‹ La peau du lionChapitre 18 sur 24 · TÊTE-A-TÉTE CONJUGAL · texte numérisé non relu

TÊTE-A-TÉTE CONJUGAL

En revenant de chez madame de Gabrial^ Colonge était entré dans l'appartement d'Aurélie pour lui rendre compte de la mission dont elle Tavait chargé. Ne Tayaut pas trouvée^ il pensa qu'elle était sortie,, et ce fut en pestant tout bas contre les caprices des femmes^ presque au même instant malades et guéries^ qu'il reprit le chemin de son atelier. Selon son habitude il traversa la première salle sans s'y arrêter, referma soigneusement la porte de la seconde pièce, et se vint mettre en face de son tableau, qu'après une heure d'absence il avait hâte de revoir. Le masque horrible appliqué sur la tête de la belle Allemande le fit reculer de deux pas. L'artiste se crut le jouet de quelque hallucination diabolique, et doutant du témoignage de ses yeux, il demeura un instant hors de luimême, dans l'attitude d'un homme pétrifié.

— Louis î s'écria-t-il enfin d'une voix tonnante, sans se rappeler qu'il venait de s'enfermer. i>)

Au lieu de répondre à l'appel de son maître, le valet de

chambre sortit furtivement de Tatelier et descendit Tescalier d'un pas leste.

— Je savais bien que monsieur se fâcherait, pensa-t-il ; mais puisque madame est encore là, qu'ils s'arrangent.

Les mœurs débonnaires de notre siècle ne comportent plus les haines vivaces et les ardentes jalousies qui, aux temps poétiques de la Renaissance, animaient les artistes et souvent leur faisaient quitter le pinceau ou le burin pour répée. Aujourd'hui, entre rivaux de renommée, il se verse plus d'encre que de sang. On se critique beaucoup, mais on se bat peu, et les procédés discourtois ou féroces, dont usaient parfois à l'égard de leurs émules les plus grands maîtres, révolteraient leurs successeurs, moins habiles, mais mieux élevés. Si jusqu'alors Colonge avait trouvé peu de bienveillance chez ses confrères, jamais du moins il n'avait dû supposer qu'il eût parmi eux un ennemi secret, envieux de son talent et capable de satisfaire à tout prix cette haine méprisable. En ce moment, pour la première fois, l'idée d'un rival inconnu lui vint à l'esprit.

— Un peintre seul a pu commettre cette infamie, se dit-il en examinant avec une sombre indignation le désastre de son tableau. Comme il a su trouver la place du cœur et rendre son coup mortel ! Ma belle jeune femme, ma divine blonde, à qui, pour être un ange, il ne manquait que des ailes, mutilée, souillée, décapitée par ce bandit. Oh ! je le découvrirai, se cachât-il au fond de la terre ! et malheur à lui ! car je le tuerai, le misérable !

— Tuez-le donc ! s'écria Aurélie, qui, sortant impétueusement de la place où elle s'était cachée, parut soudain en face de Tar liste.

A la vue de sa femme, dont les yeux, l'attitude et la voix respiraient cette sublime fureur qui n'appartient qu'à la jalousie, Colonge resta stupéfait. •

— Aurélie, dit-il enfin, tu étais là ? Et c'est toi...

— C'est moi ! interrompit-elle en le foudroyant du regard.

— Que t'a fait mon pauvre tableau pour que tu le traites ainsi ? Sais-tu que tu viens de détruire l'ouvrage d'une semaine entière ?

— Ecoutez, dit Aurélie, qui lui imposa silence par un geste impérieux ; vous me voyez pour la dernière fois, car, en sort^ant d'ici, je vais me retirer chez mon père. Quand je serai partie, vous serez libre de peindre votre divine blonde; mais jusque-là je ne souffrirai pas une pareille insulte. Il aurait dû vous suffire de me tromper ; l'outrage est de trop.

— Te tromper ! t' outrager ! Que veux-tu dire ? Madame Colonge laissa tomber sur son mari un regard

glacial.

