LES ÉTATS-UNIS^ LE BRÉSIL^ LE PORTUGAL, LA GRÈCE ET LA TURQUIE
Passer sans transition de l'extrême Nord à l'extrême Midi, des bords du golfe de Finlande à ceux de la Méditerranée, l'enjambée serait trop grande, le contraste trop heurté. Arrêtons-nous donc un instant à mi-chemin. Tout nous y invite. Voici les Alpes avec leurs magnificences, et, parmi elles, voici un petit groupe d'artistes aux franches allures qui nous convient à examiner leurs œuvres.
La Suisse, pendant trop longtemps, ne s'était fait connaître dans le monde que par son fromage, sa mousseline et ses soldats à louer. Depuis quelques années, elle est entrée, Dieu merci, dans un mouvement intellectuel qui lui fait le plus grand
honneur. L'art [y a eu sa large part, et déjà nos voisins comptent un certain nombre de peintres dont la juste réputation a franchi les étroites hmites de leur patrie.
Presque tous se distinguent par une grande indépendance. 11 n'y a point d'académies en Suisse, point de traditions d'écoles ; mais il y a un grand maître, le plus grand de tous, la nature. Ce petit groupe de peintres sans aïeux ne relève que de lui.
— Nous descendons de Raphaël, disait orgueilleusement quelque barbouilleur italien.
— Et nous, répondit en souriant un peintre suisse, nous descendons de nos montagnes.
Appelez cela un calembour, si vous voulez; le mot n'en caractérise pas moins la différence des deux écoles.
La peinture suisse est roturière ; mais, à la condition de ne point porter ses prétentions plus haut, sa roture même lui donne une verdeur, une franchise, une fermeté qui font plaisir. Si, dans les conditions actuelles, les peintres suisses voulaient aborder ce qu'on est convenu d'appeler le grand art, ils auraient très-probablement l'air de parvenus; mais tant qu'ils voudront bien se limiter dans leurs tentatives et rester simples, tant qu'ils voudront bien rester peuple en face de la nature, comme les rudes pâtres de leurs montagnes, ils
conserveront la chance de former une véritable école, douée de qualités solides et originales.
C'est dire assez que les scènes de la vie populaire et le paysage, avec ou sans animaux, me paraissent être les seuls genres où les peintres suisses puissent espérer, quant à présent, des succès sérieux.
Encore, pour les scènes de la vie familière, ferontils bien de choisir leur sujet dans leur pays plutôt qu'à l'étranger.
Il n'est pas aussi facile qu'on pense de se dénationaliser. J'en trouve une preuve dans les petits tableaux de M. Buchser, la Vie des campagnes en Andalousie^ et le Prétendant suspect^ deux sujets espagnols, dont le premier surtout est traité avec beaucoup d'esprit. Mais il y manque, hélaslla couleur locale.
Qu'il y a loin de là au Repos des chasseurs de chamois^ par M, Albert de Meuron!
Ce dernier tableau a déjà été exposé à Paris en 1855, et, depuis lors, je l'avais toujours devant les yeux, tant il m'avait frappé la première fois. Impossible de rien voir de plus franc, de plus vivant, de plus vrai. La critique, je lésais, n'a pas décerné chez nous à M. de .fleuron des éloges proportionnés à l'admiration que m'inspire sa toile ; mais la critique a le tort de n'étudier guère la nature que sur le boulevard des Italiens. Les plus raffinés vont à
Baden, à Venise ou à Tolède. Il faut avoir vécu ou du moins avoir t'ait de fréquentes ascensions dans les plus hautes régions des Alpes , il faut avoir respiré à pleins poumons cet air raréfié, avoir habitué ses yeux aux ardeurs sans demi-teintes de cet âpre soleil, avoir vu miroiter entre les roches de granit ces petits lacs de montagne à l'eau glacée, avoir suivi quelquefois ces intrépides montagnards dans leurs audacieuses excursions, pour comprendre tout ce qu'il y a d'admirable vérité dans le tableau de M. de Meuron. Hommes, nature et lumière, tout est pris sur le vif.
