‹ La pêche en eau douce et en eau saléeChapitre 156 sur 159 · A ALPHONSE TOUSSENEL · texte numérisé non relu

A ALPHONSE TOUSSENEL

i beaucoup entendu vanter Ibs jardins des Aude ce qu'ils n'ont point de murailles, ce qui et à la fois à la vue du propriétaire de s'éteti» brt loin au dehors, et k la vue du passant de er avec admiration au dedans. Je vois autour oi des gens qui ferment leur jardin par une

au lieu de porte^ et d'autres qui^ le dimanche, )ù la ville en promenade s'épanche et envahit hameau, laissent leur porte ouverte poUr offrir romeneurs l'aspect de leurs fleurs. Il y a beaud'hommes qui ne sentent le bonheur de la pos-

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marbre blanc, sans qu'il eût à s'en préoccuper le moins du monde.

« Quelle secrète joie y a-t-il donc dans la pro-

« Pour mon ami, avoir ce jardin avec ses manches à balai, c'est ne plus avoir les grands marronniers des Tuileries. Posséder ce carré entouré de murs blancs jusqu'il aveugler, c'est être exilé de tout le reste de la terre, de tous les beaux pays, de tous les beaux paysages.

« Dans la maison, il m'a montré deux ou trois mauvaises croûtes dont il a décoré son salon. — Il lui fallait hériter et devenir riche pour être condamné à ne plus voir que ces affreux badigeonnages. Quand il était pauvre, il regardait les plus belles peintures de tous les pays et de tous les maîtres, entassées dans nos musées.

R Je suis revenu triste, et j'ai voulu revoir son ancien jardin, celui qu'il ^st heureux d'avoir quitté. — Il m'a pris de suite une grande frayeur, c'est de devenir riche aussi par hasard, à mon tour ; — c'est de devenir propriétaire ; c'est de perdre mon beau jardin du Li'seinbourg ; — c'est d'être forcé de vivre dans quelque carré entouré de murs, — et qui pis est, d'en être heureux, d'en être fier.

« J*ai passé en revue tous mes parents, tl surtout ceux qui sont riches, et, entre ceux-là, ceux dont je dois hériter.

« Il n'y en a qu'un qui m'inquiète : — il est parti pour rAmérique il y a vingt ans, et, depuis, on n'en a plus entendu parler. Si j'entendais sonner chez moi, je frémirais d'apprendre qu'il est mort millionnaire et que je suis son héritier.

« J*ai vu une lettre que nous reçûmes deux mois après son départ, il y a vingt ans bientôt. Cette letire nous disait « que plusieurs navires avaient péri, « corps et biens, dans un coup de vent. — Le na- « vire qui portait mon oncle était du nombre ; mais a comme on n'a pas revu la chaloupe, on pensait m qu'une partie de l'équipage avait au moins tenté « de se sauver. »

«( Pourvu que mon oncle ne se soit pas sauvé I »

A ALPHONSE T(}USSENEL

J'ai beaucoup entendu vanter Ibs jardins des Anglais de ce qu'ils n'ont point de murailles, ce qui permet à la fois à la vue du propriétaire de s'éten*^ dre fort loin au dehors, et k la vue du passant de plonger avec admiration au dedans. Je vois autour de moi des gens qui ferment leur jardin par une grille au lieu de porte^ et d*autres qui^ le dimanche, jour où la ville en promenade s'épanche et envahit notre hameau^ laissent leur porte ouverte poUr offrir , aux promeneurs l'aspect de leurs fleurs. Il y a beaucoup d'hommes qui ne sentent le bonheur de la pos-

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session q\ie p»r la pnvaiiun que les autres en éprouvent, et qui trouvent fades toutes les joies que ae viennent pas assaisonner l'humilia tion et l'envie d'autrui. Ce sont ces hommes qui n'aiment que le! femmes célèbres et très et vue, et qui, lorsqu'ils oni une femme à eux, ont besoin de la faire voir décoUctëe et ornée dans les assemblées. Ces hommes ne veulent pas être heureux, ils veulent être vus heureux.

Outre qu'il est plus prudent de cacher le bonheui dans l'asile le plus profond de son cœur, il me sem* ble que les regards de convoitise laissent sur une femme aimée des traces semblables à la route vis* queuse que font les limaces sur une fleur.

