CHAPITRE VII
LA CULTURE INTELLECTUELLE PRIMAIRE
Les exercices dont nous avons parlé jusqu'à présent ont pour objet de réduire au minimum les incapacités qu'entraîne la perte de la vue. Nous allons étudier maintenant les procédés grâce auxquels on peut assurer à l'aveugle une culture intellectuelle égale à celle des voyants,
Mais une question préalable se pose pour l'éducateur : dans l'effort de défense que fait la nature pour compenser la cécité, y a-t-il place pour une suppléance intellectuelle? L'intelligence de l'aveugle présente- t-elle quelque caractère particulier ?
Remarquons bien d'abord qu'à proprement parler toute suppléance vient de l'intelligence. Quand nous parlons de suppléance des sens les mots ne doivent pas nous faire illusion. L'éducation des sens se fait dans une double direction ; en même temps qu'à donner plus
^ ii8 €
LA CULTURE INTELLECTUELLE PRIMAIRE
de sûreté et de rapidité aux mouvements de l'aveugle, elle vise à lui fournir des représentations plus riches et plus précises du monde extérieur ; en même temps qu'à instruire ses membres qui ne sont plus conduits par l'œil, à garnir sa pensée et son imagination que la vue n'alimente plus. La méthode que nous y avons employée consiste à fixer l'attention sur les données des sens qui survivent, à en meubler la mémoire afin de fournir au jugement une grande abondance de matériaux, à exciter la réflexion à leur sujet.
La culture des sens est donc déjà essentiellement une culture de l'intellect. Le médecin agit directement sur les organes des sens ; le pédagogue n'a qu'une voie pour perfectionner les sens, qui est d'agir sur l'intelligence.
Mais le problème est maintenant de savoir si, au-delà de cette suppléance psychique qui se manifeste dans l'activité sensorielle, en pénétrant dans les régions plus intimes du travail mental, on ne trouve pas quelque disposition qui soit un effet de la cécité. Je le crois. L'attention ^ qui a pris l'habitude de se tendre vers les objets du dehors sait d'ordinaire se tendre aussi vers ceux du dedans. Elle prend
I. Voir un article sur l'attention chez les aveugles de M"o Extrait, directrice de l'Institution de Lyon- Villeurbanne dans le Bulletin de la Société de Psychologie Binet-Simon, janvier 1921.
alors les noms de concentration d'esprit et de réflexion. Elle est d'autant plus portée à se replier sur elle-même que le sens de la vue est le sens de la distraction par excellence.
Un autre effet de l'attention, qu'elle se tourne versledehors ou verslededans, c'est lamémoire. L'aveugle a particulièrement besoin de se souvenir puisqu'il ne pourrait qu'avec peine renouveler ses perceptions, et il se souviendra d'autant plus facilement qu'il a plus de loisir pour fixer dans sa mémoire les phénomènes de conscience.
Mais le trait le plus caractéristique peut-être de l'intelligence de l'aveugle, c'est le rôle considérable qu'y joue l'inférence. Il doit constamment par des inférences suppléer aux sensations qui lui. manquent. Le champ de ses sensations étant extrêmement restreint, il lui faut souvent deviner, ou plus exactement conclure, là ou les autres perçoivent. D'une déclivité du terrain il conclut l'approche d'un trottoir. « Un matin, raconte sir Arthur Pearson, comme j'allais traverser une rue, j'entendis une voiture s'approcher. Je ralentis. La voiture s'arrêta juste devant moi. Je la contournai et poursuivis mon chemin. Quelques yards plus loin un ami m'accostait : — Vraiment, me fitil, c'est prodigieux de voir comme vous avez évité cette voiture . J 'aurais parié que vous alliez vous jeter dedans. — Pourquoi? répliquai-je.
