qu'on discute Ci' sujet et qui montre une ignorance complète cle la loi de Malthus ; cette erreur a été si souvent réfutée qu'on ilevrait être honteux de la mettre en avant.
On dit : « lïdée que la population est trop forte, est une idée absurde ; la terre n'est-elle pas assez grande et n"y a-t-il pas bion des parties incultes ? et les paresseux, qui ont plus qu'il no leur faut, ne dépensent-ils pas inutilement une grande quantité de produit? "^ »
(]eux qui émettent cette opinion peuvent-ils supposer que les plus savants économistes qui aient jamais vécu aient consacré toute leur énergra à expliquer une absurdité palpable, dont rirait un enfant ? (1)
Malthus n"a pas dit que la terre est trop peuidée relativement à sa plus haute puissance de production, et qu'elle ne pourrait maintenir beaucoup plus d'habitants qu'il n'en existe aujourd'hui, il ;i, dit qu'elle est trop peuplée relativement aux p->oduits existants, à Ciliaque époque en général dans un pays quelconque, et qu'il en fut ainsi, à un degré plus ou moins grand, depuis les débuts de
(1) C.olt>o « O-ibsurditc palpable » esL cependant ix-peliée chaque jour par des écrivains politiques, réformistes, socia- ILstcs, anarchistes, qui n'ont pas lu Malthus, bien évidemmen(. .T"ai là, soui? les yeux, la liste des L;mders politiques les plus fameux, des prophètes sociaux les plus considér(''S qui ont répété, ressassé ces objections : elle est longue.
Des néo-malthusiens même, ou soi-disant tels, ont dans des conférences réitéré des objeclions semblables, banales, fouranles, à la portée de rintelligence la plus médiocre.
l'histoire. Et ceci provient de ce que la raison de raccroissement de la population est incomparablement plus élevée que la raison de l'augmentation des aliments. 11 s'ensuit que non seulement la population tient facilement pied à toute augmentation des aliments, quelque rapide quelle puisse être, dans les pays vieux, mais qu'elle reste toujours trop nombreuse, grâce à la puissance des instincts sexuels ; de cette façon, bien des gens, et naturellement les plus pauvres, sont fort mal à leur aise et se trouvent réduits à un travail excessif pour gagner leur vie ; beaucoup d'entre eux sont même poussés hors de l'existence par les autres.
La population et la nourriture avancent de front, comme deux coursiers attelés ensemble ; mais la vitesse de la première est tellement supérieure à celle de la seconde, que sa course est nécessairement entravée. Cette entrave consiste dans un plus grand nombre de morts ou dans un plus petit nombre de naissances- En d'autres termes, l'obstacle est ou positii ou j^revenfif. L'obstacle préventif, ou la continence sexuelle, est un mal tellement grand qu'il n'est jamais employé suffisamment, et qu'il vient, dans chaque génération, bien plus de gens au monde qu'il n'en peut vivre dans le bien-être sur la quantité de produits existants ; — de là résultent ,a pawvreté et une mort prématurée.
Ce n'est que dans les nouvelles colonies, que les moyens de subsistance peuvent, pendant un court espace de temps, s'accroître dans la même proportion que la population, et que celle-ci peut en conséquence s'augmenter avec sa rapidité nv turelle. Mais dans les pays vieux, on rencontre tant de difficultés inf'vitables pour organi=;er l'émigratiion, pour introduire une amélioration de l'aigriculture ou tous les autres moyens ima-
Sa calsEj son remède 'J37
ginables daugmenter les aliments, qu'ils r.e peuvent en aucune façoai tenir pied à une population non entravée-
Malthus a démontré tout cela d'une façon irréfutable, prouvant que dans les pays vieux la population est toujours puissamment limitée, soit par une augmentation dans le nombre de décès, soit par une diminution dans le nombre des naissances- îl a prouvé, en conséquence, que le seul moyen d'empêcher la pauvreté et la mort prématurée ne se trouve pas dans une méthode quelconque d'augmenter les produits du pays ou d'émigrer dans un autre, mais dans le lait tïavoir moins (Venlants.
Quant aux riches, il est évident que, même .- il n'y en avait pas, la pauvreté serait la même ou pire qu'elle n'est ; seulement, elle serait générale et l'on ne verrait plus les inégalités flagrantes dans les destinées des hommes : voilà toute la différence.
Chez les animaux inférieurs, nous pouvons aisément remarquer quelle destruction énorme la loi de population entraîne. Nous voyons que des myriades de petits poissons sont tués. Pour les animaux domestiques, comme les chiens et les ohats, nous sommes forcés de nous faire nous-mêmes les instruments de destruction- La pauvrer.é, ou la difficulté habituelle de se procurer des aliments joint-e à un excès de travail, est spéciale à l'homme. C'est par elle, par la prostitution et par la continence, qu'une destruction du même genre arrive, destruction plus compliquée, mais tout aussi certaine que celle des animaux inférieurs. La moyenne de la vie ïïumaine serait, en proportion, aussi courte que celle oes animaux inférieurs, sans l'obstacle préventif, dont les "Jeux branches, le vice et la contrainte
l:?8 La I'almïeté
murale, sunt parLiculières à riioiiiine, et sans sa plus grande l'acuité d'augm-enter les alinieuls, l'acullé qui prévient une partie de la destruction nécessaire.
Ceux qui parlent légèrement de « la théorie de l'offre et de la demande », ou qui se moquent agréablement de cet « épouvantail d'un excès de population », ne se doutent pas qu'ils rient des lois les plus terribles et l€s plus accablantes que riiomme ait jamais comprises. Ces lois nous écrasent et nous ont toujours écrasés, depuis que notre race habite la terre- Et elles continueront à nous exterminer avec la même inflexiliilité silencieuse, à moins -que nous ne trouvions moyen d'y échapper.
