‹ La pauvreté, sa seule cause, son seul remèdeChapitre 8 sur 23 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Suite de 1 examen du système communiste de Godwin : institution de la propriété et du mariage.

Il peut être intéressant d'observer comment, dans le cas que nous venons de supposer, quelquesunes des principales lois qui jusqu'ici ont gouverné la société seraient successivement dictées par la plus absolue nécessité.

L'bomme, selon M. Godwin, est le produit des impressions qu'il éprouve. L'aiguillon du besoin ne se ferait donc pas sentir longtemps, sans qu'il en résultât quelques violations des fonds réserves soit au public, soit aux particuliers.

Lorsque ces violations se nniltiplieraient et deviendraient considérabLes par leui' objet, les esprits les plus étendus ne manqueraient pas de s'apercevoir qu'avec un accroissement rapide de population, le produit annuel commencerait bientôt à diminuer. L'urgence du cas ferait sentir la nécessité de prendre sans délai quelques mesures de sûreté. On convoquel'ait une assemblée où l'on exposerait les dangers de la situation actuelle. Tant que nous avons vécu dans l'abondance, dirait-on, il était peu important que quelques-uns travaillassent moins que d'autres, et que les parts de chacun ne fussent pas exactement égales ; car chacun de nous était disposé à subvenir aux besoins de son prochain. Maintenant il ne s'agit plus de savoir si chacun est prêt à donner ce qui lui est inutile,mais ce qui lui est nécessaire pour vivre.Les besoins, ajouterait-on, surpassent beaucoup les moyens d'y satisfaire. Ils se sont fait sentir d'une manière si pressante, à cause de l'insuffisance du produit, qu'il en est résulté de graves violations de

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la justice. Cea violations ont déjà arrôté l'accroissemenl des subsistances ; et si Ton n'y porte remède, elles jetteront le trouble dans la communauté. En conséquence, ne impérieuse nécessité nous force d'acoroitre à tout prix nos produits annuels. Pour cet effet, il est inévitable de faire une division plus complète des terres, et de protéger par les sanctions les plus fortes la propriété de chacun de nous contre les violations à venir-

On opposerait peut-être à ce discours que Uaçcroissement de fertilité isur certains sols et d'autres accidents pourraient à la longue rendre quelques portions plus que suffisantes à l'entretien du propriétaire ; et que, si le règne de l'amour de soi, ou de l'intérêt personnel, venait une fois à s'établir, ces riches refuseraient de céder leur superflu à leurs frère.^; autrement que par voie d'échange. On leur répondrait en déplorant avec eux cette suite inévitable du nouvel ordre de choses, mais en leur faisant observer combien un tel mal est préférable à ceux qu'entraîne le défaut de sûreté dans la propriété. La quantité d» nourriture qu'un homme peut consommer, leur diraiton, est nécessairement limitée par l'étroite capacité de son estomac. Il n'y a pas lieu de croire qu'aprèi^ avoir contenté sa faim, celui qui aura du superflu le jette sans usage. Il l'échangera donc contre le travail des autres membres de la société, pour qui un tel marché vaut mieux que de succomber au besoin.

Il paraît donc bien prol>atble qu'on en viendrait à établir des lois sur la propriété, assez semblables a celles qui ont été adoptées par tous les peuples civilisés ; et qu'on les envisagerait comme un moyen, insuffisant sans doute, mais enfin le meilleur qui soit i\ notre portée, de remédier aux maux de la société.

A la suite de cette discussion, il en naîtrait une autre qui lui est intimement liée. On traiterait la question du commerce des sexes. Ceux qui auraient reconnu la vraie cause de la détresse générale représenteraient que la certitude acquise à chaque père de famille de voir tous ses enfants entretenus par la bienveillance sociale rend absolument impossible de

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faire produire à la terre de quoi nourrir toute cette population croissante.

