‹ La pêche en eau douce et en eau saléeChapitre 20 sur 159 · ANCHOIS · texte numérisé non relu

ANCHOIS

La chair de ce poisson est assez transparente pour que, quand on Texpose au jour, on aperçoive Tarête qui forme Tèpine du dos. Au sortir de Teau, le dessus du dos est verdâtre ; il devient bleuâtre, puis noirâtre quand on le garde.

Les anchois se tiennent plus volontiers au large que les sardines, qui ordinairement paraissent plus tôt sur nos côtes; néanmoins on prend souvent, tant dans l'Océan que dans la Méditerranée, ces deux espèces de poissons dans les mêmes filets, pourvu que les mailles soient assez serrées pour les afrêter ; car quoique, au commencement de la saison, et dans^certains parages, on prenne de trèspetites sardines, on peut dire en général que les anchois sont plus petits que les pardines; et c*est pour cette raison que les pécheurs disent que, quand on se sert de manets, on prend plus d'anchois avec les vieux filets qu*avec les neufs, parce qu'ils diminuent d'ouverture par le service. Les filets que les Provençaux nomment rissoles ont au moins quarante brasses de largeur et vingt-cinq à trente pieds.de chute ; les mailles en sont assez serrées pour que les anchois ne puissent les traverser. Pour faire cette pêche, les pécheurs réunissent quatre bateaux; un qui porte le filet est monté par quatre ou cinq hommes, et ils ne sont sur les autres que deux ou trois; ceux-ci ont à une de leurs extrémités un iarillpn ou un réchaud ; on fait dans ce réchaud un feu clair de pin gras et fort sec. On pratique ordinairemervl celte pèche depuis )einols d'avril jusqu'à celui de îvi\\\e\..

seulement lorsqu'il n'y a point de lune, et que les nidts sont obscures. Les bateaux qui portent le feu sortent au commencement de la nuit, et vont se placer sur les fonds où ils croient trouver le plus de poissons, à une ou deux lieues de la côte, et se tiennent à deux portées de fusil les uns des autres. Les anchois s'approchent des bateaux qui portent le feu, et quand les pêcheurs s'aperçoivent qu'il s'en est rassemblé un nombre, ils en avertissent par un signal le bateau qui, resté à une petite distance des autres, porte le filet; il s en approche, et, en mettant le filet à Teau, il entoure le mieux qu'il lui est possible le bateau qui lui a fait le signal et qui porte le feu, afin d'envelopper les poissons qui sont assemblés autour de lui ; ainsi le bateau qui porte le feu se trouve entouré par le filet; quand l'enceinte du filet est formée, le bateau, qui porte le feu plonge son réchaud dans l'eau pour éteindre le feu ; alors les poissons, sardines ou anchois, étant effarouchés, se jettent dans le filet et se maillent. Pour les effaroucher encore plus, et les engager à donner dans le filet, ceux qui sont dans le bateau du fastier battent l'eau, et après un certain tenr)ps ceux qui sont dans le bateau de la rusole ou du filet le retirent dans leur bat( au avec le poisson qui s'est maillé ou broqué; et aussitôt qulls ont pris le poisson, ils se rendent à un autre bateau fastier pour faire une pareille manœuvre, qu'ils continuent tant que dure l'obscurité de la nuit.

Murasna angmlla. — Margaignon (anguille mâle\ dans plusieurs départements de France. — Fine (anguille femelle), ibid. — Miglioramenti, lorsqu'elle pèse six kilogrammes, auprès des lacs ou marais de Gomacchio, Orbitello, etc.» en Italie. — Ahl, en Allemagne. — Eelf en Angleterre.

Ses nageoires pectorales sont assez petites, et ëes autres nageoires assez étroites, pour qu'on puisse la confondre de loin avec le serpent ; elle a de même le corps très-allongé et presque cylindrique. Sa tête est menue, le museau un peu pointu et la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure.