LA CULTURE INTELLECTUELLE PRIMAIRE
— À cause de sa longueur insolite, répondit-il. — Eh quoi ! repris-je, réfléchissez un instant à la chose. A l'arrêt de la voiture, ie reconnus que le cheval était exactement devant moi, car j'entendais sa respiration. Je sentis l'odeur du charbon : j'en conclus que c'était une voiture à charbon : donc qu'elle était longue. Aussi j'ai fait un bon grand détour et me voici. » Le voyant a perçu la longueur de la voiture, il n'a pas eu besoin d'une opération de l'esprit. Cette opération, chez l'aveugle, n'est leplus souvent qu'une simple association d'idées ou d'images, mais souvent aussi elle est un court raisonnement. La pratique de la vie courante lui pose à chaque pas de petits problèmes qui nécessitent un débit moyen de raisonnement supérieur à celui qu'elle exige du voyant. Qu'on suppute tous les calculs qu'implique pour lui la plus commune des actions, sa toilette par exemple : pour verser de l'eau dans une cuvette ou dans un verre, saisir le verre, le replacer sans en répandre le contenu, etc. Sans doute c'est fausser la réalité que de poser la question en ces termes; le miracle delà vie psychique, celle de l'aveugle comme celle du voyant, consiste précisément à économiser le travail du raisonnement, à dispenser du jeu de l'intelligence en y substituant l'habitude. On comprend pourtant par cet exemple, d'abord qu'il y a dans la moindre action de l'aveugle beaucoup
plus de raisonnements stratifiés en habitudes ; ensuite que dans toute action qui dépasse l'habitude il y a nécessairement un appel plus constant aux forces intellectuelles.
Songez, a dit un aveugle, à tout ce qu'un voyant perçoit en un instant, ne disons pas du haut de la tour Eiffel, mais simplement de l'observatoire de sa fenêtre; et demandez-vous combien de temps il faudrait à l'aveugle pour promener ses mains sur tous ces objets et en acquérir des notions précises. Pour combler l'intervalle entre sa perception et celle du voyant il lui faut mettre en œuvre toutes les forces psychiques ; toutes sont sollicitées par le travail de suppléance, et chacune de ses idées est le fruit d'une conquête laborieuse.
Goût pour le raisonnement, mémoire bien disciplinée, habitude de la concentration d'esprit, voilà en somme les traits qui nous paraissent caractériser la suppléance intellectuelle chez l'aveugle. Le portrait que nous obtenons ainsi ne s'éloigne pas trop, à tout prendre, de l'image que l'opinion publique se fait d'ordinaire de l'aveugle. Elle lui attribue volontiers un jugement réfléchi et droit — conséquence de son habitude de raisonner ; une tendance marquée à abstraire, à généraliser, à combiner les idées en systèmes, — effet naturel de la concentration de la pensée ; une grande ténacité dans les idées qu'il a une fois adoptées — ténacité qui
LA CULTURE INTELLECTUELLE PRIMAIRE
s'explique à la fois par le sérieux de sa recherche et par les lenteurs de son information.
En gros, nous acceptons donc ce portrait traditionnel, puisque nous nous efforçons de l'expliquer, mais à la condition qu'on se garde des exagérations. On raconte qu'un congrès d'instituteurs américains proposa que les jurés fussent choisis parmi les aveugles, tant il accordait de prérogatives à leur jugement. Ils se souvenaient sans doute que les aréopagites d'Athènes ne jugeaient que de nuit.
Les réactions dans le domaine psychologique ne sont pas si simples. Dans les traits que nous venons d'indiquer, il ne faut voir que des tendances, nullement des effets nécessaires de la cécité, et des tendances qui peuvent être enrayées par bien des forces contraires, notamment par la pauvreté d'imagination qui est une conséquence directe d'une faculté de perception trop limitée. Si elles se rencontrent chez un bon nombre d'aveugles, peut-être chez les meilleurs, il s'en faut qu'on les trouve partout et l'on y rencontre des caractères tout à fait contraires : il y a des esprits dissipés parmi eux, des pensées amorphes et somnolentes, et des jugements indécis tout comme parmi les clairvoyants. Dans le domaine des sens nous avons vu la cécité, qui d'ordinaire stimule le toucher, le stupéfier chez des enfants qui arrivent à l'école incapable de palper comme palpent les
enfants voyants de leur âge. De même dans les intelligences : les activités que la cécité cherche à tendre se brisent parfois, incapables de supporter la charge qu'elle leur impose. Une sorte d'indifférence, de torpeur intellectuelle peut être regardée comme une conséquence de la cécité à aussi juste titre que la concentration mentale, et une espèce de passivité intellectuelle, d'incuriosité si je puis dire, est peut-être le défaut que nous constatons le plus ordinairement chez les enfants négligés ou mal doués.