— Je vous hais, lui dit-elle; ne me forcez pas de vous mépriser. A quoi bon de la fausseté ? Ne connais-je pas madame de Grafhen.?

— Tu es jalouse ! s'écria le peintre, en ce moment presque consolé de la catastrophe qu'avait subie son ouvrage; quelle folie ! Parce qu'une des figures de mon ta-

bleau ressemble à madame de Grafhen, te voilà jalouse d'une femme à qui je n'ai jamais parlé, que j'ai à peine vue !

— Vous mentez ! dit Aurélie avec emportement ; vous aimez cette femme, je le sais. Vous ne lui avez jamais parlé, dites-vous ? Quelle dérision ! Peut-être aussi m'allez-vous dire que vous avez peint son portrait sans savoir ce que vous faisiez ?

— Je dirai la vérité ; car j'ai cru faire une chose fort ordinaire, et il paraît que j'ai commis un crime.

~ Est-ce chez elle ou ici qu'elle a posé ? demanda d'une voix sourde la femme jalouse.

— Nulle part, je te jure ; mais à quoi penses-tu ? J'avais besoin d'une tête de femme blonde ; celle de madame de Grafhen m'a paru convenir à mon sujet, et je m'en suis emparé de mon droit de peindre, comme j'aurais pu faire d'une tête d'enfant ou de vieillard. Si j'ai eu tort, du moins est-ce sans mauvaise intention.

— Ainsi, dit Aurélie d'un air incrédule, c'est sans le consentement de madame de Grafhen que vous avez fait son portrait?

— Oui; peut-être ai-je été indiscret; mais, en ce cas, ce serait à elle de se plaindre bien plus qu'à toi.

— Et vous avez copié sa figure sans qu'elle s'en doutât, sans qu'elle vous servît de modèle ?

— Oui.

— Jamais je ne croirai cela, reprit madame Colonge; lorsque vous avez fait mon portrait, il vous a fallu quinze

longues séances, et encore prétendiez-vous que c'était trop peu.

— C'est que c'était ton portrait^ répondit l'artiste en souriant ; nous n'étions pas mariés alors^ je n'avais pas le droit de te voir tous les jours; comment aurais-je pu jamais trouver assez longues et assez nombreuses ces séances qui me rapprochaient de toi ?

Quoique la jalousie soit à peu près aveugle et sourde, Aurélie fut frappée de la manière calme et tendre avec laquelle son mari essayait de se justifier.

— Vous ne me ferez pas croire qu'on puisse peindre ainsi de mémoire^ reprit-elle après un court silence.

— Il est très-vrai cependant que beaucoup de peintres jouissent de cette faculté ; voués à l'étude de la nature, ils conservent dans leur esprit lïmage des objets extérieurs plus nettement et plus longtemps que ne font les autres hommes.

— L'image des joUes femmes surtout, à ce qu'il parait ?

— Si tu doutes de ce que je te dis, répondit Colonge avec un sourire plein de finesse, il m'est facile de te convaincre.

Le peintre tailla un crayon, chercha une page blanche dans un de ses albums et s'assit à une petite table où il resta quelque temps accoudé, le front dans les mains.

— Que voulez-vous faire? lui demanda la jeune femme, dont ces préliminaires éveillèrent la curiosité.

— Ton portrait, sans te voir; n'est-ce pas là le sujet de motre discussion.

Au lieu de répondre, Aurélie se plaça derrière son mari.

— Bien, dit celui-ci en riant ; de la sorte tu seras sûre que je ne triche pas; il est impossible de m'exprimer en moins de mots le peu de confiance que t'inspire ma loyauté.

