‹ La pauvreté, sa seule cause, son seul remèdeChapitre 18 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le seul moyen qui rende la vertu et le progrès possibles, c'est la ropvlalinn pn'rpntire, la préservation sexuelle contre la grossesse. — Les moyens anticonceptionnels. — Ces moyens sont-ils nuisibles à la santé ?

Donc, une société dans laquelle tous les hommes et toutos les femmes auraient à comprimer Teurs désirs amoureux jusqu'à Fàge de Irenlc ans et plus, deviendrait le théâtre dïine cou trainte si teriible, d'une tel-le absence de virilité et de gaieté, elle propagerait les maJadies génitafics, la spermatorrhée, la chlorose, l'hystérie et tous les autres signes de l'affaiblissement sexuel, ù un tel point, qu'il serait à peu pi es impossible do trouver mi seill individu sain.

Si nous voulons rêver des Utopies, faisons du moins qu'elles soient un peu plus agréables, i.a différence entre un tel état social et le nôtre reviendrait à ceci : (jue la misère serait distribuée d'une façon plus égale, de sorte que personne ne mènerait une existence valant la poine d'être vécue.

, S"il n'est pas d'autres moyens d'augmenter la proportion de richesse et de loisir pour les hommes, que de sacrifier l'amour, les destinées Inimaines sont désespérées.

O sacrifice ne peut se faire ; il ne sera pas fait. Dans ce cas, les efforts des hommes ne produiront qu'une oscillation entre les deux choses essentielles, comme il en a toujours été dans les vieux pays.

Sa calsl:, son hlmi-ue JH5

Renoncer à l'amour ou au pain, c'est 'le désespoir et la mort ; et jusqu'à présent ceci a été le seul choix du genre humain. Si nous ne pouvons avoir les deux à la fois, il n'y a pour riiunmie ni santé ni vertu- La société sera ce qu'elle a toujours été, une scène de confusion, où les forts étouffent les faibles, oîi le seul progrès, si progrès il y a, consiste dans un changement de forme et dans une distribution plus égale des souffrances.

Il s'agit d'enlever les deux maux alternatifs, le mal positif et le mal préventif, qui résulltenl de la loi de population ; d'épargner à notre société la nécessité de la contrainte morale, du vice ou de la misère Ccoiitinence, prostitution et ipauvreté) — de ces malheurs qui sévissent cruellement et profondément dans tout pays vieux et peuplé.

Toutes !les espérances des hommes peuvent se résumer en cette seule question, qui prime toutes les autres : « Est-il j)ossible d'avoir à la fois du pain et de l'amour ? » Chacun de nous peut-il avoir sa part de richesse, d'amour et de loisir ? En d'autres termes, est-il possible de réconcilier l'antagonisme entre les deux lois de la nature et d'échapper aux horreurs de la destruction mutuel/le ?

Je crois en toute sincérité que la chose est possible, et qu'il ne s'agit que de bien comprendre celto dilTiculté suprêuie de la société humaine, de la regarder résolument en face, pou)" qu'elle puisse être surmontée. Mais il est évident que les moyens à mettre en œuvre doivent diiférer radicalement de ceux qu'on a essayés jusqu'à présent et qui tous ont été complètement impuissants. II est évident que des mesures légères, de simples pal'liatifs, comme tous ceux

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auxquels on a eu recours, et que le principe de population a lait avorter, 'ne peuveiiit amener une amélioration réelle.

C'est la racine du mal qu'il faut guérir, et celto racine est sexuelle : donc, un changement radical dans la vie et les idées sexuelles des hommes est nécessaire, pour qu'il devienne possible d'échapper à ces mailieurs.

Je supplie le lecteur de ne pas préjuger cette question suprême, de ne pas se laisser détourner de ses réflexions par les idées courantes. S'il est pénétré de douleur à la vue de la situation tiorrible des ho:mmes qui peuplent les pays vieux ; s'il est convaincu que notre organisation sociale est foncièrement mauvaise, que tous nos systèmes de morale, de religion, de médecine sont illusoires, parce qu.e le principe de population les neutralise — il verra qu'il faut à tout prix faire on changement dans nos mœurs sexuelles et que, s'il ne peut y en avoir un, la société humaine n'a aucun espoir de s'améliorer. Quand une fois la vérité sur la populaton et sur la destruction mutuelle des hommes sera connue — et cela ne peut tarder — tous s'apercevront qu'il est absolument nécessaire de revenir sur les premiers principes de la société humaine et de la moralité sexuelle, de les soumettre à un nouvel examen. L'état de choses actuel ne saurait durer.

U est un moyen — et il n'en est qu'un seul — . de surmonter ces m.aux, d'assurer à chacun de nous sa part de nourriture, d'amour et de loisir, part sans laquelle la société n'est qu'un chaos d'égoïsme, d'injustice et de misère. Je crois que co moyen, quelque opposé qu'il soit aux idées courantes, ne renferme en lui-même que peu de mal réel ; dans tous les cas, il implique la moin-

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rire somme de mal dont les lois de population nous laissent le choix. Je suis convaincu que ce moyen finira par être universellement adopté, en dépit de l'opposition qu'il rencontrera dans le début. Je délie le génie de l'homme d'imaginer même la possibifiité d'une autre méthode qui permette d'éviter les maux économiques et sexuels dans les vieux Etats, une fois qu'on aura reconnu l'étendue des difficultés que présente Qe manque de pain, dun côlé, et le manque d'amour, de l'autre.

Le moyen dont je parle — le seul qui rende la vertu et le progrès possibles — est la Copulation préventive. (1).

J'entends par là le coït accompagné de précautions qui empêchent la fécondalian. De cetie manière, on obtiendrait l'amour sans s'exposer au manque de nourriture et de doisir, résultat d'une population trop nombreuse-

Deux questions surgissent : 1° la chose eslelle possible et comment ? 2° peut-elle se faire sans entraîner un mal physique et moral ?

Pour répondre à la preniière question, je vais détailler, autant que je les connais, les différentes méthodes qu'on a essayées ou proposées, en fait de coït préventif. Il ne faut pas croire, en effet, que ces moyens de limiter la population soient nouveaux et insolites ; j'ai, au contraire, ridée qu'ils sont fort communs en Angleterre et plus encore sur le continent. Fort souvent, les gens ont été poussés à les imaginer et à les employer, tantôt pour ne pas augmenfêr le nom-

(1) On dit aujourd'hui plus couram.monl la préservation sexuelle, la prophylaxie sexuelle en donnant à ces expressions le sens de précautions à prendre dans le coït, pour èvïU'x la conooplion, la grossesse.

IHS La Pauvreté

bre de leurs enfants, tantôt pour éviter des reietons illégilinies, en detiors du mariag-e.

Je parlerai d'abord de la méthode proposée par Raciborslvi. Ses idées sont i'orl. inléressantes, parce qu'il les a publiées spécialement dans le but de réagir contre le mal d'une trop grande poipulalion.

11 dit : (( En maiianl, dans nos cliimals, les Illles à l'àg'e de vingt à vingt-quatre ans, nous leur laissons do vingl-quatre à vingt-six années pour la reproduclion. Que les disciples de Maltlms ne s'épouvantent pas de cette longue période ! La science possède aujourd'hui 'le moyeu de les rassurer. Elle peut leur olïrir les métliodes cajpables d'arrêter à temps un aocroissenKUii raipide de la population, dans toutes les famil'.esi qui en sont menacées. Ce moyen n'est que la conséquence des progrès qu'a faits la physiologie de notre espèce. Il ne sagit plus de la destruction d'êtres vivants, ni de l'avortement forcé d'êtres prêts à entrer dans la vie. Les remèdeis de ce genre sont destinés à rester pour toujours outre lies mains des nations barbares, qui sont inaccessibles aux lumières de la religion chrétienne et de la philosophie »• Le moyen qu'il recommand.e est d'adopter un certain ordre dans le commerce sexuel. « Il résulte de mes recherches que, quoique peut-être il n'y ait pn.=i de périodes où, comme Pouchet Ta affirmé, la conception soit physiquement impossible, il y en a néanmoins où il est infiniment moins probable qu'elle ait lieu qu'à d'autres époques. J'ai trouvé que sur cent femmes, nous ne pouvons en compter que six ou sept tout au plus qui deviennent enceintes à des moments bien éloignés de la période menstruelle. Chez la plupart des femmes, la conception date du coït praliqué pcn-

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ilaiil Iles ineiislrues ,ou quelques jours avaul ou aipi'ès. Il en résulte qu'en s'abslenant de la copulation depuis le deuxième ou le. troisième jour iiui précède les règles jusqu'au huitième jour qui leis suit, on est sûr de diminuer considérablement les chances de reproduction w.

