V. Hugo, Napoléon-ée-Pefit
tant en province qu'à Paris. Parfois aussi, nous nous •empressons de le reconnaître, quelque enfant pauvre ou roturier, grâce à d'heureux hasards ou à des facultés exceptionnelles, forçait les pprtes des collèges et, soit à la faveur de quelque protection princière , soit à cause de ses propres mérites, il participait aux bénéfices de cette instruction supérieure : tels Ramus, Molière, Rollin.
Le but que l'enseignement poursuivait avec tous ces jeunes gens, dont l'immense majorité était une aristocratie de naissance et d'argent, c'était d'en faire des «honnêtes gens », dans l'acception classique du mot, ou si l'on veut, des hommes comme il faut, capables de remplir dignement les places qu'ils tiendraient du roi ou de figurer sans désavantage dans les bonnes compagnies "de la « cour » ou de la « ville » .
L'étude des lettres était à cet égard une merveilleuse préparation pour l'esprit: C'est elles qui l'initiaient, par une longue et délicate culture, à la justesse, à l'élégance distinguée des pensées, au sentiment fin et délié des nuances; qui préparaient ainsi du sel à la conversation et un charme singulier aux relations delà société française. Concurremment avec l'organisation sociale elle-même, elles contribuèrent, dans une inappréciable mesure, à former ce monde aimable dont la grâce à la fois et l'effort fut la politesse. Et s'il arrivait que leur semence tombât dans un terrain fécond, elles donnaient les Corneille, les Boileau ou les La Bruyère.
Toutefois, dans la pensée môme des maîtres, elles ne devaient occuper qu'une situation subalterne ; elles n'étaient pas les véritables éducatrices.
LA PÉDAGOGIE RÉVOLUTIONNAIRE lî)
La pédagogie devait avoir et avait en effet un principe. Pour tout critique impartial, qui consentira seulement à reconnaître une aveuglante vérité, ce principe n'est pas difficile à découvrir : c'est la religion.
Regardez Tancienne France : tous les corps enseignants y ont un caractère religieux. Les Jésuites, les Oratoriens, les Frères de la doctrine chrétienne, les Ursulines, dont le nom se présente à la mémoire, ne sont que les plus illustres parmi les nombreuses congrégations de cette nature dont le souvenir a sombré. Le plus laïque des couvents de filles est sans doute encore la maison de Saint-Cyr, dirigée par Tardente piété de M°® de Main tenon, d'après des idées empruntées en grande partie à l'inspiration d'un prêtre, celle de Fénelon. Les meilleurs pédagogues du XVII® siècle en sont, si je^ puis* dire, les plus farouches chrétiens : les solitaires de Port-Royal. D'ailleurs l'Université elle-même en ceci ne se sépare nullement de ses émules cléricaux. Rollin ramène à la religion tout l'effort de l'éducation , et il exige la collaboration de tous les maîtres à cette œuvre supérieure : ce qui est parfaitement logique^ comme le remarque M. Compayré \ à une époque où l'unité de la foi n'était pas sérieusement contestée et où l'on ramenait tout à la religion et à une certaine religion. Grimm aperçoit encore partout à son époque les traces de l'esprit chrétien et monacal ; et d'après Guyton de Morveau ^, il semblerait qu'à la manière dont on élève les enfants indifféremment, l'éducation
1. Gabriel Compayré, Hist. des doctrines d*éducation en France. I, p. 439
2. Cités par M. A. Duniy, Revue des Deux-Mondes, 15 ayril 1881.
des collèges n'ait d'autre méthode que celle qui conduit à faire des prêtres et des théologiens. Que ces deux derniers témoignages ne soient pas impartiaux, venant d'ennemis de l'ancien régime, peu importe. Ils nous apprennent justement ce que les hommes nouveaux trouvaient à reproidre dans l'ancienne éducation et comment ce qui avait pu en paraître le mérite aux yeux de leurs pères commençait à devenir pour eux un vice impardonnable.
Même état moral de l'enseignement primaire.
Nous avons déjà marqué la situation profondément dépendante du magisterpar rapport au service de l'église, c'est-à-dire la dépendance de Tecole par rapport au curé. Les conciles et la jurisprudence défendaient aux magistrats séculiers des villes de connaître de ce qui concernait les petites écoles, et en déféraient la direction aux évêques, curés et autres personnes ecclésiastiques. Les officiers municipaux ne pouvaient établir aucun maître sans approbation par écrit de Tévêque, dans les lieux même où les gages étaient payés par les habitants. Dans les petits endroits, c'était à l'approbation du curé qu'il fallait avoir recours. En revanche, les évêques et les archidiacres avaient ' droit d'inspection des écoles et de révocation des maîtres, même en d'autres temps que dans le cours de leurs visites. On ne saurait imaginer un arbitraire ecclésiastique pjus absolu. « D'ail- » leurs, dit M. Albert Duruy % l'école avait toujours )) été confessionnelle ; c'était même, à vrai dire, le )) seul côté par où la royauté ou le clergé s'intéres- » saientà elle.» Sonbut étaitsurtout de mettre l'enfant