Vous prétendez que la loi de population est une abstraction paradoxale, qu'elle n'influe en rien la destinée humaine en ce moment, si tant est qu'elle ait jamais exercé de l'influence ! Croyez-vous qu'elle agisse moins parce qu'il nous répugne d'observer son action ? Cette action se manifeste, eomme elle s'est toujours manifestée dans les pays vieux, par l'existence nécessib^e de l'obstacle positif et de l'obstacle préventif, pnr l'existenne de la pauvreté et de la mort prématurée d'un côté, par la continence, la masturbation et la prostitution, de l'autre.
Nous avons exactement, à cette heure, le même choix qu'avaient nos ancêtres : nous pouvons choisir entre la contrainte morale, le vice '^t la misère, mais nous ne pouvons choisir en dehors d'eux.
Si nous cherchons à mit)iger une des trois données, nous afjçjraverons forcement les deux autres. Si nous voulons éviter la mort prématurée et élever la vie moyenne eela ne peut se faire — pendant que les aliments s'augmentent ^im-
Sa cALSii, SON r.EMKUE i:!!l
plemoiil selon leur lente progression lKibilu3l;o — qu'eji accroissant la continence ou en aya'U recours à ties moyens (jui enipèchenL la naissance des enfants : prostitution, avortement, nu autr>o.
lue diminution de l'un des trois obstacles immédiats : contrainte morale, vice et misère, eïl nécessairement accompagnée d'une augmenidlion des autres. Par exemple, jadis la mort p»'ématurée éludait la nécessite de la continence qX de la prostitution, tandis que de nos jours l'augmentation de la vie moyenne entraîne de toute nécessité une forte augmentation du célibat et de la prostitution.
L'obstacle préventif est en elïet à l'œuvre, parmi nous, sous la forme de la continence sexuelle avec une puissance considéraLle. En Angleterre ràg€ moyen des premiers mariages pour les hommes est de 30 ans ; pour les femmes, la moyenne est de 26 ans. En France l'âge moyen des célibataires hommes au moment du maria g*^ est de 28 ans et demi et de 25 ans pour les femmes. En Belgique, de 30 et de 27 ans, en Hollande, de 29 et de 27. En Italie, de 29 et de 24. En Suède, de 30 et de 28.
Pensons-nous un moment à la signilication de ces chiffres ? L'habitude est si invétérée chez les peuples occidentaux de voir les femmes mener une vie contraire à la nature que nous considérons comme fort supportable ipour elles qu'elles satisfassent à l'âge de 25 ans à des appétits sexuels qui se sont éveillés dix ans plutôt Ces chiffres démontrent que la faculté de reproduction est comprimée chez les femmes pendant près d'un tiers de leur vie sexuelle, même pour celles (|ui «e marient. A4ais un nombre énorme ne se marie jamais et n'exerce jamais la faculté de procréa-
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Uuii. Sur iUU Iciiiiiius de 15 à 49 ans, il y a eu Angleterre 51 l'eninies non mariées, il y en a 5U en Autriche, 49 en Allemagne, 54 en Belgique, 44 en Italie, 46 en France, etc.. (1)
11 y avait en France en 1901, daprès 1 Annuaire statistique du Ministère du Travail plus de 1.800.000 femmes entre 20 et 40 ans qui ne se so'Ut jamais mariées et plus de 780.000 vieilles demoiselles de plus de quarante ans. Cela n'a certainement pas changé pour les années plus récentes.
Ceux qui connaissent les angoisses et les maladies qu'entraîne la continence, peuvent avoir par Kl une idée des souffrances que produit celte forme de Tobstacle préventif. Les dix années de continence qui précèdent l'âge moyen où les filles se marient, suffisent amplement pour expliquer la fréquence des maladies hystériques et menstiruelles et des autres maux que nous avons mentionnés.
La prostitution est la méthode adoptée dans tous les pays vieux pour pallier quelque peu ks malheurs que cause le manque d'amour ; en parler, sans avoir conscience de ce lait, crmnie •? est l'habitude générale, est tout à fait inutile. Sans la circonstance extraordinaire, et encore mal expliquée, que la promiscuité de l'amour détruit généralement la faculté de reproduction des femmes, le genre humiain aurait été depuis longtemps réduit au désespoir par le manque d'amour comme il l'est par le manque de pain. Ceux qui s'occupent de la prostitution ne comprennent pas que l'augmentation de ce mal a jusqu'à présent allégé les autres obstacles à la population, la con-
cis Pour l'année 1S90, d'après M. Michel Huber. (Journal de la Socrt<^, de statistique de Paris, janvier 1906).
Sa cause, son remkde lil
train te morale cl la misère ; elle a donc élé une des gTancles causes d'une vie moyenne plus élevée et de la rareté de la famine, dans les temps modernes.
'D'un autre côté, ceux qui cherchent ù extirper la prostitution ne connaissent pas les immenses difficultés naturelles qui s'opposent à leur dessein ; ils ne savent pas que, toutes choses égales, la continence ou la mort prématurée seraient dans ce cas nécessairement augmentées.
Tant qu'on ne se rend pas compte de la nécessité des obstacles positifs ou préventifs à la population; tant qu'on ne voit pas clairement qu'ils sont toujours à l'œuvre sous une forme, s'ils n'agissent pas sous une autre, et que, quoique des individus puissent y échapper, Vespècc ne le peut pas — la société humaine est une énigme indéchiffrable.
La difficulté de comprendre le principe de population provient de la particularité extraordinaire du principe lui-même. 11 diffère de toutes les vérités découvertes jusqu'à ce jour par ce trait terrible : que deux grandes lois naturelles de l'homme et de la terre se contrecarrent et sont en état d'antagonisme, ou, pour répéter les paroles de Malthus, que « des êtres humains sont mis au monde en vertu d'une loi de la nature, et que, en vertu d'une autre, ils ne peuvent être nourris ».
Placée entre ces deux lois écrasantes, notre race fut et est encore vouée à la misère et à la destruction, et elle continuera à l'être jusqu'à ce que nous puissions supprimer cette antagonisme. Dans tout autre matière, notre sécurité est î ssurée par l'obéissance aux lois de la nature ; mais quand il s'agit de la faculté de rcTproducfion, l'obéissance aux lois n<Tfurelles de cotte faculté
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est la ruine iiiévita'Jjle, tandis que, d'un autre côté, la désobéissance est une ruine tout aussi inévitable.
