‹ La pauvreté, sa seule cause, son seul remèdeChapitre 3 sur 23 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

lifl LOI DE POPOLiATIOfi

Analyse de l'Essai de Malthus "^

CH.MPITRE I

Importance de la loi de population. — Pourquoi on la méconnait.

Loi d'accroissement de la population. — Loi d'accroissement des produits de la terre. — Conséquence de ces deux lois.

En dépit de son importance suprême, la loi de population est à peine co-nnue par la masse. Malgré les argumeoits irréfutables de Malthus, malgTé les efforts de John Stuart Mill et d'autres qui ont démontré que l'étude de cette loi peut

(1) Tiiomas lîobert Malthub es' né en 1766, à Rookery,Sur. rey, Anglelerre. 11 mourut en 1834. Son principal ouvrage A'.ssaj sur le principe de population ï\ii publié on 1798, en réponse à un écrit danstequel Godwin prétendait démontrer que les maux dont souffi'ent les prolétaires sont dus aux vices des gouvciniem6nt.s.

La deuxième édition de l'Essai parut en 1803 après un voyage de Malthus à travers rEurope. Elle fut traduite en français par les frères Prévost de Genève, et publiée avec une préface de Rossi. L'ouvrage forme un volume in-B" de plus de 600 pages.

Mtillhus était un exoellonc homme 11 s'oppl-que dans son œuvre à indiquer les n^oyens d'éviter la souffrance, de faire disparaître la pauvreté. C'est une calomnie, repétée depuis cent ans par tous ceux qui ne l'ont point lu, de dire qu'il fut insensible ou cruel. «Tout lecteur équitable dit-il en terminant son bel ouvrage, doit, je pense, reconnaître oue l'objet pratique que j'ai eu en vue, par dessus tout, quelque erreur de jugement que j'ai i)u commel^lre d'ailleurs.esf d'améliorer le sort et d'augmenter le bonheur des classes ivléricurcs de la société ».

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seule permettre à rhuniaiiité de résoudre les problèiiies sociaux et de sortir de labîme de pauvreté dans lequel la majorité de notre race est à présent plongée, o-n passe le sujet sous silence.

Il n'y a pas un homme sur mille, parmi ceux qui réfléchissent aux misères de la société, qui s'occupe de cette question.

On vante les o.rganisations industrielles, le socialisme chrétien, mondain, 'révolutionnaire, les groupements de solidarité, le syndicalisme, un changement de gouvernement, l'éducation nationale, les établissements de charité, etc., comme les grands remèdes contre le paupérisme, l'abaissement des salaires, les embarras sociaux, la guerre. Mais aucune de ces mesures ne possède une efficacité directe; aucune, étudiée à 'la lumière du principe de population, ne ptvit être regardée pendant une minute comme un remède réel contre les .maux de la société.

Le grand ouvrage de Malthus a été écrit il y a cent ans, et ses arguments n'ont jamais été réfutés, car la vérité est irréfuta.ble-

Pourquoi donc ces vérités vitales ont-elles produit si peu d'impression ique la connaissance en est limitée à quelques esprits éclairés et qu'elles ont eu un effet minime sur la conduite individuelle ".'

Il y a deux grandes raisons. La première -se trouve dans la nature sexuelle du sujet. La délicatesse morbide a défendu de le discuter, comme tous les sujets du même genre, à la perte immense du genre humain.

La seconde raison est que les remèdes suggérés par Malthus sont, à mon avis, tout aussi erronés et malsains que son princijye est incontestable. L'impossibilité des remèdes amena la

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néglig'ence du principe, La plupart des g-ens ne savent rien des idées de Malthus, si oe n'est ce quïls entendent dire à l'occasion par des hommes qid, proibablement, n'ont pas lu ses ouvrages et qui n'en comprennent certainement pas rimportance. Or, sans la connaissance de ces idées, et tant qu'on ne les prendra pas pour axiomes dans tous nos raisonnements, il est complètement inutile de parler des grands problèmes sociaux.