L'instituteur d'aveugles qui aborderait sa tâche avec des idées préconçues aurait tôt fait de reconnaître que ses élèves ne se distinguent pas par des caractères intellectuels bien tranchés, et que parmi eux se rencontrent tous les types d'intelligence. Les tendances dont nous avons parlé méritent pourtant de retenir son attention parce qu'elles impliquent de sa part quelques précautions à prendre. Nous résumerons ces précautions en deux mots: favoriser les forces défensives que la nature met en œuvre, réaofir contre les tendances mauvaises.
On peut, par exemple, aider au développement de la mémoire. Je sais bien que quelques psychologues contestent qu'elle se perfectionne par l'exercice. W. James, voulant mettre sa
LA CULTURE INTELLECTUELLE PRIMAIRE
mémoire à l'épreuve, constata qu'il avait employé cent trente et une minutes à mémoriser 159 vers de Victor Hugo. Il s'exerça alors pendantun mois en apprenant quotidiennement du Milton. Après quoi il recommença l'expérience, et observa que pour mémoriser le même nombre de vers de Victor Hugo il lui avait fallu cent cinquante et une minutes. On peut douter toutefois que l'expérimentation de W. James décide la question pour toutes les circonstances, et en particulier pour tous les âges. Fût-il acquis que même dans l'enfance la faculté de rétention n'est pas perfectible — et le contraire reste probable — il y aurait lieu de développer par l'exercice l'attention et la méthode qui jouent un rôle de première place dans la mémorisation. Le fait que la mémoire baisse chez les aveugles depuis qu'ils écrivent et lisent plus aisément — fait que corrobore une vieille observation de tous les peuples civilisés — paraît bien soutenir l'opinion commune que la mémoire est une faculté qui s'exerce.
Je regarde aussi le calcul mental comme un exercice excellent pour habituer l'esprit à se concentrer. Il se trouve que par surcroît il est d'une utilité pratique notable pour l'aveugle qui n'a pas à tout instant le secours d'un cra5^on .
On doit encore se préoccuper de donner à cette faculté de concentration, quand elle se manifeste, un aliment approprié. Faute d'objet,
elle travaille à vide, et l'on a peine à croire à quel degré de puérilité elle peut descendre. Je rentre de visiter un aveugle qui a reçu une certaine culture musicale, mais dont par ailleurs l'intelligence n'a guère été défrichée. Il sait lire et écrire mais n'a fréquenté aucune école et vit dans l'oisiveté. Je lui apportais quelques paroles de sympathie pour la mort de sa mère qui vient de le laisser seul au monde, dans le plus profond dénuement moral et en face de difficultés matérielles angoissantes. A travers ses larmes, il m'a entretenu d'une science de nombres infiniment compliquée et subtile : il savait la date de la mort de chacun des membres de sa famille avec le mois et le quantième, constatait que le chiffre 6 se retrouvait dans presque toutes et le poursuivait de ses persécutions, que à tant d'années de distance un tel et un tel étaient morts exactement le même jour, et mille autres coïncidences pareilles qui visiblement avaient pour lui le plus haut intérêt.