(( Des millions et des millions de vies, dit Malthus, ont été détruites par cette simple cause. » Cet antago'uisme exige Texistence continue de la contrainte morale, du vice et de la misère, — ce qui veut dire : l'existence de la continence, de la masturbation et de la prostitution, de la pauvreté et de la mort prématurée — dans tous les vieux pays.
Bref, nous lui devons les grands maux sociaux, moraux et physiques dont nous soulïions. L'ignorance de cet antagonisme a fait avorter tous les efforts pour beaucoup améliorer le sort humain. En cherchant, ipar un travail de Sisyphe, à mieux obéir à une série de lois, les hommes ont élé Inrcés de désoibéir dàvantag'e à d'autres lois, non tr, )ins importantes.
S.v CALSK, SON r.i:\iî:i)F. 153
CHAPIT1{E III
La pauvreté est une question sexuelle. — Critique de la solution de Malthus, de la contrainte morale. — La continence et les maux quelle produit. — Loi d exercice. Preuves de son existence par la physiologie, la pathologie et la thérapeutique.
Ceux qui cherclieiit, en vain, à remédier ù la pauvreté par la routine Oirclniaire, par lémigraîion, réducation, la cliarité ou les cliangemenls politiques, ne réfléchissent pas qu il ne s agit pas seulement d'enlever la pauvreté, mais aus^i la continence et la prostitution. A moins qu'on ne fasse cela, non seulement pour une génération, mais pour toujours, le même excès de population sera maintenue par l'extension de la faculté de reproduction. De tels efforts sont tout aussi illusoires que si l'on chercfiait à vider une citerne tout en y laissant couler l'eau du tuyau qui la remplit.
La pauvreté est une question sexuelle, et iioii une question de politique ou de charité ; on ne peut y remédier que par des moyens sexuels. Elle est un des grands problèmes sexuels juste comme la continence et la prostitution ; comme ces dernières, elle dépend de la loi sexuelle restrictive découverte par Malthus- ■ La pauvreté et les diflicultés sociales sont une transaction laite par rhumanité, dans les siècles passés et dans le nôtre, entre deux besoins terri^ hles : le manque de pain et le manque d'amour. Plutôt que do renoncer à Famour, plutôt quj de
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praliquer la coiilinence el de limiLer ainsi la po» pulalion, les hommes se sont soumis à la plus petite quantité de nourriture et de loisir que ifcorps puisse supporter.
Le manque d'amour est une contrainte si misérable ; il est si pernicieux pour la santé de Tesprit et du corps, que ceux auxquels le choix est laissé préfèrent tout endurer plutôt que de s'y soumettre. C'est à cette circonstance qu'est du le dégmit qu'ont inspiré les aoclrines inexoraoles de la population. C'est cette circonstance qu' f"it que les hommes refusent obstinément ces doctrines et se rattachent follement à quelque espérance fallacieuse : au socialisme, à l'émig^ration, à l'éducation, etc.
Quoi ! renoncer davantaige à l'amour, quand la vie n'est qu'un labeur constant et monotone, quand il n'y a pas le tiers des plaisirs sexuels qui seraient nécessaires pour rendre notre société heureuse et salutaire ? Renoncer à la plus douce consolation, à la seule joie du pauvre, au rêve le plus éblouissant du poète ? Y penser seulement suffit pour rendre fou. Ce n'est pas moins d'amour qu'il nous faut, c'est infiniment davantage, afin que ce monde cesse d'être un désert aride pour tous ceux, et ils sont légion, qui souffrent des restrictions sexuelles,
Le remède proposé par Malthus contre le mal d'une trop grande population (1), est lui-même un mal si terrible que tous ont reculé d'horreur ot lancé des invectives courroucées à l'homme, au seul homme, qui leur ait indiqué les vraies difficultés de leur existence. Plutôt que d'adopter son
(t) Le moral resiraint, la contrainte n/orale, l'abstention feiussi prolongée que possible des relations sexuelles.
Sa CALSli, SON liLAlÈDli 145
reinôde, plutôt que de renoncer, couronuéiiienl à sou avis, à tout commerce sexuel jusqu'à un ùgc relativement avancé, ils sont restés plongéidans Tabîme de la pauvreté et du travail excessif, ils ont pallié leurs souffrances par la vieille routine de la prostitulion, de la masturbation et des autres débouchés moi'bides.
La grande erreur du l'aisonnement de Mal Unis vient de ce que, comme la plupart des moralistes de son temps et du nôtre, il ignorait les maux produits par la contravention aux lois naturelles, par la continence. Ignorer la nécessité du coiainercc sexuel pour la santé et la vertu de Vhorninc et de la femme^ c'est l'erreur la plus londainentalc de notre philosophie médicale et morale. Quoi([ue Alalthuis ait décrit la loi de population avec une extrême clarté, il n'en a pas suffisamment compi'is la terrible nature. Il n'a pas vu le mal qui résulte de l'un des trois obstacles nécessaires : la continence. Son ignorance de la médecine, jointe à une austérité erronée touchant les rapports des sexes l'ont empêché de reconnaître ce mal. Il se prononça sans hésitation aucune pour une augmientation de la continence, qui est une des causes les plus terrible de inaladias et de souffrances dans les temps modernes, 'Ct il se mit par là en antago^nisme avec tous ceux qui connaissaient et comprenaient les effets fâcheux de l'abstinence sexuelle. Il ne reconnaissait pas le fait que ces maux sont toillcment énormes qu'ils rendent les remèdes proposés par lui impraticables et visionnaires. Ils sont impraticables parce que, à mon avis, ils sont pires que los maux qu'ils sont appelés à guérir.
En définitive MalUnis a, méconnn la grande loi lihysiologique de V exercice. Cette loi s'applique aux organes et aux émotions de la reproduction
14ti La l\\L\JiETt;
comme à tous les autres organes et à toutes les autres émotions.