Bischoff, le célèbre physiologiste aiUemand, esl à peu près de la môme opinion. 11 dit que Toeul s'éohaippe de l'ovaire de ûa femme au moment oi!i les régies vont cesser, et que, pour être imprégné, il faut qu'il rencontre le sperme dans la tromipe. Il en conclut que, pour être fécond, le coït doit avoir lieu pendant huit ou douze jours après la période des règles.

« Comme on le sait bien, dit Scanzonï, de Wurtzbourg, la conception a lieu, en règle générale, après (la menstruation ». Beaucoup d'autres médecins et physiologistes partagent ces idées, dont on peut dire que la balance des preuves penche fortement de leur côté.

Si ces idées sont vraies, elles surmontent presque toutes seules la difficulté de la population et il est impossible d'en exagérer ll'importance.

€ependa;nt, je ne sais pas jusqu'à quel pomt eliles sont exactes. Par suite du mystère rigoU' roux et dang'ereux dont on enveloppe les su]<ifs sexuels, personne ne fait connaître lie résultat de ses expériences, et il devient à peu près inqvossible de s'assurer si ces moyens ont été employés et s'ils ont répondu à l'attente ou non. Tant (lu'on ne se débarrassera pas de ce mystère, tant qu'on ne disouitera pas ouvertement /les sujets sexuels, la plus grande de toutes les difficultés humaiines restera ensevelie dans les ténèbres. Probablement la raison principale qui s'opposo à la discussion de cette question est le sentiment

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que, si Ton venait à savoir que la copulation préventive est facile, il y aurait un accroissement immense de l'amour en dehors du, mariag-e. Si les femmes ne craignaient pas de devenir enceintes, elles s'abandonneraient à leurs désirs amoureux, tout comme les hommes.

Ainsi, les préjugés intenses en faveur du code actuel de morale sexuelle et de l'institution du mariage, et la véhémente hostilité dont on poursuiit l'amour en dehors du mariage, sont les principaux obstacles qui empêchent l'examen du jjIus important de tous les sujets : la copulation préventive.

Dans l'opinion des hommes de science distingués que nous avons cités, la femme n'a qu'à s'aibstenir du coït pendant une ^certaine portion du mois ; et cela lui laisserait environ la moitié de chaque mois pour se livrer à la satisfaction des appétits sexuels, sans le péril d'augmenter une population déijà trop forte. Si c'est vrai, ce serait un immense bienfait, d'un prix inestimable. Et si toutes les femmes pouvaient goûter même cette somme de commerce sexuel, cela empêcherait probablement en grande partie. Mes maux qui résultent d'un état sexuel morbide, de la répression des désirs et du manque d'exercice des organes, maux que nous observons dans les cas si nombreux de chlorose, d'affections hystériques et de désordres des menstrues. Rien ne serait plus précieux pour J'ihumanité que de savoir jusqu'à quel p'Oint ces idées sont vraies, et on ne l'apprendra qu'au moyen d'une vaste expérience dont les résultats seraient ouvertement communiqués au public. (1)

(1] Cos expériences n'ont pas été faites et le temps n'est pas encore venu où l'on puisse parler ouvertement do c>--^ sujets. Mais il semble 'bien d'après les physiologistes que,

Sa cause, so.\ remède d71

Outre ce moyen préventif qu'on pourrait appeler le moyen naturel et qui est ù peine connu de la masse il en est d'autres bien plus généralement adoptés, au moins dans une partie de la société.

Ces moyens, qu'on peut qualifier de mécaniques ou d'artiiiciels sont de différentes espèces. Mais tous ont le même but : prévenir la fécondation en empêchant le liquide séminal de pénétrer dans la matrice. La cellule à sperme produite par l'homme ne peut alors rencontrer la cellule à germe fournie par la femme. On odtient ainsi la portion accessoire de l'acte vénérien, celle qui produit les sensations ; on évite la portion essentielle, dont on n'a pas conscience, qui produirait la conception- Ils consistent :

1° Dans le retrait de la verg.3 immédiatement avant l'éjaculation, manœuvre fréquente chez les hommes mariés ou non mariés ; 2° Dans l'usage de la capote ou condom ; 3° Dans l'usage de l'éponge introduite dans le vagin pour préserver l'orifice de la matrice ; 4° Dans l'irrigalion du vagin par de l'eau tiède ou froide immédiatement après le coït.

La première de ces méthodes fait du mal physiquement, ei peut produire des désordres nerveux, un affaiblissement sexuel et des congéslions, par l'interruption subite de l'acte vénérien dont elle diminue, d'ailleurs, le plaisir.

La seconde (la capote) émousse la jouissance, et produit souvent l'impuissance de l'homme et le dégoût des deux personnes : donc, elle aussi est pernicieuse.

dans la pratique, la mélhode préconisée par RaciborsJvi n"ait cni'unc valeur très relative. Elle a en outre l'inconvi'nu'nl pour les couples, de limiter à quelques jours par mois rôpoquc où le coït est permis. Beaucoup d'époux ne pourront sans doute se soumettre à ce régime.

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Ces objections ne s'appliquent pas, je pense, à la troisième méthode, c'est-à-dire à Tintroduction d'une éponge ou de quelque autre substanice, pour ipréserver! rorifice de la matrice. La femme pourrait aisément le faire ; il me semble que cela n'affecterait en rien les plaisirs vénériens et que la santé d'aucun des deux amants n'aurait à en souffrir. Pour être réellement bon. tout moyen préventif devrait être employé par la femme, parce qu'il gâte la passion et diminue l'impulsion de l'acte vénérien, si c'est l'homme qui doit y songer.

Je ne sais pas jusqu'à quel point cette méthode préventive a été essayée, ni avec quel srccès, mais j'espère et je crois que ce moyen, ou quelque autre moyen analogue et simple, pourra atteindre le but et devenir la solution pratique de la plus grande des difficultés humaines ; — cette solution est une copulation préventive, dont l'adoption soit facile et dont la nature ne nuise pas à la santéi.

L'injection d'eau tiède ou froide dans le vagin, immédiatement après le coït, est également un moyen efficace de prévenir la fécondation, parce qu'elle emporte le fluide séminal et détruit les propriétés fécondantes des spermatozoïdes, dont les mouvements cessent bien vite dans l'eau pure. (1)

(1) — a) b9 regretté B^ Ch.-l^. Drysdale, premier président de )a Ligue néo-mallhusienne anglaise avait une opinion différente de celle exprimée ici par soai frère, le Dr Georges Drysdale, sur le retrait dans le coït.

Le Dr Gh.-R. Drysdale considérait ce moyen comme le meilleur. Il ne nécessite aucune préparation et il a ce prand avantage de placer toute la responsabilité de la préservation sexuelle chez l'Iiomme dont c'est trop souvent l'habitude de laisser à la femme le soin des précautions anticonceptionnelles.

L'usage de l'éponge, sui\'îint Ch. R. Drysdale, a l'incon-

Sa CAL.Sl', SUN lil.MI.DK 1 7o

Jo suis disposé A croire que l'éponge est de beaucoup 'le mei'ileur de ces moyens mécaniques, et l'on pourrait s'en servir pendant cette portion du mois oi!i la fécondation peut avoir lieu ; ou bien, si Tidée de Raciborski est erronée, elle pourrait seule surmonter la difficulté de la population. Les désirs sexuels des femmes sont généralement plus forts immédiatement après les règles, ce qui semble indiquer que c'est le

vijnient de dilater Ixaucoup le vagin par des dimensicns, ffui cependant sont nécessaires pour l'eflicacité de linsti-Lui.'ent. L'éponge doit être placéo en position environ ^0 -minutes avant l'acte sexuel de façon à ne pas détrjire la sensibilité de la niuqiuteuse vaginale qui momientanément atténuée revient ensuite peu à ipeu. Elle doit être humoctce ijréalablenvent par imraersiO'n dans de l'eau savonneuse et con,pression.

L'usage des injections est déplaisant dans la plupart des cas. Celui du pessaire présente des dillicultés, sur^ )uL dans maints cas de déplacement de la matrice, et n offre pas une protection certaine.

Les méthodes à employer par les femaries ont leur utilité Dépendant dans le cas où les maris sont ivrognes ou brutaux ; on ne doit pourtant les regarder tiue comme accessoires de celles à en.ploycr par les hoinimes et dar.s tous les cas elles sont m'oiiis sùires que ces dernières.