Pour ce qui est de mon jardin, j'aime assez y voit avec moi les gens que j'aime et qui me plaiseut, mais je n'aime pas y voir tout le monde, et les qu4 ques personnes qui y pénètrent malgré moi me sont particulièrement odieuses, et finiront quelque jour par me mettre en fuite.

Aussi n'ai-je rien négligé pour que les regards ne puissent pas s'y introduire du dehors. — Pour tt qui est de voir moi-même chez les voisins et dans b campagne, c'est-à-dire d'avoir de la vue, je n'y liens pas davantage, et j'ai même planté un rideau de hauts

peupliers, qui s'étend du côté où je pourrais apercevoir la mer.

La mer d'ailleurs, à moins qu'on ne se blase et ne s'abrutisse à son égard, comme la plupart des marins, qui ne la voient plus, est un spectacle que l'homme n'est pas de force à contempler sans cesse. On n'y peut travailler, on n'y pense pas, on n'y rêve pas; on s'y exhale, comme ferait un morceau de camphre qui se dissipe dans Tair et disparait entièrement. Il faut s'en reposer dans de courts horizons. C'est une singulière et fréquente manie de vouloir toujours viser des bonheurs lointains, au risque de les manquer, au lieu de ramasser ceux qui s'épanouissent sous les pieds, et de porter toujours les yeux où on n'est pas. J'ai entendu un homme me vanter ainsi une propriété dont il était très-fier et très-heureux, à condition que les autres avaient l'air de l'envier et d'être très-malheureux de ne pas la posséder. «De chez moi, me dit-il, je vois les bois de M. ***au nord; au sud-est je vois la grande route, il ne passe pas une voiture que je ne l'aperçoive.; à Touest, le village de ***, etc. En un quart d'heure je suis à tel endroit; il ne me faut pas plus d'une demi-heure pour être à tel autre ; et, avec un bon cheval, j'ai souvent franchi en trois heures h dis-

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tance qni me sépare de la ville de ***. » Voyeï co»* ment cet homme jouissait de son javdin.

Voici les plus ^and» charmes que je Irouïe dsDS un jardin, c'est de me dire ; « Je suis enfermé, moi et mon imagination, mon corps et mon esprit, diai un endroit plein de fleurs, c'est-à-dire de riches couleurs et de suaves parfuma, et de chants d'oisesiu (ravissante harmonie, que rien ne peut troubler), oii il ne viendra personne, où il viendra un ami ; mai*

s ennuyeux, mais les méchants, mais les ennemis n'y peuvent entrer, pas plus que mon esprit n'en peut sortir pour aller les visiter. Je les tiens enfer- Qitjs au deliors, comme je me tiens enfermé au iedans { je me fais une part de la terre, du ciel, di l'herbe, des arbres et des fleurs; mais cette part est à moi. » Pour cela, il ne faut pas qu'un jardin soit trop grand ; il faut qu'on s'y sente renfermé. On peHt ne pas voir les murs, mais il ne faut pas les oubUer. 11 semble que la nature et la Providence aient destiDé l'homme à s'entourer de murailles, en crëaiit tasl de belles plantes, qui les cachent et les ornent me^ veilleusement, et qui nulle part ne sont aussi luxnriantes, aussi belles, aussi heureuses qu'appuyées 1 étendues sur un mur.

Au nord, le lierre d'un vert sombre couvrira es-

tièrement les murs, et donnera, l'hiver, un asile et de la nourriture aux oiseaux du printemps ; il offrira mi abri pour cacher les premiers nids. Sur une muraille qui reçoit seulement un. peu de soleil, la vigne vierge^ que les savants appelaient, il y a trois ans, vitis hederacea; il y a deux ans, hedera quinquefolia; Tannée dernière, ampélopsis, et, cette année, dssus, la vigne vierge étendra ses pampres richement découpés d'un beau vert pendant Tété, et des plus riches et des plus variées nuances de la pourpre pendant l'automne.

