LES FLEURS DU YAL DÉSERT
STAHCIS A PIILIS
Dès l'aurore, Zéphyr folâtre en ces prairies
Et s'enivre en buvant le miel De» fleurs du val désert, qui s'éveillent fleuries
Et regardent l'azur du ciel.
Comme vous, douces fleuri, Philis s'est éveillée Amoureuse Vautre matin,
y ai-je glané de maigres épis. Du temps passé revenant au tenrïps présent, j'ai vu ma misèpe; et, conmieii nV avait plus de prisme entre elle et moi, j'ai franche le seuil d'une taverne. .
« Le mendiant sanglota et se cacha la tête de sa main. Je priai Thôtesse de lui 'donner un lit, mais il s*y refusa obstinément et nous dit que plusieurs amis Fattendaient à la métairie de Puyseul pour la couchée. Puis il reprit mon manteau, me tendit la main et sortit en*répétant :
Dès raulx>re t&ftpfv folâtre eirces prairies...
. a — Oui, oui, la vie est une ivresse, me disais-je en le voyant pailir. Il est ivre de vin, comme je suis.ivre d'amour; Un baiser sous le pampre, est-ce donc là le secret de la vie? »
« H. le marquis.de Vert^mond, qui fut i'ami de monseigneur d'Orléans,, étjait depuis six mois à la cour, je ne sais trop pourquoi. C'était un homme insouciant, qui trouvait la vie bonne partout» même à la cour. Il allait revenir sous peu de jours, à mon grand dépit. En revanche, mon père, qui m'enchaînait quelquefois au logis^ venait de partir pour Bergerac, qui est le pays de ma mère. Gomme je ne revpyais pas Harie^ un matin que j'étais plus aventureux que de coutume, jjallai errer aii^tour du château de Pansy en costume de chasse, dans l'espoir d'y rencontrer ma blanche adorée. Elle était sous le portail,
feuilletant un livre depnères. A ma vue, elle se leva tout émue, et, craignant avant tout le retour de sa cousine, qui venait de sortir pour se confesser, elle me pria de m'en aller au pins vite. Je lui saisis la main, je la baisai doucement et je voulus partir. Mais je ne sais comment il 86 fit qu*une minute après nous nous trouvâmes ensemble au bout du parc. Nous marchâmes longtemps à Tombre des tilleuls, nous parlant Sans noua dire un mot. Ënfm nous nous reposâmes sur le bord de Tétang, alors couvert de prairies flottantes.
« Nous suivions des yeux le vol rapide des hirondelles et les folâtreries des papillons, lorsque tout à coup une voix adorable appela Marie. Je tournai la tète avec émoi et je vis une belle ftlle qui venait à nous, tout agitée.
« — Dafné! ma sœur! s'écria Marie.
cDieu! qu'elle était belle, la sœur de Marie, cette amante du Christ que j'ai profanée, cette gr^ande voluptueuse qui m'a perdu ! Qu'elle était blanche! qu'elle. était brune! le soleil de Gastille a moins. d'éclat que n'en avaient ses yeux noirs, l'aube emperlée moinsde fraîcheur que sa bouche. Que son regard et son sourire s'entendaient bien ensemble pour aller au. cœur! Marie était belle comme la sœur des anges, DaGié comme les divinités d'Homère et de Phidias; c'était Diane chasseresse emportée par les furieuses passions de Vénus.
« Après les premières embrassades, les deux sœurs allèrent s'asseoir à quelque distance de moi.
c — C'est bien toi, Dafné ; ce h'e^t point, un rêve ; mais pourquoi donc es-tu ici?
« Dafné me regarda.
fl — Je suis ici, répondit-elle d'un air distrait, parce que je me suis enfuie du couvent.
« — Enfuie du couvent, ma sœur! enfuie du couvent l
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« —Oui, Uer, car je devais (H^endre voile aujourd'hui.
« Dafnè me regarda encore ; cette fois ses yeux me jetèrent dans r enivrement.
« —Je suis un peu tourmentée, reprit-^lle, car mon père, qui revient de Paris, doit être, à cette heure, au couvent de Sainte-Gudule. Le scandale dé ma fuite va Foutrager ; je tremble de le voir arriver tout furieux.
n — Notre père est au couvent de Sainte-Gudule? Tu es folle, ma sœur!
