ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
Nous avons distingué cinq degrés d'instruction sous le nom: 1° d'écoles primaires; 2° d'écoles secondaires ; 3° d'instituts ; 4° de lycées ; 5° de société nationale des sciences et des arts.
On enseigne, dans les écoles primaires, ce qui est nécessaire à chaque individu pour se conduire luimême, et jouir de la plénitude de ses droits. Cette instruction servira même à ceux qui profiteront des leçons destinées aux hommes pour les rendre capables des fonctions publiques les plus simples, auxquelles il est bon que tout citoyen puisse être appelé, comme celles de juré, d'officier municipal.
Leur programme :
On enseignera, dans ces écoles, à lire, à écrire, ce qui suppose nécessairement quelques notions grammaticales; on y joindra les règles de l'arithmétique, des méthodes simples de mesurer exactement un terrain, de toiser un édifice; une description élémentaire des productions du pays, des procédés de Tagriculture et des arts ; le développement des premières idées morales, et des règles de conduite qui
en dérivent; enfin ceux des principes de l'ordre social qu'on. peut mettre à la portée de l'enfance ^
Quant à rinstruction de l'âge mûr, Condorcet décrète du premier coup rinstitution qui, Retrouvée, reprise et développée à notre époque, rend pour ainsi dire hommage à la pénétration prophétique de son esprit :
Chaque dimanche, l'instituteur ouvrira une conférence publique y à laquelle assisteront les citoyens de tous les âges ; nous avons dans cette institution un nioyen de donner aux jeunes gens celles des connaissances nécessaires qui n'ont pu cependant faire partie de leur première éducation. On y développera les principes et les règles de la morale avec plus d'étendue, ainsi que cette partie des lois nationales dont l'ignorance empêcherait un citoyen de connaître ses droits et de les exercer.
Ainsi, dans ces écoles, les vérités premières de la .science sociale précéderont leurs applications. Ni la Constitution française, ni même la Déclaration des droits, ne seront présentées à aucune classe des citoyens comme des tables descendues du ciel qu'il faut adorer et croire. Leur enthousiasme ne sera point fondé sur les préjugés, sur les habitudes de l'enfance et on pourra leur dire : cette Déclaration des droits, qui vous apprend à la fois ce que vous devez à la société, et ce que vous êtes en droit d'exiger d'elle, cette Constitution que vous devez maintenir aux dépens de votre vie, ne sont que le développement de ces prin-
1. Voyez qu'il n'est plus question ici de faire un -catéchisme aux enfants avec la Constitution et la Déclaration des droits de l'homme. On sent immédiatement un homme qui ne se meut plus dans l'abstpaction et qui connaît le développement gradué de l'esprit humain.
il2 LA PÉDAGOGIE RÉVOLUTIONNAIRE
cipes simples, dictés par la nature et par la raison, dont vous avez appris, dans vos premières années, à reconnaître réternelle vérité ^
En continuant ainsi l'instruction pendant toute la durée de la vie, on empêchera les connaissances acquises dans les écoles de s'effacer trop promptement de la mémoire, on entretiendra dans les esprits une activité utile; on instruira le peuple des lois nouvelles, des observations d'agriculture, des méthodes économiques qu'il lui importe de ne pas ignorer. On pourra lui montrer enfin l'art de s'instruire par soi-même, comme à chercher un mot dans un dictionnaire, à se servir de la table d'un livre, à suivre sur une carte, sur un plan, sur un dessin, des narrations ou des descriptions, des notes ou des extraits. Ces moyens d'apprendre, que, dans une éducation plus étendue, on acquiert par la seule habitude, doivent être directement enseignés dans une instruction bornée à un. temps plus court et à un petit nombre de leçons.
Nous n'avons ici parlé, soit pour les enfants, soit pour les hommes, que de l'enseignement direct. D'autres moyens seront l'objet d'une autre partie de notre travail.
Ainsi, par exemple, les fêtes nationales, en rappelant aux habitants des campagnes, aux citoyens des villes, es époques glorieuses de la liberté, en consacrant la mémoire des hommes dont les vertus ont honoré leur séjour, en célébrant les actions de dévoue-
1. J'avoue naïvement que j'adraire pour ma part, dans cette époque d'enthousiasme et de poursuit** île Vabsolu, ce sens profond de la relativité des choses humaines, des droits de la raison, de la science et de a vente.
ment ou de courage dont il a été le théâtre, leur apprendront à chérir les devoirs qu'on leur aura fait connaître. D'un autre côté, dans la description intérieure des écoles, on prçndra soin d'instruire les enfants à être bons et justes ; on leur fera pratiquer, les uns à l'égard des autres, les principes qu'on leur aura enseignés ; et par là, en même temps qu'on leur fera prendre l'habitude d'y conformer leur conduite, ils apprendront à les mieux entendre, à en sentir plus fortement l'utilité et la justice.
On fera composer de bons livres élémentaires pour les hoipmes et pour les enfants.
La gymnastique ne sera point oubliée ; mais on aura soin d'en diriger les exercices de manière à /iévelopper toutes les forces avec égalité, à détruire les effets des habitudes forcées que donnent les diverses espèces de travaux.
Dans deux notes excellentes. Gondorcet développe ses idées sur l'éducation morale avec toute la justesse du moraliste le plus fin et du psychologue le plus savant. Nous ne résistons pas au plaisir de les donner tout entières.