I. Voir ci-dessus, p
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enrichit prodigieusement par le jeu des associations les données sensorielles, et crée le texte avant qu'il soit perçu. Aussi faut-il poursuivre méthodiquement des exercices de lecture et les prolonger pendant toute la scolarité. Songeons que partout le voyant est invité à lire : dans la rue, sur tous les murs, aux devantures de toutes les boutiques. Plus tard le journal s'installera dans sa vie. Si en dépit de cette conspiration des choses ambiantes tant de voyants prennent peu l'habitude de lire, combien la paresse est plus à craindre chez l'aveugle qui ne lit que quand il lit, chez lequel un effort méthodiquement poursuivi doit tenir lieu de cette perpétuelle incitation du milieu. Or dans nombre de nos écoles l'enseignement a conservé un caractère beaucoup trop oral. C'est l'effet d'une tendance naturelle, et l'on s'épargne parla l'achat, l'emmagasinage et le maniement de gros livres incommodes. Réagir contre, elle est d'une importance capitale, et les maîtres devraient, là encore beaucoup plus que dans les écoles de voyants, considérer comme une partie essentielle de leur tâche de diriger et de contrôler les lectures de leurs élèves. Faut-il avouer qu'à l'Institution Nationale il n'y a pas même une bibliothèque scolaire pour les élèves ?
Enfin, la lecture de l'aveugle, étant tactile, a ses modalités particulières, et son enseignement comporte des recettes propres, que le
maître ne doit pas perdre de vue. Sans prendre parti sur des méthodes, imitées d'ailleurs de la pédagogie commune et dont il sera parlé au volume annexe — l'enseignement de la lecture par l'écriture par exemple — je me borne à quelques observations très simples, mais que l'instituteur non initié oublie le plus souvent parce qu'elles sont relatives au caractère proprement tactile de la lecture Braille :
1° Il est essentiel d'exercer la main gauche en même temps que la droite ; il n'y a de lecture rapide que celle où la. main gauche collabore, lisant le début des lignes souvent jusqu'au tiers ou même à la moitié, pendant que la main droite, après avoir lu la fin de la ligne précédente, revient au-devant d'elle.
2° Les mains doivent glisser légèrement sur les lignes sans appuyer, et avancer d'un mouvement régulier. Une main lourde écrase les points et perçoit imparfaitement.
3° Il faut habituer les enfants très jeunes, contrairement à l'usage des écoles, à lire l'abrégé usuel qui réalise une économie en espace de 31,91 7o- Un préjugé veut que l'abrégé ne se lise pas plus vite que l'écriture en toutes lettres en raison du travail mental qu'il exige. La vérité est que les bons lecteurs, en un temps donné, lisent autant de pages en abrégé qu'en toutes lettres, mais que ces pages contiennent un tiers en plus de matière. Un des
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lecteurs dont je parlais tout à l'heure lit en une minute 125 mots en toutes lettres, et 189 en abrégé.
4° Pendant l'enfance il est bon de profiter de l'acuité tactile pour habituer le lecteur à percevoir des caractères formés de points plus petits et plus rapprochés, par exemple les caractères usités en Belgique. Le but est beaucoup moins de lui donner la pratique du point belge, dont peut-être il ne fera jamais usage, que d'affiner chez lui les perceptions tactiles.
5° D'autres exercices peuvent être recommandés dans le même but, par exemple la lecture avec les mains gantées de peau.
6° Il n'est pas inutile d'exercer parfois le médius et même l'annulaire, qui peuvent être appelés à suppléer l'index en cas de blessure.
On pourrait ajouter d'autres conseils de ce genre. L'essentiel est de ne pas se laisser abuser par la facilité relative des débuts. Sans doute l'enfant aveugle a souvent meilleur compte des rudiments que ses compagnons voyants : mais le perfectionnement exigera de lui des efforts plus persévérants pour un résultat qui restera nécessairement moindre : à l'Institution Nationale de Paris, et sans doute dans la plupart des écoles, le temps accordé aux exercices de lecture est tout à fait insuffisant.
Or il s'agit de la clef de voûte de toute culture intellectuelle, et seule l'habitude de lire peut
assurer que le travail de la culture intellectuelle ne s'arrêtera pas net au seuil de l'école.
Les méthodes de calcul devaient suivre la même évolution que les procédés de lecture : le casier à chiffres^ où l'on disposait des chiffres vulgaires qu'il fallait ensuite replacer chacun dans sa case comme des caractères d'imprimerie, a naturellement reculé devant les appareils qui emploient des chiffres en points, formés à l'aide de dix des signes de Braille.