Je ne connais pas de livre aussi impo.rtant que celui de Malthus pour le bonheur des hommes. Seul, il explique la cause réelle des maux terribles qui affligent le monde économique et le monde sexuel, la cause de la pauvreté, du travail excessif, de la mort prématurée, d'un côté ; de la continence, de la masturibation, de la prostitution, de l'autre ; la cause des douleurs qni brisent les cœurs et paralysent îles bras de millions d'êtres humains et qui font le désespoir du philanthrope.

€e que Laënnec a fait pour les maladies de poitrine, ce que Newton a fait pour la loi de la gravitation, Malthus l'a fait pour la pauvreté.

Il en a montré la nature et la seule cause importante. Il a rendu ainsi à l'humanité un service qu'on ne saurait assez appirécier. Savoir la cause d'un mal est, pour l'homme, le premier pas pour arriver à trouver le remède. Jusqu'au moment où Malthus montra la cause de la pauvreté, la société ne pouvait échapper à ce mal, le dIus 'grand de tous.

Je crods sincèrement que, grâce aux connaissances qu'il nous a données, la misère n'est plus irrémédiable, et que finalement, par des efforts persévérants et combinés, nous en serons délivrés.

Comiiiu il n'est pas facile pour chacun de se procurer le célèbre Essai de Malthus, et qu'il n'est pas de vérités qui méritent autant d'être propagées et universellement connues que celles qu'il nous explique, je vais donner une courte ébauche de son livre, en employant la plupart du temps les paroles mêmes de l'auteur.

Je supplie le lecteur d'étudier ces chapitres avec attention, et de chercher à s'assimiler la grande loi qu'ils expliquent. Il compirendra ainsi les problèmes compliqués de la société humaine, les difficultés réelles contre lesquelles notre race a toujours à lutter, la cause véritable des maux qui nous afflig^ent, beaucoiup mieux q^ue s'il étudiait toutes les autres branches des sciences moTales et politiques et négligeait celle-ci, comme on ne le fait que trop souvent- Il apprendra à connaître les fausses idées qui ont encore cours sur la pauvreté et sur ses .remèdes. Il pourra découvrir les erreurs qu'il entendra journellement débiter dans la conversation, du haut de la chaire ou de la tribune, qu'il lira dans les pag'es des journaux et des livres. Il verra à quel point les discussions ordinaires sur la pauvreté et l'abaissement des salaires sont inutiles et supierficielles, à quel point est impuissante la routine des hommes d'Efat qui passe sous silence la loi réelle de la population et des salaires, « non pas, pour 'répéter les paroles Ce John Stuart Mill, comme si elle pouvait être réfutée, mais comme si elle n'existait pas ».

Lorsqu'on fait une enquête sur l'amélioration de la société, dit Malthus, le mode d'investigation qui so présente naturellement est celui-ci :

1° Rechercher les causes qui jusqu'à présent ont entravé les progrès des hommes vers le bonheur ;

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2° Examiner si ces causes pourront être supprimées un jour, complètement ou en partie.

II ne serait pas au pouvoir d'un individu d'entamer cette question de façon à l'épuiser, d'énumérer toutes les causes qui jusqu'ici ont influencé les progrès des hommes. Le principal objet que cet Essai se propose est d'examiner les effets d'une grande cause qui se relie de la manière la plus intime à la nature humaine. Quoique, dès le commencement de la société, cette cause ait été constamment et puissamment à l'œuvre, les écrivains qui se sont occupés de ce sujet en ont fait peu de cas. Les faits qui démontrent l'existence de cette cause ont, il est vrai été souvent proclamés et reconnus, mais les effets naturels et nécessaires qu'elle entraîne à sa suite ont été généraleinent négligés. Et cependant, parmi ces effets on peut compter une partie considérable des vices, de la misère et la distribution inégale des dons de la nature, effets que les philanthropes éclairés de tous les siècles, par des efforts incessants, ont vainem^ent tenté de réformer.

La cause à laquelle je fais allusion est la tendance de tout être animé à se propager au-delà de la nourriture qu'il trouve préparée.

