‹ La peinture a l'exposition universelleChapitre 3 sur 9 · PEINTRES ANCIENS · texte numérisé non relu

PEINTRES ANCIENS

Dînant un jour chez je ne sais quel restaurateur, avec un Américain qui m'avait invité, je m'aperçus bientôt que celui-ci se servait le premier de tous les plats. Quoique peu susceptible de ma nature, je ne pus m' empêcher de lui en faire l'observation.

— Rien de plus simple, me répondit-il, c'est moi qui paye.

C'était naïf, mais très-logique.

Quoique infiniment mieux élevés, en général^ les Anglais ont procédé, à l'Exposition, un peu de la même manière que mon Américain. Non contents d'avoir la plus grosse part (elle leur revenait

de droit), ils se sont invariablement attribué la première.

Dans tous les catalogues de notre exposition de 1855, la France avait cédé le pas à ses hôtes.

Dans les catalogues de l'exposition anglaise de 1862, ce sont les Anglais qui ont pris la tête.

Nous n'avons donc pas eu la peine de leur dire , comme à Fontenoy : « Après vous, messieurs les Anglais ! » ni eux (toujours comme à Fontenoy) celle de nous répondre : « Nous n'en ferons rien. »

Que voulez-vous ? le siècle dernier était celui de la courtoisie, le siècle présent est celui de la logique ; et, sous ce rapport, l'Angleterre le représente à merveille.

Elle a agi sans cérémonie, c'est vrai ; mais,-par le fait, elle a eu raison : elle est bien la première sur son terrain, et la place qu'elle a prise, nous n'eussions pas manqué nous-mêmes de la lui donner.

C'est surtout dans la section des beaux-arts que tous les avantages devaient être de son côté, l'adjonction du passé donnant à son exposition une importance exceptionnelle. Nulle autre école ne se présente dans des conditions aussi favorables.

L'Angleterre, je l'ai déjà reconnu, a usé d'un droit incontestable en évoquant les gloires éteintes

de son école. Mais, comme on ne saurait évidemment songer à mettre en lutte que des contemporains, il faut de toute nécessité, si Ton veut établir une comparaison entre les artistes anglais et ceux du continent, séparer tout d'abord le passé du présent, et faire la part des morts avant de régler le compte des vivants.

L'école anglaise possède encore des peintres d'un grand talent. Leur tour viendra. Commençons par les vieux maîtres. Ce ne sont pas les moins bons à connaître.

Quoique l'école anglaise soit certainement d'origine plus moderne que la plupart de ses rivales, elle aurait pu, avec un peu de bonne volonté, se vieillir encore plus qu'elle ne l'a fait. Dès le seizième siècle, l'Angleterre avait des artistes d'un mérite réel. Isaac Olivier peignait avec beaucoup de lalent de petits portraits dans le genre des Janet. La reine Yictoria, dans sa collection privée, et plusieurs grands seigneurs (particulièrement lord Derby) possèdent de fort bonnes œuvres de lui. Son fils Peter marcba sur ses traces, et, comme miniaturiste, Hilliard le dépassa peut-être. Au dixseptième siècle, à côté de Van Dyck florissait également un très-bon peintre de portraits, Dobson ; mais sa carrière fut si courte, que ses œuvres sont fort rares.

L'Angleterre néanmoins n'avait pas eu jusquelà d'école nationale ; elle restait tributaire de l'étranger. Holbein et Van Dyck avaient tour à tour régné sur elle.

De leur vivant, la gloire de ces deux grands maîtres fut presque égale ; mais au dernier seulement était réservé l'honneur de laisser après lui des germes que l'Angleterre devait fertiliser un jour en les appropriant à son génie national.

Ce jour se lit attendre. La véritable école anglaise ne devait éclore qu'au siècle suivant.

De fait, le premier peintre vraiment original qu'ait produit l'Angleterre est Hogarth.

Ainsi s'explique l'immense popularité dont il jouit dans son pays. L'exagération s'en est mêlée : on a été jusqu'à comparer Hogarth à Shakspeare. C'est insensé. Shakspeare reste et restera peutêtre toujours le plus grand des poètes dramatiques de l'Angleterre, un des plus grands du monde entier ; Hogarth, esprit original, satirique, plein de verve, mais souvent trivial et tombant trop facilement du comique dans le burlesque, n'est, à tout prendre, qu'un artiste de valeur très-secondaire ; un homme de beaucoup d'esprit, mais un assez mauvais peintre, que d'autres artistes, m§me dans son pays, ont, selon moi, dépassé.

