‹ La Pédagogie des AveuglesChapitre 22 sur 29 · I. Voir le Valentin Haiiw janvier · texte numérisé non relu

I. Voir le Valentin Haiiw janvier

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paraît lui incomber naturellement, soit qu'elle ait ses presses propres, soit plutôt qu'elle distribue la tâche aux groupes nationaux et coordonne leurs efforts \

Les progrès que nous venons de constater à la fois dans les facilités d'acquisition de la haute culture et dans son utilisation, progrès pleins de promesses, doivent-ils nous faire changer de méthode, nous décider à orienter largement les aveugles vers la haute culture intellectuelle ? Et d'abord est-il temps, comme on l'a proposé, de fonder chez nous un lycée réservé aux aveugles ? Le même problème s'est posé dans tous les grands pays. L'Allemagne depuis queques années possède à Braunschweig un établissement de ce genre. Théoriquement, un lycée d'aveugles peut aujourd'hui très bien fonctionner ; mais la question est d'ordre pratique. Elle se pose différemment selon les milieux, et la réponse qu'on y fera dépend des fonctions sociales qui en chaque pays sont exercées par les aveugles.

I. Un tarif international privilégié, adopté au Congrès de Madrid en 1920 pour le transport des écrits Braille, va permettre des échanges actifs entre les groupes nationaux. Pour les gros volumes Braille le tarif commun était prohibitif et la " mesure de Madrid marque un progrès important pour la diffusion de la haute culture parmi les aveugles.

LA HAUTE CULTURE INTELLECTUELLE

En France, il est évident que l'enseignement intellectuel aurait besoin d'être fortifié. L'occupation d'une large élite reste la carrière musicale et s'il est vrai que les musiciens voyants sont souvent fort ignorants de tout ce qui n'est pas leur art, et même de l'histoire de la musique, il ne l'est pas moins qu'il n'y a pas d'artiste complet sans une forte culture générale. Les grands compositeurs ont toujours été des hommes qui pensaient, qui avaient quelque chose à dire sur le monde et sur l'homme, et qui l'exprimaient en leur langage. Un simple professeur de musique, s'il veut être considéré dans les milieux où il est appelé à frayer, doit être un homme instruit, dont on recherche la conversation. Son succès souvent est en fonction de l'opinion qu'on aura de lui. Le petit bagage de connaissances qu'à l'Institution Nationale chaque élève se hâte de boucler en six années d'études durant lesquelles la musique occupe déjà la plus grande partie des journées est notoirement insuffisant. Et dans la plupart des autres écoles il est plus réduit encore.

Peut-être dans les conditions actuelles n'y a-t-il pas moyen de faire beaucoup mieux. Mais quand nous aurons obtenu que les bourses soient prolongées de quelques années pour lesmusiciens, une refonte des programmes, et leur adaptation aux besoins réels des élèvess'imposeront évidemment.

Seulement cette réorganisation ne devra pas consister, je crois, dans l'adoption pure et simple des programmes secondaires, avec au bout la sanction du baccalauréat. Je ne vois pas qu'aucun des cycles de l'enseignement secondaire, tel qu'il est constitué, convienne vraiment à nos musiciens, qui n'ont rien à faire du grec, de deux langues vivantes ou d'une culture scientifique poussée. L'histoire, la littérature et la philosophie, avec une langue vivante au besoin, feront bien plutôt leur affaire.

Il n'y a donc pas lieu pour le moment, à mon avis, d'envisager la création d'un lycée pour aveugles. Le baccalauréat, rendu accessible à un grand nombre, ouvrirait peut-être à quelques-uns des débouchés, mais certainement il préparerait des déceptions à la plupart. Quelques sujets ont la volonté, l'intelligence et les ressources nécessaires pour affronter les carrières libérales. Une fautpaslesendétourner systématiquement. Mais pour ceux-là ce sera, me semble t-il, une épreuve très salutaire que d'avoir à suivre les classes communes, à vaincre les difficultés qui résulteront de leur infériorité et à se mesurer constamment avec des concurrents voyants. Une comparaison continuelle avec des élèves normaux est excellente pour prévenir les illusions. S'ils ne triomphent pas des obstacles de la classe, ils triompheront bien

LA HAUTE CULTURE INTELLECTUELLE

difficilement des obstacles que la vie leur réserve dans les carrières auxquelles ils aspirent, et s'ils ne sont pas supérieurs de beaucoup à la moyenne de leurs concurrents, mon conseil est de les orienter résolument dans une autre direction, à moins que leur situation de fortune les dégage entièrement du souci du pain quotidien.

Une méthode beaucoup moins coûteuse, et qui ne présente pas les mêmes dangers, permet de faciliter l'accès des hautes études aux aveugles qui sont vraiment aptes à en bénéficier. Elle consiste à leur donner, sous forme de bourses, les moyens de fréquenter des lycées et des universités. Sans ces bourses, les frais de guides et de secrétaires fermeront impitoyablement la porte aux mieux doués. Une ou deux bourses de lycées devraient être ainsi à la disposition des meilleurs élèves de l'Institution Nationale, qui, tout en continuant de loger à l'Institution, fréquenteraient le lycée voisin. Ces bourses pourraient ensuite les suivre à l'Université. Une dizaine des États- Unis d'Amérique, à l'exemple de celui de New- York, sont déjà entrés dans cette voie, créant au siège de leurs universités des bourses pour étudiants aveugles, mettant des étudiants voyants à leur disposition en qualité de secrétaires, prévoyant parfois des salles de' travail où la lecture peut leur être faite à haute voix.

En Allemagne, l'Université de Marbourg a une installation spéciale qui, créée pour les aveugles de la guerre, survivra sans doute au profit des aveugles civils. La France, qui sait le prix particulier de la culture pour les aveugles, ne doit pas rester en arrière.

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