Le docteur Franklin fait la remarque, que la nature prolifique des plantes et des animaux ne connaît d'autre limite que l'encombrement et le conflit pour les moyens de vivre- Il dit que si la surface de la terre était dénuée d'autres plantes, elle pourrait graduellement être ensemencée et recouverte d'une seule espèce, comme le fenouil, par exemple ; si elle n'avait pas d'autres habitants, elle pourrait être, dans l'espace de quelques siècles, repeuplée par une seule nation, par exemple, par les Anglais.

C'est là un fait incontestable. La nature a répandu les semences de la vie, avec une main prodigue, dans le règne animal et le règne végétal. Mais elle s'est montrée économe dans l'espace et dans la nourriture qu'elle leur accorde pour vivre. Si les germes d'existence que contient notre terre pouvaient tous se développer librement, ils rempliraient dos millions

de mondes dans le cours de quelques milliers d'années, ("est la nécessité, cette loi impérieuse, universelle de la nature, qui les enferme dans les bornes prescrites. Les races des plantes et des animaux sont soumises à cette loi restrictive, et la iraison de l'homme ne le met pas à même d'y édhapper.

Pour les plantes et les animaux, la chose est fort simple. Un instinct tout-puissant les pousse à l'accroissement de leur espèce, et cet Instinct n'est point arrêté par des doutes sur les moyens d'existence des descendanits. Partout où existe la liberté, la faculté de procréer est exercée : les effets par trop abondants sont réprimés plus tard, par le manque d'espace et l'absence de nourriture.

Les effets de ce frein sur l'homme sont plus compliqués. Il est poussé h l'accroissement de son espèce par un instinct tout aussi puissant ; mais la raison vient l'interrompre et lui demander si par hasard il ne va pas mettre au monde des êtres auxquels il ne pourra pas fournir les moyens d'existence. S'il écoute cette suggestion naturelle, la contrainte ne produira que trop souvent du vice (!)• S'il ne l'écoute pas, la race humaine s'efforcera constamment de s'accroîtry au-delà des moyens de vivre.

Mais comme, par la loi de notre nature qui rend la nourriture nécessaire à l'existence de l'homme, la population ne peut jamais s'augmenter au-delà du minimum de nourriture requis pour l'entretenir, il y a toujours à l'œuvre un puissant obstacle à la population, dans la difficulté de trouver des vivres. Cette difficulté agit nécessairement quelque part, et est nécessairement ressentie sous une forme quelconque de misère, ou de crainte de la misère, par une forte partie du genre humain.

Si l'on passe en revue les différents états de société que l'homme a parcourus, on verra sans peine que la population a la tendance constante à s'accroître au-delà des moyens d'existence, et que les causes

(1) Voir note 1, page 84.

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dont nous avons parlé la maintiennent au niveau nécessaire.

Cherchons d'abord à constater quel serait l'accroissement naturel de la population, s'il pouvait se développer librement, et quel serait probablement le degré d'augmentation des produits de la terre, dans les circonstances les nlus favorables à l'industrie humaine.

On avouera que jusqu'à présent on n'a pas connu de pays aux mœurs tellement pures et simples, aux moyens d'existence tellement abondants, qu'il n'y ait pas eu le moindre frein aux mariages précoces, dans la difficLdlé de nourrir une famille, et qu'il n'y ait pas eu de gasjnllage de l'espèce humaine par suite d'habitudes vicieuses, de séjour dans les villes, d'occupations insalubres ou de travail excessif- Ainsi, la faculté de la popidation n'a jusqu'à présent eu pleine carrière dans aucun état connu.

Dans les Etats de l'Amérique du Nord, où les moyens d'existence sont plus abondants, les mœurs plus pures et les obstacles aux mariages précoces moins nombreux que dans les pays européens, la populalion s'est, pendant plus d'un siècle et demi, doublée en moins de vingt-cinq années. Néanmoins, même pendaniy ces périodes, le chiffre des morls excédait celui des naissances dans quelques villes, ce qui prouve jusqu'à l'évidence que, dans les parties du pays qui remédièrent au déficit, l'augmentation a dû être beaucoup plus rapide que la moyenne générale.

