LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT
Gondorcet, très libéral, ne paraît admettre ce contrôle de l'État que sur le corps enseignant constitué et payé par les pouvoirs publics. Hors de là, dit-il :
L'indépendance de l'instruction fait en quelque sorte une partie des droits de l'espèce humaine.
D'ailleurs, un pouvoir qui interdirait d'enseigner une opinion contraire à celle qui a servi defondemeat aux lois établies attaquerait directement la liberté de penser, contredirait le but de toute institution so-
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ciale, le perfectionnement des lois; suite nécessaire du combat des opinions et du progrès des lumières. Les sociétés libres ne peuvent exister si elles n'admettent à la fois, et les savants, et les amateurs des sciences ; et c'est par là surtout qu'elles en inspireront le goût, qu'elles contribueront à les répandre, qu'elles soutiendront, qu'elles perfectionneront les bonnes méthodes de les étudier:
Citons la fin du rapport où Condorcet marque le caractère actuellement pratique du plan qu'il soumet à l'Assemblée législative. Par un phénomène remarquable, il ajoute à ces vues si sages l'exposition de ses espérances, qui partent assurément de ridéal le plus élevé, mais où il est impossible de ne pas reconnaître une part d'utopie. Ce passage annonce l'homme qui, dans son esquisse du progrès, se refusera à on admettre aucun terme. L'époque de perfection humaine dont il parle n'est pas près de venir, comme il ledit fort bien lui-même ; et peut- Stre cette perfection tie serait-elle pas telle qu'il la rêve, car l'uniformité n'est jamais le dernier mot du progrès, môme quand Il s'agit de la diffusion des lumières; et la science proclame que, pour rayonner, il leur faudra toujours des foyers. Sous ces réserves, voici cette remarquable conclusion :
Le plan que nous présentons à l'assemblée a été combiné d'après l'examen de l'état actuel deslumières en France et en Europe ; d'après ce qde les observations de plusieurs siècles ont pu nous apprendre sur la marche de l'esprit humain dans la science et dans les arts ; enfin, d'après ce qu'on peut attendre et prévoir de ses nouveaux progrès. Nous avons cherché ce qui pourrait contribuer plus sûrement à lui donner une marche plys ferme, à rendre ses progrès plus rapides. '
Il viendra, sans doute, un temps où les sociétés instituées par rautorito seront surperflues,*et dès lors
dangereuses, OÙ même toutétablissement public d'instruction deviendra inutile: ce sera celui où aucune erreur générale ne sera plus à craindre, où toutes les causes qui appellent l'intérêt ou les passions au secours des préjugés auront perdu leur influence ; où les lumières seront répandues avec égalité et sur tous les lieux d'un même territoire, et dans toutes les classes d'une même société ; où toutes les sciences et toutes les applications des sciences seront également délivrées du joug de toutes les superstitions et du poison des fausses doctrines ; où chaque homme, enQn, trouvera, dans ses propres connaissances, dans la rectitude de son esprit, des armes suffisantes pour repousser toutes les ruses de la charlatanerie : mais ce temps est encore éloigné ; notre objet devait être d'en préparer, d'en accéléfer l'époque; et, en travaillant à former ces institutions nouvelles, nous avons dû nous occuper sans cesse de hâter l'instant heureux où elles deviendront inutiles.