Le peintre commença aussitôt la tâche difficile qu'il s'était imposée. D'un crayon hardi mais léger^ il indiqua d'abord le pur ovale qui caractérisait la figure d'Aurélie, et arrondit autour du front le gracieux bandeau, coiffure habituelle de la jeune fen^jTie. Il anima ensuite ce charmant visage et en fit éclore une à une toutes les fleurs. Quelquefois il interrompait le trait commencé, et demeurait les yeux fermés à demi, contemplant au fond de son âme, comme en un miroir invisible, le détail rebelle qui semblait vouloir lui échapper. Mais alors son hésitation était courte; bientôt la ligne fugitive, Texpression presque insaisissable, retrouvées dans son esprit ou plutôt dans son cœur, se trouvaient fixées sur le papier. L'esquisse achevée, Colonge en reprit chaque trait, chaque contour avec un soin caressant. Déjà la ressemblance du portrait était incontestable ; il lui donna la vie et mit toute grâce en son lieu ; la pensée au front, l'éclair dans les yeux, aux lèvres le sourire, partout la jeunesse et la beauté.

— Comment le trouves-tu ? dit-il doucement en tournant la tête.

Depuis un instant, Aurélie s'était rapprochée par une attraction involontaire; penchée derrière son mari, elle

regardait par-dessus son épaule et cherchait sans le trouver un sujet de critique. En sentant sa joue effleui^ée par les cheveux du peintre, elle se redressa brusquement.

— Vous aviez raison, dit-elle d'une voix brève ; je ne douterai plus de votre talent. Ainsi donc, pour peu qu'un visage vous plaise, il dépend de vous d'en garder le souvenir, et vous avez dans la tête toutes les femmes qui ont attiré votre attention ?

— Les laides aussi bien que les belles, répondit Colonge en cherchant à conjurer l'orage qui grondait encore dans les yeux d'Aurélie.

— Les laides ! Est-ce que vous les regardez ?

— Un peintre regarde tout et se rappelle tout. Veux-tu que je te fasse le portrait d'une femme laide ?

— Comme vous voudrez, dit madame Colonge avec une indifférence affectée.

Le peintre reprit son crayon, se recueillit un instant et dessina rapidement un croquis qu'il passa ensuite à sa femme.

— Madame de Gabrial, dit celle-ci en souriant en dépit d'elle-même ; si elle savait comme vous la traitez !

— Tu vois donc bien, repartit Colonge, que la mémoire n'est pas de l'amour ; mais peut-être vas-tu croire aussi que je suis épris de madame de Gabrial ?

— Me jurez-vous sur votre honneur que vous ne Têtes pas de cette autre femme ? demanda Aurélie, en accompagnant ces paroles d'un regard perçant.

— Sur mon honneur et sur mon amour, répondit l'ar*

tiste, qui lui prit la main malgré elle et la pressa sur ses lèvres.

— Si je vous pardonne le mal que vous m'avez fait^ me remettrez-vous à une pareille épreuve ?

— Jamais ! dit Colonge en regardant son tableau à la dérobée; il m'en coûte trop cher pour que je sois tenté de recommencer.

Aurélie étendit la main vers la toile.

— Parmi ces autres têtes de femmes, dit-elle en fronçant les sourcils^ y a-t-il encore des portraits ?

— Pas un seul, je t'en fais le serment ! s'écria l'artiste, effrayé de ces paroles qui menaçaient son œuvre de nouveaux désastres.

— Il y en a de bien belles^ cependant ? reprit-elle d'un air de défiance.

— Elles sont toutes d'imagination ; j'espère que tu n'es pas jalouse de celles-là ?

— Ce sont des femmes.

— Des femmes de toile, dit le peintre en riant.

— Oh ! vous ne comprenez pas cela ; vous n'êtes pas jaloux.

— En es-tu sûre ?

— Vous avez trop de choses dans l'esprit, continua-telle avec un accent d'ironie ; un homme de talent est audessus de ces faiblesses. Lorsqu'on peint pour la postérité, comment trouver une seule minute pour la jalousie ?

Colonge sourit mélancoliquement en se rappelant les longues heures d'amertume et d'angoisses que lui avait

iâO ŒUVRES DE CH. DE BERNARD.

causées le sentiment dont sa femme le proclamait inca^-' pable.

— Maintenant il faut réparer ta folie, dit-il , en chan géant de conversation ; ce sera la cinquième fois que j'aurai recommencé cette figure.

— N'allez-vous pas encore chercher une femme dans votre tête ? demanda Aurélie d'un ton grondeur.