Quand l'œuvre du peintre est aussi vraie, je ne me sens pas plus disposé à analyser ses moyens d'exécution que ceux de la nature elle-même. Je ne lui demande qu'une seule chose, c'est de faire souvent aussi bien. On n'est pas un bon peintre pour avoir bien rencontré une fois. M. de Meuron, du reste, est coutumier du fait. A Londres même, il a exposé un autre tableau fort estimable, Souvenir des Alpes. Ce dernier n'est cependant pas à comparer àFautre.
Gomme paysagiste pur, le plus célèbre des peintres suisses est certainement M. Galame. La France a Yu un grand nombre de ses œuvres. Il n'en a envoyé qu'une à Londres; c'est une Vue du plateau duRighi, On y retrouve presque toutes les qualités habituelles du maître, sa connaissance profonde de
la nature, son excellent dessin, et la fermeté de sa touche. Peut-être les qualités pittoresques y sontelles moins saillantes que dans plusieurs autres de ses tableaux. Mais cela même peut tenir au choix du sujet, et il ne faut pas se plaindre de ce que M. Galame est sorti cette fois de la donnée trop pittoresque, mais un peu trop uniforme, de la plupart de ses œuvres.
M, Diday est également connu depuis longtemps pour ses paysages. Mais son talent, ou du moins le genre qu'il représente, a un peu vieilli. Sa Tempête dans une forêt et sa Vue du mont Salève, exposées l'une et l'autre à Londres, se recommandent par de bonnes qualités, que déparent malheureusement la mollesse de l'exécution.
J'aime mieux les Hauts "pàturag es des Alpes bernoisesy avec les beaux bestiaux queM.Humbert y a très-habilement groupés . Dans ce tableau plein d'observation je retrouve beaucoup des qualités de M. Albert de Meuron.
Appliquant aux peintres suisses une observation que j'ai déjà faite ailleurs, je ferai remarquer que la nature de leur pays paraît être la seule qui les inspire complètement bien. Il est rare qu'ils réussissent de même lorsqu'ils vont demander des modèles aux natures ou aux écoles étrangères.
M. Guston, par exemple, fait, selon moi, fausse
route lorsqu'il s'efforce d'imiter M. Corot. Son tableau est intitulé. Un temps gris;- c'est une peinture grise qu'il aurait fallu dire.
Le même reproche ne pourrait certes pas s'ad resser autableaudeM.Berthoud,lesi?2î;^5 6/e/'i4mo. Quelle chaleur! M. Berthoud n'y \'a pas de main morte: c'est du feu que son atmosphère. Mais, outre Texagéradon de cette qualité, le tableau a quelque chose de diffus, qui prou\'e que M. Berthoud, malgré tout son talent, n'est pas encore un maître. Je suis assez embarrassé, je l'avoue, pour juger des mérites de M. Loppé, qui, sur une vaste toile, nous fait voir, du sommet du mont Blanc, les Grandes- Jorasses, le col du Géant et toutes ces formidables aiguilles que le commun des martyrs se contente d'admirer d'en bas. A ma grande honte, je confesse que si les flancs du mont Blanc me sont bien connus, je n'ai jamais eu l'honneur d'en atteindre la cime. Je suis donc forcé, pour juger l'œuvre de M. Loppé, de m'en rapporter aux récits plus ou moins authentiques des ascensionnistes et aux admirables photographies de MM. Bissoû frères, qui, seuls jusqu'ici, sont parvenus à stationner assez longtemps au sommet de la montagne pour pouvoir en rapporter quelques souvenirs détaillés.
Tous sont d'accord pour déclarer que ce que l'on voit de là-haut ne vaut guère la peine qu'on s'est
donnée. Des brumes continuelles, de longues plainnes de nuages blancs, dérobent continuellement à la vue les contrées environnantes. C'est probablement un de ces moments que M. Loppé a voulu peindre. Neiges et nuages blancs se confondent si bien, qu'on n'y comprend pas grand'chose. Sa Vue des Grands-Mulets me plaît plus sous ce rapport. MaiSj, dans tous les cas, on doit savoir beaucoup de gré au peintre qui a si courageusement entrepris une tâche laborieuse et certainement hérissée de grandes difficultés. A l'inverse de presque tous les tours de force, celui-ci offre un intérêt sérieux.
