DEUXIÈME DISCOURS
Le second discours visait Vorganisation des fêtes nationales. C'est déjà un honneur pour Mirabeau que d'avoir conçu ou seulement senti « la haute importance » de cette institution. Le discours commence par un long tableau des misères de l'ancien régime.
Tout à coup une crise imprévue s'annonce; un déficit énorme dans ce qu'on appelait les finaiices du Prince^ se déclare; la révolution commence. Votre convocation, Messieurs, vos sages décrets, les fautes des ennemis du bien public et l'énergie d'un peuple déjà mûr pour la liberté ont fait le reste.
La Révolution, la Constitution ; voilà ce que nos fêtes publiques doivent retracer, honorer, consacrer. Il o'y sera pas question d'une victoire remportée sur le sanglier d'Érymanthe, sur le lion de Némée, sur rhydre de Lerne ; mais de l'extirpation des abus féodaux, sacerdotaux, judiciaires, despotiques ; vous y parlerez au peuple des événements qui ont amené les institutions nouvelles ; et pour donner à ces institutions un accent plus animé, un aspect plus pittoresque et plus sensible, vous les attacherez à ces événements immortels.
' Je propose à l'Assemblée le projet de décret suivant :
Article P'.
L'Assemblée nationale, considérant que chez tous les peuples libres, les fêtes publiques ont été l'un des moyens les plus puissants d'attacher les citoyens à la patrie, de les unir entre eux par des liens d'une
heureuse fraternité, de nourrir le respect des lois, de donner plus d'éclat aux récompenses dont les actions utiles, les grands talents et les grandes vertus sont jugés dignes par la nation ; considérant en outre que les rapports et les devoirs des troupes de ligne diffèrent essentiellement de ceux des autres membres delà société; qu'il est nécessaire que la même différence se retrouve dans leur culte patriotique ; mais qu'il ne l'est pas moins d'instituer une cérémonie commune, qui les rassemble tous sous les étendards de la constitution: Décrète qu'il y aura chaque année quatre fêtes civiles, quatre fêtes militaires, et une grande fête nationale, dans laquelle soldats et citoyens viendront se confondre à la voix fraternelle de régalité, et renouveler au nom .de tous les départements et de toutes les fractions de l'armée,' le germent de maintenir l'unité de l'empire.
Article IL
Les quatre fêtes civiles se célébreront aux quatre grandes époques de l'année, dans la huitaine qui précède, ou dans celle qui suit les solstices et les équinoxes. La première se nommera la fête de la Constitution, en mémoire du jour» où les communes de France se constituèrent en Assemblée nationale. La seconde se nommera la Fête de la réunion ou de t abolition des ordres ; elle sera destinée à rappeler l'un des plus grands événements de la Révolution ; celui peut-être dont les résultats doivent devenir un jour le plus utiles au peuple. La troisième sera dite la Fête de la Déclaration ; on y célébrera la Déclaration des droits de l'homme, sur laquelle est fondé
tout le système des lois nouvelles et la Constitution elle-même. La quatrième enfin s'appellera la Fête de r armement ou de la prise d'armes ; son objet est de conserver le souvenir de Taccord admirable et du courage héroïque avec lequel les gardes nationales se formèrent tout à coup pour protéger le berceau de la liberté.
Le discours se termine par une narration oratoire de la première fête de la fédération et par une vive prosopopée. J'appelle l'attention du lecteur sur ce style de Mirabeau tout nourri de souvenirs classiques, sur cette rhétorique d'où se dégage si souvent l'éloquence, sur le sens juste avec lequel le grand homme politique signalait la nécessité d'exprimer de l'histoire l'amour de la Révolution.