Mais un problème particulier a surgi pour l'utilisation pratique de ces chiffres. Il tient à deux causes : d'abord la disposition des opérations sur la tablette Braille est malaisée parce que l'aveugle doit retourner la page pour lire en relief les chiffres qu'il vient d'écrire. En second lieu les corrections doivent être faciles comme elles le sont à la craie sur le tableau noir dont l'usage est pour ce motif si répandu chez les voyants. Or les corrections avec l'écriture braille prêtent aux confusions beaucoup plus qu'avec l'écriture à l'encre.
Aussi, même depuis la vulgarisation du Braille, on a tenté, pour les classes de calcul, des appareils divers, sans aucun rapport avec le Braille, Par exemple, dans le système de Ballu, les neuf chiffres étaient marqués au :^ 144 €
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moyen d'une épingle qui dans un rectangle pouvait occuper neuf positions différentes. On calculait sur une planche où de semblables rectangles avaient été disposés.
Mais le chiffre Braille devait l'emporter parce qu'il s'imposait dans l'écriture courante. On peut ramener à trois les solutions proposées pour en rendre l'usage pratique.
La plus simple consiste à employer une tablette Braille dans laquelle les sillons sont remplacés par des pointes rangées six par six en rectangles et saillantes à la surface. Le poinçon dont on se sert, au lieu d'une pointe, présente à son extrémité un creux dans lequel s'engagent les pointes de la tablette, et le relief se produit sur la face supérieure de la page, si bien que l'aveugle peut lire au fur et à mesure qu'il écrit. Souvent proposé pour l'écriture courante, et toujours rejeté en raison de sa lenteur et de la médiocrité du relief qu'il donne en général, ce procédé présente pour le calcul de notables avantages '.Mais il ne porte remède qu'au premier des inconvénients signalés : les corrections sont encore plus malaisées avec la tablette à pointes qu'avec la tablette à sillons.
Elles sont au contraire très aisées avec les
I. La réglette récemment construite par M. Garin et en vente à l'Institution Nationale de Paris en offre une application pratique (voir Valentin Haùy, octobre [930). Les machines à écrire le braille du type Hall sont pour la même raisQn d'un emploi assez commode pour le calcul.
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deux appareils qui sont actuellement le plus répandus : le cubarithme^ appareil à chiffres mobiles y dû au Français Mattei, est surtout en faveur en France et en Angleterre ; la planche de Schleussner, appareil à pointes mobiles dû à un Allemand, reste l'appareil le plus employé dans les écoles d'Allemagne.
Le cubarithme utilise ingénieusement la propriété qu'ont les chiffres Braille de s'inscrire dans un carré de quatre points au maximum, d'où il résulte qu'il suffit de faire pivoter un chiffre d'un quart de tour pour le transformer en un autre chiffre. Avec le 4, par exemple, on obtient successivement le 6, le 8 et le o. De la sorte, sur les six faces d'un petit cube, dont chacune peut occuper quatre positions différentes, on peut représenter non seulement tous les chiffres, mais encore les signes nécessaires aux opérations simples. On dispose les petits cubes, tous identiques, sur une planche dans des alvéoles creusées en lignes régulières et la diversité des signes résulte des positions diverses que chaque cube occupe dans son alvéole. Le maniement en est facile et rapide.
La planche à pointes mobiles deSchleusS" ner est une planche d'un centimètre et demi d'épaisseur dans laquelle sont plantées et se déplacent à frottement dur des pointes rangées par groupes de quatre en carrés, et dont la longueur dépasse d'un millimètre l'épaisseur de
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la planche. Toutes les pointes saillant au début à la surface supérieure de l'appareil, on écrit en repoussant celles qui sont inutiles à la composition.
Pour corriger on voit qu'il suffit, avec l'appareil de Schleussner de repousser ou de ramener quelques pointes; avec le cubarithme de faire pivoter les cubes. Dans les deux cas nous avons donc un substitut satisfaisant du tableau noir. Seulement avec l'appareil de Schleussner il semble que le travail est sensiblement plus lent qu'avec le cubarithme auquel, pour les calculs simples, il y a lieu à mon avis de donner la préférence dans les classes. En revanche, il est clair qu'avec l'appareil à pointes mobiles il suffit de multiplier les pointes pour disposer de signes plus nombreux : en ménageant des groupes de six pointes en rectangles au lieu de groupes de quatre pointes en carrés, on pourra avec chaque groupe écrire, non plus 15 mais 63 signes différents. C'est le cas dans l'appareil de Schludner, variante de celui de Schleussner, qu'on préférera sans doute pour les calculs algébriques compliqués.