Maintenant, cher lecteur, puisque nous voilà au sommet du mont Blanc, suivons, pour en descendre, le versant méridional. Lltalie nous attend. Suivons, si vous le voulez bien, la vallée d'Aoste, elle nous y conduira tout droit, et c'est une des plus belles vallées qu'il y ait au monde.
Salut, terre trois fois illustre, et par laguerre et parles lettres, etpar lesarts! Salut^ patrie de Michel- Ange, de Raphaël, de Titien, de Gorrègeet de Léonard de Vinci; sol fertile dont chaque ville eut jadis une école qui eût largement suffi cà la gloire de tout un grand peuple !
Parle, Italie l qu'as-tu fait de ton passé, de ton génie?
— J'ai dormi, et aujourd'hui je me réveille, répond
l'Italie régénérée. J'étais morte, et je renais au soleil de la liberté. Esclave, j'avais brisé mes pinceaux; libre, je les reprends, et si ma main, alourdie par un long esclavage, a perdu de son ancienne puissance, mon génie revivifié la lui rendra bientôt.
Associons-no Lis à cette généreuse espérance, et constatons, dès aujourd'hui, une simultanéité d'efforts qui permet de croire qu'elle ne sera pas complètement vaine.
L'école italienne (nous ne pouvons refuser ce titre aux descendants de nos maîtres) est déjà en sensible progrès. A Londres, en 1862, elle se montre supérieure, et comme nombre et comme qualité, à ce qu'elle était à Paris en 1855.
A l'inverse de la Suisse, le paysage y fait presque complètement défaut, et c'est vers la peinture de genre, vers la grande peinture surtout, que la nouvelle école se trouve entraînée. Rien de plus naturel : son passé l'y convie, et, dans le présent, ritalie vit en pleine épopée.
Elle a donc envoyé à Londres quelques grands tableaux religieux ou historiques.
Parmi ceux-ci figurent deux compositions trèsimportantes et dignes d'estime, le Pietro Micca, de M. Gastaldi, et ï Expulsion du duc d'Athènes, par M. Ussi, de Florence. Ce dernier tableau est plein de verve et de mouvement. Les personnages, de
grandeur naturelle, sont bien groupés. Malheureusement l'expression un peu outrée de quelques-uns d'entre eux ôte de la distinction au tableau, et, de plus, le personnage principal laisse beaucoup à désirer.
Gomme peinture, comme couleur, on pourrait adresser à M. Ussi un reproche assez analogue : sa couleur est généralement bonne, mais dans certains détails elle a des duretés, des crudités qui nuisent à l'harmonie d'ensemble.
M. Hayez est un peintre plus expérimenté. Il est connu depuis longtemps et -vit un peu sur sa vieille réputation. A Londres, M. Hayez s'est fait représenter par trois tableaux : un bon portrait de luimême, un portrait de femme beaucoup moins satisfaisant, et un tableau d'histoire (la Prise de Jérusalem par les Romains), conçu dans d'assez singulières données. Ce tableau est grand; mais l'auteur a voulu donner un tel développement à la scène, que ses personnages se trouvent réduits à de minimes proportions. A vrai dire, c'est plutôt une vue de ville avec figures qu'un tableau d'histoire proprement dit; et cependant les figures y sont beaucoup mieux comprises que les monuments.
Les conditions du genre sont mieux observées dans le tableau de M. Morelli, les Iconoclastes (un pauvre peintre byzantin dont l'atelier, envahi par
— ilO —
une bande de fanatiques, est mis à sac sons ses propres yeux). Je ne vois guère, dans l'exposition italienne, aucune œuvre plus sagement conçue et qui donne moins de prise à la critique.
A Londres, cependant, on a paru faire plus d'attention à la. Mort de Charles-Em7nanuelII, par M. Gonin. C'est effectivement un bon tableau, trèsconvenablement composé, et présentant suffisamment d'intérêt. Mais il est loin d'être aussi satisfaisant sous le rapport de l'exécution.
