A VANT-PROPOS
l'aveugle par son insuffisance physique est parfois menacé de déchéance morale. Non instruit, le voyant conserve encore une valeur sociale; l'aveugle non instruit est toujours une charge pour la société, et le plus souvent, par la paresse et par la mendicité, il est conduit à devenir pour elle un danger. Ce qui fait la dignité de notre civilisation, c'est le prix qu'elle attache à la personnalité humaine, c'est qu'aucun effort ne nous paraît trop grand pour sauver une conscience de la déchéance.
Et puis, si chaque génération en France n'a que 2.500 consciences d'enfants aveugles à former, dans le monde chaque génération en compte peut-être 80 à 100.000. La France n'a pas coutume de travailler pour elle seule. La patrie de Valentin Haûy et de Louis Braille, qui a été l'initiatrice de tout ce qui s'est fait dans le monde pour les aveugles, se devait à elle-même d'éclairer tous les problèmes de leur éducation, et de tirer d'une expérience instituée par elle et prolongée pendant un siècle et quart les conclusions dont beaucoup d'autres profiteront avec nous-mêmes.
L'heure où chaque nation établit le compte de ses titres à la gratitude universelle était indiquée peut-être pour rappeler que l'éducation de l'aveugle est une œuvre française, et pour tenter la synthèse de ce que le passé nous a enseigné sur ce sujet. Chemin faisant, nous