Dans les colonies de l'ouest, où les habitudes ^•icieuses et les professions insalubres sont peu connues, on trouve que la population se double dans l'espace de quinze ans. Même ce taux extraordinaàre est probablement inférieur à la puissance suprême de population. Sir William Petty suppose qu'elle peut se doubler dans le court espace de dix ans.

Mais pour être sûrs de rester en deçà de la vérité, nous prendrons la mesure la plus faible, mesure sur Inquelle tous les témoignages tombent d'accord, et

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dont on a constaté que la rapidité de l'accroissement est due à la procréation toute seule.

On peut donc maintenir en toute sécurité que la population, lorsque rien ne vient l'entraver, se double tous les vingt-cinq ans, qu'elle augmente suivant une progression géométrique (1).

Il n'est pas aussi facile de consiater le pied sur lequel on peut supposer que s'accroissent les produits de la terre. Mais nous pouvons être assurés que la raison de leur augmentation doit être d'une nature toute différente de la raison suivant laquelle augmente la population. L'homme est nécessairement limité quant à l'espace. Lorsque tous les terrains fertiles sont occupés, l'augmentation annuelle de la nourri-

(1) La faculté que possède la population de se doubler, dans des circonstances favorables, en vingt-cinq ans, par la procréation seule, est une proposition tellen/ent importante (car c'est la base même des arguments maUhusi-^ns'i rfiiil n/e semble utile d'indiquer ici plus en détail les faits statistiques sur lesquels elle repose. Ces faits sont plus particulièrement fournis par les tables de recensement des Etats-Unis. Ces tables ont été publiées tous ItS dix ans, depuis 17U0; elles sont donc postérieures à la première publication de VEssai sur la Population (en 1798). Les résultats se trouvent résumés dans la citation suivante, empinintée à un article sur la "Population» que Malthus écrivit, quelques années plus tard, dans VEncycUpœdia Britannica :

Dans le pays où nous avons à cfiercher tout natm'ellement un exempte du taux d'accroissement le plus rapide il y a eu quatre recensements de la population, pris à intervalles de dix années. Quoique les évaluations de Paugmentation de la population dans les colonies de l'Amérique du Nord, avant cette période, soient suffisamment auturisées pour justifier ces déductions fort importantes, en l'absence de documents plus authentiques, — néanm'oins, comme nous possédons à présent de pareils documents et comme la période qu'ils embrassent est assez longue pour établir le point en question, il n'est plus nécessaire de citer les époques antérieures.

Selon un recensement régulier, fait par ordre du Congrès en 1790, dont il y a tout lieu de croire qu'il est correct dans ses parties essentielles, la population blancbe des Etats-Unis se montait à 3.164-.148. Un recensement du rTiême genre, fait en 1800, prouva qu'elle s'était accrue à 4.312.814. Ainsi, dans les dix années de 1790 à 1800, elle s'était augmentée au taux de 36,3 pour cent, taux dont la

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ture dépend forcément de ramélioration du sol déjà cultivé. Par suite de la nature de tous les terrains, ce courant va graduellement en diminuant au lieu de s'accroître.

La population, au contraire, s'il était possible de lui fournir la nourriture, s'augmenterait indéfiniment avec une vigueur inépuisable ; l'augmentation d'une époque donnerait les moyens pour un accroissement subséquent plus fort, et ainsi de suite, sans bornes aucunes.

Jugeant d'après les rapports que nous avons sur Il Chine et le Japon, on peut mettre en doute si les efforts les plus intelligents de l'industrie humaine pourront doubler les produits de ces pays, même une seule fois, dans un nombre d'année quelconque.

continuation doublerait la population en 22 ans quatre mois et demi.

D'après un troisième recensement, fait en 1810, la population blanche se montait à 5.862.092, ce qui, comparé h la population de ISOO, donne, pour la deuxième période de dix ans, un taux d'accroissement de près de 3G pour cent dont la continuation doublerait la population en 22 ans et demi.

Le quatrième recensement, de 1820, donnait une population blanche de 7.S61.710, ce qui, comparé à la population de 1820, fournit, pour la troisième nériode de dix ans, un taoïx d'au fomentation de 3-i,l pour cent, dont la continuation doublerait la population en 23 ans et sept mois.