Si je vous dis de planter la vigne contre un mur qui ne reçoive qu'un peu de soleil, c'est-à-dire au levant, ce n'est pas qu'elle ne végète bien au nord ; mais elle n'y rougit pas à Tautomne. Ge n'est pas qu'elle ne s'accommode au moins aussi bien d'un mur au midi, et au contraire; mais cette exposition ne lui est pas indispensable, et l'est à d'autres plantes que je vais citer.

La glycine de la Chine, appelée, cette année, wisteritty — pour moi, elle a tant réjoui mes yeux par son beau feuillage et ses riches grappes bleues ; elle a tant enivré mon cerveau par ses suaves parfums sous son a\iCi2n nom de glycine, que je prends la liberté de lui conserver ce nom, beaucoup plus Joli

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du reste et beaucoup plus euphonique que le nonveau ; — h glycine veut l'exposition du midi : là, elle fleurit deux Tois; la première, en avril et en mai ; la seconde, en août.

Le jasmin de Virginie, bignonia radicans, devenu, je ne sais pourquoi, cette année, le tecoma, veut également être palissade. C'est là qu'il jette et étale ses brandies terminées par des panicules de fleurs rougis. La variété nouvelle dite à grandes fleurs, dont les (leurs sont en réalité plus grosses que belles, donne plus de boutons et moins de fleurs. Un petit froid, un grand vent, font tomber les boutons. D'ailleurs les Heurs s'épanouissent une à une; tandis que l'ancienne variété présente, dès le commencement delà floraison, une ombelle composée de trois ou quatre fleurs ouvertes, avec un paquet de boutons h leur centre. A mesure qu'une (leur tombe. elle est remplacée par un boulon qui s'épanouit, il faut avoir les deux, le grandiflora ne remplaçant pas l'ancien radicans

Le bignonia eapreolata a gardé son nom. Ses fleurs ne sont plus disposées en ombelle ou en épi larges comme celles du bignonia radicans et du bignonia grandiflora ; elles s'épanouissent en loopnes guirlandes dans les mois de mai et juin :

Les deux rosiers Bancks, le blanc et le jaune, qui fleurissent en mai, et le multiflore, qui se couvre en juin d'énormes bouquets de petites fleurs roses, n'ont pas besoin de description-. Deux ou trois variétés de passiflores fleurissent en guirlandes depuis la fin de Tété jusqu'à l'hiver. — La clématite odorante et la clématite de Siebold s'épanouissent, l'une l'été, l'autre au printemps ; celle-ci est large comme une pièce de six francs; au centre de grands pétales, d'abord verdâtres, puis blancs, se pressent des pétales linéaires, étroits et serrés, les uns violets, les autres verts. Si on vous dit dans les livres qu'elle a peur du soleil, nîcn croyez rien ; elle est ici, depuis dix ans, en plein air, ce qui résout les doutes sur sa rusticité. Quelques autres clématites peuvent aussi couvrir vos murs, si vous avez de la place ; mais, la plupart, comme l'odorante, se contentant d'un tronc f arbre pour y attacher leurs vrilles, il vaut mieux conserver les places sur les murs pour les plantes qui ne peuvent pas s'en passer.

Les maurandiœ sont de charmantes plantes grimpantes ; elles forment de longues guirlandes dont les tiges, d'une extrême ténuité, se chargent de feuilles délicatement découpées en fer de lance, et de fleurs

en forme de muflier, de diverses couleurs, selon les

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variétés. La plus* belle est celle fie Barclay, donl ki fleurs so[il d'uu riche violet-bleu. Je vous iwomluande également les mmraudiœ à Heurta blioibci. Les variétés roses sont d'une nuance indécise et ih riint sur la couleur [ie-de-vin.

Diverses variélés de capucines et da vfilid)ilUcl ipomées ou liserons formeront encont une rlcho pa* rure. T.es volubilis se ferment prévue aussilot qae le soleil les a touchés ; aussi esl-il préférable de le* semer au couchant, où ils auront une piirtie it 11 journée i, conserver leur cliarmanle illuminatioii de fleurs écSntanles et variées. — Les livres paitasietii Us liserons et volubilis en pkarbiiit et ea bulatii. Les baiatas sont de serre cbaud«. Le liservo àt Michaux est d'un bleu clair pur; c«lui de Learesl d'uQ bleu foncé ; d'autres sont blancs, roseft, violels et panachés de diverses couleurs. Ils se rcsèmeai d'eux-mêmes si l'on ne remue la (£rre k leur pieil que l'hiver ; les graines reRfennéeii iam des capsules restent appendues aux tiges desséciiée», el le* capsules ne s'ouvrent pour ks laisser tooiber m lorsitue la saison est Ëtvorable, c'ast-à-dira à eioilié d'avril.