Gomme peinture d'histoire, je donnerais volontiers la préférence au tableau de M. Antonio Zona, Rencontre de Titien et de Paul Véro7ièse sur le pont délia Paglia à Venise. Yoilà un vrai tableau vénitien, — un peu pastiche, dira-t-on. — Je le veux bien; mais, quoi qu'il en soit, j'aime à retrouver ces grandes ordonnances des vieux maîtres de Yenise, ces beaux personnages à la fîère tournure se détachants! bien sur un ciel clair, cette noblesse d'accoutrement, tous ces grands airs de l'antique Venise, auxquels nous ont particulièrement initiés les deux maîtres que le peintre moderne a mis en scène dans son tableau.
Mais, hélas 1 cette toile si vénitienne, savez-vous ovi il faut l'aller chercher? — Dans l'exposition autrichienne ! — Quel carcere durol
En la rencontrant là, je ne m'étais pas senti le
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courage d'en parler. Aujourd'hui je rends M. Zona à sa vraie patrie. Peut-être ai-je tort cependant, puisqu'il a bien consenti lui-même à figurer parmi les exposants autrichiens. Espérons qu'il s'y est vu contraint !
En fait de peintures religieuses, j'ai le regret de n'avoir à citer qu'un ou deux noms. Le tableau de M. Chierici, porté au livret sous le vocable de San Torello, est d'une assez noble ordonnance, dans le style des maîtres primitifs, mais sans exagération de pastiche. Il représente une belle et douce madone assise sur un trône élevé, entre deux bienheureux moines, dont l'un, je suppose, doit être le saint peu connu en France qui a donné son nom au tableau.
Il y a encore, à l'exposition de Londres, une autre madone italienne que je ne puis omettre ici, bien qu'elle soit peinte sur verre. Cette belle figure, du meilleur style et du caractère le plus virginal, est due à un peintre fort distingué de Milan, M. Bertini, qu'on regrette de'ne voir représenté à Londres par aucun tableau proprement dit.
Je voudrais parler de M. Smargiassi, un peintre de talent qui a résidé longtemps à Paris; mais son Buonconte di Monte feltro est placé si près des frises, qu'il est fort difficile de le voir et, par conséquent, à peu près impossible de le juger.
Par le même motif, je me trouve dans le même embarras en ce qui concerne M. Marinelli. Sa scène orientale est-elle une simple étude ou un tableau de genre? Je ne saurais trop le dire. Elle m'a paru, du reste, ne pas manquer de mérite.
Parmi les peintres de genre bien caractérisés, il faut classer en première ligne M. Wider, un artiste de Piome, dont le nom pourtant ferait presque mettre en doute la nationalité. Ce qui n'est pas douteux, c'est son talent. Il a envoyé deux tableaux à Londres. Le premier a pour sujet une Pî'ise de voile ; l'autre représente le Grand pénitencier cardinal Ferretti , recevant en grande cérémonie à Saint-Pierre, le jour du vendredi saint, la confession des cas réservés. Cette dernière toile, de beaucoup la meilleure, prouve chez son auteur une remarqnable entente de la composition. Tous les types y sont vrais, sans qu'aucun d'eux tombe dans la trivialité, et le piquant contraste des conditions sociales rapprochées dans un cadre si étroit, ne nuit en rien à Tunilé de l'ensemble. L'intérêt se concentre bien sur le groupe principal. La lumière est sagement distribuée; la couleur trèsconvenable. Enfin c'est, selon moi, un fort bon tableau de chevalet.
Il y a aussi du mérite dans le Bernard de Palissy de M. Scattola. Toutefois ce tableau ne saurait
supporter la comparaison avec la petite toile ovi rim de nos compatriotes a traité le même sujet.
De même, et à plus forte raison, M. Rapissardi s'exposait à une comparaison par trop désavantageuse en essayant de reproduire la Marguerite de Gœthe après Scheffer, et presque dans les mêmes données. Il a cru pour cela qu'il suffirait de bien peindre. Hélas ! il ne peint que trop bien, ce brave M. Rapissardi. G^est d'un fini qui ne laisse rien à désirer... que dis-je? qui laisse tout à désirer, au contraire, car il est impossible de voir une peinture plus dépourvue de caractère.
