‹ La Peau de tigreChapitre 39 sur 40 · LE GARDE NATIONAL RÉFBACTAIRE · texte numérisé non relu

LE GARDE NATIONAL RÉFBACTAIRE

figure comme ça? Tu fais semblant de te promener, mauvais républicain î Je suis sûr que tu es marqué. Qu'avons-nous fait? avons-nous tué notre mère pu forcé la caisse à papa? avons-nous fait suer le chêne et couler le raisinet?...

Et autres gentillesses de gendarme à forçat.

Le pauvre diable se défend de son mieux; il décline ses nom, prénoms, qualité.

— Suis-nous chez le brigadier, et marche droit, Papavoine, ou nous te mettrons les poucettes.

Il suit les deux gendarmes à cheval, allongeant le pas tant qu'il peut; il sait que le forl de la gendarmerie n*est pas le raisonnement.

Les gamins s'attroupent; les femmes se montrent sur le pas des portes avec leurs marmots au bras.

— A-t-il l'air féroce I

— Il doit avoir tué bien du monde. Oh 1 le gueux ; oh ! le scélérat.

— C'te balle; oh ! c'te taule !

— J'espère bien qu'on lui coupera la tronche, à celui-là.

— Je parie que je l'attrape à la sorbonne avec un trognon de chou.

Le parieur gagne : le réfractaire, furieux, veut

s'élancer sur le moutard pour lui appliquer une solide correction ; mais les gendarmes le retiennent.

Au bout d'une lieue, on arrive enfin chez le brigadier, qui trouve le cas grave et renvoie le prévenu devant le commissaire. Le commissaire demeure justement une lieue plus loin, et c'est encore un demi-myriamétre à faire au derrière d'un cheval : c'est agréable.

Heureusement, le commissaire est un homme de bon sens, ou à peu près; le prisonnier se réclame de personnes connues, et le commissaire le fait mettre en liberté, non sans lui avoir débité un petit discours paternel sur les hautes vertus de l'ordre de choses et l'excellence du gouvernement actuel, à qui rien n'échappe, et qui fait arrêter même les innocents, de peur de manquer les coupables.

Le réfractaire, parfaitement édifié, se retire, et, décidé à braver tout, rentre effrontément chez lui^ où il vit dans le plus profond repos pendant une semaine; car les argousins ne peuvent se figurer qu'un homme qui a dix-huit jours de prison puisse ne pas être en fuite, et le cherchent dans les quartiers les plus éloignés.

Cependant) chaque coup de sonnette lui cause un soubresaut nerveux et le fait plonger dans une armoire, où il entre en trois morceaux.

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