Cette rumination de chiffres et de dates est tout à fait caractéristique d'un esprit actif et vide, qui s'acharne sur des niaiseries. Ailleurs des rêves dorés s'emparent de la pensée qui se referme sur eux en quelque sorte, se pelotonne en elle-même, indifférente à tout ce qui n'est pas sa chimère. Tous les enfants, à quelque âge, connaissent des rêves semblables qui
LA CULTURE INTELLECTUELLE PRIMAIRE
dédaignent toutes les lois du réel et du possible, mais chez l'enfant aveugle ils sont exceptionnellement envahissants et tenaces. On comprend mieux par là l'importance de l'empreinte positive que nous avons cherché à donner à sa pensée au moyen d'une culture méthodique des sens. Il appartient au maître d'arracher cette végétation menaçante et d'occuper le sol de plantations utiles. On voudrait qu'il pût faire naître en chacun un intérêt particulier pour un genre d'études déterminé. Beaucoup d'aveugles — surtout dans les pays où peu de carrières encore leur sont ouvertes — mènent une vie de manœuvres, répétant du matin au soir devant un établi des gestes toujours les mêmes, en dépit d'une intelligence très supérieure à leur condition. Il est désirable que cette intelligence concentrée ne reste pas sans emploi, de peur qu'elle ne devienne la proie d'idées fixes et de mesquines préoccupations.
Nous venons ainsi de toucher déjà au principal des dangers à prévenir : la pauvreté des représentations concrètes. Il ne suffit pas pour y parer de faire naître un intérêt autour duquel se concentrera la pensée ; il importe encore de nourrir l'imagination par une grande diversité de sujets. Les exercices des sens ont eu pour objet de la fortifier. Mais songeons à l'apport constant d'images qu'assure la vue, à l'aisance et à la rapidité avec lesquelles elle les fournit,
au renouvellement incessant chez le voyant du caléidoscope mental. Ce stimulant d'une puissance prodigieuse n'empêche pas qu'il y ait parmi les clairvo3^ants des enfants endormis, et l'expérience montre que sans lui il y a des enfants très éveillés, preuve nouvelle que les conditions internes du sujet dominent de bien loin en importance toutes les circonstances accidentelles. L'une des constatations les plus instructives de la psychologie des aveugles est précisément qu'un flux de conscience beaucoup moins rapide et varié que celui qui est départi habituellement aux hommes suffit à entretenir une vie mentale complète, qu'un débit considérablement plus lent de sensations duement contrôlées donne des résultats sensiblement équivalents. Encore faut-il assurer ce débit dans les natures indolentes, entretenir une circulation active dans tous les canaux par où le monde extérieur vient fertiliser la pensée.
Or, ici surtout, le succès dépend delà valeur personnelle du maître. L'art de l'éducateur, à quelque catégorie d'enfants qu'il s'adresse, consiste d'abord à savoir éveiller la curiosité. Il est plus difficile assurément pour le maître qui parle à des aveugles que pour celui qui agit à la fois sur tous les sens des enfants nor maux. C'est un art qui comporte bien quelques recettes et pour lequel un homme expérimenté peut sans doute donner d'utiles conseils, mais
LA CULTURE INTELLECTUELLE PRIMAIRE
qui est fait surtout d'ingéniosité et de présence d'esprit à saisir les occasions favorables, un art qui s'acquiert peut-être mais qui ne s'enseig'ne guère.
En tous cas il est d'une importance capitale de lire beaucoup aux enfants et de leur donner l'habitude de lire par eux-mêmes. Les lectures à haute voix tiennent trop peu de place dans la plupart des écoles, même lorsqu'on n'a pas l'excuse de manquer de temps, et l'on confie trop souvent cet exercice à des maîtres subalternes qui l'esquivent le plus souvent qu'ils peuvent, et s'en acquittent mal. Je les voudrais fréquentes, considérées non seulement comme une distraction, mais comme un instrument essentiel de la culture de l'imagination. La ration quotidienne de lecture qu'on allouait jadis aux élèves de l'Institution Nationale de Paris était tout à fait insuffisante et elle eût été insuffisante même pour des enfants clairvoyants. Il paraît que même cette demi-heure de lecture a disparu des programmes. On oublie le rôle de suppléance que la lecture doit jouer dans l'enfance, et qu'elle devrait continuer de tenir dans la vie entière. Nous ne serons assurés qu'elle le tiendra, d'ailleurs, que si l'enfant en outre prend l'habitude de lire par lui-même, par conséquent s'il lit assez vite, s'il a dans ses propres moyens de culture la possibilité de se passer d'un concours étranger.