Si nous comparons la période, aans laquelle la population se doublerait dans les dix années les plus défavorables de cette série, à 25 ans, nous trouverons que la v^iiférence couvre complètement l'accroissenvent que l'immigration peut avoir produit

Il résulte de l'étude des documents les plus authentiques qu'on puisse réunir des deux côtés de l'Atlantique, que pondant les dernières vingt-cinq années l'émigation aux r'.îats-t'nis '^st décidément au-dessous d'une moyenne annuelle de 10.000. Le docteur Seybert, la meilleure autorité en Amérique pense que de 1^00 à 1810 ell-'"^ ne pouvait pas se monter à 6.000 par an. Nos rapports officiels sur i^' non,ibre dos émigrants qui partirent de rAngleterrc, de l'Ecos.se et de l'Irlande, pour les Etats-U-nis, pendant les dix années de 1812 à 1821, Inclusivement, donnent une movenne de moins de 7.000. quoique celte période comnrenne les années extraordinaires 1817 ot 1818. pendant lesquelles l'émigration aux Etats-Unis fut plus forte qu'elle ne ^a^'Qit jamais été auparavant et qu'elle ne l'a été depuis.

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11 y a, en vérité, beaucoup de parties du glolje qui jasqu'à présent sont restées incultes et à peu près inhabitées. Mais, au point de vue moral, on révoque en doute le droit d'exterminer les habitants de ces régions peu peuplées, de les reléguer dans un coin où ils sont réduits à mourir de faim. Cultiver leur intelligence et façonner leur industrie est un procédé nécessairement lent.

Pendant ce temps, comme la population marcherait régulièrement de pair avec l'accroissement des produits, il arriverait rarement qu'une grande somme de savoir et d'industrie eût à travailler du coup

Les rapports américains officiels, qui ne coniiprennent quo deux années à dater du 30 septembre 1819, t>8.nden ; à confirn.ior cette moyenne.

En tenant largcjnent compte des émigrants arrivés d'autres pays européens, la moyenne générale sera néanmoins ai)-dessous de lO.CtOO.

Ainsi, en somme, nous ne saurions nous tromper en comptant trop peu, si nous prenons 10.000 par an pour l'accroissenvent moyen par rémigralion, pendant les 25 ans qui se sont écoulés de 1795 à 1820.

Appliquant ce chiffre à la plus lente période d'accroisse.nent, quand te taux d'augmentation ain-ait doublé la pouiulion en 2:! an.-^ et se[t mo;^ d est iaci'e de calcjLer que dans les 17 mois additionnels ime population de 5.8G7.000 se serait augmentée d'une somme plus que suPi- .sante pour couvrir une émigration annuelle de 10.000 individus av«^c leur accroissement naturel au uiéme taux.

Cependant cet accroissement de leur part n'arriverait, pas. Il ressort d'un rapport publié dans le Calendar National des Etats-Unis pour l'aniKie 1821, que des 7.0O1 inaividus qui arrivèrent en Amérique du 30 septembre 1819 au ?0 septeml^re ]8?0. 1.959 seulement était du sexe fénunin et 5.0iô du sexe inciie. Si cette proportion représente à peu près la moyenne, elle réduit fortem'ent le chiffre de ceux pour lesquels on pourrait calculer un accroissement.

Mais si noTis négligeons ces considérations, si nous supposons une émigration annuelle de l'Europe en Amérique de 10.000 personnes, pour Tes vingt-cinq ans qui ,se sont écoulés de 1795 à 1820, période pendant laquelle l'Europe fut presque toujours le théfdre de vastes guerres qui en réclamaient toute la population ; si nous tenons compte, en outre, d'une augmentaion de tous les émigrants, penda.nt toute la période, au taux le plus élevé, — le chiffre qui reste sffira néann;oins pour montrer que la population s'est doub'ée en moins de 25 ans.

La lui ue l'uiLLAïuN 2l

sur un aul riclie et inuccupé. Et niènie ai cela arrive, cuinuie c'est parfois le cas clans les colonies neuves, une progression géométrique s"accrolt avec tant de lapidité, que l'avantage serait épliûmère.