h'ipomée df tear a une racine viT»c«, qu'il but liSiU.ï l'i îrer et remettre en terrt h la 6a 4'avriL

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J*m toujaiirs beaucoup aimé les Userons, el, malfpré mon respect prar les livrée, je ne me décide pas à les tr^k^r de pbarbitis mà\e% ei de batatas, il y en a^idaat m jardm où je passai mon eirfanee et les premières années de ma je^inesse, nid de flemi» où |e vis ëeiore les premières fleurs de mon âme : les mes el les autres sont restées sacrées pour mof •

Cette plante qui grimpe et se pend aux murailles, Et,comine un réseau vert, entrelace ses mailles Oe fsuiUsft et 4e ilevrs, — c'est le frais liseron , Cfilte ^^biU^aui ddehettus sans nombre.

}^ n^A^p, 4és )e j^ur» ses elocliei, d'un bleu sombre, Chantent une p)i903on \

©ne cbènsen d'amour, bien iraîre et Wen fendre, Qua je fiscsfUûii jaur que fêlais A r«ttenér* &04S m avkre. *»,•••,•••«...

Veccremocarpu8 scaher a été trop vanle ; cependant ses fleurs tubuleuses, jaune et orange, sont certes agréables ; mais il ne peut passer Thiver dehors.

Le hoiiblon, la bnjotie femelle, lus pieds mâles. n'ont pas les belles graines d'un rouge mat. — Le tamus femelle, qui se charge de gros paquets de grains de corail, n'exige pas l'appui des murailles, et grimpe sur les arbres.

11 en est de môme ieV aristoloche, dont la variélé siphon est la seule qui soit très-belle, et qui jetleces guirlandes de grandes feuilles rondes d'un arbre à l'autre.

Le jasmin commun, à fleurs blanches, et le jmmi» tnomphoHl, à fleurs jaunes, plus grandes et presque aussi odorantes que celles du jasmin jonquille, mats n'ayant pas besoin, comme celui-ci, liétre rentré pendant l'Uiver, sont deux des plus rhannantes parures des murailles.

Certams arbres, tels que les rosiers Bancks et microphylles, elles glycines, se déginiiss'enl du pied. Plantez devant eux les ttiiinberiiia alata. trois variclés, l'une n.inkin, l'autre orange, la troisième orange; ces trois variétés ont le cœur d'un violet noir. On en a inventé trois autres qui sont unicolo' rcs et beaucoup moins belles, n'ayant fait que supprimer ce cupur violet.

Les capucines à fleurs doubles, («s pétunies, la douce-amère à fruits ronges et à feuilles panacliées.

ainsi que le calystegia pubescens, sorte de liseron à fleursr roses doubles, qui ne s'élèvent pas trèshaut, garniront ies tiges dénudées dont je viens de vous parler.

Quelques mots encore. C'est sans doute dans quelque jardin parisien, sans soleil et sans air, qu'on a imaginé pour la première fois de garnir les murailles de treillages verts, pour avoir quelque chose de vert. Les chaises et les bancs ont été peints de la même couleur, sans doute pour la même raison. Il faut avoir la vue complètement fausse pour s'accommoder de voir ce mélange dur et antiharmonieux du vert minéral et criard de la peinture avec les verts de la végétation. C'est une charmante chose qu'une maison avec des volets verts à la ville; mais, contrairement à l'avis de J. J. Rousseau, je n'en voudrais pas à la campagne. Ces verdures à l'huile me déplaisent presque autant qu'une tentative du même genre que j'ai rencontrée dans un jardin à Paris : on avait peint des paysages et des lointains sur les murailles ; le mélange de la peinture et de la nature, des choses et de leurs portraits, tout ce qu'il y a au monde de plus incohérent.