« — Il voulait assister à mon supplice.
(t — Et tu es venue seule du couvent jusqu'ici?
(( — Le carrosse du messager d'Aiguillon m'a conduite jusqu'à la montagne d*Orsay, et de là, je suis accourue au château, joyeuse de respirer pour la première fois depuis un an. .
« Je renversais les herbes, je cueillais les fleurettes d'automne, j'essayais d'avoir l'air distrait et rèv^u*; jusque-là j'avais ignore que Marie eût une sœur : Tapparition de Dafné venait de me troubler l'âme et les jsens.
« Une servante vint avertir Marie, d'un airitoystérieux, que le marquis arrivait à l'instant.
« — Oh! mon Dieu, quel malheur! dit Dafné.
« — Je ne sais ce qu'il a, reprit la servante; sop cheval est couvert d'écume; il le fait caracoler dans la cour; il jure, il tempête, il parle de châtiment. Ma chère demoiselle, je pense qu'il sait votre fuite et qu'il ignore votre arrivée ici.
« — 11 faut qu'il l'ignore! s'écria Dafné. Je ne veux pas retourner au couvent .
« — Oh! oui, dit Marie; s'il vient au jardin, cache-toi dans le pavillon qui est ouvert. ^
« A cet instant les yeux de Marie tombèrent sur moi.
« — Et vous, où irez-vous?
LA i'ÉGttËtlËSSE 'il
f — Dépêdions-nouis, dit la s«ryà>nfe tout efTarôe ; j'entends la Toix de M. le marquis.
f Marie et cette fille disparurent dans l'atenue de tilleuls. Je demeurai étendu sur Therbe au bord de l'étang, ne sachant que devenir. Toujours assise à dix pas de moi, Dafné penchait tristement sa tête au-dessus des eaux; je n ai rien vu de plus adorable et de plus doux que ses yeux tour à tour vi£s et languissants sous sa coiffure de religieuse. Mon dessein était de m'approcher d'elle, mais je n'osai point; je cherchai pendant longtemps quelque jolie chose à lui dire, mais je ne trouvai rien, sans doute parce que je trouvais trop; et je crois que mes cheveux auraient blanchi avant que j'eusse fait un mouvement, si Dafnéne m'eût ouvert une voie par cette demande singulière :
— Est-ce qiie vous n'êtes pas mon cousin, monsieur?
— Pas le moins du monde, mademoiselle, mais j'aurais bien envie de l'être.
a Tout à coup Dafnë vint se jeter contre moi les yeux hagards, la gorge soulevée :
f — Mon père! me dit-elle.
« — Je la regardai sans lui répondre.
< — Mais vous ne voyez donc pas le marquis dans ces arbres? reprit-elle. Ah! monsieur, sauvez-moi!
« Qu'il me fut doux d'entendre ces mots! Nous suivîmes à pas pressés le bord de l'étang; la frayeur avait assoupi les forces de Dafné ; je la vis chanceler et je lui tendis la main; elle baissa les yeux et vint légèrement appuyer son bras sur le mien; peu à peu, comme les grandes herbes arrêtaient ses johs pieds, son bras s'appuya davantage; près d'arriver au pavillon, je l'entraînais presque. Elle entra la première, et, dés que j'eus franchi le seuil, elle prit vivement la clef et ferma la porte sur nous. Nous montâmes un escalier en spirale, et nous nous trouvâmes
dans une petite chambre où il n'y avait qu'un lit de repos, un prie-Dieu cl un grand chi^ist d'ivoire ^doucement caressé par un rayon de soleil. Ufl large damas rouge à grandes fleurs pendait devant une fenêtre; l'autre fenêtre était nue ; les mille couleurs de ses vitres se réfléchissaient sur les boiseries sculptées et «ur les vieilles tapisseries. Dafné souleva le damas et ouvrit la croisée pour respirer; moi, je pris un livre sur le prie-Dieu : c était les Amours de Pétrarque, J'y lus ce vers qui avait tant séduit la pauvre Marie : Vous êtes le soleil adoré démon âme.
(( — Marie ! me dis-je en baisant le livre, mon âme est une impie, mon âme change de religion.
« — Que lisez-vous là? me demanda Dafné.
« — Je lis que vous êtes belle ! lui répondis-je en la regardant et en laissant tomber le livre à ses pieds, d