I.A LOI DE POPULATION
moyen le plus simple et le plus efficace de prévenir le retour fréquent d'une fcute qui avait pour la société les suites les plus graves. Le souvenir de cette origine se perd maintenant dans la nouvelle suite d'idées que la coutume a introduite. Un usage né du besoin est maintenu par la délicatesse ; et il est surtout consacré dans la partie de la société qui est le moins exposée au besoin.
Ainsi s'établirent dans le monde les deux lois fondamentales de la société : le maintien de la propriété, et Vinstitution du mariage.
Et dès lors, on vit naître l'inégalité des conditions Ceux qui vinrent au monde après l'époque de la l'i'partition des propriétés trouvèrent la terre occupée- Si leurs parents, chargés de famille, refusaient do pourv^oir à leur entretien, à qui pouvaient-ils avoir recours ? On avait éprouvé les inconvénients de l'égalité, qui donnait à chaque homme le droit de répéter sa part des produits de la terre. Les membres d'uno famille nomibreuse ne pouvaient donc plus se flatter d'obtenir, comme une dette, quelque portion de l'excédent de ces produits. Les lois de la nature humaine condamnaient ainsi quelques individus à sentir le besoin ; et bientôt le nombre de ces individus se multiplia tellement, que l'excédent du produit n'y pouvait même plus suffire. Pour répartir cet excédent proportionnellement au mérite de chacun, il aurait fallu prononcer des jugements d'une extrême délicatesse.
Les propriétaires durent s'attacher dans leur choix à quelque marque distinctive plus sûre et plus évi^ dente. Il parut juste et naturel qu'à l'exception de quelques cas très particuliers ce choix tombât sur ceux qui auraient les moyens et la volonté d'augmenter par leur travail le produit auquel ils voulaient participer, puisqu'il devait en résulter pour la communauté môme un avantage manifeste, et que les propriétaires devaient être mis en état par ce nouvel arrangement, de fournir des aliments à un plus grand nombre de personnes.
Voilà donc tous les hommes que presse le besoin
72 La l^vuxuLTii;
oiWigcs d'orfrii' leur tiavail en échange de leur nuurriture.
Le fonds destiné à mettre le travail en activité est donc la quantité de nourriture possédée en somnie par les propriétaires de la terre, au-delà de ce qui suffit à leur propre consommation.
Quand les demandes faites sur ce fonds étaient grandes et multipliées, il arrivait naturellement qu'on le répartissait en portions très petites. Le travail était mal payé- Les bonmies offraient leur labeur pour le plus étroit nécessaire ; l'accroissement des familles était arrêté par les maladies et par la misère
Si au contrante le fonds croissait rapidement, s'il était considérable en comparaison des demandes, les portions dans lesquelles on le divisait étaient pluis grandes. Nul homme ne consentait à travailler, si on ne lui donnait en échange une assez ample provision de nourriture. Les ouvriers vivaient à leur aise, et se trouvaient en état d'élever des enfants nombreux et bien portants.
C'est principalement de l'état de ce fonds que dépend, de nos jours, en tout pays, le bonheur ou le malheur du peuple. Et c'est du bonheur ou du malheur du peuple que dépend principalement l'état î>rogressif, stationnaire ou rétrograde de la population.
Il paraît donc qu'une société, fondée sur le pinn le plus beau que l'imagination puisse concevoir, animée par le principe de la bienveillance et non par celui de l'amour de soi ou de l'intérêt personnel, dans laquelle toutes les dispositions vicieuses seraient corl'jgées par la raison et non par la force, dégénérerait très vite, par une suite des lois inévitables de la nature, et nullement par la méchanceté primitive do l'homme ou par l'effet des institutions humaines ; qu'elle retoniberait dans une forme de société peu différente de celle qui existe actuellement sous nos yeuix ; qu'elle offrirait, comme celle-ci, une classe d'ouvriers et une classe de propriétaires ; et que le ressort mouvant de la grande machine sociale serait, pour l'une comme pour l'autre, l'amour de soi ou Tiniérèt personnel.