Au Congrès UK'^dical d'Amsterdam en ISSi, une discussion eut lieu sur 1-es métliodes de préservation sexuelle. ! fs niédecinis français, notan;ment MAI. Lulaud et Lo Blond traitèrent avec le plus grand dédain l'opinion que la, meJliode (lu retiail daas le coït avait des cons-équences lâcheuses po'uir l'organisn.'e. Cela paraît au D"" Cli. T.. Drvsdale un motif de plus de sêlonncr de ^''^goisme des hommes qui transfèrent aux fen/mes la charge de prendre les soins d'éviter la progénitm^e.

h) Depuis que ce chapitre a été écrit la pratique a modifié les idées sur les moyens de prés^ervation de la grossesse.

On peut énuniérer ainsi les divers procédés :

1. .\ employer par l'homme : le condom ou capote an- (flaise, le capuchon ou houl américain, le coit interrompu et la demi retrait ;

2 A cmplover par la femme : les pessaircs divers (Mensinga, français, Matrisalus, tubulaire), l éponge, rahaorbil. le colon hydropliilc, les suppositoires vaginaux^ les poudres

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luoiiieut où elles sont le plus exposées à la fCcoiidation. Ce serait un grand mal pour les femmes, et leur vie serait bien plus ennuyeuse que celle des ihommes, si leurs appétits les plus intenses devaient être désappointés, si elles ne devaient avoir que la moitié, et la moitié la moins agréable, de leurs jouissances sexuelles. La loi de population a toujours pesé sur la femme plus que sur les hommes (excepté pour ce qui concerne le manque de loisir), à cause de la différence de leur condition sexuelle, et il est plus difficile de lui épargner les maux qui en résultent.

Je crois que, par les moyens naturels proposés par Raciborski et par les moyens mécaniques que j'ai mentionnés, ou par d'autres qu'on

anticonceptionnelles, le coït intermensuel, Virrigation vaginale.

La plupart des physiologistes prétendent que le coït interrompu est nuisible pliysiquement. Cependant un spécialiste distingué le D"" Lutaud dit : « Le coït interrompu ne présente piliysiologiquement aucune différence avec te coït normal. Que le sperme soit dé^Dosé dans le \agin ou en deliors du vagin, le mécanisme de réjaculation reste le même et il n'en résulte pour l'nomme aucune iatigue ni excitation supplémentaire. »

L'emploi de la capote s'est généralisé aujourd'hui. Ln 1905 un Congrès de spécialistes réuni à Zurich s'est prononcé en faveur de la capote anglaise, l'indiquant comme le seul moyen méritant d'être recommandé et contre ici> maladies vénériennes et comme moyen anticoncepiiomict.

L'irrigation vaginale ne constitue pas, iseulo, une garantie suffisante contre la conception. Et tout moyen employé pair la femme doit être complété par une iovigation vaginulo abondante et spermaticide.

Pour l'étude de ce sujet voir : Die Mittel zur Verhûluug dcr Conception (les Moyens d'éviter la conception], par Hans Ferdy, 8^ édition, en deux parties : première partie, Les Moyens, prix 3 fr.: deuxième partie. De Vattitudc des médecins en {ace du désir d'éviter la conception dans te ^peuple, prix 1 fr. 25. Max Spohr, éditeur, Leipzig.

Lire aussi : Moyens i' éviter la grossesse, 0(3 pages, cl figures, nar G. Hardy. .\ux Editions néo-nvalthusiennes, 15, rue d"Or.tel, Paris.

Charles R. DRYSDALE (1829-1907) Fondateur du la Lit-ue Malthusienne anglaise.

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pourra découvrir (1), il est possible d'arriver à une copulation préventive qui mettrait les hommes à même de surmonter la plus grande de toutes leurs dilificultés, et d'obtenir assez de pain sans pour cela sacrilier l'amour.

On ne pourrait l'aire plus de bien aux hommes que de propager la connaissance de ces moyens préventifs ; et il faudrait lixcr et augmenter cette connaissance en recueillant un grand nombre d'expériences individuelles. Il se peut qu'on trouve des moyens supérieurs à ceux que j'ai indiqués. Dans toute la série des études humaines, il n'est pas un seul sujet sur lequel la pensée puisse s'exercer avec des résultats si précieux. (2)

La seconde question est la suivante : peut-on recourir à ces moyens sans faire du mal, physiquem>ent et moralement ? Je crois que cefia est possible, ou que du moins le mal serait tout à fait insignifiant, en comparaison des maux qui résultent aujourd'hui du principe de populalioii. Si par ces moyens — et par /les autres changements dans notre code sexuel dont je parlerai plus loin — chaque femme de noire sociélé pouvait avoir sa part des plaisirs de l'amour et des joies de la maternité, il me semble que cela pourrait se faire sans nuire à la santé.

La question revient exactement à ceci : la fiemme pourrait-elle mener une vie saine, si elle

(1) V'OiF plus haut, note 1, page 173, rénuméiation des procédés aujouird'hui connus.

(2^1 Ce livTe je l'ai dit dans ravcrlissement, a donné naissance à l'action néo-m'althusienne.

En 1S79 Cliarles R. Drysdale. le frère de l'auteur des Eléments de science sociale fonda la Malthusian-League don! l'organe The Malllnisian avec une persévérance inlassable poursuit une croisade contre la pauvreté. Mme Alice Vickcry Drysdale, docteur en médecùie, est aujourd'hui prési-

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se laissait féconder deux ou trois fois seulement daTis toute sa vie, et si le reste du temps elle em,pêchait la fécondation par les moyens décrits ? Si cela se pratiquait partout, je crois non seulement que la moyenne de la santé des femmes serait immensément améliorée, mais que leur vie pourrait être itarlaitement saine.

Je pense que deux ou trois enfants Siitlisent pour maintenir la santé des organes sexuels d'une femme, et qu'une somme voulue de copulation préventive pendant le reste de sa vie n'aurait que des effets salutaires, physiquement et moralement. La fécondation et raccoucliement sont certainement de la plus haute importance ipour la santé et le honheur d'une femme, et par suite chacune devrait produire sa part d'enfants. Mais il est pro'bable que deux ou trois enfants mis au monde dans le cours d'une vie suffiraient pour assurer ces avantages. S'il n'en est pas ainsi, malheur aux femmes ! car autre-

clente do la ligue malthusienne anglaise. Ses enfants Cliaries V. Drysdale et Bessie Drysdale prennent part ù Taci i m comni'enoée par leurs éminents père et oncle.

En 1S85 une ligue néo-malthusienne linllandaise a été fondée. Le docteur Hutgens en est le secrétaire général. Organe ; Uet Gelukkig Huisgezln.

En 1880 Die Soziat Harmonie fut fondée en Allemagne par M. 'Max Hausmeister. Ce périodique poursuit une propagande purement tliéorique.

M. Paul Rohin, de Cen.'puis, fonda la ligue française en 1896 et son organe Régénération a vaillamment poursuivi pondant pluis de douze années la diffusion de la théorie et des movens pratiques. L'action néo-malthusienne française s'étend. Oul're les périodiques sipéciaux qui ont succédé à Régénération, des organes politiques ou de couTbat for 5 •une place à la discussion. Parmi eux, le Libertaire.

Des ligues similaires ont été fondées à lél ranger. En Relgimn l'organe du mouvement est Génération couscicrite. En Espagne, l^aliid y Fnerza, sous la direction de L. Bullfi. En Suisse la Vie Intime, sous la direction de M. Valeiitiii Grand Jean. On a^nnonoe la fondation de ligues néo-malliiu'^ien-ines en Allemagne et au Portugal.

ment il est absolument impossible de rendre leur vie saine, (i)

Quant au côté moral de la question, bien des gens blâment 'la copulation préventive parce qu'elle est, à ce qu'ils disent, contraire à la nature. Mais la continence est encore bien plus contraire à la nature ; elle l'est à ce point qu'elle est incompatible avec le bonheur et la santé et qu'elle produit les maladies les pHus désolantes isur une très vaste échelle.

Nous ajccordons que la copulation préventive est contraire à la nature, mais les conditions de notice existence ne nous laissent pas d'allternative. Si nous nous mettions à suivre toutes nos impulsions .naturelles, à écouter nos appétits sexuels comme le font îles animaux inférieurs, nous serions forcés, comme eux, de nous dévorer les uns les autres, de nous entraver mutuellement dans notre croissance.

Il n'y a pas dé miiieii : nous sommes forcés d'agir contrairement aux lois de la nature, et le seul choix qui nous soit laissé est de suivre la voie qui produit la moindre somme de mai moral et physique. Ce n'est pas à la nature qu'il faut comparer le coït préventif, mais aux autres obstacles nécessaires de la population, à la continence, à la prostitution, à la pauvreté. Nous

(1) « Il résulte d'une enquête que nous avons faite sur Jes médecins parisiens, qui doivent être considérés à jiuste tilro cominje appartenant à la classe supéa-ieure de la population, que c'est parmi eux que la restriction est le plus pratiquée. Sur 1800 ménages de médecins pairisiens, on compte en moyenne 1 enfant et demi par ménage.

