I. Formentin, PeM Marseillais, Ji mars
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qu'il est une forme de Tidée, est un excitateur de la pensée. Il est, dans les langues familières, certaines expressions qui éveillent des idées qu'une autfe langue moins connue ou. de génie différent n'aurait pas réussi à faire germer.. Chaque nation, cl\aque race voit dans les choses un aspect ou au moins une nuance spéciale qu'elle exprime par des termes différents. Si cette recherche des mots équivalents, cette traduction, cette comparaison perpétuelle que f^it le bilingue, est une excellente gymnastique intellectuelle, elle est en même temps un merveilleux moyen d'affiner l'esprit et d'élargir la science, puisqu'elle oblige, en quelque sorte, à faire le tour d'un objet, à mesure que le génie de chaque expression en faij apercevoir un a^>ect ou une teinte différente.
M. Jules Lemaître pense « qu'il est difficile de savoir plusieurs langues, de façon à percevoir dans ses moindres nuances ce qui constitue le « style » de chaque idiome* ».
Nos poètes méridionaux semblaient lui avoir, jusqu'ici, donné raison, en jugeant le public incapable de les comprendre et de les savourer dans deux langues différentes.
Tant que l'édupation des masses n'était pas faite, il eût été peut-être prématuré d'agir autrement.
Roumanille écrivit en provençal pour être compris de sa mère, et feulement en provençal, parce que, d'une part, ses bons compatriotes n'auraient pas entendu ce qu'il aurait exprimé en français, et que, d'autre part, lé public français n'aurait guère goûté la traduction de ce qu'il écrivait pour le peuple du terroir.
L'œuvre de Mistral fut si belle, si générale, si universelle, qu'elle demanda d'être révélée non seulement aux enfants de Provence, mais encore à tout le public de France : le Maître en donna une traduction qui fit naître cheà un grand nombre le désir de lire ses poèmes dans leur texte original.
I. Jules Lemaître, Les Contemporains, UUérature du Nord, 6* série, p. a55.
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Si le peuple, contraint par l'école, a appr» le français, les savants et les lettrés, alléchés par ces traductions, ont étudié le provençal.
Au sein de tout un pays, aujourd'hui bilingue, le poète peut avoir désormais deux luths : modulant sur chacun la même inspiration, il, peut l'exprimer originalement selon le génie respectif de chacune de ses deux langues. Le provençal faft ressortir de sa pensée et la couleur, et l'éclat, et l'harntonie ; le français, la douceur, la clarté et la fine psychcrogie. Il se complète sans se traduire, et donnant sous deux aspects l'image d'une même chose, il la fait reyivre plus puissamment.
C'est l'œuvre qu'a tentée récemment un jeune^^oète de l'antique capitale de notre Provence.
Les critiques les plus autorisés sont unanimes à dire que son coup d'essai est un coup de maître.
Tous ceux qui ont lu le poème bilingue d'Estelle ont proclamé, après Mistral, que c'est une œuvre capitale, qui marque une période nouvelle de l'évolution félibréenne.
Considérant ce dualisme linguistique comme une simple phase transitoire, quelques-uns objecteront, peut-être, que la marche normale de l'évolution nous conduit fatalement vers l'unité finale.
La langue d'oH et la langue d'oc sont, en effet, deux rivières jumelles sorties du même mont latin.
Après avoir reçu des affluents divers, qui ont différencié leurs eaux, elles ont suivi chacune une route distincte.
Les hasards' de la nature, aidés, si l'on veut, par la volonté des hommes, ne pourraient-ils pas les faire converger, un jouï, vers un lit commun, où elles mêleraient leurs eaux, pour ne former plus qu'un seul fleuve ?
C'est une pdre hypothèse, mais qui n'a rien d'irréalisable, i
PEDAGOGIE REGIONALISTE
Un grand devoir ne nous reste pas moins, pour l'heure présente, qui est de ne pas souffrir qu'on laisse perdre inutilement, en des terrains rendus à dessein trop perméables, des eaux qui pourraient apporter au fleuve futur couleur, richesse et fécondité.
Le plus grand des provençaux nous fait, lui-même, observer que, déjà, dans le cours des siècles :-
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de même qu'au Rhône la Durahce perd à la fin son cours, le gai royaume de Provence dans le sein de la France, à la fin, s'endormit !
Mais, ajoute-t-il aussitôt, avant de mourir, son dernier roi s'écria, prophétique : .
France, avec toi conduis ta sœur, la Provence !
Dirigez-vous ensemble là-bas, vers revenir,
à la grande œuvre qui vous appelle,..
Tu es la forte, elle est la belle:
Vous verrez la nuit rebelle fuir devant la splendeur de vos fronts réunis *.
C'est là notre dernier vœu et notre pips cher espoir !