Lors même, diraient-ils, que toute l'attention, tout 1.3 travail, dont tous les individus de la société sont capables, se dirigeraient vers ce seul objet ; lors même que, par ce moyen et par tous les encouragements imaginables, on parviendrait à obtenir le plus grand produit annuel auquel on puisse raisonnablement aspirer : toutefois raccroissement de la nourriture n'atteindrait point :;elui de la population, qui est infiniment plus rapide. Il faut donc absolument opposer à la population quelque obstacle. Le plus simple et le plus naturel de tous semble être d'obliger chaque père à nourrir ses enfants. Cette loi servira de règle et de frein à la population ; car enfin l'on doit croire qu'aucun homme ne voudra donner le jour à des être infortunés qu'il se sentira incapable de nourrir ; mais s'il s'en trouve qui commettent une telle faute, il est juât«i que chacun d'eux supporte individuellement les maux qui en seront la suite et auxquels il se sera volonta? rement exposé.

L'institution du mariage, ou du moins l'obligation expresse ou tacite de nourrir ses enfanta, seanble devoir être le résultat naturel cTe cette discussion, au sein d'une communauté pressée par le sentiment du besoin.

Le spectacle qu'une telle communauté nous offro laisse apercevoir une raison bien naturelle de la différence que l'opinion met entre les deux sexes relativement à la chasteté. Il n'y a pas lieu en général de supposer qu'une femme puisse suffire par elle-même à l'entretien de sa famille. Ainsi, lorsqu'une femme consent à vivre avec un homme, sans aucun engagement préalable pour l'entretien de leurs enfants ; et que cet homme, inquiet pour lui-même, l'abandonne, les enfants retombent à la charge de la société, ou périssent. Afin donc de prévenir le retour fréquent d'une faute qu'il semblait dur de réprimer par des peines afflictives, on la punit par le mépris. Il faut remarquer en outre que, chez une femme, ce genre di délit est plus manifeste, et que l'on peut moins

s'y méprendre. On ne connaît pas toujours le père d'un enfant ; il est ibien rare qu^on ait le même doute sur sa mère. On répandit donc plus fortement le blâme sur la personne dont la faute était à la fois plus pleinement piouvée et plus nuisible a la société : La société imposa à chaque 'homme, par des lois positives, l'obligation de nourrir ses enfants. Du reste, les inquiétudes et le travail, qui sont le partage de ceux qui ont une famille, joints à cette espèce de blâme qu'encourt celui qui fait le malheur d'un autre, parurent ê!re pour l'homme coupable une peine suffisante. Que de nos jours une femme soit presque bannie de la société pour une faute qui, chez les hommes reste presque impunie, c'est sans doute une espèct» d'injustice. (1). Mais si l'origine de cet inégal traitement ne peut entièrement le justifier, elle, en fournit du moiJis une explication naturelle, puisque c'était le

(1) Malt-hus explique, sans l'approuver, un fait nvalhcureusenient exact : le blâme pour l'acte nuisible à la société est tout entier rejeté sur la mère, co.inme si Thomme n'y avait aucune part. C'est l'envers du bon sens.

L'homme n'est plus retenu alors par le nvêpris p'Ublic el peut répéter la même faute pour la satislactlon de son désir. Il peut aibuser de l'ignorance de la jeune fille, être responsable de beaucoup de tragédies et néamuoins voir son action considérée comme moins pernicieuse à la société Cjue celle de la malheureuse fille mère !!

La punition naliu'elle ne suffil-elle pas pour la jeune fille, sans y ajouter le mépris et rostracismc ? Elever un enfant dans la détresse et la douleur, sans être aidé par un lâche paitner. devrait constituer aux yeux de la société une punition suffisamment grave. Mais, dans sa cruacté aveugle et sa stupidité la société empêche la fille mère de profiter de rex^nérience qu'elLo a si durement acquise et de se relever par un ferme et persévérant travail ; elle l'entrave dans ses efforts pour sauver son enifanl, l'oblige à s'avilir, à se prostituer, à renouveler l'acte que l'on a trouvé pernicieux...

des façons de raisonner contraires à toute équité font nue beaucoup de femimes considèi'ent que les questions sexuelles et de procréation n'ont pas de chance d'être envisagées logiquement même par les meilleurs des hommes I^e féminisme pourra triompher de pareilles injustices et amènera sans doute une modification des mœurs sexuelles .actuelles qui ne produisent que des horreurs. (D"" A'ice Vickery Drysdale;.

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