Elle porte que la santé des organes et des émotions de la reproduction dépend dune quantité suijisante d'exercice normal; le manque d'exercice tend puissamment à produire la soul'fiance et la maladie chez Thomme et chez la Temme. (1)
LciS preuves de ce principe sont prises de trois sources : de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique ; en d'autres termes, elles découlent de l'observation des faits qui se rapportent à la santé, à la maladie et au traitement.
Voyons, en premier lieu, les preuves déauiles de la physiologie. Les physiologistes posent en fait que c'est une loi universelle du corps humain que la nutrition et la vigueur de chaque organesont favorisées par une somme voulue d'exercice approprié ; tandis qu'au 'Contraire il résulte du manque de cet exercice une mauvaise nutrition, de 'l'atrophie, de l'affaiblissement.
Toutes les parties du corps, qu'on les exerce ou non, sont constamment soumises à un procédé de dépérissement et de désintégration. C'est la un trait caractéristique, essentiel, ue la vie. Mais, si elles sont employées activement, chacune dans l'accomplissement de la fonction qui lui est propre, cette dépense est réparée par les nouveaux matériaux que fournit 'le sang, et leur vigueur, leur développement, tendent même à s'accroître. L'exercice d'une partie quelconque y
(1) J'ai introduit ce chapitre sur la loi d'exercice des orjranes ^âxuels dans l'exposé de Georges Drysdale sur la Fau\Teté. 11 en est séparé dans les Eléments de science sociale. C'est pour répondre aux vieux malthusiens, T)vot?stanls français, iqriii soutiennent, avec Ribbing et Féré, que la continence n'est pas nuisible à la santé et qui s'appui'.n!; sur cette idée pour combattre les néo-malthusiens. — G. H.
Sa cause, son remède 147
amène invariablement un courant de sang, et c'est de ce lluide que, pour chaque organe, dérive sa nourriture. Si, d'un autre côté, une partie n'est pas exercée, le procédé naturel de dépérissement n'est pas coaitre-ballancé, et il résulte un plus ou moins grand degré d'atlaiblissement.
En un mot, l'exercice nourrit et forliiie un organe ; le manque d'exercice l'affame et l'affaiblit.
Le principe de l'exercice est donc une loi universelle qui s'apiplique au corps tout entier. Elle a été constatée, par des observations et des expériences concluantes, pour l'homme et des animaux inférieurs, et toutes les épreuves la vérifient. Elle forme, en vérité, le principe le plus important et le plus fondamental de la physiologie, un de ceux sur lesquels s'accordent tous les hommes de science qui ont écrit sur cette matière.
Dans ses Principes de la physiologie humaine le docteur Garpentier dit :
« Le besoin de nutrition ne provient pas seulement de l'exercice des facultés de formation qui sont à l'œuvre dans ia construction de l'or ganisme, mais aussi de la dégénération et du dépérissement, qui ont lieu constamment dans presque tontes les parties, et dont les effets se montreraient bientôt par la désintégration complète, s'ils n'étaient pas contre-balancés... Les tissus musculaires et nerveux sont certainement soumis à la loi de durée limitée, comme tous les tissus qui sont distingués par leur activité vitale ; car nous voyons que, quand ils ne sont pas exercés, ils subissent une désintégration graduelle, un dépérissement qui n'est pas dûment réparé par les procédés de nutrition. Mais la manifestation même de leurs facultés vitales
118 La pALVUEiii
purLiciilières délenuiuo un llux de sang \ei6 les parties qui sont ainsi appelées à une aclivilé spéciale : et il en résulte que la nutrition de ces tissus est lavorisée par l'exercice, au lieu d'être diminuée : de sorte que l'exercice constant amène une augmentation et non une diminution de leur substance — en supposant qu'il y ait toujours provision suffisante de la matière requise. »
Il dit encore : « L'activité de formation des nmscles et des nerfs dépend d'une manière si intime de l'exercice actif de leurs fonctions que ïatropliie arrive inévitablement si cet exercice est interrompu »• Même les os d'un membre souffrent par suite de l'atro-pliie des nmscles qui résulte du manque d'exercice. »
Les glandes,, ou organes de sécrétion, sont soumises à la même loi de nutrition saine que les muscles et les nerfs. Leur santé et leur vigueur dépendent d'un approvisionnement suffisant de sang et d'influence nerveuse^ et on ne peut les obtenir que par 'l'exercice actif de leurs fonctions spéciales. La principal© différence consiste en ceci que la vigueur des organes de sécrétion et des muscles involontaires dépend plus directement de l'action salutaire des émotions, auxquelles ces organes se rattachent intimement, et qu'elle ne se relie pas autant à faction salutaire de la volonté, comme la vigueur des muscles et des nerfs volontaires. La nutritio-n et la sécrétion sont simplement deux formes du même procédé vital, et en somme elles sont soumises aux mêmes conditions de santé. « Il n'y a, dit le D'' Carpenter, d'autre différence fondamentale entre les deux procédés de nutrition et de sécrétion, que celJe qui provient des destinations diverses deis matières séparées et
Sa cm sf., son p.emkul 149
des arrangements anatomiqnes qui les servent respectivement »•
C'est l'opinion de tous les physiologistes, da Paget, du professeur Alison, du professeur Millier et d'autres. Ces idc'ies sont d'accord avec los résultats de l'expérience universelle et les raisonnem-ents du sens commun. Chacun sait i|ue la vigueur du .corps se maintient et s'accroît par H'exercice et par la nourriture en quantité suffisante. Du ireste, « organe du corps » veut (lire : une partie qui a une fonction spéciale ei qui est destinée par la nature à la remplir.
Or, les organes de la reproduction &e composent principalement de muscles, de nerfs et de glandes, et Ca même loi, qui s'applique à ces 1 issus dans d'autres parties du corps, s'y applique également. Une somme suffisante d'exercice approprié et de nourriture est la première condition de leur sa;nlé et de leur vigueur ; tandis .que l'affaihlissemient eb l'atrophie suivent immanquahlement le manque d'exercice, à un degré plus ou moins grand.