— Où veux-tu que je la cherche ? Ne m'as-tu pas défendu de faire un portrait ?

— Je ne vous ai pas défendu de faire le mien...

— Le tien ? dans ce tableau ?

— Pourquoi pas ? me trouvez-vous trop laide ?

— Tu n'y penses pas?

— J'y pense si bien que je l'exige positivement, dit Aurélie, irritée par la contradiction.

— Mais cela n'est pas convenable.

— L'était-il davantage de peindre madame de Grafhen?

— Mais...

— Mais, je le veux. Il me semble que vous me devez bien cette satisfaction pour le chagrin que j'ai éprouvé. En un mot, choisissez : ma tête ou point d'autre.

— Point de tête ! dit Colonge en regardant sa femme d'un air interdit.

Aurélie s'assit résolument en fiice de la fenêtre.

— Puisque me voici, dit-elle, je vais vous donner une séance tout de suite ; commençons. Suis-je bien ainsi ?

L'artiste comprit qu'il serait inutile de discuter plus bagtempsavec une femme en proie depuis plusieurs jour?

LA CHASSE AUX AiMANTS. 281

à la fièvre ardente de la jalousie. Craignant de l'exaspérer s'il la contrariait, il prit sa palette, monta sur un marchepied posé devant le tableau et feignit de se mettre à Touvrage. Il contempla quelque temps avec un regret paternel la place où avait existé son chef-d'œuvre.

— Je ne demandais pas à Aurélie cette preuve d'attachement, se dit-il en essayant de se consoler ; mais pourvu qu'elle m'aime, qu'importe le reste !

A force de chercher le moyen de remédier à un malheur qu'il avait cru d'abord irréparable, Golonge fut frappé d'une inspiration soudaine. Il se rappela Timanthe désespérant d'exprimer la douleur d'Agamemnon, et remplaçant par un voile la figure qu'il trouvait au-dessus de son art.

— Pourquoi n'imiterais-je pas cet exemple? pensa le peintre; quand une difficulté est insurmontable il faut la tourner. En allongeant habilement la draperie de ce vieillard, j'arrive au même résultat que Timanthe. Ce n'est qu'une tête de moins ; elle était belle, il est vrai ! Mais le corps reste, et il a aussi sa valeur. Mes ennemis diront que j'ai reculé devant mon œuvre ; ils m'accuseront d'impuissance : les stupides ! ils ne savent pas ce que c'est qu'une femme jalouse, une femme qu'on aime !

Lorsqu'on n'a qu'un parti à prendre, le mieux est de s'y résoudre sans hésitation. Colonge pratiqua cette maxime en exécutant à l'instant même le changement dont il venait de concevoir l'idée. Au bout d'une demi-heure, Aurélie, que son mari regardait de temps en temps, comme

s'il avait réellement copié ses traits, se trouva fatiguée de l'immobilité scrupuleuse qu^'elle s'était prescrite; tout d'un coup elle se leva.

— Voyons ! dit-elle, en regardant le tableau.

Au lieu de l'ébauche de sa figure, elle aperçut un pan ée manteau bleu sombre qui faisait ressortir la blanche carnation du corps admirable dont il cachait la tète à l'exception des cheveux et du front.

— C'est ainsi que vous faites mon portrait ? dit-elle en se tournant vers son mari d'un air de courroux.

— Ton portrait ! répéta Colonge, qui s'assit à la place qu'elle venait de quitter, et par un subit enlacement l'attira sur ses genoux ; ton portrait, dis-tu? que je livre à cette foule imbécile qui , pendant trois mois, va se relayer dans les galeries du Louvre, tes traits, ta figure, ta beauté ! j'aimerais mieux ne jamais toucher un pinceau, j'aimerais mieux me couper la main. N'est-ce pas trop déjà du public de ces salons que tu aimes et que je hais ? Tu ne me crois pas jaloux ? enfant !

Aurélie, qui d'abord avait résisté à la vive étreinte de son mari, à ces derniers mots, s'appuya contre son épaule.