« Comme nous l'avons dit, les médecins sont des gens 'instruits et parfaitement à même de juger o3 qui est nuisible à la santé. Est-il dès lors possible d'admettre qu'ils mettraient en pa^atique des mesures de nature à donner lieu fi une foule de maladies et à abréger leur existence, » D'" Lutaud. Le Néo-malthusianisme . 1891.

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avons à choisir entre ces obstacles et nullement en dehors d'eux,

Quelques-uns font l'O'bjection que la copulation préventive est une espèce d''homicide qui fait perdre des existences. Ceci ressemble à la crainte superstitieuse des Hindous, qui, de peur qu'un enfant ne manque de naître, marient chaque fille dès sa première menstruation. La conséquence est que les malheureux sont plongés dans un affreux abîme de misère, et qu'ils sont décimés par l'obstacle positif à la population, sous la forme de famines périodiques ; cbaque fois qu'on n'a pas égard à l'obstacle préventif, ces fléaux sont siirs de revenir fréquemment.

Chaque jour il se perd des enfants possibles- Chaque fois qu'une femme a ses règles, ou que le fluide séminal d'un homme est absorbé ou déchargé sans reproduction, c'est le gaspillage d'un être viA^ant. Bref, le monde perd de cette manière à peu près le nombre d'enfants qui constitue la différence entre le chiffre de ceux qui naissent dans un pays dont la population se double, comme aux Etats-Unis d'Amérique, en vingt-cinq ans, et le chiffre de ceux qui naissent dans un vieux pays, comme la Suisse ou la Norvège, oîi la population est presque stationnaire.

i/ailleurs, ce n'est que par une extrême confusion d'idées qu'on peut rattacher la copulation préventive à l'infanticide. Du moment qu'un embryon humain est produit par l'union du spermatozoïde et de l'œuf, sa vie est aussi sacrée que celle de l'adulte : la détruire, c'est commettre un meurtre. Mais autre chose est d'entraver la fécondation. Nous empêchons cette fécondation journellement, en nous abstenant du coït ; journcllomcnt nous gaspillons du fluide sciiiinal et des œufs : et ralternalive n'est pas de

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savoir s'ils doivent être gaspillés et détruits ou non, mais si nous devons être détruits en même temps.

li ne laut laire de mal à personne : voilà la grande règle de morale. C'est pourquoi le jeune embryon est sacré une fois qu'il est formé (1), mais avant icette formation, ses éléments ressemblent aux autres sécrétions du corps et manquent absolument de vitalité indépendante.

Que ceux qui lancent des accusations mal fondées contre la copulation préventive, réfléchissent à leurs propres actes. Au lieu d'être un homicide, la copulation préventive est le seul moyen possible d'empêcher le meurtre, qui se oonuni't dans notre société, à tout momont, sous les formes les plus insidieuses et les plus douloureuses : — 'C'est ce que nous avons démontré en parlant de la destruction mutuelle des hommes. Au lieu d'être immoraile, la copulation préventive est le seul m,oyen j)ossihle d'introduire une moralité réelle dans la société humaine, où cette moralité n'a jusqu à présent été qu'un mot. Quoiqu'il me soit impossible de dire quels maux inévitables pourront résulter cie celle copulation préventive, j'espère en toute sincérité qu'ils seront légers et peu nombreux, et je suis convaincu que, en comparaison des maux présents, ils seront d'une extrême insignifiance.

Ainsi, la copulation préventive est le moyen,

d') L'avorlement est-il un cium-e ? U est considûré oomme tel légalement. Mais, scientifiquement, la question est controversée et l'oipinion de Geaiiges Drysdale sera coiisiaérée par beaucoup comime un peu absolue.

On sait que ravorlement est, en France tout au moins, pratiqué couramment. C'est m'ême un des obstacles préventifs (ou répressifs, cela dépend de l'opinion cpie 1 on a sur l'avortement) les plus à l'œuvre dans notre société. Malthus n'en fait guère mention oomnie obstacle h la population que chez les peuples primitifs.

Sa cause, son remède dSl

il le seul moyen possible, dei réconcilier Hes lifficultés alternatives du problème do la popuation. Elle est la seule solution possible pour emédier au mal sc'cial sous lequel gémissent ,ous les vieux pays-

J'ai la conviction la p'ius profonde et la plus intime que. c'est là la vérité. Il n'y a pas de suie! auquel j'ai tant réfléchi et qui me tienne tant à cœur que le sujet sexuel. Depuis des années, je m'en occupe sans cesse. Longtemps ivant d'avoir lu les ouvrages de Malthus et de rohn Stuart Mill, mon esprit était frappé par les naux que je voyais et dont je lisais des descripions, maux' qui résultent de la continence, et les autres difficultés et maladies sexuelles. Je comprenais peu, alors, la main de fer de la nécessité qui cause toutes ces privations et toutes ;es misères, et je blâmais, comme tant d'autres, a tyrannie de notre code moral et le monopole le nos institutions sexuelles.

Mais le grand ouvrage de Malthus me révéla a véritable source du mal. Je compris alors que e monopole du mariage n'était pas la cause "éelle de la continence, pas plus que la distribution inégale de la richesse n'était la cause de Ta pauvreté, mais que ces maux étaient le résultat ie l'inexorable nécessité de limiter la population 3t de la maintenir au niveau des moyens de subsistance.

Le mariage n'était plus qu'une avant-garde, cachant à nos yeux l'ennemi qui nous détruit-

Alors les deux igrandes difficultés alternatives se présentaient clairement : celles qui proviennent du manque d'amour et que j'avais si longtemps déplorées, d'un côté ; et de l'autre, celles qui proviennent du manque de pain et qui,

182 La Pauvukïé

cuiiiiiie Maltiuis me rapprit, sont rattdcliées cl" une manière indissoluble aux premières.

Je compris alors que le mai sexuel et le mal de la pauvreté sont en réalité deux lormes différentes du même mal et produits par la loi de population. Je compris que les deux coulaient de la même source et devaient être guéris par les mêmes remèdes, si toutelois la guérison était possible.

Etait-elle possible ? le remède était-il dans la nature des clioses ? pouvait-on réconcilier ces difficultés ? Si cette réconciliation était impossible, plus je réfléchissais à la question et plus je desespérais des destinées humaines.

On peut, à ce que je crois, les réconcilier par la copulation préventive.

Je ne suis pas arrivé à cette conclusion sans avoir examiné la question sous tous les points de vue, avec une longue et vive anxiété ; mais je suis intimement convaincu qu'on y trouvera le vrai moyen d'échapiper aux maux quf dévorent la société. Si cela n'arrive pas, malheur ii notre race ! Alors ce livre et tous les livres publiés sur n'importe quel sujet auront été écrits en vain. Alors rien ne peut amener un progrès réel dans les destinées humaines-

Sa cause, so>\ ue.mèue .183

CIIAPITIIE V

Le mariage. — Son insuffisance au point de vue sexuel. Les maux quil produit. Le divorce. — Le mariage prostitution légale. Le mariage et les familles nombreuses. — Les familles nombreuses causent la pauvreté et les maux sexuels. Les gens mariés prolifiques plus coupables que les prostituées.

Cepeiidant, môme si la copulation préventive était universellement adoptée et qu'elle fut suffisante pour atteindre l'objet en vue, tout en faisant disparaître la pauvreté, elle mitigerait seulement mais ne remédierait pas complètement aux maux sexuels. Parmi ces maux il en est, et des plus répandus qui tiennent directement aux erreurs de notre code de morale sexuelle. Selon ce code, par exemple, tout amour en dehors du mariage est un péché. De plus, le mariage doit unir les couples pour la vie entière, sans leur laisser la faculté de s'al3andonner à quelque autre intimité sexuelle, à moins que le mari ou la femme ne commette un adultère. Si cet état de choses devait continuer, il y a bien des maux sexuels qui ne pourraient jamais être guéris. (I) Quel est ou -quel devrait être le grand but de toute institution sociale qui se propose d'unir les sexes ? C'est de donner à chaque individu, homme

(1^ î,a fariiltê de divorcer vient, dans certains pays alté- .nuer les diffieiilf/is résultant du m'iiairiiajre. L'auteur est, anglais. A l'époque ûù il ccrivail, la loi Naquet n'existait i cf en France.

lî^i La PauvretiS

ou lemme, une part des biens de Vamour et de ceux de la paternité ou de la maternité, et de pourvoir aux besoins des eniants.