En formulant cette loi d'exercice pour loiil tissu vital, les physiologistes ont indiqué en même temps, la loi des organes de reproduc^ tion ; et on ne saurait la nier sans une évidente erreur de logique. La nutrition et la santé des muscles, des nerfs, des glaudes et d'autres tissus dépendent d'une quantité suffisante d'exercice approprié ; or, Les organes sexuels se composent principalement de muscles, de nerfs el de glandes ; donc la nutrition et la isanté de cef organes dépendent d'nne quantité suffisante d'exercice approprié.
C'est là un syllogisme qu'on peut esquiver, mais auquel on ne saurait échapper, fi mon nvis. Si les prémisses son! ndmi=es, comme olles
150 La Palvueté
le sont par tous les physio)logisles, la conclusion en découle nécessairement- Mais la nutrition cle chaque organe affecte celle de tous les autres. Paget, Carp&nter et d'autres éminentes autorités posent en loi que « chaque organe, par le fait même de se nourrir, agit comme organe d'excrétion pour le reste du corps ». Cela signifie que chaque orgeune choisit dans le sang les matériaux adaptés à sa propre nutrition, et qu'en le faisant il rend le sang plus apte à nourrir les autres organes. Il s'ensuit que, chaque fois que des org^anes miportants ne sont pas dûment exercés, selon la manière qui leur est propre, non seulement )leur propre vigueur, mais celle de tous les autres organes diminuent. Lidéal de santé consiste évidemment dans Vexercice normal de toutes les fonctions du corps.
La loi de l'exercice salutaire s'applique de même aux émotions qui se rattaohent au système sexuel. Ces émotions sont un des grands appétits naturels impdantés dans le corps. De la régularité et de la satisfaction de ces appétts dépendent essentiellement la santé et le bonheur du genre humain.
Ms ont été divisés en six classes pr'mcipales : le sommeil, l'exercice, le repos, la soif, la faim et l'amour. Alexandre Bain, dans son grand ouvrage sur VEsprit Humain (dont la première partie traite des sens et de l'intelligence, et la seconde des émotions et de la volonté), les définit ainsi : les désirs impérieux produits par les besoins et les nécessités périodiques de notre vie corporelle ou organique.
Ils ont tous les mêmes signes caractéristiques : ce sont des désirs puissants, provenant des besoins profonds du système ; s'iîs sont in-
Sa cause, son uoikde i51
dûment réprimés, ils tendent tous à produire de la souffrance et des maladies, avec plus ou moins de force. Leur puissance et leur universalité sont une mesure exacte de Fimportance que la nature attache à leur satisfaction et à l'accomplissement des fonctions qulls som chargés de contrôler cit de régler. Pour tous les appétits, excepté celui de Vamour, les médecins instruits insistent sur l'immense impoTtance d'obéir aux injonctions de la nature, et généralement le public admet cette importance.
Bain pose comme loi générale des ém^iions, qu'eWes euxercent une influence expansive sur le corps, en amenant un courai.t de sang à divers organes, en même temps que les mouvements, les .gestes et les expressions qui libèrent ou enlèvent l'excitation. L'influence des émotions pour stimuler, suspendre ou pervertir les fonctions de la sécrétion ; pour troubler l'action du cœur, celle des muscles, de la respiration, de l'expression, etc. ; pour modifier les procédés de nutrition, tels que la digestion et Félaboration du sang — est indiquée par tous les pnysiologistes.
Les différents sentiments affectent des organes différents, et, comme nous l'avons déjà dit, les glandes et les muscles involoaitaires sont plus spécialement soumis à leur influemce. Carter dit, dans son livre remarquable sur VHystérie : « Les glandes portées à la congestion sont celles qui, en formant des produits plus abondants, servent à satisfaire les sentiments excités. Ainsi, le sang se porte aux seins par les (émotions maternelles, aux testicules par les émotions sexuelles, aux glandes salivaires par l'influence des odeurs appétissantes. »
Les émotions sexuelles sont d'abord excitées
['y> La PArvuiiTÉ
par la formation et raccumullation des sécrétions de reproduction ; et elles réagissent sur les organes qui préparent ces sécrétions, leur amenant un courant de sang et d'influence nerveuse dont ils tirent leur nourriture et par lequel ils soutiennent leur vigueur- Si Texcitation est emportée par la voie naturelle, c'est-à-dire par l'union sexuelle, l'équilibre de la santé se maintient ; si cela n'arrive pas, ii en résultera un désordre du corps et de l'esprit, dont la proportion variera selon la force des sentiments arrêtés et la susceptibilité de la constitution. Des rougeurs, des palpitations de cœur, des convulsions hystériques, de l'irritabilité nerveu^^e, un désordre général des procédés de nutrition — voilà quelques-uns dos effets que produit une émotion réprimée, par suite du dérangc^meiit des courants de sang- et de l'influence ncx^^euse. La santé de l'esprit souffre tout autant que celle du corps. La volonté est rendue faible et irrésolue par le conflit des sentiments ; les pensées sont troublées et la chaîne naturelle des associations d'idées est brisée ; l'inquiétude, la véhémence, fanxiété et l'hypochondrie s'emparent do l'psprit et entraînent assez fréquemment une véritable aliénation mentale. Les émotions naturelles, quand on les réprime indûment, sont tout aussi dangereuses pour le €orps et pour l'esprit que des sécrétions arrêtées
Passons aux preuves que fournil la pathologie, aux faits révélés par la maladie. Si la loi d'exercice est vraiment une loi de la nature, nous devon.s nous attendre à ce que la violation de cette loi produise une forte somme de maladies et de souffrances ; or, la violation de cette loi se voit dans la continence qui prédomine tant dans les pays vieux et dont l'origine réelle est le principe
Sa caisl;, son iîkmkde \:h]
do pupLilaliuii, cuiiinie iiuus ravoiis déjà iiilmiliûiiiié. L'expérience vérifie complcMemeiil cette Gonclusioii. Ce n'est que par l'étude de riiistoii'e de la maladie, par nn examen sincère de la condition présente du monde sexuel, qu'on peut arriver à une évaluation véritable des souffrances causées par la violation de la loi d'exercice. Les maux sexuels produi-^^ent, en réalité, autant de misères sociales que la pauvreté elle-même.
