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On reconnaît ici une bonne idée de LepeUetier

» toyen. » Et le programme pourvoit à faire des hommes et des citoyens capables d'exercer les uns et d'accomplir les autres. Il prescrit les moyens de former le cœur des enfants ; mais il n'a garde d'oublier leur corps. Il tend à faire des hommes utiles à eux-mêmes et à autrui.

Il leur aplanit la voie vers le choix d'un métier, cette dignité de l'homme, cette sauvegarde de la société ; et déjà il résout la question de la durée du service militaire de la seule manière qui apparaisse aujourd'hui comme raisonnable : l'instruction militaire commencée et menée de front avec les autres études.

Vous allez reconnaître dans les lignes suivantes le cœur sensible et l'imagination touchante du dix-huitième siècle : « On forme de bonne heure les enfants à » soulager, dans leurs travaux domestiques etcham- » pêtres, les vieillards, les pères de famille, les veuves, » les orphelins qui ont besoin de secours*, ainsi » qu'à travailler pour le soldat de la patrie qui quitte » ses foyers, ses champs, son atelier pour la défense » de la commune. » Et ici le double s*entiment des nécessités de la vie moderne et des vertus antiques : « par des exercices gymnastiques et militaires, par » le travail des mains et la fréquentation des ateliers, » par l'exercice de ses facultés intellectuelles et les » grands exemples de vertus sociales... chacun est » préparé à se choisir une profession utile et à deve- )) nir l'ami et le défenseur de la patrie...»

Le programme des études proprement dites n'est

1. Ceci est encore, dans des termes raisonnables, une concession ou un emprunt h LepeUetier.

pas conçu avec un sens moins profond ni moins juste des besoins de nos sociétés nouvelles. Il est divisé en trois cycles qui se superposent et se surajoutent les uns aux autres, de manière que chacun d'eux forme un tout complet qui se suffise àlui-même et suffise aux individus que pressent les nécessités de la vie.

Mais comme les cycles supérieurs comportent en somme le même fond de connaissances que le premier, agrandies et variées il est vrai, l'éducation ne cesse pas d'être commune aux diverses classes de la société et prévient ainsi entre elles ces funestes malentendus dont le terme est la guerre civile.

Un résultat analogue est poursuivi dans l'éducation des filles qui, sauf les modifications que leur sexe commande, est tracée sur le même plan que celle des garçons. Ce sont les malentendus du ménage avec leur terme ordinaire, la guerre intestine, qu'une législation prévoyante cherche à prévenir ici.

Autant d'idées neuves ajustes et fécondes, que nous ne faisons aujourd'hui qu'emprunter bien timidement encore au projet de Romme. Elles sont de nature à assurer ces deux conditions de toute belle œuvre l'unité et la variété. L'enseignement est varié, car il est dit le texte, « modifié et gradué selon Tâge et la capa- » cité des élèves, » et il faudra tenir compte, ajoute la pétition, « des circonstances et des localités ». Il est un, car, sous ces réserves, il est^ dit Romme, « es- » sentiellement le même dans toutes les écoles na-

\ . Neuves pour les auditeurs à qui s'adressait ce discours, mais non pas absolument pour mes lectours, qui ea ont bien déjà vu quelque chose dans les meilleurs projets précédents.

tionales » , il pourra, reprend la pétition, « s'appliquer » à tous les départemenis ».

C'est un point que ne perdent jamais de vue nos auteurs, que Tunité nationale à sauvegarder et à fortifier. La République est une et indivisible. Aussi le premier article du programme est-il renseignement de la langue française, de manière qu'elle « de- » vienne en peu de temps la langue familière de toutes » les parties de la République». Qu'avons-nous fait de cette précaution? — Cette première attache avec la patrie est fortifiée dans l'esprit des enfants par le récit de traits et d'anecdotes de la Révolution, des notions géographiques de la France et une première idée de leurs droits et de leurs devoirs, c'est-à-dire des bienfaits qu'ils reçoivent de leur pays et de la reconnaissance active à laquelle ils sont obligés en retour. Déjà le projet de Romme applique donc cette méthode trop longtemps dédaignée qui consiste à aller du connu à l'inconnu, de ce qui est voisin à ce qui est lointain, du concret à l'abstrait, du particulier au général. Il offre d'abord à Tenfant un enseignement anecdotique, une description du pays qui l'entoure ; il stipule expressémentet véritablement ce que depuis lors nous avons appelé les leçons de choses; il lui donne par l'usage la première notion des nombres, de la mesure, des outils; il le promène dans les champs et dans les ateliers sans autre souci immédiat que de lui apprendre à voir.