Est-ce pour en donner un peu plus à son oeuvre que M. Puccinelli a peint sur une si grande toile ce qu'il désigne sous le nom de Conversation platonique ? La composition de ce tableau est assez bonne; mais le sujet ne comportait pas de pareilles proportions.
J'ai dit, en commençant, que le paysage ne paraissait pas être l'afPaire des Italiens. Un seul tableau de ce genre m'a paru digne d'attention : c'est celui de M. Zuccberelli. En revanche, j'ai remarqué de bons intérieurs^ par M. Marchesi. Tous, cependant, n'ont pas une égale valeur. Les meilleurs, à mon avis, sont la Boutique cTun ancien apothicaire, et surtout la Sacristie de Saint- Jean de Padoue^ excellent petit tableau appartenant à S. M. le roi
d'Italie. L'Eglise de Saint-Roch , à Padoue^ est beaucoup moins bien réussie; la main de l'artiste y a singulièrement faibli. Il y a de rindécision dans ses lignes, dans son effet, et de la mollesse dans sa peinture.
En résumé, l'Italie, après une longue décadence, possède encore , comme on le voit , un certain nombre d'artisles distingués, précieux noyau qui renferme, peut-être, le germe d'une glorieuse renaissance. Les grands modèles ne lui manquent pas. C'est à son gouvernement qu'il appartient maintenant de féconder l'avenir par des encouragements bien entendus et un fort enseignement.
L'Espagne, hélas! n'en est pas encore là. Elle aussi a un glorieux passé à revendiquer; mais on n'entrevoit pas même l'aurore de sa régénération artistique.
Comme nombre, l'Espagne n'a pas envoyé à Londres le tiers des tableaux qu'elle avait envoyés à Paris. Gomme qualité, c'est bien pis encore.
Sur les vingt-six toiles exposées, je ne trouve absolument rien autre chose à citer qu'une Vue de la cathédrale de Tolède, par M. Gonsalvo, intérieur bien étudié, bien peint, mais trop sombre et qui manque d'air.
Pourtant Técole espagnole possède encore quelques hommes de talent. Elle nous avait envoyé, en
J 855, des portraits fort recommandables. Pourquoi M. Madrazo, M. Garderera n'ont-ils rien exposé? L'Espagne se croit-elle donc si riche en artistes distingués, qu'elle puisse garder en réserve ceux qui méritent réellement ce nom? ou bien, dans la nonchalance de sa fierté toute castillanne, a-t-elle dédaigné, de prendre part sérieusement à la lutte? On sérail tenté de le croire.
Pareille apathie n'est excusable chez personne. Elle est excusable seulement chez quelques-uns.
L'infériorité des Etats-Unis, par exemple, s'explique d'elle-même. Eussent-ils de bons peintres, ceux-ci seraient probablement distraits aujourd'hui de leurs travaux par une tout autre besogne. Des gens qui, depuis près de deux ans, travaillent obstinément à se suicider, n'ont guère le temps de peindre. Aussi à peine ont-ils envoyé à Londres une douzaine de tableaux... et quels tableaux! Dans ce nombre, le seul paysage qui ne soit pas absolument mauvais est une Vue des sources de la Sifsqitehanna, par M. Mignot, et la seule figure avouable est une Odalisque au bain^ de M. Kellog, grande étude de femme nue, assez belle et d'une couleur très-fraîche, mais sans aucun caractère.
Continuons la nomenclature des infiniment petits :
Le Brésil a cinq tableaux. J'aurai la politesse de
ne pas en parler, et je rendrai le même service à sa mère patrie, le Portugal, qui n'en a envoyé que deux. Sur deux tableaux, comment louer l'un sans faire une impertinence à l'autre?
Pour n'oublier personne, il me reste enfin a mentionner la Grèce et la Turquie, représentées au livret chacune par cinq numéros.
Les descendants d'Apelles n'ont pas encore retrouvé sa palette. Leur exposition est plus riche en sculptures qu'en tableaux.
Quant à la Turquie, si elle n'a qu'un seul peintre, Musurus Bey, celui-ci, du moins, ne manque pas de talent. Mais c'est un peintre de nature morte. Quelle mauvaise plaisanterie à l'adresse du pays qu'il représente!