Mais si le mariage est la seule méthode hono- Fable de se procurer les plaisirs de l'amour et ceux de la paternité, bien des individus en seront privés. En supposant même qu'il y eût de 'a place pour l'exercice de toutes les facultés de leproduction, ou que, grâce à la copulation préventive, le nombre des enfants fût assez petit dans chaque famille pour permettre beaucoup de mariages, il n'y en aurait pas moins un grand nom.bre de femmes et même d'hommes qui, par suite de leur laideur ou de qualités peu attrayantes, ne trouveraient personne qui consentît à s'unir à eux rigoureusement pour la vie entière. On rencontre dans tous les pays, comme nous i'avons vu plus haut un grand nom^bre de vieilles filles ; même si ces cas étaient moins nombreux ils suffiraient pour démontrer l'insuffisance du mariage. Dans ibien des contrées, dans les pays vieux surtout, par suite de la prépondérance du sexe féminin, prépondérance qu'attestent les statistiques, bien des femmes resteraient forcément vieilles filles, même si tous les hommes se mariaient. En Allemagne il y avait en 1895, 950.000 femmes en excès sur le nombre des hommes, 890.000 en Angleterre, 270.000 en France, 900.000 en Autriche, 450.000 en Espagne, 130-000 en Suède, etc. Ces faits révèlent, sous notre code actuel de morale sexuelle, une immensité de souffrances.

Mais ce ne sont là que des gouttes dans le vaste océan de douleurs que l'institution rigoureuse du mariage produit inévitablement.

Le mariage est basé sur l'idée que l'amour

Sa cause, son remède 18

constant et invariable est le seul amour honorable et pur, le seul qu'on puisse reconnaître comme moralement bon. Il ne saurait exister de plus grande erreur. L'amour est, comme toutes les autres passions et appétits des hommes, sujet à. changer, et il dérive une (grande partie de sa force et de sa persévérance de la variété des objets. Chercher à le fixer dans un lit invariable, c'est essayer de changer les lois de sa nature.

La jeunesse, pendant laquelle la passion est au plus haut degré de sa force, est spécialement adonnée au changement, conformément au magnifique ordre de la nature qui veut que nos expériences soient variées, que toutes nos facultés et toutes nos émotions soient exercées et éveillées. Déplorer cette inconstance de la jeunesse ou Ta "traiter de perversité, de péché originel, c'est nous croire supérieurs en sagesse à la nature.

Un jeune homme et une jeune fille tombent amoureux, à l'âge de la puberté, quand un nouveau sens s'éveille chez eux, de la première belle figure qu'ils rencontrent. S'ils épousaient le premier objet de leur amour, il y a dix chances contre une qu'ils auraient à s'en repentir amèrement- N'ayant nulle expérience de l'amour, peuvent-ils savoir qu'ils trouveront peut-être plus d'attraits, et beaucoup plus de conformité d'humour chez d'autres individus ? Peuvent-ils juger les caractères, eux qui n'en connaissent aucun, pas même le leur ?

Le mariage pousse les jeunes gens, qu'aveuglent à la fois l'impulsion d'une passion nouvelle et leur inexpérience, à se précipiter tête perdue dans une carrière qui leur procurera, peut-être, aos années de misère ; jl refuse une expérience

J8(j La Pauvreté

suffisaiile pour bien choisir, cliose essentielle au bonheur, un compagnon de l'autre sexe.

Quoique l'homme et la femme puissent connaître quelque peu le physique extérieur Tun de l'autre, et les qualités qui sont à la surface, ils ne savent pas le moins du monde s'ils se conviendront l'un à l'autre sexiieïlement, avant de conclure ce contrat irrévocable. Souvent les plus grandes souffrances ont été produites par .quelque défectuosité sexuelle d'un côté ou de l'autre, ,par l'impuissance de l'homme, et même par l'ignorance totale des matières sexuelles chez les deux êtres mariés. Cette ignorance convient à l'enfance de la race, mais c'est, au vingtième siècle, une anomalie extraordinaire.

Bien des individus formulent des objections de conscience contre le vœu du mariage, qui est, en effet, une .«;orte de satire contre tous les vœux, puisqu'il promet l'amour jusqu'à la mort. Il n'est évidemment pa.s, dans bien des circonstances, au pouvoir de celui qui fait la promesse de la tenir. D'un autre côté la promesse de la femme fTohéir est une honte et condamne le formulaire entier ; cette partie du progTamme fournit souvent le prétexte à des actes de tyrannie domestique, qui sont, je crois, la règle et non l'exception dans la vie matrimoniale.

A un autre point de vue on ne peut, généralement, avoir recours au mariage dans Tes cas innombrables où le coït devient nécessait'e, pour guérir les maladies génifaFes, par exemple, telles que la spermato.rrhée, la chlorose, l'hystérie et les :lésordres des règles. Quand un jeune homme ou une jeune fdle est atteinte d'une de ces maladies, la copulation ne peut être procurée avec assez de rapidité par le mécanisme embarrassant du mariage, mémo s'il était prudent on juste pour un

Sa cause, son remède 187

malade, qu'il soit homme ou femme, cVunir sa destinée inoertaine à celle d'un autre.

Plus le malheureux malade est plongé dans l'abime de souffrance, plus la perspective du mariage devient désespérée. Si c'est un jeune homme, il ne possède ni la volonté ni le pouvoir de chercher une compag'ne pour la vie, dans un moment pareil. .SI c'est une jeune fille, plus elle devient maladive, moins elle a de chances de trouver un mari. Ainsi le mariarje nous manque au moment du plus grand besoin. S'il devait continuer à rester la seule copulation possible, il faudrait renoncer è guérir un grand nombre d<» maladies sexuelles, comme c'est le cas aujourd"iiui

Et ce n'est pas seulement la cure de ces affeclidiis (|ui deviendrait impossible, mais la prévention aussi, du moins dans une 'iiesure satisfaisante. u\ moins cpie tous les jeunes gens des deux sexes ne se marient à l'âge de la puberté, ce qui produirait des repentirs terribles, il y aura sans aucun doute immensément de maladies génitales, si Ton n'offre aucun autre moyen honoraMe de satisfaire les passions à leur début, lorsqu'elles sont surtout puissantes. C'est généralement vers rage de la puberté et immédiatement après, que les deux sexes commencent ù pratiquer la masturbation ; la chlorose est spécialement fréquente "chez les fdles entre quinze et vingt ans, etc. Bref, il est absolument impossible d'empêcher le développement d'un grand nombre de maladies génitales, si le mariage est le seul moyen de satisfaction offert à la jeunesse- La nature irrévocable du contrat de mariage et l'impossibilité d'obtenir le divorce amènent les malheurs les plus terribles, T.a'- majorité de^

188 La Pau\ rlté

meurtres et des voies de fait brutales est commise aujourd'hui par les maris contre leurs femmes. 11 est de l'essence même des contrats indissolubles et à long terme d'entraîner de semblables maux. C'est évidemment une anomalie affreuse et cruelle de lier ensemble, avec une rigueur de fer, dans ce qui devrait être des liens d'amour, deux personnes qui ont cessé de s'aimer, qui même en sont venues à se haïr. C'est certainement une amère satire contre l'amour, contre la dignité et la liberté de l'homme et de la femme.

On dit, avec l'austérité qui caractérise toutes les idées sur les sujets sexuels, que le bonheur des parents doit être dans ce cas sacrifié à l'intérêt dos enfants et que pour cette raison il no faut pas permettre b divorce. Mais peut-il y evoir quelque chose de plus contraire au bonheur et au bien-être des enjants eux-mêmes, que de vivre auprès d'un père et d'une mère dont le caractère est aigri par une haine mutuelle ? Un divorce est infiniment préférable pour tout le monde.

C'est pour ces raisons que, dans quelques pays européens, en Allemagne et en Prance, l'indissolubilité du mariage a été a^bandonnée et que le divorce est permis pour incompatibilité d'hu meur.

Bien qu'en Angleterre quelques-uns se prononcent en faveur d'un changement de ce genre dans les lois du pays-, le divorce n'est permis, comme dans la Bible, que pour cause d'adultère. Rien de plus contraire, au bon sens. Le divorce est considéré comme une peine, alors qu'il est un bienfait des plus grands pour ceux qui en ont besoin. Ce bienfait on l'accorde aux adultères, on le refuse aux autres gens mariés. On récompense

S\ CAUSE, SON RKMÈUE 189

ruduHèrc qiron prétend flétrir, et l'on punit ceux qui ne le commettent pas.

Le mariage indissoluble est un des principaux instruments de dégTadation des femmes. Il perpétue l'erreur invétérée que la femme doit dépendre de riiomnie pour son entretien, qu'elle est appelée à s'occuper exclusivement du ménage et de réducation des enfants. Or, celle idée est tout à fait incompatible avec la liberté et la dignité de la femme, d'un côté, et avec les intérêts économiques de la société, de l'autre.

