‹ La Pédagogie des AveuglesChapitre 4 sur 29 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

aurons soin de recueillir aussi les leçons qui se dégagent des expériences instituées à l'imitation de la France par les autres nations, surtout l'Allemagne, l'Angleterre, les États-Unis et l'Italie.

INTRODUCTION

Le présent ouvrage est étroitement lié à celui que j'ai publié précédemment sur les aveugles : la psychologie de la cécité, esquissée dans Le Monde des Aveugles, nous indiqne les ressources auxquelles la pédagogie peut faire appel cliez l'aveugle pour sa culture, et les résultats qu'elle peut attendre de cette culture ^

D'autre part, pour rendre sensible le caractère expérimental de nos conclusions, il nous a paru utile de reproduire en un volume qui

I. Il est étroitement lié aussi à un ouvrage qui, logiquement, devait peut être le précéder mais dont diverses circonstances m'ont fait différer l'exécution, et qui fermera le cycle que je me suis proposé de parcourir : un ouvrage sur l'Aveugle dans le monde des voyants. Les formes d'activité auxquelles l'aveugle s'adapte le plus aisément dans la société précisent certains aspects de sa pédagogie et déterminent les formes de l'enseignement professionnel.

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fera suite à celui-ci des articles dispersés dans la collection, aujourd'hui à peu près introuvable, du Valentin Haûy \ signés presque tous de maîtres d'aveugles qui ont tiré leurs principes pédagogiques de leur expérience, et qui ont vérifié leurs hypothèses dans leurs classes. Là, les instituteurs d'aveugles pourront venir chercher les précisions que comporte l'application de tel ou tel principe, le détail des exercices destinés à produire tel effet déterminé. La présente étude qui s'en tient aux principes généraux pourrait paraître systématique si elle n'en appelait sans cesse aux vérifications du recueil d'articles que je viens d'annoncer, et si elle ne se référait aux faits établis dans mon ouvrage antérieur. Nous ne pouvons pas songer à y renvoyer le lecteur chaque fois qu'il y aurait lieu de le faire, mais il ne devra pas perdre de vue ces fondements sur lesquels nous aurons constamment le souci de la faire reposer.

Nous "avons montré, dans l'essai sur Le Monde des aveugles, que la psychologie de

I. Le Valentin Haûy, revue universelle des questions relatives aux aveugles, publié depuis 1883 par TAssociation Valentin Haiiy, tient depuis cette époque les instituteurs d'aveugles au courant des expériences pédagogiques qui les concernent. Nous ne saurions trop en recommander la lecture.

INTRODUCTION

l'aveugle est beaucoup moins différente de celle du voyant que bien des personnes seTimaginent. Il en résulte que les enseignements de la pédagogie générale valent pour lui dans une mesure beaucoup plus large qu'on ne le suppose souvent. Dans bien des cas même où leur application paraît supposer la vision, une légère transposition suffira pour les adapter aux besoins spéciaux des aveugles. La première mesure à prendre pour rendre plus rationnelles les méthodes de nos écoles spéciales, ce serait de mettre à la portée des maîtres aveugles une petite partie de la littérature pédagogique dont on inonde les instituteurs voyants .

Dans la mesure seulement où la psychologie de l'aveugle diffère de celle du voyant, il y a place pour une pédagogie de Taveugle, — les amateurs de mots savants l'ont appelée la typhlopédagogie. Nous y verrons un rameau de la pédagogie générale, et qui entretient des relations étroites avec elle. Nous avons constaté, en effet, que nous n'avons à faire chez l'aveugle ni à quelque faculté inconnue des autres hommes, comme le prétendu sixième sens, ni à une acuité de perception miraculeuse dans les sens qui subsistent, ni à une [mentalité extra-spatiale et bâtie d'une étoffe particulière. Ce sont les facultés, les sens communs aux voyants et aux aveugles qu'il

nous faut cultiver, eii vue de l'acquisition d'idées aussi analogues que possible à celles des voyants, en vue aussi d'une action qui doit se rapprocher autant que possible de celle des voyants. Seulement, puisqu'un sens manque, et l'un des plus constamment en usage, pour approcher du but il faut cultiver davantage les autres, et très souvent avoir recours à des moyens différents.

Nous avons vu par quel processus le toucher et l'ouïe parviennent à suppléer la vue dans une partie de ses fonctions ; nous avons observé, en particulier, par quel travail, à l'aide de sensations tactiles et auditives, des images spatiales synthétiques comme celles que la vue donne immédiatement et sans effort peuvent se construire chez l'aveugle. C'est là une réaction instinctive de l'énergie vitale, mais elle est généralement lente et incertaine, et contrariée par bien des obstacles. Il est possible, par une culture méthodique, de la rendre plus sûre et plus efiScace. Une première branche de notre pédagogie spéciale a donc pour objet la culture des sens subsistants, en vue d'une activité physique et mentale aussi étendue que possible. L'intelligence de l'aveugle nous a paru capable d'un développement complet. Seulement tout l'outillage du travail intellectuel imaginé par les voyants est un outillage visuel. Il y fallait substituer un outillage tactile, presque

INTRODUCTION

entièrement original, qui s'est lentement élaboré depuis un siècle et quart et qui s'enrichit encore chaque jour. Et c'est là une seconde branche de notre pédagogie.

Enfin . parmi les nombreuses fonctions sociales que la division du travail a découpées, nous avons à chercher qu'elles sont celles auxquelles s'adaptent le mieux les facultés de l'aveugle. C'est une enquête qui se poursuit à Theure actuelle. Elle marque les buts que doit se proposer la troisième branche de la pédagogie des aveugles : l'enseignement professionnel. Elle étudie les procédés particuliers par lesquels l'aveugle peut s'assimiler telle ou telle forme de l'activité sociale, les petits et les grands moyens qui lui permettent de tourner les difficultés rencontrées sur son chemin. De celle-là nous parlerons peu relativement à son importance, tant en raison de son caractère technique que parce que nous aurons à y revenir dans un ouvrage ultérieur, Mais nous envisagerons sous ses aspects les plus généraux le problème de l'adaptation de l'aveugle par l'école au monde des voyants.

Telles sont les trois parties essentielles de la pédagogie des aveugles. Après avoir ainsi exposé les méthodes de l'enseignement, nous parlerons de la préparation des maîtres pour aveugles et de leur recrutement.

Dans une seconde partie, nous aborderons

une question qui domine toutes les autres : la question de l'organisation de notre enseignement spécial. Tant que nous n'aurons pas une organisation satisfaisante, les plus excellents préceptes pédagogiques seront de peu d'effet. Nous essayerons donc d'indiquer à quelles conditions il serait possible de remédier à la déplorable insuffisance actuelle, et, puisque chez nous c'est la question de dépense qui paraît arrêter depuis de longues années, nous tenterons de marquer la part des sacrifices indispensables.

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PREMIERE PARl'IE PRINCIPES GÉNÉRAUX

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