Sa peau est, sur tous les points de son corps, enduite de cette humeur gluante qui la fait paraître comme vernie. Elle est pénétrée de cette sorte d'huile qui rend ses mouvements trés-souples , et Ton voit pourquoi elle glisse si facilement au milieu des mains. A la vérité, cette peau est garnie d'écaillés, mais ces écailles sont si petites, que plusieurs physiciens en ontnié l'existence; et elles sont attachées de manière que le toucher le plus délicat ne les fait pas reconnaître sur l'animal vivant, et même un œil perçant ne les découvre que lorsque l'anguille est morte et la^peau assez desséchée pour que les petites lames ècai]]euses se séparent facilement.

Les couleurs que Tanguille présente varient assez fréquemment; et il paraît que leurs nuances dépendent beaucoup de Tâge de Tanimal, et surtout de la qualité de l'eau au milieu de laquelle il vit. Lorsque cette eau est limoneuse, le dessus du corps de la murène que nous décrivons est d'un beau noir, et le dessous d*un jaune plus ou moins clair. Mais si Teau est pure et limpide, si elle coule sur un fond de sable, la partie/ supérieure est d'un vert nuancé, quelquefois même rayé d'un brun qui le fait ressortir ; et le blanc du lait, ou la couleur de l'argent, brille sur la partie inférieure du poisson.

Les murènes anguilles parviennent à une grandeur très-considérable ; il n'est pas très-rare d'en trouver en Angleterre, ainsi qu'en Italie, du poids de huit à dix kilogrammes. Dans TÂlbanie, on en a vu dont on a comparé la grosseur à celle de la cuisse d'un homme; et des observateurs très-dignes dé foi ont assuré que, dans les lacs de la Prusse, on en avait péché qui étaient longues e trois à quatre mètres. On dit qu'il y a lîans le Gange des anguilles qui ont jusqu'à trente pieds de longueur. En 1754, l'on en prit une près des rochers de Dunlay, en Irlande, qui avait exactement huit pieds de long et plus de neuf pouces de diamètre.

Pendant le jour, la murène anguille, moins occupée

de se procurer l'aliment qu'elle désire, se tient presque

toujours dans le repos. Elle se creuse avec son museau

une retraite plus ou moins grande dans la terre molle du

onà àes lacs et des rivières; cette espèce de terrier a

deux ouvertures, de teOe sorte que, si elle est attaquée d*un côté, elle peut s'échapper de l'autre.

Lorsqu'il fait très-chaud, ou dans quelques autres circonstances, l'anguille quitte cependant quelquefois, même vers le milieu du jour, cet asile qu'elle sait se donner. On la voit très-souvent alors s'approcher de la surface de l'eau, se placer au-dessous d'un amas de mousse flottante ou de plantes aquatiques, y demeurer immobile, et paraître se plaire dans cette sorte d'inaction et sous cet abri passager. On serait même tenté de croire qu'elle se livre quelquefois à une espèce de demi-sommeil, sous ce toit de feuilles et de mousse.

L*abondance de ce poisson n'a pas empêché les plus ^hflidles en bonne chère, et le luxe même le plus somptueux, de rechercher l'anguille, et de la servir dans leurs banquets. Cependant sa viscosité, le suc huileux dont elle est imprégnée, la difficulté avec laquelle les estomacs délicats en digèrent la chair, sa ressemblance avec un serpent, l'ont fait regarder, dans certains pays, comme un aliment un peu malsain par les médecins, et comme un être impur par les esprits superstitieux. Elle est comprise parmi les poissons en apparence dénués d'écaillés, que les lois religieuses d^ Juifs interdisaient à ce peuple; et les règlements de Numa ne permettaient pas de la servir dans les sacrifices, sur les tables des dieux. Dans quelques parties de la Tartarie, et particulièrement 4ans celles qui avorsinent la Chine^ la poau d\wguiUe remplace, fiaxv^ Vtoç

7g DIGTiOMNÂtRE DtJ PÉCHEUft.

de désavantage, les vitres des fenêtres. Les Kamtschadales en mangent rarement; ils doiment cet animal à lem's oliiens.

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