Le mariage est aussi l'embilème de l'opinion injuste et cruelle qui donne à la femme moins de privilèges qu'à l'homme dans les affaires d'amour, qui punit mie violation du code moral de sa part avec beaucoup plus de sévérité.

Ce n'est qu'un péché véniel pour un homme de suivre ses appétits sexuels d'une manière illégit(ime, tant avant que pendant le mariage ; pour la femme, c'est un crime odieux. Fidèles à l'esprit du harem oriental, les hommes ont regardé la femme comme étant en quelque sorte la propriété du mari, propriété que personne n"a le droit de toucher, et qui n'a pas le droit de penser à aucun autre qu'à son légitime seigneur et maître.

Il est facile de comparer la monogamie, telle qu'elle existe chez nous, à la polygamie, et de vanter la justice supérieure de notre régime, tout comme nous entendons journellement les protestants triompher du catholicisme vieilli. Ce n'est pas au catholicisme qu'il faut comparer le protestantisme, mais à la religion naturelle ; ce n'est pas à la polygamie qu'il faut comparer le mariage, mais à la nature, et l'on trouvera qu'il est bien plus en arrière de la véritable justice

IPO La Pauvreté

sexuelle -qu'i) n'est supérieur à la polygamie.

On a fait du mariage un instrument de terreur pour enfermer la femme dans les règles les plus rigoureuses de discipline sexuelle, pendant que l'homme s'est approprié tous les privilèges. Le mari, qui ne se ferait pas le moindre scrupule de violer ses vœux de mariage, croit son hojincur engagé dans la fidélité matrimoniale de sa femme. Il est prêt à tuer l'homme qui ose toucher à sa propriété, quoique celle-ci ne lui inspire peut-être que de l'indifférence. j\ "est-ce pas là une amère raillerie ? est-ce autre chose quuiie parodie méprisable de nos institutions tant van liées ? Le mariage livre la femme, pieds et poings liés, aux mains de l'homme : elle est dans une position inférieure, au point de vue légal et moral ; elle est tentée de compter sur lui pour la nourriture, de ne rien faire que des enfants, et de trop peupler i;- monde. Lindisso- Iiibilité du mariage détruit l'esprit d'indépendance de la femme et Tamène à se soumettre à des cruautés et à des outrages qu'elle n'endurerait pas un seul moment sans cela. Elle l'assujetlit au pouvoir de Thomme qui est tenté d'abuser de sa force- Bref, c'est l'instrument qui, dans des cas innombrables, fait de l'homme un tyran et de la femme une esclave.

Le mariage est une démarche tellement hasardeuse, tellement irrévocable, que peu de gens s'y aventureraient s'ils n'y étaient poussés par l'absence d'une autre méthode honorable de satisfaire leurs désirs sexuels. Bien des hommes pensent qu'en se mariant ils perdro-nt une partie de leur liberté. Le nombre de ceux qui restent garçons, non pas parce que les moyens pécuniaires leur font défaut, mais par répug'nance pour le mariage, est fort grand. Et il

Sa cause, son uemèue 19!

s"ciccrijU sdiis cesse, à mesure que les prosrès cte riutelligence rendent les hommes moinS' disposés à prendre un parti problématique et irrévocable, lorsqu'il s'agit du bonheur de la vie.

Le mariage est l'enjeu du joueur ; c'est tout ou rien. Il convient aux premières phases du développement humain, mais non à l'état avancé de la société. Rien n'est plus opposé à la dignité (le l'homme et de la femme que ces contrats irrévocables. ; ils font de nous des enfants ei Umitent nos affections et nos actes par des règles et des mesures, comme si nous étions incapaoles d'être libres et de diriger nous-mêmes notre conduite sexuelle.

La formalité glaciale du mariage reiroidit l'ardeur de la jeunesse. Elle gâte les plaisirs de la société pour les jeunes gens des deux sexes et arrête l'élan d'intimité ei de sympathie qu'ils devraient éprouver mutuellement.

Les sentiments chaleureux entre le jeune homme et la jeune fllle ne sont pas encouragés, à moins qu'il n'y ait pierspective de mariage. L'adolescent ne "^ peut parler à la demoiselle qu'avec une certaine réserve, de peur d'exciter des espérances de mariage qu'il n'a pas l'intention de réaliser. L'homme ne doit pas courtiser la femme, la femme ne doit pas plaire à l'homme, de crainte d'engager les cœurs et de faire souf. frir. En un mot, la seule conduite sexuelle qu'on regarde comme tout à fait honorable, c'est de chercher un seul partenaire convenable, et de se tenir ù distance de tous les autres, avant et pendant le mariage.

C'est là ce qui a glacé notre société, ce qui donne un caractère efféminé et maladif à tout amour, ce qui tue la franche gaîté et l'impulsion de la jeunesse. C'est là ce qui change les rela-

lions dignes entre hommes et femmes en une course artificielle au mariage, dans laquelle les jeunes filles et leurs mères se mettent à la recherche d'un bon parti. C'est là ce qui fait que les jeunes filles sont tourmentées par la terrible appréliension de rester vieilles lilles, sentimient qui détruit leur dignité. C'est là ce qui fait que les hommes sont souvent trompés, induits au mariage par des artifices et des stratagèmes, s'ils n'y sont pas forcés par la peur d'avoir poussé « trop loin » leur assiduité auprès d'une dame. L'effet naturel a été de Dannir autant que possible l'amour vrai et naturel de notre société et d'y substituer les calculs de l'intérêt. L'impétuosité romanesque de lamour est à peu près éteinte au milieu de nous, et ne se trouve plus que dans les œuvres dïmaginalion, oîi les auteurs s'abandonnent à des rêves sentimentaux sur l'affection qui devirait exister entre les sexes. La plupart des mariages que nous pouvons observer n'ont pas eu l'amour pour mobile, mais quelque motif intéressé, comme la richesse, la position sociale et d'autres considérations de ce genre. Ils sont peu nombreux les mariages oii de part et d'autre il y ait eu affection (réelle. Ceci est surtout vrai pour les femmes. Il est rare qu'une femme épouse l'homme qu'elle aime le plus. Nous voyons journellement des unions dans lesquelles une jeune fille épouse un vieillard. La peur de rester vieille fille ou le désir d'obtenir les avantages et la protection du mariage sont généralement dans ce cas le vrai motif qui pousse la femme- De tels mariages ne sont, en fait, que des cas de j)rostitution légalisée, et en hostilité complète avec le véritable esprit de l'amour. Ce n'est pas la femme elle-même qu'il faut .n blâmer, mais sa malheureuse condition sociale.

Sa cause, son remède 193

Par suite de Télat de dépendance de la femme, état qui lui fait chercher un protecteur et un entreteneur plutôt qu'un amant ; par suite de l'impuissance où elle se trouve réduite de faire elle-même un choix ; par suite des grandes difficultés amenées par la loi de population qui travaillent notre société et qui jusqu'à présent ne permettent le mariage qu'à un nombre restreint de personnes, et cela à un âge avancé, rinfluence de l'amour vrai est immensément diminuée au milieu de nous, et l'on y a substitué, autant que faire se pouvait, tout autre espèce de sentiments- Il en résulte une perte incalculable de bonheur et de vertu pour le genre humain et surtout pour la jeunesse.

L'absolutisme exclusil du m'anage produit ue grands maux. Souvent les hommes et les femmes, les femmes surtout, se prennent d'un vif amour pour un seul être. S'ils ne peuvent pas en obtenir la possession pleine et entière, ils s'abandonnent au désespoir. Combien de malheurs proviennent journëHemenl de l'amour sans espoir, particulièrement chez la femme !

Le caractère exclusif du mariage donne aussi naissance à la jalousie la plus intense. Les amoureux qui font la cour à la même jeune hlle, ou les jeunes filles qui se dispuîent l'affection du même homme, sont dévorés par les anxiétés de la jalousie. Ils savent qu'il s'agit d'avoir tout ou rien, et le bonheur entier de leur vie semble dépendre du résultat de la lutte. Le mariage exclusif est une des grandes causes de cette intense anxiété d'esprit, qui fourme par exemple un trait distinctif du caractèi-e anglais et qui épuise les hommes tout autant que le travail excessif.

D'ailleurs, l'habitude de choisir un seul objet

lOi La Pauvuetl,

d'uriecliuii cl du rcriiier iiulue cœur, pour les désirs sexuels, à tous les autres liouuu,es ou l'emnies, rétrécit immensément notre capaciiC' pour l'amour, notre appréciation de ce qui est bon et aimable dans le caractère des êta-es qui nous entourent. C'est à cela qu'il faut en grande partie attribuer notre tendance à nous montrer difficiles dans Pamour, signe d'une éducation étroite et efféminée. Il n'existe peut-être pas de société qui fourmille autant que la nôtre de petites répugnances et d'aversions frivoles.