Dans lescyjsles suivants, cette première notion concrète devient successivement la connaissance pratique, puis théorique des machines, des métiers et des arts. La connaissance de la mesure sous toutes ses formes amène après elle le calcul, appliqué à l'exploi-

tation et à la- topographie, puis le dessin, la mécanique, les mathématiques ; sans oublier qu'il s'agit de faire des hommes utiles et non des savants et de manière à donner son plein développement à cet enseignement professionnel qui est un des besoins les plus légitimes de notre temps. Les leçons de choses sont remplacées par les leçons d'histoire naturelle et de physique. Les premières notions civiques et morales font place à l'étude du droit naturel, de la constitution française et de la législation civile, en un mot à ce cours de sociologie pratique que nos lycées attendent encore. L'enseignement anecdotique se transforme, se développe et nous nous trouvons enfin en face d'une étude de l'histoire bien comprise, infiniment éloignée de ce qu'on pourrait appeler l'histon^e monarchique, qui ne nous entretenait que des rois et de leurs guerres. Ce que veut Romme, c'est ce que nous voulons, « c'est une histoire morale, politique, industrielle et commerciale des peuples » .

La préoccupation de l'histoire domine d'ailleurs tout le reste du programme. C'est à ce point de vue qu'il veut, avec raison, que toutes les langues soient étudiées : la langue française en première ligne, dès le début et jusqu'à la fin des cours. Quant aux langues étrangères, Romme sait quelle importance elles acquièrent tous les jours, tant pour l'échange des idées que pour les transactions commerciales, et il n'a garde d'en omettre l'enseignement. Enfin il ne supprime pas, comme on pourrait le supposer dans un plan d'inspiration si moderne, l'étude des langues anciennes. 11 sait que notre grandeur nous vient par voie d'hérédité et de filiation des civilisations grecque et latine, et c'est la gloire de la France, la plus grande

sœur des nations latines, de continuer ces traditions antiques et immortelles en les élargissant et en les humanisant encore. •

On a remarqué justement que la Révolution française avait pris dès Tabord et conservé un caractère, non seulement français, mais humain, universel et qui en fait pénétrer l'esprit par toute la terre comme s'il s'agissait, en quelque sorte, d'une œuvre classique. N'en doutez pas, ce caractère lui vient, pour la plus grande part, de son héritage grec et latin ; et le véritable esprit de la Révolution française, fixé dans le projet qui nous occupe, n'était pas de le renier, en reniant les humanités. Ce qu'il fallait rejeter, c'était les méthodes surannées qui, par un artifice plus ou moins inconscient de leurs inventeurs modernes, ne présentaient à l'enfant les civilisations antiques qu'après en avoir ôté la moelle ; qui en réduisaient Tétude à des exercices sur des formes vides et dont l'essence creuse était le thème ou la composition versifiée ou non. Le projet de Romme comporte au contraire que les langues anciennes seront étudiées dans leurs rapports avec les arts et l'histoire ; c'està-dire que l'étude de la langue ne sera plus séparée de celle des faits, ni la forme du fond, ni les mots des choses, ni la phrase des pensées, ni l'idiome de l'esprit qui lui donnait l'âme; en un mot, que l'enfant sera replacé dans la môme atmosphère matérielle et morale qui fut celle de ses glorieux ancêtres intellectuels; afin que fortifié, pour ainsi dire, par l'air des premières civilisations, jeunes comme lui, il entre plus vigoureux dans la carrière de la vie nouvelle.

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