Ce qui fait le mérite ou plutôt l'intérêt princi-

pal de ses tableaux, c'est la peinture fidèle et auimée que nous y trouvons des mœurs d'une époque déjà bien éloignée de nous, mœurs devenues presque invraisemblables aux yeux de notre généralion, tant elles diffèrent des nôtres.

Hogartli aimait à consacrer toute une série de tableaux aux développements d'une idée comique. Les galeries de l'Exposition nous en montrent plusieurs exemples fort curieux : là, c'est VHistoire d'une élection anglaise il y a cent cinquante ans (quatre sujets), — plus loin, c'est la Vie d'un débauché (huit sujets), — • ailleurs, le Mariage àla mode (six sujets), etc., etc.

Presque toutes ces compositions ont été gravées, et de ces vieilles gravures quelques exemplaires se rencontrent encore assez souvent chez nous. Mais, pour avoir tout son sel, il faut que chaque suite soit complète.

La plupart d'entre elles sont véritablement fort curieuses. Rien n'est amusant, par exemple, comme de voir l'élégant candidat du siècle passé promenant son habit brodé à travers la foule crapuleuse, prodiguant l'or, grisant ses électeurs et cajolant jusqu'à la grosse marchande de poisson, pour arriver enfin à un triomphe qui, lui-même, est représenté de la façon la plus divertissante. Impossible d'énumérer ici la vingtième partie des

épisodes grotesques dont chaque tableau fourmille ; les rixes, les querelles, les soldats aux prises avec les donzelles, les laquais jouant aux cartes sur le siège d'une voiture qu'ils vont verser, etc., etc.

Vous parlerai-je de la Vie d'un débauché? C'est bien pis vraiment.

Je me demande comment la prude société angkise peut s'arrêter si complaisamment devant d'aussi scabreux tableaux de mœurs.

La débauche en Angleterre n'était pas alors aussi élégante qu'en France, et Hogarth ne ménageait pas les couleurs.

Gela eut uoe influence fâcheuse sur son talent ; habitué à peindre des mœurs grossières, il devint lui-même souvent trivial. Sa critique est généralement spirituelle, amusante en même temps qu'énergique ; mais elle est sans finesse et d'un comique tout à fait grossier.

Il y a cependant des exceptions; un tableau appartenant à la reine, la Vue du Mail (qui était alors la promenade à la mode de Londres), et deux autres tableaux portés au livret sous le titre de Conversations^ sont des peintures de mœurs sans charge et de bon goût. Mais, par contre, on n'y retrouve pas la verve habituelle de Hogarth. C'est bien composé, mais c'est froid.

Hogarth a fait aussi quelques portraits, à com-

mencer par le sien, qu'il reproduisait volontiers. Le meilleur de ceux qu'on voit à l'exposition est celui de Lavinia Penton, une actrice de son temps. Ce portrait est fort bien éclairé et même assez bien peint, ce qui n'est pas habituellement le fait de Hogarth.

Le plus souvent, au contraire, ses effets de lumière sont incertains, sa couleur est plombée et sa peinture sans relief.

Les premiers artistes anglais pur sang qui aient vraiment su peindre, qui aient eu les qualités des véritables grands peintres, sont Gainsborough et Reynolds... ou plutôt sir Joshua Reynolds, comme disent les Anglais, qui se garderaient bien d'oublier jamais le titre de baronnet donné à un grand homme, ni le prénom qui doit suivre inévitablement ce titre.

Gainsborough, lui, n'était pas baronnet, mais il aurait bien mérité de l'être, et il l'eût été sans doute si l'on eût consulté son rival; car, ce qui honore infiniment la mémoire de ces deux grands artistes, Reynolds ne cessa jamais de faire un pompeux éloge du seul homme dont le talent pût être mis en balance avec le sien.

La carrière de Reynolds fut plus longue que celle de Gainsborough. Il mourut en 1795, à l'âge de soixante et dix ans. Longtemps en possession de la

faveur publique, il a laissé des œuvres nombreuses, et peint la plupart des grands personnages de son époque.