On peut les diviser en trois classes : les madies produites par la continence, la masturbation, la prostitution et les maladies vénériennes. Il existe bien d'autres maladies sexuelles, telles que les inflammations, etc. Mais les trois classes mentionnées comprennent celles qui résultent plus directement du principe de population, ou, en d'autres termes, de l'obstacle que la nature oppose à l'exercice normal des fondions de reproduction.
Je narlerai surtout des maladies produites par la continence, parce qu'elles fournissent une preuve plus évidente, plus incontestable, de la loi d'exercice, quoique la fréquence de la prostitution et de la masturbation n'en démontrent uas moins la vérité, de même qu'elles démontrent la force des émotions réprimées. Quant à la masturbation, je me contenterai de mentionner que le docteur Goplaïul, dans rarticlc sur Vlmpuissance et la Stérilité, de son Dictionnaire Médical l'appelle « le Molocih moderne de notre espèce ». n.^tle expression ne paraîtra nullement exagérée à ceux qui co^nnaissent la somme du nuil, moral et physique, que ^cette habitude produit chez les deux sexes dans les temps modernes. L'babituor' elle-même provient surtout du manque de commerce sexuel normal.
Les maladies produites par la continence sont
J54 La i^vLViŒTÉ
principalement : lliystérie, la chloruse el les désordres de la menstruation, étiez la femme ; Taffaiblissement génital, la spermatorrRée et Tiiypocondrie chez Thomme. Sans doute, ces atlections peuvent, comme beaucoup d'autres, être produites par des causes autres que la continence, et cette pluralilé de causes amène souvent des méprises dans le raisonnement ; mais il est constant qu'elles sont toutes amenées fréquemment par la continence.
La vérité de cette assertion, pour ce qui concerne les affections des femmes, a été reconnue par presque tous les médecins qui se sont occupés de ce sujet. Quant aux maladies des hommes, le témoignage des médecins du continent est également unanime, à ma connaissance du moins, et celui de queîlques praticiens anglais la confirme direotement ou indirectement. Et cependant les préjugés particuliers sur la moralité sexuelle qui, malheureusement, prédominent, ont généralement empêché la reconnaissance ouverte de ces lois naturelles, sur lesquelles seules on peut fonder une théorie vraie de vertu ou de santé sexuelle.
Voici quelques eitations, sur la fréquence, la cause, et la nature de Yhystérie- Dans son Essai sur les maladies hystériques, Sydenham dit qu'elles forment; la moitié de toutes les affections chroniques chez la femme » ; les D" Conotly et Ashwell adoptent cette opinion, l^e D"" Conoilly dit, dans VEncyclopédie de médecine pratique : « Nous pouvons admettre, presque sans réserve, la remarque de Sydenham que les désordres hystériques forment la moitié de toutes les maladies chroniques. » Quant à la cause et au traitement de cette maladie, le D'" Conolly écrit : « Chez une femme dont la constitution est sus-
Sa cause, son iiLAituE 155
ccplible et qui n'est pas mariée, le système de reproduction dont chaque changement implique beaucoup d'autres chang-ements, agit fortement sur le système giénéral, et dans certaines circonstances il trouble toutes les fonctions du corps et de l'esprit, telles que la digestion des aliments, la circulation du sang, le jugement, les affections, le caractère- Dans un grand nombre de cas, le mal disparaît par le mariage qui, en éveillant les fonctions naturelles et les sympathies normales, calme toute la série d'irritations, et d'actions morbides. »
Parlant de la vie insalubre des jeunes demoiselles, il ajoute : « Alors viendront peut-être les mortifications du célibat et le chagrin de voir arriver la vieillesse sans un esprit actif et satisfait. (Comme cause de maladie, surtout comme cause des désordres hystériques et autres, l'influence puissante de ces circonstances ne peut être niée que par ceux qui ne se sont jamais occupés de l'action des passions humaines dans la société ».
La même opinion est exprimée par le D' Ashwell, par Carter, VilLermay et, en fait, par tous ceux qui sont versés dans les/ affections des femmes. Carter maintient que l'hystérie est essentiellement une maladie d'émotions réprimées et cachées, spécialement des émotions qui se rapportent au système sexuel.
Après avoir donné un rapport détaillé des différentes manières dont l'émotion agit sur le corps, il dit : « Il faut s'attendre raisonnablement à ce qu'une émotion qu'un grand nombre de gens éprouvent fortement, mais dont les manifestations naturelles sont constamment rôprimées pour obéir aux usages de la société, sera celle dont on verra le plus souvent les effets mor-
lôli La J'ALNJiLTÉ
bides. Les laits vérilieiil celte conclusiuu .-u:abondammeiit, car la passion sexuelle chez la femme est celle qui remiodit exactement les conditions données et dont rmfluence pernicieuse sur l'organisme est la plus commune et la plus familière. Sur le second rang, en lait de force, on peut placer les émotions qu'on cache d'habitude parce qu'elles sont avilissantes et désaiTéables, telles que la haine, l'envie, etc. »
Il ajoute dans un autre passage : « On peut en appeler avec ^confiance au mot hystérie, à l'hypothèse prédominante que la maladie est due à l'irritation des ovaires et de la matrice, et à ['opinion universelle du corps médical, pour prouver par l'expérience la conclusion théo ■ que la passion sexuelle a plus à faire que toute autre émotion prise isolément et peut-être autant que toutes les autres, prises ensemble, pour produire le paroxysme hystérique ».