Mômes les jeunes gens, qui ne devraient pas se complaire à découvrir des défauts dans les personnes du sexe opposé, se livrent habituellement à des critiques insidieuses. Au Heu d'admirer réciproquement les bonnes qualités qu'ils possèdent, les jeunes gens d'un sexe demandent que ceux de l'autre répondent exactement à leur idéal, autrement ils les méprisent. Ces répugnances étroites sont inévitablement produites par une institution rigoureuse comme celle "du mariage ; c'est par elles qtte le cœur de l'homme et de la femme s'endurcit in&tinctivetiient contre les autres et se consacre à un seul objet.

Là où le puritanisme rigide défend sévèretnent d'avoir même un désir sexuel pour toute autre pei^sonne que le compagnon marié, ou de ne rechercher le commerce sexuel que dans un mariage exclusif, le cœui^ s'il ne veut devenir la proie d'émotions qui se combattent, doit nécessairement s'armer contre le reste du «exe. Ojs avei\sions sont une des manières dont cela se manifeste.

Une autre conséquence de l'indissolubilité du mariage est l'insensibilité complète à la passion de l'amour. Le mari s'occupe exclusivement d'amasser des richesses, de la gloire, etc.. et la

Sa calsl:, son iîlmLue 195

feiiiiiic de réLlucalion des eiU'aiils ; si elle n'en a pas elle devient dévote- Nous y trouvons une des raisons secondaires les plus importantes de la soif d argent qui forme un trait si distinctif du caractère anglais et américain. Quand, dans un ménage, Tamour s'éteint, soit par habitude, soit par l'influence d'une froideur puritaine, soit pour toute autre cause, il est remplacé par une autre passion énergique qui, généralement, est le désir des richesses. On comprend encore fort peu combien l'effet de l'habitude émousse nos passions, et 'combien la somme des jouissances sexuelles est diminuée par la monotonie rigide de nos institutions morales.

Le mariage et la rigueur du code sexuel forment également la principale cause secondaire de la prostitution. Ils excluent la possibilité de faire des dispositions honorables pour des liaisons sexuelles temporaires. Cependant ces liaisons sont tellement nécessaires qu'on veut se les procurer à tout prix, et puisqu'on les flétrit comme immorales, elles prennent le caractère avili et clandestin de la prostitution.

Mais quelque terribles que soient ces maux résultant du mariage, ils sont de bien moindre importance si on les compare au rôle malheureux qu'il a joué dans l'écrasante difflculté provenant de la ipopulation.

Le mariage fut et, de fait, est un monopole d'amour honorable, de paternité, de maternité, pour une classe limitée, qui a exclu tous les autres d© ces avantages, qui les a plongés dans l'affreux abîme des maux sexuels, de la prostitution, de la continence, des maladies vénériennes. Le mariage fut le rocher sur lequel un certain nombre ont pu se réfugier, hors de la mer orageuse des souffrances sexuelles et d'où

196' La Pauvueté

ils ont contemplé, non pas avec pitié et terreur, mais avec haine et mépris, les malheureux passagers, leurs semblables, qui se débattaient clans les flots.

Et ce n'est pas tout. Par les familles nombreuses qu'ils ont eues en moyenne, les mariés n'ont permis qu'au plus petit nombre possible d'éviter les maux du célibat ; ils ont surcharg-é la population à un tel degiré qu'i/1 s'en est suivi la plus affreuse pauvreté, un travail des plus durs et la plus grande difficulté de gagner sa vie.

Il ,est malaisé de concevoir des maux plus navrants que ceux qui ont existé et qui existent aujourd'hui sous l'empire de notre code sexuel. Le paupérisme pourrait à peine être plus répandu, plus accablant qu'il ne l'est. Je ne pense pas qu'il soit facile d'imaginer un état oià, en somme, il existât moins de plaisirs et plus de maux sexuels que dans le nôtre.

On vante, d'habitude, bien haut le bonheur de ceux qui sont mariés, et l'on fait honneur au mariage de la somme de félicité sexuelle qui nous entoure, félicité qui ne manque pas de tracer des sillons lumineux dans les ombres ténébreuses de la vie humaine, partout où les deux sexes vivent ensemble, et quel que soit le lien qui les unit ; mais ces vanteries ne sont que vanité.

" Je pense que, même au sein des classes riches, il n'existe que juste la petite somme de bonheur sexuel qu'on peut attendre de toute espèce de relations par lesquelles l'hommie et la femme sont attachés l'un à l'autre dans la société civàlisée. La procréation de nuées d'enfants légitimées ne rapporte que le plaisir le plus minime qu'on puisse tirer du commerce vénérien. Et si nous descendons plus bas que la surface de la

Sa cause, son remède 197

société et que, sous cette couolie légère, nous observions la vie mariée des pauvres, nous trouverons la coupe remplie d'amertume jusqu'à plein bord ; nous y verrons les soucis, les mauvais traitements, l'ivrognerie, les enfants qui sont un fardeau pour leurs parents et surtout pour leur mère excédée de travail.

La femme est généralement dégoûtée des plaisirs isexuels qui l'ont surchargée de toutes ces croix et ne s'y soumet peut-être que par peu/r de son mari. Hélas ! ne nous moquons pas de maux si terribleis en leur donnant le nom « d'institution sainte et bénie ! » iComment le mariage, qui permet de telles misères, pourrait-il mériter les actions de grâce et l'admiration du genre humain ? Qu'a-t-il fait pour nous, malheureux que nous sommes, pour que nous nous inclinions devant lui et que nous l'adorions en aveugles 1

Les gens mariés ont fait un usage terrible des privilèges qui leur étaient confiés, du monopole d'amour par lequel se continue notre race. Soit ignorance, soit insouciance, ils ont entièrement dédaigné la grande .responsabilité sexuelle, à laquelle est soumis tout membre de la société humaine et que nous devrions tous regarder comme le plus saint des devoirs, à savoir : de ne ims mettre au monde plus que notre juste part d'enfants.

Ce grand devoir, dont l'importance est tellement suprême, quoiqu'on la reconnaisse à peine, qu'il est de tous, sous le rapport de notre conduite sexuelle, non seulement le plus sacré, mais probablement aussi le plus important de tous les devoirs possibles, ne fut pas regardé comme une obligation avant le;^ travaux de MaUhus.

Il démontra, lui, que, sans raccompUssement

198 La Pai vheïk

de ce devoir, tjoutes les autres qualités sont inutiles ; que la pratique de toutes les vertus olirétiennes, de toutes les vertus imaginables, ne pourrait, sans celle-ci, enlever un seul des grands maux sous lesquels gémit l'humanité.

Je pense, néanmoins, que Malthus et d'autres ont trop limité l'o'bligation de ce grand devoir. Maltihus le définit ainsi : « Nul homme ne doit mettre au monde des enjants qu'il ne peut pas nourrir ».

■ 'Cette formule a pour effet d'imposer l'accomplissement du devoir exclusivement aux classes pauvres et laborieuses ; et c'est là une des grandes raisons qui font qu'on reconnaît si peu à quel point il est sacré. C'étaient justement les classes qui, manquant d'éducation et de développeiment, pouvaient le moins comprendre la question ; et l'eussent-ellas comprise, c'est d'elles qu'on pouvait le moins attendre tant de prévoyance. Les riches étaient bien contents de ce que cet ennuyeux fardeau ne leur fût pas imposé, et comme ils ne remarquaient pas avec beaucoup de clarté que leurs propres intérêts y étaient impliqués, ils éludèrent tout simplement la question.

Tant que le devoir ne sera imposé qu'aux pauvres, il n'y a relativement que peu d'espoir d'en voir reconnaître l'importance suprême. Mais je suis intimement convaincu qu'il est d'une application infiniment plus large, que ce n'est pas le devoir d'une classe, mais celui de Vuniversalité des hommes.

Ce n'est pa.s seulement une question de pauvreté ou de manque de pain, c'est aussi une question de manque cVamour.

Il ne s'agit pas seulement de se demander : pouvons-nous nourrir tous les enfants que nous

Sa cause, son rf.mède 199

serons à même de mettre au monde ? Mais aussi : combien d'enfants chaque individu de notre vieux monde est.-il moralement justifié à mettre au monde, s'il prend en considération la santé, le bonheur et la vertu d'autrui ? Le cas est tout simple. Dans les vieux pays il n'y a place que pour un nombre très restreint d'enfants, comparé à ce que pourrait effectuer la faculté de reproduction de notre espèce. 11 s'agit de savoir conmient et par qui ces enfants doivent être procréés ?