La question des plans et des cartes en relief doit aussi retenir notre attention.
Les reproductions en relief qu'on destine au
toucher présentent des caractères très différents des reproductions préparées pour la vue. Ce serait une erreur grave que d'espérer leur faire tenir dans l'enseignement le rôle que joue l'image avec un si grand succès dans les écoles dévoyants. Il n'est pas inutile de rappeler cette distinction fondamentale à un moment où, de divers côtés, on paraît attendre beaucoup trop de ces reproductions.
On peut voir au Musée de l'Association Valentin Haùy une reproduction en relief de l'Angélus de Millet due à Tingénieur suisse Pichet. Il avait conçu le projet de rendre accessibles aux aveugles les œuvres célèbres des grands peintres. Au prix d'un grand travail il exécutait des maquettes en creux ; le tirage se faisait à l'aide d'une substance plastique. N'espérons pas par un pareil procédé faire l'éducation esthétique de l'aveugle : la vérité est que dans l'Angélus de Millet dû à M. Pichet l'aveugle ne perçoit rien de ce qui fait la valeur esthétique du tableau. Privé des couleurs, des ombres, incapable de saisir même l'expression des physionomies, tant qu'il s'en tient aux données tactiles, il n'établit peut-être aucune distinction entre le chef-d'œuvre qu'il déchiffre péniblement et n'importe quel autre groupement similaire de personnages . Pour que l'œuvre s'anime, il faut qu'il ait vu jadis, et peut-être qu'il ait vu ce même tableau. Le doigt
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ne fournit qu'une base à la représentation ; c'est le souvenir, réveillé par une ébauche informe, qui l'étoffe et la rebâtit de toutes pièces.
Non seulement il ne faut pas attendre beaucoup des dessins en relief pour la formation esthétique, mais en ce qui concerne l'aveuglené on doit en attendre très peu même pour la simple représentation des objets à trois dimensions. On n'imagine pas la peine qu'on éprouve dans nos écoles à faire interpréter des représentations de cette sorte, en dépit du relief qui aide cependant à figurer la troisième dimension. Nous avons, exécutés par M. Kunz d'Illzach, des dessins destinés à l'enseignement de l'histoire naturelle, et qui figurent des plantes et des animaux. On a dit très justement que malgré leur relief accusé, lorsque fait défaut un détail caractéristique — le cou du héron, la trompe de l'éléphant, la corne du rhinocéros — les élèves le plus souvent se montrent parfaitement incapables de les discerner. Une simple description verbale parle bien davantage à leur imagination, et le plus qu'on puisse attendre de ces dessins c'est de fournir un support à de pareilles descriptions. Je ne dis pas que l'exercice n'améliore pas cet état de choses, mais les secours que le pédagogue peut espérer de ce côté sont certainement très limités.
Dans la mesure où il croira devoir faire
usage de ces dessins, le maître ne devra jamais perdre de vue un principe essentiel : c'est qu'il importe avant tout qu'ils soient d'une extrême simplicité. Il ne faut viser qu'à donner des schémas sous peine de ne rien déposer de net dans l'imagination. En cosmographie, par exemple, à condition de se borner aux traits principaux, de fixer en quelque sorte seulement des points de repère, on peut établir des cartes célestes qui sont d'une incontestable utilité. Il est vrai que la traduction des trois dimensions en deux dimensions, et vice-versa, est ici tout particulièrement aisée.
D'une manière générale, dans les classes, ce n'est guère que pour représenter les plans que les reproductions tactiles à deux dimensions'doivent être conseillées, et leur principale application est l'enseignement de la géographie. Là aussi, l'expérience a lentement opéré une sélection parmi les modes de traduction tactile qui ont été essayés. PJlle a reconnu, par exemple, que les fleuves en relief sont plus aisément suivis parle doigt que les fleuves en creux, que tel groupement de représentations géographiques, très clair pour l'œil grâce à sa faculté de percevoir synthétiquement, pouvait être confus pour le doigt qui, procédant par analyse, a besoin de points de repère très nets, bien dégagés, autour desquels il groupe les détails ; qu'enfin pour être facilement lisible
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au toucher, une carte de géographie doit obéir à de certaines conditions.