La loi UE i'OrLLATlO.N "J'i
Dans la .supposition dunt j"ai usé, raccroissenriL-nl de la population est incontestablement moindre, ei raccroissement du piocîuit mcontestablenienl plus grand que dans la réalité. 11 y a lieu do croule que, dans les circonstances que nous avons feintes, la population croiti^ait plus rapidement qu'on ne Ta jamais vu croître. Si donc nous adoptions pour la période de doublement 1") années au lieu de 25, et si nous réflôchissions au travail nécessaire pour doubler, s'il est possible, le produit annuL4 dans un temps aussi courr, nous n'hésiterons pas à prononcer qu'en supposant \c {ilan d'égalité de M. Godwin établi et porté au plus haut point do perfection, il serait infailliblement déti'ûit par le principe do population on moins de ."1') années.
Je n"ai point, en tout ceci, fait entrer l'émigralio]! en ligne de compte, par une raison fort simple. Si Ton établissait des sociétés sur le même plan d'égalité dans toute l'Europe, il est évident que dans toutes les contrées de cette partie du monde les mêmes effets se feraient sentir ; et qu'étant surchargées de population, elles ne pourraient offrir une retraite à de nouveaux habitants. Si ce magnifique plan n'était réalisé que dans une seule lie, certainement il faudrait que l'établissement eût fort dégénéré, ou que le bonheur, qui devait en être la suite, fût fort inférieur à notre attente, pour que ceux qui en jouiraient consentissent à y renoncer, et à se soumottr^ aux gouvernements imparfaits du reste du monde ou aux difflculté8 inséparables d'un nouvel établissemenî, 'Malthus réfuie ég-alenieiit les systèmo.s do Condoirel, de Wallace, de Ow-en. (1) Il dil enroio pour répondre à l'argumenl des
!V Condorcet ;'17'.3-179;^ avait prévu dans son Esqmssc diin tahlcau Imtoùnuc des pronrès de l'esprit hvmmn la nécessité d'une limifalion de la population, mais il l'indiauait pour une époque éloign>'o et par dos .moyens que Malthus réprouvait, movens qui ne peuvent êtro autres que ceux que préconisent les A'^'o-nialthusieus 'vou' pages s,
et 172). , . . r , ,-f
Owon. (1771-1S58] pliilanfliropo anglnis qui fonda 1 clublissemcnt r^ommunîslc de Xcw-T.ann rlc,
terres incuites, du sol à améliorer, <Ju danger futur ci une popuiation suraJ^ondanie :
Supposer qu'en parlant des effets du principe de popamuon, j'ai en vue des époques lutures, lorsque lu population dépassera les moyens de subsistance a un bien plus liaut degré qui préseni, cl que l«s maux qui découlent de ce principe sont à attendre plutôt qu'ils n existent, c est, je le répète, se mùpreiidre complèlemeiit sur la nature de mes arguments.
Comme je me suis efforcé de le démontrer, c'est la paucreté et non la famine absolue qui est l'effet spécifique du principe de la population. Bien des pays souffrent aujourd'hui tous les maux qui ne découleront jamais de ce principe.
Même si nous en étions arrivés à la limite absolue de l'aocroissement des produits, point que nous n'atteindi^ons jamais, je ne m'attendrais pas à ce que ces maux fussent aggravés d'une façon marquée, L'aocroissement de la production est si lent, dans la plupart des pays européens, en comparaison de ce gui serait requis pour nourrir une population qui s'augmenterait sans frein aucun, que les obstacles qui travaillent à maintenir les habitants au niveau des vivres, n'auraient que peu de chose à faire en plus pour la réduire à une production tout à fait stationnaire. (1)
(1) Il est étonnant que les mên;es arguments présentés par Godwin soient aujoui'd'hui encore réédités par des i^Rus aui n'ont pas lu Mallhus : il y a des terrains incultes, r-nGriculture scientifique n'est pas appliquée... Sans uoute. Maltlius préA'oit tout cela. La loi de population n'est i^as éiranlée par des objections qu'un enfant étourdi est jcapable de présenter.
Elle n'est mêni'e pas ébranlée par l'objection, fomiuIOc îpar « créminents » membres de l'Institut, que la cnimie parviendra, ainsi que l'a affirmé Berthelot, à fabriquer des •bastilles azotées dont les populations pourront se nourrir. fLa puissance prnlifiaue de l'espèce hun;aine est capable ■de remplir, en peu d'années, plusieurs terres... Le pro- 'blème. au cas de consommatioii effective de cos pastilles, subsiste tout entier : il faudra, de toute nécessité, maintenir 'la population dans la limite de la quantité... de pastilles l'abi-iquées.
La loi de roriJTATioN