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Quelle admirable naïveté dans l'illusion

de tous les états ; en un mot, nous préparons, pour ainsi parler, une matière première, que nous tendons à rendre essentiellement bonne, dont nous élaborons les éléments de telle sorte qu'en sortant de nos mains, elle puisse recevoir la modification spéciale des diverses professions dont se compose la République. Tel est le problème que nous avons à résoudre. Voici de quelle manière je pense que nous pouvons y procéder utilement.

Nos premiers soins se porteront sur la portion physique de Téducation- Former un bon tempérament aux enfants, augmenter leurs forces, favoriser leur croissance, développer en eux vigueur, adresse, agilité, les endurcir contre la fatigue, les intempéries des saisons, la privation momentanée des premiers besoins de la vie : voilà le but auquel nous devons tendre ; telles sont les habitudes heureuses que nous devons créer en eux : tels sont les avantages physiques qui, pour tous en général, sont un bien précieux.

Les moyens pour remplir cet objet seront faciles dans le système de l'institution publique.

Continuellement sous l'œil et dans la main d'une active surveillance, chaque heure sera marquée pour le sommeil, le repus, le travail, l'exercice, le délassement ; tout le réginie de vie sera invariablement réglé ^ ; les épreuves graduelles et successives seront déterminées ; les genres de travaux du corps seront

l.Un pareil système est vraiment incroyable, quand il s'agit de susciter Viaitiative de l'individu dans un pays libre. A-t-on jamais imaginé plus complètes ce que Montaigne appelait des « geôles de jeunesse captive » ?

désignés ; les exercices de gymnastique seront indiqués ; un règlement salutaire et uniforme prescrira tous ces détails, et une exécution constante et facile en assurer a les bons effets.

Je 'désire que pour les besoins ordinaires de la vie, les enfants privés de toute espèce de superfluilé, soient restreints à l'absolu nécessaire. Ils seront couchés durement, leur nourriture saine, mais frugale; leur vêtement commode mais grossier*.

Il importe que pour tous l'habitude de l'enfance soit telle, qu'aucun n'ait à souffrir du passage de l'institution aux divers étnts de la société. L'enfant qui rentrera dans le sein d'une famille pauvre retrouvera toujours ce qu'il quitte ; il aura été accoutumé à vivre de peu, il n'aura pas changé d'existence ; quant à l'enfant du riche, d'autres habitudes plus douces l'attendent, mais celles-là se contractent fiicilement. Et pour le riche lui-même, il peut exister dans la vie telles circonstances où il bénira l'âpre austérité et la salutaire rudesse de l'éducation de ses premiers ans.

Après la force et la santé, il est un bien que l'institution publique doit à tous, parce que pour tous il il est d'un avantage inestimable, je veux dire l'accoutumance au travail.

Je ne parle point ici de telle ou telle industrie pnrticulière; mais c'est en général ce courage pour entreprendre une tâche pénible, cette action en l'exécutant, cette constance à la suivre, cette persévérance jusqu'à ce qu'elle soit achevée, qui caractérise l'homme laborieux.

1 , Ceci vient en ligne directe de Loci^e et de J.-J. Rousseau.

Formez de tels hommes, et la République composée bientôt de ces robustes éléments, verra doubler . dans son sein les produits de Tagriculture et de Tindustrie.

Formez de tels hommes et vous verrez disparaître presque toutes les erreurs.

Formez de tels hommes, et l'aspect hideux de la misère n'affligera pliîs vos regards.

Créez dans vos jeunes élèves ce goût, ce besoin, cette habitude de travail, leur existence est assurée, ils ne dépendent plus que d'eux-mêmes. J'ai regardé cette partie de Téducation comme une des plus importantes.

Dans l'emploi de la journée, tout le reste sera accessoire, le travail des mains sera la principale occupation *.

Un petit nombre d'heures en sera distrait ; tous les ressorts qui meuvent les hommes seront dirigés pour activer Tardeur de notre laborieuse jeunesse.

Il est une foule d'emplois laborieux dont les enfants sont susceptibles. Je propose que tous soient exercés à travailler à la terre ; c'est la première, c'est la plus nécessaire, c'est la plus générale occupation de l'homme ; partout d'ailleurs elle offre du pain.

On peut encore leur faire ramasser et répandre les matériaux sur les routes * ; les localités, les saisons, les manufactures voisines de la maison d'institution offriront des ressources particulières ^

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