Dans le Dictionnaire des sciences médicales, article Hystérie, Villermay dit : u 11 est bien vrai qu'une continence absolue et involontaire est la source la plus ordinaire de ce désordre. A l'époque de la puberté, non seulement l'organisation physique de la femme reçoit de nombreuses modifications, mais ses facultés mentales s'agrandissent d'une manière non moins surprenante ; elle éprouve de nouveaux besoins ; plus il>î seront 'prononcés, plus, toutes choses égales d'ailleurs, on deivra redouter l'explosion de celte maladie, si le vœu de la nature n'est pas rempli, si le besoin impérieux de l'organisation n'est pas satisfait ». « L'hystérie semble avoir été connue de tous les temips (quoique anciennement, dit-il, « elle fiit moins fréquente ») ; elle est un effet de la loi commune à tous les êtres animés, de ce sentiment général qui porte
S.v r.AL.si:, .SUN l'j-.MiDi': 157
ruii cl raulre sexe vers une uuiaii iiiUiiie. » (( Sur dix Jnjstcr'Kiacs, neul le sont pav continence. »
La chlorose^ une autre maladie fort conununc chez les jeunes filles et qui cause des souffrances de toute espèce, est fréquenunent due à la continence et aux désirs contrariés. Après avoir énuniéré, comme causes prédisposantes, 'les habitudes énervantes et contraires à la santé, dans lesquelles on élève les jeunes tilles, le D' Ashvvell nieiutionne comme causes provoquantes : « les circoinstances qui dépriment l'esprit, (iiii liennent les sentiments en suspens, un amour qui n'est pas payé de retour, des affections contrariées par les parents », etc-.. D'autres auteurs expriment les mêmes idées
Les désordres de la sécrétion 'menstruelle, lels que l'absence des règles ou une menstruation douloureuse, à laquelle, selon le D'' Ashwell, les femmes non mariées sont spécialeanent sujettes, se trouvent au nombre des maladies les plus fréquentes. La continence produit fréquemment ces affections. Elle prédispose aussi fortement à beaucoup de maladies inflammatoires des ovaires et de la matrice, maladies si communes de nos jours, comme on la récemment prouvé, l^e y Tilt fait observer que l'absence du stimulant naturel, qui devrait favoriser l'action salutaire des ovaires, est souvent la cause que ces organes deviennent (le siège d'affections morbides. Or, le seul stimulant naturel est le commerce sexuel et l'enfantement.
Les mauvais effets que la continence prolongée produit sur l'homme sont tout au.'^si certains, tout aussi incontestables. Il est vrai qu'on ne les voit pas aussi souvent chez lui que chez la femme, et qu'ils ne se manifestent pas d'une
158 La i*AijVi;KiÉ
manière uiisoi Irappaiilo ù l'œil lo plus :>ui)crliciel. Il y a bien des raisons pour cela. Le sexe mûlo ne pratique pas l'abstinence d'une façon aussi générale, et les effets sont souvent compliqués et celés par la masturbation ou par les maladies vénériennes. De plus, par suite de sa constitution particulière et de l'éducation moins insalubre qu'il reçoit, l'homme n'est pas soumis au même degré à l'empire des émotions, et il peut mieux e/n réprimer \la manifestation véhémente. D'ailleurs, sa sphère d'activité est plus grande et les occasions de se distraire sont plus nombreuses pour lui. Mais, quoique les maux résultant de la continence soient ainsi souvent cachés et plus ou moins contre-balancés, ils n'en sont pas moins irrécusables, et tous les observateurs impartiaux les admettent.
Voici quelques citations qui tîonfirment ces faits. « li est bien connu, dit le docteur Beatty, dans VEncijcJopédie de Médecine pratique, que l'inaction est souvent suivie d atrophie des testicules. Dans cet état de dépérissement, l'impuissance est le résultat fmal. « Dans quelques cas, dit le docteur Copland dans son Dictionnaire Médical, l'inactivité prolongée dans l'exercice de 'Cette fonction est suivie de dépérissement des testicules, et il en résulte une impuissance permanente- Ces organes sont, comme tous les autres, lortifiés par un exercice modéré et affaiblis par l'inaction ; leurs fonctions se perdent souvent complètement par l'inactivité prolongée. »
Dans les articles sur la Chasteté, la Continence, le Célibat, les Pertes Séminales et le Sperme, insérées dans le Dictionnaire des Sciences Médicales et dus respectivement à Sedillot, de Montègrc, Marc, Serrurier et Devilliers, l'opi-
Sa calsl, son ki^mlul; ISn
niai- est unanime sur les pernicieux eiïels que la continence produit chez Fiiomme et cliez la lemme.
Sedillot dit : « La nature, en appelant tous les êtres à remplir le grand oeuvre de la Teproduction, se trouve souvent en opposition avec les pratiques établies dans les sociétés humaines. Et si d'un côté elle provoque le rapprochement des sexes, par raltrait du plaisir, de Tautre elle punit quelquefois avec une extrême sévérité ceux qui sont rebelles à ses lois.
« Parmi les maladies que peut amener la continence, il mentionne les pollutions nocturnes, Taliénalion mentale, Thystérie, la chlorose, etc. Un peu plus loin, il écrit : « Ce n'est pas toujours par de grandes maladies que riiomme qui observe la chasteté est puni de sa désobéissance aux ordres immuaib'les de la nature ; il ne connaît ni les douceurs de la paternité, ni les charmes de l'amour ; il vit isolé sur la terre, souvent triste et mélancolique et vieillit abandonné. Tout atteste qu'il a commis un attentat contre les droits de l'homme physique et de l'homme moral. »
H On ne refuse pas impunément les besoins de la nature, dit de Montègre ; il est un âge où la satisfaction physique de l'amour devient nécessaire à tout être bien organisé, et l'on ne peut jamais O'bserver une continence prolongée sans porter préjudice à la santé et à la tranquillité de la vie entière. »
Si l'espace nous le permettait, nous pourrions citer bien d'autres passages des auteurs anglais et étrangers, qui impliquent virtuellement ou admettent ouvertement la loi d'exercice chez l'homme-
Les preuves déduites de la thérapeutique, ou
IHO La PALVJiETii;
du traileiiieut, ne sont pas moins concluantes. Le traitement naturel et scientifique d'une maladie consiste à éviter ce qui l'a amenée, à en enievev la cause et à imposer rot>éissance aux lois natu relHes qui ont été violées. Tous les observateurs ont remarqué les effets marqués du coït et di> l'accouchement pour faire disparaître l'hystérie, la chlorose et les désordres menstruels des femmes.