^ 12g ^ ViLLEY. — 9
On pourrait sans doute multiplier ces remarques. Dans l'ensemble, avec les réserves que nous avons indiquées, c'est la même culture primaire qui convient aux aveugles et aux voyants, pour les préparer à agir dans une même société. Le problème était ici beaucoup moins dans les fins que dans les moyens ; il fallait substituer à Toutillage visuel, élaboré au cours des siècles, un outillage tactile capable d'assurer au meilleur compte l'acquisition de la culture intellectuelle. C'est cet outillage pédagogique qui s'est progressivement perfecfectionné depuis Valentin Haùy. Quelques aveugles, avant Valentin Haûy, avaient su s'en passer, et, sans instruments particuliers de travail, acquérir une culture étendue. Mais il était indispensable pour que l'instruction fût vulgarisée parmi les aveugles.
Etant tactiles, les procédés spéciaux dont nous parlons constituent autant de nouveaux moyens pour développer le toucher à la fois dans sa faculté de représentation et dans son pouvoir d'action. Ils sont un perpétuel exercice pour les doigts, et ainsi la culture intellectuelle va fournir l'occasion de parachever l'éducation sensorielle. On devine quelle acquisition assure à ce point de vue la pratique du
LA CULTURE INTELLECTUELLE PmMAIRE
« Braille », si l'on songe que le lecteur qui au début perçoit avec peine un ou deux signes à la minute finit par en percevoir dans le même temps 600 ou 700, quelquefois davantage, et que les mouvements, d'abord désordonnés, se disciplinent progressivement au point que le doigt suit sans la moindre déviation le tracé horizontal des lignes. Le maniement des petits cubes à calculer sur les faces desquels sont inscrits les chiffres constitue, lui aussi, une gymnastique de premier ordre pour les doigts. Les enfants souvent s'en font un jeu pour lequel ils se passionnent, et, quand ils ont commencé assez jeunes, ils parviennent à les retourner entre leurs doigts et à les disposer avec une surprenante rapidité.
Le progrès s'est fait ici dans une direction constante. lia consisté dans une appropriation de plus en plus exacte des procédés aux conditions particulières du sens du toucher. Le point de départ a été partout une traduction assez grossière des signes visibles en signes tangibles, Puis, à mesure qu'on a pris une conscience plus précise des besoins du toucher on a modifié les signes peu à peu pour les adapter à ces besoins. L'outillage pédagogique comprend principalement les procédés de lecture (alphabets pour l'usage particulier des aveugles et alphabet pour leurs relations avec les voyants) , d'écriture (tablettes, machines à écrire en Braille
et en caractères vulgaires, guide-main pour l'écriture à la plume ou au crayon) ; de calcul ; les plans, cartes et dessins de toute nature. Pour chacun de ces procédés on verra avec détail, dans le second volume, le point exact de révolution où nous sommes actuellement parvenus. Je m'arrêterai seulement au procédé de lecture en raison de son importance spéciale.
Là particulièrement on a commencé par imiter de très près les signes des voyants. On s'est d'abord contenté de tracer en relief les caractères ordinaires. Puis on a fait varier les dimensions de ces caractères, cherchant celles qui convenaient le mieux au doigt. Surtout à diverses reprises on en a fait varier les formes, les sim^plifiant, les dégageant des sinuosités ■complexes que le doigt perçoit mal. Rien qu'à l'Institution de Paris trois types de caractères ont été successivement fondus pour l'imprimesie. Enfin on en est venu au point, parce qu'on l'a reconnu beaucoup plus conforme que la ligne aux exigences du toucher, et avec le point à une convention de signes toute nouvelle qui, réduisant au minimum le nombre de points, donne aux signes une mesure appropriée aux dimensions de l'extrémité des doigts. Il n'a guère fallu qu'un demi-siècle pour élaborer ce système,