Voici comme j'entends un mur de jardin :

Au lieu d'un mur de nierre et de plâtre lisse, uni

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d'uD blanc violet et criard, qui vous empêche iaat

lir votre mur de pieiTes laeulières, de [.lierres de roche d'un toa roux, et de formes irrégulières et pleines d'anri'acUiQsi[és?nii'il soit aussi platelaus» uni que vous le voudrez liu cJlé du voisin, oïl qut le voiidia le voisin, si le mur suEtout «&t milojea; mais, de votre ciité, qui vous euipéthe d'y tenter, d'y former méiue des aspérités, des irrégitbrilËi, qui donneront k ïotre jardin l';iir d'être fermé pur un rocher? Ëst-il tout a fait indispeusable que li sommet du mur soil une ligne inexorablement droite? Je ne le crois pas. Seulement les pierres irrfguiières qui en formeront la crête doivent être réiF nies par du ciment et de Is chaux hydraulique, ponr résister k l'action des pluies, qui glissent sur une crête aiguë et lisse. De place en place, sur cette crête, ménagez quelques enfoncements de la dimensioA, les uns d'un grand, les autres d'uo petit pot de jardinage; ces sortes de vssea, remplis de terre, feront percés d'un petit trou pour l'écoulement dl l'eau. Ils seront occupés par de» plantes telles que 'alyiae sexalile ou eorbeille-d'or^^-Xes giro(léi$ de muraille, — \esgueules-de'loup,'^\esarénaires, — quelque» petits géraniums sauvages, — quelques ri», -— la linaire, — plusieurs saxifrages, — plu-

sienvs joubarbes, — quelques fougères, capillaires^ scolopendresy osmondes, etc., — quelques valérianes, qui y resteront toute Tannée sans culture. En outre, on peut retirer, Tliiver, et replacer au printemps des géraniums rouges , des agaves et des aloès , qui seront d'un grand' effet. — Cette mufaille, revêtue jusqu'à la crête d'un treillage peint en couleur de bois un peu sombre, sur lequel courront et s'enlaceront les plantes dont j'ai parlé plus naut, chacune à l'exposition qui lui convient, devieu- Ira nécessairement un des aspects les plus agréaoies du jardin.

Il faut que je parle d'un savant abbé contre lequel je suis fort en colère. Les personnes qui Oie connaissent savent avec quelle assiduité je m'occupe des productions et des phénomènes de la nature, quels charmes, quelles consolations je leur dois. Je ne veux pas dire à M. Tabbé Moi^o quelle route et combien de kilomètres un article de lui m'a fait parcourir : je lui suppose de la sensibilité, malgré ses torts, et je ne veux pas mettre cette sensibilité h une trop rude épreuve. Les journaux ont parlé, depuis

quelque lempS; entre autres imaginations , homme qui. par la puissance Ae son regard, faissit mûrir les raisins. M. l'abbé a ilécouvert un rival de ce rival du soleil, et il a, dans un journal, préconisé la merveilleuse invention d'un homme que je ne le soupçonnais pas d'avoir inventé.

« On a trouvé, dit M. l'abbé, un procédé pour faire fleurir en un quart d'heure une plante ou un arbuste qui, avant l'opération, ne présente aucun bouton. — Je viens de voir ce miracle , ajoute M. l'abbé, et je puis le certifier. »

J'ai lu souvent avec intérêt des articles de M. l'abbé Moigno. — Je me mets donc en route ;— j'arrive à l'adresse indiquée, et j'assiste, moi deux cenli&me, — je ne suis pas le seul lecteur de M. l'abbé, — i l'expérience annoncée.

J'éprouve ici un moment d'embarras. — Je ne voudrais pas précisément nuire à une industrie utile, sans doute, à son auteur. Si l'expérience eût été annoncée comme un tour bien fait, et que j'eusse découvert, comme je crois L'avoir fait, le secret de l'opérateur, je me garderais de le dévoiler. — Mais, sans dévoiler ce procédé, que je crois avoir discerné, sans cependant en être sûr, je crois pouvoir et devoir ne pas laisser, pour ma part, accréditer une