Grâce à ces cartes l'enseignement de la géographie peut devenir un enseignement réel du plus grand profit pour l'imagination spatiale. Il faut pour cela que la carte s'anime, qu'elle soit pour l'esprit autre chose que des pâtés de points, qu'elle s'enrichisse de mille associations auxquelles elle doit sa signification. L'étude de la géographie pourra alors continuer les exercices par lesquels nous avons cherché à développer chez l'aveugle la faculté de se représenter les lieux qu'il traverse. Après le plan de la maison qu'il habite, on mettra sous les doigts, de l'aveugle le plan de sa ville ; et ses promenades du dimanche, les rues qu'il parcourt, le pont qu'il traverse, la rivière dont il entend couler l'eau, la colline qu'il gravit, donneront un sens aux accidents en relief que son doigt épelle. On multipliera les plans des lieux qu'il doit visiter, et on l'habituera ainsi à les interpréter de mieux en mieux. Le principe fondamental est d'associer aussi constamment que possible aux représentations tactiles signes les représentations réelles signifiées, et de ne pas oublier que pour l'aveugle l'enseignement de la géographie risque beaucoup plus encore que pour l'enfant clairvoyant d'être un enseignement fait de vaines abstractions ; qu'en revanche, bien compris il est plus fécond encore
parce que chez lui la pauvreté de l'i magination spatiale est toujours à redouter.
Aussi les progrès qui ont été récemment réalisés dans la confection des cartes en relief sont d'un vif intérêt. Jusqu'à présent il fallait à grand peine fixer des reliefs solidement sur des plaques métalliques, graver en creux les mêmes dessins sur d'autres plaques, après quoi sous une presse on comprimait des feuilles de papier entre les unes et les autres. Ou bien encore on coulait du staff ou de l'aluminium. Ces procédés étaient d'une exécution difficile et relativement coûteuse. Nous avons aujourd'hui, grâce aux recherches de MM. Garin et Balquet, une sorte de pince dont une branche imprime le relief dans une feuille métallique double tandis que l'autre branche sert de matrice. Des poinçons de formes différentes peuvent y être adaptés, permettant de réaliser des reliefs variés. Il suffit ensuite de comprimer des feuilles de papier mouillé entre les deux feuilles de métal pour obtenir des exemplaires en aussi grand nombre qu'on le désire. Les mêmes inventeurs ont encore imaginé des moyens très simples pour fixer soit sur des feuilles métalliques soit même sur du papier fort des substances diverses — fils de métal de différentes grosseurs, toile métallique, objets variés, — • afin d'obtenir très aisément des clichés suffisamment résistants pour être repro-
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duits à un petit nombre d'exemplaires. Le système du D' Herz de Vienne, qui avait essayé de coller pour figurer les lettres du Braille, de petites perles de kaolin sur une feuille de papier, pourra peut-être aussi dans la fabrication des cartes donner des résultats. Ce que ces procédés nous apportent, ce n'est pas seulement la carte de faible tirage à bon marché, c'est surtout le plan exécuté sans peine par des non-spécialistes. Chaque établissement pourra, grEice à quelc[ues personnes de bonne volonté, se procurer les plans de l'immeuble, de la ville, de la région, tout ce qui manquait et dont le besoin se faisait particulièrement sentir.
Par des méthodes plus rudimentaires encore on peut contrôler l'exactitude de l'image que Taveugle garde de sa carte et en assurer la synthèse : à l'aide de fils de différentes formes et grosseurs qu'on applique soit sur de la cire, soit au moyen de punaises sur une étoffe ou sur une toile métallique, on peut lui faire exécuter de petites cartes schématiques qui seront par surcroît un excellent exercice d'adresse.
Au total, dans le plan comme dans le volume le toucher se sent à l'aise aussi bien que la vue ; ce qui lui échappe, ce qui est propre à Tœil, c'est la projection de la troisième dimension sur le plan. Voilà ce que l'instituteur ne doit pas perdre de vue dans les applications qu'il
sera tenté de faire des méthodes des voyants à la pédagogie des aveugles. Et dans le domaine des représentations qui sont accessibles au toucher, il ne devra pas négliger les exigences propres du toucher. Les visiteurs admirent à rinstitution des Jeunes Aveugles de Paris un globe terrestre de grandes dimensions et d'une belle exécution. Ils seraient surpris sans doute d'apprendre qu'il est à peu près sans usage L'aveugle d'imagination moyenne peut sans doute en lire isolément les parties, qu'il utilisera comme autant de cartes distinctes ; il ne parvient pas à en faire la synthèse. Faute de présenter des dimensions appropriées le grand globe terrestre de l'Institution Nationale n'est qu'un objet de parade.
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