Si la rèigle morale est qu'un homme ou unp femme peut produire, de ce nombre limité d'enfants, autant que lui ou elle peut en nourrir, il en résultera forcément -qu'une classe restreinte monopolisera toutes les lonctions de reproduction, ce qui arrive aujourd'hui. Le reste se venra forcé, soit de n« pas procréer d'enfants, s-oit de surcharger la population, ce qui produit la pauvreté, le travail excessif et les morts pirémalurées.

A présent, tout homme ou toute femme qui se marie empêche quelqu'un d'autre de se marier ; tout homme ou toule femme qui fait un enfant empêche quelqu'un d'autre d'en avoir un. De cette manière, avoir une nombreuse famille est le pire péché sexuel quun homme ou une femme puisse commettre. Il n'est probablement rien qui cause autant de souffrances aux autres-

Supposez que la condition sociale n'alloue en moyenne que deux ou trois enfants à chaque femme, chaque couple qui produira plus que ce chiffre condamnera inévitablement quelques semblables soit à la continence, dont il est futile de se déguiser l'horreur, soii à la prostitution, ù la masturbation ou aux maladies sexuelles.

Ainsi, les familles nombreuses sont la ca^ise

première des maux sexuels, aussi bien que de (a pauvreté. La pirocréation de nombreux enfants est, en réalité, ohose bien plus coupable, moralement, que la prostitution ou d'autres fautes sexuelles-

Chez les pauvres., l'action des famiilles nombreuses se montre par l'excès de la population, par l'accroissement de la pauvreté, par le travail pénible et la mort prématurée (dans les grandes villes, les pauvres ne vivent qu'un tiers de leur cours d'existence naturel).

Chez les riches, les familles nombreuses empêchent d'autres mariages et produisent ainsi la continence ou la masturbation chez les jeunes filles, avec toutes les souffrances d'une mauvaise vie sexuelle.

Chez les jeunes gens, eflles amènent l'amour vénal, la continence et d'autres maux sexuels.

De plus, toutes les professions sont remplies à un tel point qu'il y a un manque de loisir meurtrier et une anxiété mentale qui fait fe désespoir de l'homme faible et p^ousse l'homme fort à se tuer au travail.

Le blâme iout entier de l'inconduite sexuelle est jeté à ceux qui sont les victimes de l'imprudence des gens mariés. Les pauvres prostituées, fe masturbateur, les malheureux atteints de maladies vénériennes, les filles hystériques, les hypochondres, &ont ou cruellement méprisés ou bien tournés en ridicule.

Mais on regarde plutôt comnie une vertu que comme une faute ce qui est la cause réelle de leurs souffrances, c'est-à-dire de mettre au monde des enfants nombreux. On voit par là que nos intérêts se relient, tout autant que ceux aes pauvres, à la grande qiiestion de population, et

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que le devoir d'une procréation limitée est imposé au riche autant qu'au paume-

Avoir des enfants ne doit pas être regardé comme un luxe, auquel les riches seuls ont droit (ce qui découle du raisonnement de Malthus), mais comme une exigence de première nécessité pour la santé et le bonheur, et dont chaque homme et chaque femme devraient avoir sa juste part. Nnlle classe ne doit pouvoir se l'approprier sans reproche ; nul individu ne doit vouloir l'accaparer, dans son égoïsme, sans se soucier de ses voisins.

L'enfantement est une des grandes nécessités physiques, indispensables à la santé de la femme. Autrement, ses facultés de reproduction ne sont pas exercées, et sa constitution ne peut manquer d'en souffrir. Le oommerce sexuel ne suffit pas, car les plaisirs de l'amour seuls ne peuvent satisfaire les besoins de l'organisation de la femme et lui permettrte de remplir normalement sa vie sexuelle.

De plus, les enfants sont une des grandes nécessités inorales, indispensables au bonheur, une des aspirations naturelles de tout cœur d'homme et de femme. L'homme et la femme sentent que sans enfants leur vie est incomplète- Etre sans enfants enlève à l'individu un grand nombre des expériences les plus nobles de l'hu' manilé. Sa vieillesse est solitaire ; il est ijrivé des influences 'puriflantes que produit ce grand lien naturel. Ainsi, même si, par suite de l'adoption de la copulation préventive, chaque individu pouvait avoir sa part d'amour, il serait im' possible d'assurer à la masse des hommes et surtout des femmes une vie saine et heureuse, h moins que chaque femme n'ait aussi sa paili û'enlants.

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• Il iiiipurtti bcciucuLip au biuii-ùlrc du la sociélc de distinguer ce qui est nécessaire à la vie de ce qui est 5wpe///a, et d'arranger l'état social de manière que chaque individu ait sa part du nécessaire. La société devrait reconnaître .pour principe et se proposer comme grand but de ne pas obliger un seul individu à mener une vie malsaine. Un devoir sacré, qui nous lie tous, nous défend de rendre la santé et le bonheur impossibles à quelques-uns de nos semblables. Les enfants ne sont pas du superflu, du luxe. Le superflu, les habillements riches, les vins coûteux, les ornements et les somptuosités de la vie, ne sont pas indispensables, par nature, au. bonheur des hommes. Aussi, n'est-il pas obligatoire pour les différents membres de la société de veiller à ce que tous leurs voisins les possèdent, au même degTé qu'eux-mêmes. Mais le commerce sexuel et les enfants sont absolument indispensables ; chaque membre de la société est donc moralement tenu de n en avoir que la part qui en laisse suffisamment à ses semblables.

Par conséquont, tout homme ou toute femme — quelle que soit sa position, qu'il vive dans un palais ou dans une chaumière, — qui possède plus d'enfants que la petite proportion permise ï)ar l'état d'un vieux pays à chaque individu, est un être irréligieux. Il néglige de remplir un devoir moral des plus sacrés et cause inévitablement des souffrances et des maladies à quelques-uns de ses semblables. C'est la plus importante, de toutes les obligations de moralité sexuelle.

L'ignorance qui, avant les ouviagcs de Malthus, était univicrselle à cet égard, quoiqu'elle nous pousse peut-être à pardonner les fautes'

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des gens mariés, ù les juger avec chagrin plu- Tôt qu'avec sévérité, n'altère en rien le grand péché naturel qui se commet lorsque ce devoir est négligé.

Les lainilles )ioinbreuscs nuan ruinent tous. Elles sont la cause du travail excessifs des petits salaires, de la faim et de la prostitution qui désolent les classes pauvres.

Elles sont la cause de V amour vénal^ de la continence, de tout le cortège lugubre dliorreurs sexuelles, aussi bien que des labeurs, des anxiétés, des peines qu'entraînent les professions libérales, dan^i les classes riches.

Ce sont elles qui produisent la plupart des misères que nous voyons autour de nous.

Ce n'est qu'en concentrant notre attention sur cette source de tant de maux, en la refoulant dès le début, qu'on peut concevoir la possibilité' de remédier aux souffrances que produit lo manque de pain, d'amour et de loisir.

C'est une 'réflexion affreuse, et néanmoins irrécusable, que nulle classe d'êtres humains n'a causé aux autres hommes autant de souffrances et de destruction que les couples mariés, par la procréation imprudente d'enfants. On ne peul comparer, ni de près ni de loin, ces misères à celles produites par toute autre classe- Comment peut-on s'attendre à ce que noire race fasse des progrès réels, à ce que la société humaine soit autre chose qu'un chaos, lors.que, par suite d'une délicatesse morbide, le plus important de tous les actes, celui qui donne la vie à de nouveaux êtres, est abandonné à l'insouciance et à l'ignorance ?

Ces réflexions prouvent que la responsabilité des péchés sexuels devrait être attribuée aux gens mariés qui ont des familles nombreuses,

et non, comme on le fait aujourcriiui, aux pauvres prostituées, aux amants non mariés, qui sont les victimes et non les causes des fautes sexuelles. Quoi que puissent faire ceux qu'on flétrit habituellement, aucune ae leurs erreurs ne saurait être aussi grande, aussi funeste, que celle d'avoir une famille nombreuse, et leurs erreurs sont, en outre, principalement les effets do cette énorme et première faute.

Il ressort donc manifestement de ces réflexions que les idées habituelles sur les devoirs sexuels sont en grande partie, contraires à la nature. Il est absolument nécessaire de refondre à bien des égards notre code sexuel, de le fonder sur la grande base naturelle de la justice égale pour l'homme et pour la femme, de l'ajuster aux principes de moralité qui découlent des lois des organes génitaux et de celles de la poipulation, lois que nos pères, qui ont rédigé ce code, ne connaissaient nullement.

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