‹ La Pédagogie des AveuglesChapitre 14 sur 29 · Voir en particulier Truschel, op. cit., 5» partie · texte numérisé non relu

Voir en particulier Truschel, op. cit., 5» partie

CULTURE DE LA FACULTÉ D'ORIENTATION

maître à sa place, d'un mur à un autre mur. On peut lui mettre ensuite entre les mains une reproduction en cire, assez réduite pour qu'il s'en fasse aisément une image synthétique, puis d'autres reproductions plus grandes qui dilatent progressivement son imagination en lui permettant de comparer des grandeurs qui varient tout en conservant entre elles les mêmes rapports. On lui fait observer alors tel ou tel détail qu'il touche dans la réalité et dans les différents modèles mis à sa disposition. Puis, pour s'assurer que tout ce travail de comparaison a déposé dans son esprit une représentation nette, on lui fait reproduire ces modèles soit en cire, soit autrement. La classe bien connue, on passe à d'autres pièces pour lesquelles on recommence le même travail. L'imagination la plus stérile, ainsi entraînée, s'accoutume à se représenter les quatre pans de murs qui constituent la configuration de chaque pièce, et les quelques meubles qui lui donnent sa physionomie particulière.

Quand l'aveugle pénètre dans une pièce nouvelle où il doit séjourner et agir, dans une chambre d'hôtel par exemple, son premier mouvement est d'en faire le tour, de situer chaque meuble, chaque porte, chaque fenêtre. Ils ne se sent vraiment chez lui que quand il a combiné tous ces éléments dans une représentation d'ensemble. Certains y parviennent dès

le premier examen ; mais chez d'autres la représentation fuit, elle reste longtemps trop fragmentaire, ou bien, à peine formée, elle se désagrège : vingt fois de suite il faut corriger la forme de l'armoire, rectifier la place occupée par la table, remettre à droite et non à gauche le bouton de la porte. Tous ces tâtonnements sont autant de retards et autant d'entraves. On peut les réduire en habituant l'aveugle par des exercices à se construire promptement des représentations de ce genre.

Par les mêmes méthodes, plus ou moins rapidement selon les individidus, on passe d'une pièce à un étage, d'un étage à la maison tout entière. On décrit la cour de récréation, puis les environs immédiats de l'établissement. A chaque conquête de l'imagination il faut avoir soin de faire correspondre une conquête dans l'ordre de l'orientation. On accompagne l'élève en l'incitant à remarquer tous les points de repère qui peuvent l'aider à se diriger : bruits, parfums, contacts, perception d'obstacles variés, changements du terrain ou dénivellations perçues par le pied. L'essentiel est de faire naître en lui l'habitude de fixer son attention sur ces minimes accidents sensoriels du chemin qui devront lui servir de guides. Enfin, par des exercices appropriés, on l'oblige à utiliser ces points de repère et à se mouvoir avec une agilité de plus en plus grande. Un

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objet à ramasser, une commission à faire, sont autant d'occasions qui s'offrent d'exercer l'adresse et la faculté d'orientation. Elles ne doivent pas être négligées.

La principale difficulté pratique à laquelle on se heurte pour mener à bien uiji enseignement de ce genre est que, outre beaucoup de temps, il faudrait disposer de vastes et nombreux locaux où les aveugles devraient s'assimiler sans cesse de nouvelles représentations. Cette condition ne sera que rarement réalisée. Mais si le maître a bien commencé à diriger Tattention, l'aveugle trouvera souvent hors de l'école l'occasion de poursuivre par lui-même. On remarque que depuis quelques années les aveugles se conduisent plus souvent seuls dans les villes qu'ils connaissent. Ce progrès de la jeune génération sur les précédentes est sans doute l'effet de la brusque montée des salaires qui en oblige un plus grand nombre à se passer de guides. Il prouve que la faculté d'orientation est susceptible d'être développée par l'exercice. Pénétrons les jeunes de cette vérité que plus l'aveugle est adroit, moins il se sent aveugle.

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