I. Extrait du Valentin Hatiy, août
est une école de maintien et d'aisance dans les mouvements qui est pour Taveugle d'une grande utilité.
Les jeux valent ensuite par l'esprit d'initiative et de self-governmen.t qu'ils réclament et développent. A cet égard ceux qui se jouent par camps — le foot-ball par exemple — paraissent aux psychologues américains particulièrement à recommander.
Enfin les jeux valent dans la mesure où ils intéressent le toucher et l'ouïe, où par conséquent ils contribuent à perfectionner la suppléance des sens. Mais nous aurons à revenir sur ce sujet.
La difficulté est peut-être plus grande quand il s'agit de faire jouer un aveugle qui est élevé parmi les voyants. L'inégalité des partenaires risque d'ôter au jeu tout intérêt. Il s'en faut pourtant que cette difficulté soit insurmontable. J'ai longtemps eu la chance d'avoir près de moi des frères ou des camarades dont quelqu'un était toujours prêt à me prendre par la main dans les jeux à courir, qui toléraient au jeu de tonneau qu'un des joueurs se mît pour lancer les palais à petite distance du but, et néanmoins perdit régulièrement. Au jeu de croquet, ils avaient la patience de m'indiquer le but en frappant d'un maillet sur la boule à croquer ou sur l'arceau à franchir. Rarement ils ont commis l'affectueuse erreur
LA CULTURE PHYSIQUE . HYGIENE, GYMNASTIQUE
de me faire gagner par supercherie. Quand ils l'ont fait, je crois que je l'ai toujours deviné sans en rien dire, et chaque fois je me suis détourné du jeu pour quelque temps. Toutefois ces complaisances ne peuvent être acceptées que par les tous petits, et vite l'aveugle est de trop dans la plupart des jeux actifs des clairvoyants. Au lycée, j'ai rarement pris part aux ébats des récréations, et j'eusse sans doute, en le faisant, singulièrement inquiété l'excellent homme de directeur qui avait eu l'audace, révolutionnaire en ce temps-là, de m'accueillir dans son établissement.
Les parents feront sagement de choisir des compagnons à leur enfant aveugle parmi les enfants plus jeunes que lui. Ce sera une chance pour lui s'il est parmi les aînés d'une nombreuse famille. Il y a aussi certains jeux à recommander, tout particulièrement le jeu de colinmaillard. Là, loin d'être une gêne, l'aveugle est le boute-en-train. Seulement, quand un voyant bandé le remplace dans la fonction de loup, qui est la sienne proprement, que le vrai aveugle ne prenne pas la main d'un des joueurs. Qu'il attache plutôt un petit grelot à la boutonnière du loup. Averti par le tintement, il saura toujours où est l'adversaire, il pourra seul ou fuir le danger, ou se risquer, mener la partie comme les autres. Et nous aurons joint un exercice d'adresse auditive à l'exercice dagilité.
La pédagogie se réduit ici à enregistrer les expériences qui ont réussi, et à mentionner les moyens, en général fort simples, qui y ont été employés. Le guide, qui n'existe pas encore sous une forme satisfaisante, et qu'il nous faudrait, se bornerait presque à donner une énumération, duement contrôlée, des exercices et des jeux qui ont été pratiqués quelque part par des aveugles et pour chaque article — pour ceux du moins qui présentent quelque intérêt — il rapporterait les témoignages de quelques aveugles qui, d'après leur expérience personnelle, seraient en mesure d'indiquer les difficultés particulières de chaque exercice, les petites recettes grâce auxquelles ils en sont venus à bout, les avantage qu'ils y ont trouvés au point de vue du développement physique.
A défaut de cette enquête méthodique les li stes très étudiées qu'on trouvera dans le volume annexe suffisent à fournir aux parents et aux maîtres toutes les suggestions nécessaires. Ils trouveront sans peine en général des moyens d'application satisfaisante et le plus souvent la dépense à engager est minime.