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erreur qui tient à une des plus intéressantes branches de Fagriculture. — On se rappelle le chou colossal, rorgueildelaChinei et divers engrais merveilleux. — Ces denrées, prônées par la complaisance ou la vénalité, ont induit dans des mécomptes coûteux un très-grand nombre de spéculateurs. Voici donc mes raisons pour ne pas croire au phénomène auquel M. Pabbé prétend croire :

les spectateurs sont placés sous une tente, le jardin est en plein air, si Ton peut s'exprimer ainsi au si\jet d'un jardin dans Paris ; — une centaine de plantes non fleuries ornent ce parterre. — Des plantes qui doivent être soumises à Topération, aucune n'est dans la plate-bande la plus proche des spectateurs. Les plantes qui doivent fleurir sont désignées par l'opérateur, et non par rassistance« Trois plantes sont dans des pots ; mais l'opérateur refuse et de les mettre sous les yeux et dans les mains de quelqu'un des spectateurs avant l'opération, et même de les changer de place. Elles restent au fond du jardin. — Les touffes sont formées de la réunion de plusieurs plantes agglomérées. On couvre les plantes désignées d'une cloché de verre, — on répand à leur pied une liqueur rouge. 1! se produit une vapeur qui

Wa LES FLEuns. ^^

obscuR'it la cloche. Au bout de dix minutes on îëve les cloches, el les plantes sont en fleur.

Mais M. t'abbé coimait comme moi les phénomènes qui se produisent sur les plantes forcées, c'est-à-dire dont la floraison 3 été avancée par des moyens artificiels. Ces plantes, qui, par les procédés ordinaires, font en trois mois les évolutions qu'elles feraient naturellement en six, sont étiolées, affaiblies, décolorées, — Ainsi, le lilas blanc que vendent les bouquetières pendant l'hiver est presque exclusivenaent du lilas violet, qui perd sa couleur par l'étiolement que l'on acquiert par la privation de h lumière. — Une plante chaufFée ou forcée ne tarderait pas il se flétrir à l'air libre.

Eh bien, toutes ces conditions, qui devraient se rencontrer plus visibles à b suite d'une opératioa aussi violente que celles qu'on est censé imposer à la nature, n'apparaissent nullement dans l'expérience en question : les fleurs ont toute l'intensité de leur coloris ordinaire; elles ne pré.sentent aucune trace d'étiolenient, et les lii^es ont toute la rigidité des plantes, même en plein air.

De plus, l'opérateur a refusé de faire épanouir, au moyen d'une seconde épreuve, un bouton déjà apparent, ce qui était cepemlani, selon sa préten-

tion, beaucoup plus facile cpie de développer ce bouton.

Enfin, pendant que certains rameaux avaient, sous rinfluence de l'opération, subi une telle révolution, qu'ils s'étaient chargés de boutons et de fleurs épanouies, les autres rameaux, les rameaux non florifères, soumis à la même influence, n'avaient nullement poussé , n'avaient reçu aucun développement.

Donc, attendu que je ne veux pas nuire à l'inventeur, mais seulement prévenir les horticulteurs et agriculteurs d'une tromperie, innocente peut-être dans l'esprit de celui qui la fait sans eu apprécier les conséquences; comme je veux dire la vérité, mais toute la vérité et rien que la vérité, je dois me résumer ainsi : — Je crois que c'est un escamotage, — et un escamotage assez bien exécuté pour mériter une certaine afQuence de spectateurs. — Je ne crois pas au phénomène annoncé; je pense même avoir deviné le procédé de l'opérateur ; ma^'s ici je me tais.

Ah I monsieur l'abbé, ma foi, tant pis pour vous ; je vous livre à vos remords, je vous dévoile vos crimes. — Vous m'avez fait faire cent vingt lieues, monsieur l'abbé, — et vous êtes la cause que j'ai

m LES FLBUB8.

élé arrôté à Paris, — pnr erreur, il esl vrai, mais

arrÊlé cepnndanl.

P. S. Le directeur du }ardm enclianté m'a réondii que je n'avais pas le sens commun. — Piiis son jardin a disparu. — Je puis aujourd'hui dire le procédé : — les fleurs étaient renfermées d'avance entre des feuilles et de la cire ou tflute autre matière tlis-fiisible, verte ; — la llquÈur rouge fait foudre lu ciré et mât les fleurs en liberté.

A LÉON GATATES

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