Si l'Amérique continue à se peupler, comme elle ne manquera pas de le l'aire, quoique moins rapidement, les Indiens seront repousses de plus en plus loin, jusqu'à ce que toute la race disparaisse finalement.

L'Europe n'est point du tout aussi peuplée qu'elle pourrait l'être. En Europe, la chance de voir l'industrie humaine bien appliquée est meilleure qu'ailleurs. En Angleterre et en Ecosse on a soigneusement étudié la science de l'agriculture, et dans ces pays il est encore beaucoup de terrains incultes. Voyons sur

La poi^ulation 'blanche était, en 1790, de 3.104.148. Cette population, selon le taux auquel elle s'accroissait, se serait m'onitée à près de 3.6'yi-.10O en 1795. En supposait qu'elle S3 fût juste doublée et, dans les 25 années de 1795 à 1820 la population eût été de 7.388.200 en 1820. Mais la population blanche de 1S20 paraît, selon le recensement, avoir monté réellement à 7.8(51.710, monla'ant un excès de 473.510; tandis qu'une émigration annuelle de 10.0(X) personnes avec un accroissement dû à elles, à raison de 3 pour cent (taux qui doublerait une population en njoins de 2-i ans), ne se monterait qu'à 364.592.

Si,à ces preuves de l'augmentation rapidis de la population qui a réellement eu lieu, nous ajoutons la corisidération que ce taux d'accroissement est une moyenne qui s'applique à im tenitoire fort étendu dont quelques parties sont insalubres, comme on le sait bien ; que quelques villes des Etats-Unis sont aujourd'hui fort grandes ; que jbeaucoup d'habitants se livrent forcément à des occupations malsaines et sont exposés à un certain nonjbre des freins qui sont à l'onivre dans d'autres pays ; et, de plus, que dans les ten-iloires de l'ouest, où ces freins ji'existent pas, le taux d'accroissement est inoomparablement plus élevé que la moyenne générale, en tenant largement compte de l'immigration — il paraît inconstestaible que le taux auquel la population de tous les Etats-Unis s'est accrue pendaiit les dernières trente années est déci(lén;ent inférieur à la cai^acité réelle du ^enire humain de .s'accroître dans des ciroonstanres favorables. — De ces faits et d'autres Malthus conclut : "On peut donc affirmer en toute sécurité que la population, quand elle n'est par, entraiiâc, s'accr.iit dans une progression géométrique telle qu'elle se double tous les vingt-cinq ans.»

quel pied on peut supposer que les produits de la Grande-Bretagne augmentent, dans les circonstances les plus favorables.

Si l'on admet qu'une meilleure politique et les encouragements donnés à l'agriculture puissent doubler la moyenne des produits de notre île dans les premières vingt-cinq années, c'est admettre probablement un accroissement plus grand qu'on n'est en droit d'attendre.

Il est impossible de supposer que le produit soit quadruplé dans la deuxième série de vingt-cinq années. Ce serait contraire à tout ce que nous savons sur les propriétés du sol. Afin de pouvoir mieux comparer l'accroissement de la population et celui de la nourriture, faisons une supposition bien plus favorable à la puissance de production de la terre que notre expérience ne l'autorise.

Supposons que les additions annuelles à la moyenne de production antérieure, au lieu de décroître, ce qui certainement arriverait, restent les mêmes, et que les produits de l'Angleterre puissent être, toutes les vingt-cinq années, augmentés d'une quantité égale à ce qu'ils sont à présent- Le spéculateur le plus enthousiaste ne peut aller au-delà et supposer une augmentation plus forte. En quelques siècles, chaque arpent de terre de la Grande-Bretagne deviendrait un véritable jardin.

Appliquons cette supposition à toute la terre, en sorte qu'à la fin de chaque période de vingt-cinq ans toute la nourriture que fournit actuellement à l'homme la surface entière du globe soit ajoutée à celle qu'elle pouvait fournir au commencement de la même période. C'est plus, assurément, que tout ce qu'on a droit d'attendre des efforts les mieux dirigés de l'industrie humaine.

