TROISIÈME DISCOURS
Dans le troisième discours, Mirabeau aurait proposé Véiahlissemenl d'un lycée national. 11 entendait par là une sorte d'institution d'enseignement supérieur qui fût à la fois comme une réunion de toutes les académies et une écolo normale. Le caractère n'en est pas bien défini.
Tout ce qui peut faire éclore, agrandir, développer les facultés intellectuelles y serait enseigné dans un esprit et d'après une méthode générale, applicable à tous les genres, et que la concentration de tant de lumières, leur influence réciproque et le caractère même de l'Institution rendraient de jour en jour plus parfaite ; ou plutôt renseignement de la méthode formerait la base et serait le but le plus essentiel du Lycée national (car tel est le nom que je donne à cette école, dépositaire des plus riches espérances de la nation), c'est-à-dire que l'art de diriger l'entendement dans la recherche de la vérité ou de l'appliquer aux
différents objets de nos études, doit être regardé comme la partie fondamentale des vues que je me propose. Il s'agit de cultiver l'instrument universel.
En somme, si je ne me trompe, il s'agit de créer comme un Institut enseignant. L'idée sera reprise et se présente chez Mirabeau avec une remarquable ampleur. Elle y est même trop complexe. Elle donnera, en se décomposant, une dizaine d'établissements comme l'Institut, le GolJège de France, le Muséum, l'École normale supérieure, l'École polytechnique, l'École des Beaux-Arts, le Conservatoire, etc., et qui seront comme la monnaie du Lycée national rêvé ici.
La question se pose pour l'auteur de déterminer la ville où il devra être fondé. Il n'hésite pas, et propose Paris, auquel il paye un admirable tribut d'éloges :
Parmi les villes à qui je pourrais, au nom du genre humain, payer un juste tribut d'éloges et de reconnaissance, ne me serait-ii pas permis au moins de citer Paris? Paris, célèbre depuis tant de siècles par les mœurs aimables et hospitalières de ses habitants; Paris, qui, dans les chaînes du despotisme, conservait une indépendance d'esprit que les tyrans étaient forcés de respecter ; qui, par le règne des lettres et des arts, a préparé celui de la philosophie, et par la philosophie tous les triomphes de la morale publique ; Paris qui, après en avoir créé les principes, après avoir enseigné aux campagnes et leurs véritables besoins et leurs droits impérissables, s'est armé le premier pour sceller de son sang le signal qu'il donnait à l'empire * ; Paris, enfin, qui, depuis le commencement de cette Révolution, déterminée par son cou-
1. Le mot a ici son sens étymologique. Il fut souvent employé ainsi à celte époque ; il veut dire : le pays de gouvernement français.
rage, offre à TEurope attentive le spectacle des plus persévérants et des plus généreux sacrifices. Eh bien ! Messieurs, cette ville d'où sont parties tant de lumières mérite d'en être toujours le foyer.
Je ne citerai point tout au long et dans le détail les chaires que Mirabeau propose d'inaugurer. La première est celle de méthode, grâce à laquelle il espère, dans une illusion généreuse, qu'on pourra donner à «l'esprit des télescopes et des leviers semblables à ceux que l'optique et la mécanique ont créés pour le secours des yeux et des mains ». Il y ajoute des chaires :
D'économie publique et de morale ;
D'histoire universelle ;
De sciences exaotes et naturelles au nombre de sept ;
De langues anciennes, orientales et modernes ; en tout dix ; puis une Académie nationale et une Académie des arts, remplaçant l'Académie française, celle des Sciences et celle des Belles- Lettres.
Il appelle lui-môme son Lycée national une école encyclopédique. Sans doute un tel projet ne pouvait être conçu qu'à la fin du grand siècle qui avait vu l'entreprise de l'Encyclopédie, et par un esprit digne de son siècle.