Quelquefois même, sortant de sa spécialité, Reynolds voulut s'élever jusqu'à la peinture d'histoire. On a de lui quelques grandes compositions. Une des meilleures est Y Adoration des mages, carton d'une verrière de la chapelle de New-Gollege, à Oxford. A l'exposition de Londres, nous avons de lui une Cléopâtre et un tableau des Grâces décorant la statue de l'Hymen, compositions médiocres, il faut bien le dire, très-maniérées et sans caractère. Les Grâces, qu'on dit être des portraits, ont tout bonnement l'air de trois jolies bourgeoises anglaises folâtrant dans un parc des environs de Londres. Le tableau intitulé Cimon et Iphigénie, qui n'est guère autre chose qu'une belle étude de femme nue, vaut infiniment mieux.

Mais ce n'est pas sur des tableaux de ce genre, c'est d'après ses portraits ou ses figures d'étude qu'il faut juger Reynolds. Presque tous sont beaux. Quelques-uns sont des chefs-d'œuvre.

Je ne parlerai ici que de ceux qui figurent à l'Exposition.

Parmi les portraits d'hommes, les meilleurs à citer sont ceux du comte dePembroke eu de l'amiral Rarrington; parmi les portraits de femmes, ce-

lui de la duchesse de Marlhorougb, grande toile du plus admirable effet, et le petit portrait en buste, tout souriant, tout éclatant de lumière, de la jolie Nelly O'Brien. Ce dernier tableau, justement célèbre en Angleterre, est peint dans des tons trèsclairs, presque blancs, qui diffèrent assez notablement de la couleur habituelle de Reynolds. Je ne connais qu'un seul autre portrait du même artiste qui^présente la même exception: c'est le portrait de lord Ashburton (John Danning), aujourd'hui conservé dans la Galerie nationale de portraits. Or^ on prétend que, ce tableau devant être envoyé aux Indes et se trouver ainsi exposé aux fâcheuses influences de la mer et des changements de climat, on avait stipulé d'avance que Reynolds devait le peindre avec des couleurs préparées d'une façon toute spéciale. Peut-être, s'il avait toujours pris ce, soin, ses tableaux n'auraient-ils pas revêtu, avecle temps, la patine jaunâtre qui les recouvre presque tous aujourd'hui.

Reynolds réussissait d'autant mieux un tableau que, par le choix du sujet, il se rapprochait plus de la nature intime. C'est, du reste, le fait de presque tous les peintres anglais. Ainsi, il y a fort loin, selon moi, de son joli portrait de Nelly O'Brien à sou portrait en pied de miss Syddons sous forme de Muse tragique, répétition assez pâle, il est vrai, du

tableau qui se trouve chez le marquis de Westminster.

Autre exemple plus décisif : Reynolds a peint deux fois Giorgina Spencer, duchesse de Devonshire; — la première fois en pied, en grand costume de gala; c'est froid et maniéré ; — la seconde fois plus intimement, en jeune mère de famille jouant avec un joli enfant couché sur ses genoux ; c'est un chef-d'œuvre.

C'est un chef-d'œuvre encore que lady Gallway et son fils^ peints dans les mêmes conditions ; — c'en est un que la petite princesse Sophie de Gloucesterse roulant sur son chien.

Reynolds aimait l'enfance, et il excellait à la peindre. Tout le monde connaît, au moins par la gravure, son petit Samuel en prière et son Ecolier , Ils figurent l'un et l'autre à l'Exposition.

Je ne vois de comparable, dans l'école anglaise, que le Blue boy de Gainsborough. Le Blue boy (l'enfant bleu) est un ravissant petit seigneur peint en pied et tout habillé de satin bleu. Cette peinture, considérée en Angleterre comme le chefd^œuvre du maître, n'eût pas été désavouée par Van Dyck, dont elle rappelle un peu la manière.

Presque sur la même ligne, je placerai la Petite fille à la cruche^ figure d'un naturel exquis et d'une

excellente couleur; puis, dans un autre genre, le portrait en pied de M. et M^^ W. Hallett.

Gainsborough eût été certainement au niveau de Reynolds si toutes ses œuvres avaient cette valeur ; mais il était plus inégal que son émule. Ses têtes sont charmantes; mais souvent le reste est par trop négligé. On en voit un exemple frappant dans le portrait de M™^^ Sheridan et Tickell; un exemple plus frappant encore dans le portrait de cette même duchesse de Devonshire, peinte par Reynolds. Ce portrait est moins maniéré que celui dont j'ai parlé plus haut; mais les bras et la draperie sont d'un dessin inavouable.

D'un autre côté, Gainsborough me paraît avoir eu plus de souplesse de talent que Reynolds. A ses moments perdus, il peignait le paysage avec beaucoup de succès, ainsi que nous le prouvent plusieurs des toiles exposées en ce moment.