On peut donc conclure, en toute justice, que, vu la condition générale de la terre, les moyens d'existence, dans les circonstances les plus favorables, ne pourraient s'accroître avec pins de rapidité qu'en progression arithmétique.

La conséquence inévitable de ces deux lois d'ac-

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croissement comparées est assez frappante. Portons à 11 millions la population de la Grande-Bretagne, par exemple, et accordons que le produit actuel de son sol suffit pour nourrir une telle population. Au bout de vingt-cinq ans, la population serait de 22 millions ; et la nourriture, étant aussi doublée, suffirait encore à son entretien. Après une seconde période de vingt-cinq ans, la population serait portée à 44 millions, et les moyens de subsistance ne pourraient plus soutenir que 33 millions. Dans la période suivante, la- population, arrivée à 88 millions, ne trouverait des moyens de subsistance que pouî' la moitié de ce nombre. A la fin du premier siècle la population serait de 176 millions, et les moyens de subsistance ne pourraient suffire à plus de b5 millions ; en sorte qu'une population de 121 millions d'hommes serait réduite à mourir de faim.

Substituons à la Grande-Bretagne, qui a servi d'exemple, la surface entière de la terre. Et d'abord on remarquera qu'il ne sera plus possible pour éviter la famine, d'avoir recours à l'émigration. Pendant que l'espèce humaine croîtrait comme les nombres : 1, 2, 4, 16, 32, 64, 128, 256, la nourriture ne s'augmenterait que suivant les nombres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Au bout de deux siècles, la population serait aux moyens de subsistance comme 256 est à 0 ; au bout de trois siècles comme 4.096 est à 13, et après deux mille ans, la différence serait immense et incalculable (1].

Dans cette supposition, la production de la terre n'est soumise à aucune limite. Elle peut augmenter

fi) Il faut bien remarquer que Maltiius ne se sert de ces chiffres que pour éclairer sa doctrine par un exemple. La vitesse, avec laquelle on peut accroître les moyens de subsistance, ne se laisse pas déterminer avec une exactitude mathématique. Pourtant, ce qu'on sait av-ec certitude, c'est que la capacité de "la population de s'accroître, dans les circonstances favorables, ost infinin.'ent plus grande que la capacité d'augmenter les moyens do subsistance dans tout pays vieux. (Voir sur la loi agricole de produc- 'iivUé diminuante ce que dit John Stuart Mill page 105.)

2i La Pauvueté

à jcuiiais el être plus lurte qu'une quantité quelconque. Néanmoins, comme la faculté de population est, dans cliaque période, supérieure à celle de production, l'accroissement de l'espèce humaine ne peut être maintenu au niveau des moyens d'existence que par l'opération constante de la forte loi de la nécessité, qui agit comme un frein sur la faculté supérieure, (1)

(J) Les frères Previjst, de (îenève, traduotcui's de Malliius, font suivre ce chapitre de remarques judicieuses dunt nous extrayons les lignes suivantes :

t(Ge premier chapitre est la base de Tédifice élevé dans les suivants. Aussi a-t-il été attaqué vivement par ceux qui ont à cœur de renverser tout rédifice.

« Accordons que la population de l'Améanque ne double pas en 25 ans en vertu du seul principe de population. Admettons mân;e, si l'on veut, que par 03 principe seul elle ne reçoive aucun ac^îroissemen/t. Qu'en résulte-t-il qui puisse faire objection à la théorie qui repose sur cechapita'e? SupposoTis qu'en Amérique il ne se fit aucune émigration, quaucun étranger ne vint s'y établir. Présume-t-on que les Etats-Unis cessassent d'avoir une population progressive ? Accordons que cette progression serait moins rapide que notre auteur ne le suppose. Mais manquc-t-on d'exemples de populations progressives ? Godwin lui-m5mc a conclu des tables Suédoises que la population de la Suède double en cent ans.

" .Substituons donc la Suède à F Amérique et le nomibre cent au nombre vingt cinq : les raisonnements portant sw' cette nouvelle base n'en scrnrit pas moins concluants. Les mnxix qu'il s'agit de prévenir seront moins imrninenls: mais ils ne seront pas moins réels. r>

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