J'ai déjà cité l'opinion du D"" ConoUy à ce sujet. Le D'' Ashwell rappelle que le mariage guérit souvent la chlorose, l'absence de la monstrua- Uon, les règles douloureuses et l'hystérie. Après avoir passé en revue la longue liste de médecines et d'apiplications auxquelles la routine a encore recours pour traiter l'hystérie, Viillermay dit : « Toutefois", ces médicaments intérieurs cl extérieurs ne sont susceptibles que d'un cerlani nombre d'applications paJ'ticulières, et ne peuvent en général revendiquer qu'une actio>n indirecte et secondaire- Le moyen qui offre le plus d'avantages et dont l'influence est la plus directe et la plus généroile, ce sont les plaisirs de rhymcn- Hippocrate oonseille- 1& mariagio aux jeunes filles atteintes de vapeurs hystériques ; Hoffman, Reil, Boerhaave, Pinel, Esquirol, Duvernoy et tous les bons observateurs anciens et modernes, ont adopté ce précepte, que l'expérience la plus constante et la plus authentique cofufirme tous les jours ».
Gela est également vrai des ma^ladies produites par la continence chez l'homme. La sipermatorrhée, l'hypocondrie, l'indigestion et la débilité générale, — lorsqu'elles proviennent de cette cause, se guérissent générajlement vite par le coït, et par le coït seul.
Sedillot dit que « les pertes séminales, dues
Sa rusK, son niniKDE Kil
à la continence absolue, doivent être traitées par les moyens que réclame la nature. Le coït est, dans certains cas, le seul remède. En conséquonce, d'accord avec tous les auteurs, nous recommandons le mariage aux individus chez lesquels le traitement médica^l ne remplace que diine manière imparfaite un acte qui appartient à tous les êtres vivants, et dont très peu peuvent s'abstenir impunément ».
Ricord dit que quiconque voit les hommes tels qu'ils sont, sans le masque moral que la société leur impose, ne peut manquer d'admettre qu'il est des circonstances où le coït devient indispensable, sous peine de conséquences morales et sociales des plus sérieuses, si cette satisfaction est refusée.
Mais Thomme qui a fait plus que tous les autres, par ses arguments et par son traitemcm. pour déniiontrer la loi d'exercice chez l'homme, est Lallemand, dont le grand ouvrage sur los Pertes séminales involontaires est un des points de repère dans irhistoire des sciences médicales. // recommande d'habitude un coït modéré dans bien des cas de spermatoirrhée qui proviennent de la continence ou de la masturbation : — et cela avec le plus heureux résultat.
Il dit : « L'exercice régulier des organes peut seul leur rendre toute l'énergie dont ils sont susceplibles, et ceux de la génération sont loin de faire exception à cette loi générale. Pour oomp.<léter la guérison, il faut donc que des rapports sexuels tinisseent par s"étcit)lir ». En réalité, il traite ces cas d'après les mêmes princi- [tes physiologiques qu'un médecin instruit emploierait dans le traitement des maladies de tout uutre orgiine ; la ju'^lesse de ce principe est ad-
mise par un grand nombre de médecins du continent.
Dans son livre sur Vlmpuissance et la Stérilité, M. Félix Roubaud dit : « Plus un organe ou un appareil d'organes fonctionne, plus il possède une (nutrition active, et plus, par conséquent, il s'accroît en volume et en énergie ; vice versa, moins un organe ou un appareil d'organes fonctionne, et moins il jouit d'une nutrition abondante, et plu;j, par conséquent, il est ex'posé au dépérissement et à l'atrophie. Si cette loi physiologique n'est pas un mensonge^ on comprend qu'on en puisse faire l'application à l'appareil génital »,
« Lies indications que devra remplir le médecin qui traite ces cas, dit Pickford, de Heidelbeng, dans son ouvrage sur la Spermatorrhée, s-ont généralement ici d'une nature double. Il doit sans doute ramener l'appareil génital maladif à l'état sain, mais aussi donner au malade des conseils qui le mettent à même de préserver la santé rétablie- Pour ce dernier objet, le médecin est (parfois obligé (surtout quand de mauvaises haJbitudes ou des pertes trop fréquentes ont leur racine dans certaines dispositions du système nerveux) de conseiller la satisfaction régulière et modérée de l'appétit sexuel, dans la forme normale, comme Tunique préservatif suffisant contre les récidives ».
En Angleterre, ces principes ont produit une impression assez forte, et bien dos médecins les ont approuvés et appliqués plu« ou moins ouvertement (1).
(1) D<?s ouvrages récents ne font que confirmer les vues (lc> Drysrinle sur la continence et le célibat. Lire sur co point : Dr Auguste Forol, La Qucslion sexuelle exposée aux nOAiUcs cvKnâs ; D^ Antoine WvHn;, la Morale sexuelle
Sa cause, son uiiMÊOE 163
Ces preuves et ces citations, qu'on pourrait multiipdier, établissent, je le pense, la vérité de la loi d'exercice. Cette loi, vraiment, ne saurait être niée, à moins qu'on ne mette de côté les instincts de la' nature et les sug'gestions les pllus ordinaires de la science et du sens commun.
Il faut donc la regarder, de même que la g'ra* vitation ou les proportions défmies, comme une des lois fixes et éternelles de la nature.
C'est une loi que, conformément aux principes de la religion physique, il est non seulement du salut, mais du devoir de l'homme et de la femme d'observer et de faire observer aux autres, dans la mesure de leur force.
C'est une loi qui ne se plie pas aux exigences de la société humaine, car elle a été la mémo hier qu'elle est aujourd'hui, et elle sera la même deniain et à tout jamais.
C'est une loi qui a des récompenses pour celui qui 'l'observe, et des punitions pour celui qui la viole, et cela d'une façon absolue, sans varia' tion, sans se soucier des institutions sexuelles et des théories des hommes. Une connaissance claire et déterminée de cette loi et des lois de l'industrie agricole et de la fécondité est nécessaire pour montrer toute retendue des di[[icultéii qui oppriment notre race.
Seule, cette connaissance peut servir de base à ce dont dépend vraiment la régénération de la soiciété, à une théorie et à une pratique vrafe de mor^Tle sexuelle.
JOi La Pai vncTÉ