Après Reynolds et Gainsborough, ce n'est que pour mémoire qu'on peut citer les autres peintres de portraits de la même époque. Romney ne manquait pas de mérite, il en avait même beaucoup ; mais il n'est représenté à l'Exposition que par une toile assez médiocre. Je ne trouve à nommer ensuite que Rœburn, dont nous avons quelques portraits estimables, entre autres celui de lord Eldon. Puis il faut arriver jusqu'au commencement de ce siècle

pour rencontrer sir Thomas Lawrence, peintre incorrect sans doute, mais original et doué de qualités fort brillantes.

Lawrence s'était fait connaître en France, sous le règne de Charles X, par l'envoi à nos expositions du portrait en pied de ce souverain et du charmant portrait de master Lambton. Sa couleur était pleine d'éclat, sa peinture facile et tout à fait vivante; mais il était fort inégal, comme tous les gens qui abusent de leur facilité. Parmi les toiles de Lawrence qui figurent à l'Exposition, quelques-unes sont fort médiocres, telles que le portrait de miss Syddons, ou bien celui de lady Grey et de ses filles; mais, en revanche, plusieurs autres, comme les portraits de lord Eldon et de sir W. Gurtis, sont des œuvres d'un mérite éminent.

Somme toute, il serait à souhaiter pour l'Angleterre qu'elle eût encore un peintre de portraits comparable à sir Thomas Lawrence.

La peinture d'histoire n'a jamais été !e fort de l'école anglaise. Elly est presque le seul qui me paraisse y avoir obtenu un succès sérieux. Il y a de lui, à l'Exposition, quelques belles toiles, particulièrement trois grands tableaux tirés de lliisloire de Judith. La composition en est largement comprise, le dessin plein de fierté et d'énergie. Dans

l'un d'eux surtout, le mouvement de Judith est d'une inspiration superbe.

Après Etty, je ne vois à citer que Hilton, non pour son Massaa^e des innoceîits, qui est des plus médiocres, mais bien pour un grand tableau à volets, la Crucifixion^ œuvre fort estimable, qui, seule, dans Texposilion anglaise, me paraît représenter dignement la grande peinture religieuse.

B. West a aussi, dans son pays, de la réputation comme peintre d'hisioire, réputation un peu usurpée, si Ton en juge d'après son Régulus ou son Serment d' Annibal. La seule bonne toile de West à l'exposition est la Mort du général Wolf, tableau dont la gravure est bien connue en France.

Je mets à peu près sur la même ligne la Mort du major Piei^son^ par Gopley.

Mais ce sont là des tableaux de bataille bien plutôt que des tableaux d'histoire.

La peinture héroïque n'est pas celle qui convient le mieux au génie anglais. C'est surtout dans la reproduction des scènes de la nature ou de la vie intime, dans le paysage ou dans le genre proprement dit, qu'excellent les peintres de ce pays.

Hogarth, il est vrai, n'a pas laissé d'héritiers directs ; mais ce n'est pas un mal. Son originalité étant son principal mérite, il eût été fort à craindre que ses imitateurs, s'il en avait eu, n'eussent

pris, en l'exagéfaiil encore, le côté trivial de son talent, sans rappeler en rien son esprit ni sa verve.

Pour ne pas m'arrêter ici à d'insignifiants détails, à des individualités trop secondaires, je suis forcé d'en venir tout de suite à Wilkie (sir David Wilkie), observateur plein de finesse, peintre plein de mérite, dont les œuvres, depuis longtemps popularisées chez nous par la gravure, ne me paraissent pas être estimées assez haut dans son propre pays. On l'y regarde sans doute comme un artiste fort distingué ; mais ce n'est pas assez : Wilkie était un excellent peintre de genre.

Ses débuts ne promirent pas d'abord tout ce qu'il devait être plus tard. Né vers la fin du siècle dernier, il faillit, au début, se noyer dans le courant classique de cette époque. Il commença par faire des nymphes détestables. Puis il passa successivement, selon le goûtdujour, aux/)«yfemnde Rome, aux moines et aux brigands espagnols. Tout cela ne valait pas grand'chose. Pourquoi Wilkie allait-il donc chercher au loin sa voie? C'était près du foyer domestique qu'il devait trouver ses meilleures inspirations. Encore une fois, le génie anglais ne fleurit que at home,

L'Exposition actuelle nous montre toutes ces phases successives du talent de Wilkie représentées

par une suite de très-intéressanls tableaux. Ai-je besoin de rappeler les plus célèbres d'entre eux : la Fête de village^ le Colin-Maillard^ le Jour des rentes? Tout le monde les connaît, au moins par la gravure ; tout le monde admire cette naïveté, vraie sans être jamais triviale, cette bonhomie, qui, chez Wilkie, dissimulent une habileté rare de composition. Ajoutons, pour compléter cet éloge, que sa couleur est généralement assez bonne et sa lumière harmonieuse.