— Jaloux, toi ! lui dit-elle avec un mélange de moquerie et de tristesse, tu sais que cela ne me déplairait pas, et voilà pourquoi tu le dis ; mais ne crois pas m'abuser. Quand on est jaloux, on s'inquiète, on s'alarme, on se crée mille chimères; on a peur de tout ; et toi, tu es toujours si calme ! Depuis que nous sommes mariés, l'est-il arrivé une seule lois d'observer les personnes qui

semblaient prendre plaisir à causer avec moi? Cela t'intéresse si peu que moi-même je ne t'en ai jamais parlé.

— Peut-être était-ce inutile, répondit Colonge finement.

— Tu voudrais me foire croire que tu me surveilles sans que je m'en aperçoive ; écoute : veux-tu tenir un pari ? Depuis le commencement de cet hiver seulement, plus d'une fois on a essayé de me faire comprendre qu'on me trouvait belle, spirituelle, séduisante, tout ce qui se dit en pareil cas ; j'ai fait ce qu'on appelle des conquêtes, tandis que tu jouais au whist. Eh bien ! homme jaloux, gageons que tu ne m'en cites pas une seule !

— Pas une seule, mais toutes.

Aurélie se leva d'un bond et regarda son mari pour voir s'il parlait sérieusement.

— Je t'aimerais trop, lui dit-elle : mais tu te moques de moi.

Colonge à son toui* se leva, lui prit la main, et, la menant en face du tableau :

— Un artiste peut-il se voir traité d'une manière plus humiliante ? dit-il en souriant. Ceci me prouve qu'à part la tête malencontreuse de madame Grafhen, tu n'as pas daigné accorder la moindre attention à mon ouvrage: il t'offrirait cependant de l'intérêt si tu voulais bien le regarder; peut-être même, en l'examinant en détail, ne voudrais-tu plus tenir ton pari.

Aurélie parcourut la toile des yeux avec une curiosité qui se changea en un étonnement indicible à mesure

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qu'elle reconnut, malgré le harnais teutonique et l'expression ridicule dont le peintre les avait gratifiés, M. de Mariendof, don Antonio de Puentes y Cabra, Roquaincourt, LaBerthonie, Félicien Régnier, et le reste; en un mot, Tescadron au grand complet de ses adorateurs passés et présents. Quoiqu'elle n'eût rien à se reprocher, elle rougit en faisant ce dénombrement, et baissa la tête avec confusion.

— Qui a perdu? lui demanda Colonge, qui jouissait malicieusement de cet embarras.

— Tu me fais peur, répondit-elle tout bas, sans le regarder.

— Tant mieux, dit-il gaiement; si tu as peur de moi, tu

respecteras mes tableaux.

— Mais tu es donc sorcier , reprit-elle avec une inquiétude visible.

— N'est-ce pas ce qu'un mari a de mieux à faire ?

— Ainsi tu voyais tout?

— Sans rien regarder ; là est le mérite.

— Ne ris pas; tout cela me paraît si étrange que je suis tout émue. Quel homme terrible es-tu donc ? Comment as-tu fait pour m'observer ainsi sans que je me sois jamais doutée de rien ?

— Ceci, madame, est mon secret, répondit le peintre en affectant une ironique gravité; qu'il vous suffise de savoir que je vois tout, que je sais tout; que pas une de vos démarches ne m'échappe , que je lis dans vos pensées mêmes, et que si vous me trompiez....

— Tu me tuerais? interrompit avec fougue Aurélie. Colonge la contempla un instant d'un regard sérieux et

passionné.

— Je te tuerais ! dit-il lentement,

— Alors je t'aime ! s'écria la jeune femme en lui jetant le bras autour du cou.

Un bruit de pas dans la première pièce,, et bientôt après plusieurs coups frappés contre la porte interrompirent assez mal à propos le tête-à-tête des deux époux.

— C'est moi, dit presqu'au même instant la voix de M. de Livernois; je sais que vous êtes là, Colonge; ouiTez donc, j'ai des choses amusantes à vous raconter.

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