Dans le même genre, l'Exposition nous montre encore quelques toiles très-estimables, telles que la Lecture du testament, de Lizars^ la Partie de quilles, de Gollins, etc.

Je ne parlerai pas de Bonnington, qui s'était si bien naturalisé chez nous, que nous nous sommes habitués à le regarder presque comme un peintre français. D'ailleurs c'était surtout un paysagiste.

Dans ce dernier genre, l'Angleterre est assez riche.

Une de ses vieilles gloires est Gonstable. J'avoue pourtant que je trouve la réputation de ce peintre exagérée. Ses tableaux ont beaucoup poussé au noir, il est vrai ; mais en général ils sont durs, et manquent d'air. Le meilleur de ceux qui figurent à l'Exposition me paraît être sa Vue de Hampstead.

Pour ma part, je préfère de beaucoup le vieux Crome, qui, avec des lignes très-simples et une

couleur sévère, produit de puissants effets. Sa peinture est d'une grande fermeté et sent le maître. Il y a surtout de lui, à l'Exposition, une superbe Vue des plateaux de Mousehold, grande plaine sans arbres et toute en lumière, dont Teffet est saisissant.

Antérieurement à Grome, Wilson avait peint des paysages classiques (les Ruines de la villa de Mécènes, etc.), qui, une fois le style accepté, ne manquaient pas de mérite.

Plus tard, Hoffland, Gaicott ont produit de trèsbonnes œuvres. Mais Calcott était surtout peintre de marines. Il avait, dans cegenre, un talent tout à fait supérieur, un slyie très-correct, très-sévère, et pourtant très-vrai. On ne saurait trop admirer, à l'Exposition actuelle, son Embouchure de la Tyne et ses Vaisseaux sur la Tamise. Ge dernier tableau surtout est tout inondé d'une lumière grise trèsharmonieuse et du plus bel effet.

Ge double talent de paysagiste et de peintre de marines, un homme devait bientôt le résumer en lui avec une plus puissante originalité qu'aucun autre en Angleterre, et se constituer ainsi Tun des plus illustres représentants de l'école britannique.

Get homme, c'était Turner.

Nous ne le connaissons guère chez nous que par des gravures souvent fort infidèles, et qui, d'ailleurs, ne peuvent rendre le prestige de sa couleur.

L'œuvre de Turner est immense. Il embrasse un demi-siècle d'incessants labeurs; mais ces différentes périodes sont marquées par des caractères bien distincts.

Turner, lui aussi, commença par payer son tribut à la tradition classique. Dès lors, pourtant, on voit que, parmi les maîtres passés, Claude Gelée, le peintre de la lumière, était celui qui captivait toutes ses préférences. C'est en effet dans le style du Lorrain qu'est peinte la grande Vue d'Italie^ portée au numéro 339 du catalogue.

Mais l'originalité était trop puissante chez Turner pour ne pas bientôt prendre le dessus. Le moment était venu pour lui de demander ses véritables inspirations aux vertes collines, aux opulentes rivières de son pays, à ses côtes sans cesse battues par la tempête. Cette seconde période de sa carrière, qui s'étend de 1805 à 1818 environ, est celle oi\ Turner devait atteindre l'apogée de son talent. Il produit alors sa Baie de HastingSy son Vaisseau stationnaire sur la Nore, son célèbre Mouliîi au coucher du soleil ^(qxx^ïq d'une incroyable puissance de touche et de couleur.

Malheureusement, à partir de cette époque, le maître ne devait plus que décliner.

Turner avait toujours été amoureux de la lumière. Il finit par en devenir fou; et cette période

d'exagération des dons les plus précieux embrasse tout le reste de sa carrière. Dès lors, il cesse d'être vrai. Mais, si fou, si fantastique qu'il soit, il reste encore admirable par l'incroyable richesse de sa palette, et l'œil séduit se plonge encore avec délices dans les flots de lumière que lui seul sait prodiguer ainsi.

Nul ne saurait contester àTurner les qualités d'un grand peintre.

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