‹ La peinture allemande aux XIXe siècleChapitre 15 sur 50 · A ANVERS · texte numérisé non relu

A ANVERS

AU DIX-NÉUViEME SIECLE 135

côtés deux enfants qui jouent. Et le ciel, la verdure, les fleurs, les blés, les fruits de toutes sortes, les riches étoffes, la chair tendre des enfants, les éclatantes couleurs jetées comme au hasard rendent ce bas-relief plus vivant que ceux de Donatello et de Lucca délia Robbia sur Torg^ue de Florence.

Comme pendant, la Mer^ un bas-relief plus touffu. Pas de milieu. En partant de la gauche : le ciel d'or, la mer bleue, la statue dorée d'une femme comme poupe d'une barque aux voiles vertes ; dans cette barque une fillette brune qu'enveloppe un tapis d'Orient, un jeune garçon au corps cuivré. Au premier plan, une belle femme blanche, qui pèche dans l'écume, sa robe rose relevée au-dessus des genoux ; une autre femme nue et vue de dos, la peau éclatante. Près d'elle un monceau de coquilles polychromes, d'algues rousses et vertes. Puis un enfant, une femme avec des filets pleins de poissons grouillants, des poissons aux écailles d'or, d'argent et d'arcen -ciel. Une femme brune assise : son vêtement est de velours pourpre, sa jupe de soie rouge. Elle tient un enfant dans ses bras; autour d'elle un autre enfant nu, trois petites filles en vert, en bleu, en rose. Et sur ces riches, ces épaisses couleurs, les chevelures de henné, les fleurs, les chairs des femmes, le ciel d'or vu entre les branches font autant de taches de lumière.

Catherine Cornaro (1872, à Berlin) est le Souper chez Lévi de Makart. A droite, une estrade aux tapis rouges. Sur les côtés des femme décolletées en robes de brocart, de satin bleu, de velours rouge, une petite fille avec un chien^ des dames et des enfants agenouillés. Sur un trône, Catherine, reine de Chypre, en robe de brocart blanc avec la tiare de dogaresse. Debout près d'elle, son père en costume rouge de sénateur. A gauche, des vieillards, des guerriers, des femmes à la peau blanche ou bronzée, des joueurs de guitare; ils apportent leurs présents. Dans le fond le décor magique de Venise, les voiles pendantes des navires déchargés.

Un voyage en Egypte donne de nouvelles couleurs à la palette de Makart : il en rapporte la Chasse sur le Nil et la Cleopâtre du Musée de Stuttgard.

En 1878, V Entrée de Charles-Quini à Anvers (Hamhoui^). Une large rue, les belles maisons de la Renaissance flamande. L'éclat des fêtes d'alors : estrades, étoffes tendues, drapeaux, bannières. La foule pressée. Tons les cosluiaes de l'époque : bourgeoisdes Pays-Bas, nobles allemands, italiens, espagnols; lesdames décolletées, lourdes robes de brocart et de velours, larges coiffes, corsages aux manches brodées ; les gentilshommes en justaucorps et manteau bigarrés; les soldats couverts d'armures éclatantes. Au milieu de la foule, l'empereur à cheval, un enfant pâle que son grand chapeau Fait plus pâle encore. Autour de Ini, se détachant sur le fond sombre des robes de velours, des bannières, des vêtements de brocart, une jeune fîlle demi-nue, trois jeunes filles nues. Italiennes au teint sombre, à la peau dorée. Flamandes h la chair éclatante, aux cheveux d'or.

Suivent l'Ariadne du Musée de Vienne, la Chasse de Diane (1880, à New York), r^/^(1880-81, à Dresde).

Une villa de la renaissance italienne. A droite, devant une draperie bien sombre, un paravent brodé où perche un paon, cinq dames se tiennent assises ou debout près d'une table d'échecs : quatre sont vêtues de robes de brocart et de soie, la cinquième porte un blanc peignoir transparent. A gauche, un parc, un étang : sur les degrés de marbre se repose une enfant nue; embarrassée dans sa robe tombante, une jeune fille emmène un béhé qui se débat. Contre le piédestal d'une colonne, où se posent des pigeons, une belle dame vue de dos enlève le seul linge qui la couvrait : déjà les plis blancs tombent sur le bras gauche, à peine retenus par la main droite contre le chignon aux tresses blondes. Au fond, l'alcôve aux boiseries d'or, que surmontent des amours, et, sous des draperies de soie rouge, un lit aux moelleux coussins. Sur ce lit, nue, coiffée d'un turban, une femme aux yeux noirs, au fin profil, aux attaches délicates, à la chair éclatante ; languissamment, elle s'appuie sur son bras droit qu'entourent des papillons

Puis Makart décore le nouveau Musée de Vienne. Dans les

AU DlX-NEUVlÉME SIÈCLE 137

lunettes du g[rand escalier, il représente Thistoire de la pein* ture. Voici Léonard dessinant une femme dévêtue, mystérieusement belle comme la /oconrfc ; Rubens avec Hélène Fourment presque dépouillée de ses vêtements; Titien peignant la du* chesse de Ferrare toute nue ; Michel-Âng^e près de son Adam qui s'éveille. Voilà le portrait de Rembrandt tenu par deux génies rêveurs; DOrer et la Mélancolie \ Raphaël en extase devant'la Vierge et TEnfant Divin. Et ces lunettes nous disent Fart de Makart: riches étoffes et belles chairs de femme, tout ce qui séduit les yeux; émeut les sens. Son œuvre n'est pas, comme celle de Cornélius, une dissertation philosophique : c'est un hymne à la couleur composé en couleurs par l'un des plus grands coloristes (1).

Le fils et le neveu de peintres célèbres, directeur à trente-six ans de l'Académie de Munich, M. deKaulbach (1850), travaille dans un palais, construit sur ses plans et décoré par lui. C'est un aristocrate : tandis que la plupart des artistes allemands veulent rendre les êtres et les choses de leur temps, les maitres de cette école qu'on appela réaliste se détournent d'un monde qui leur semble trivial et laid pour se créer un monde propre, où se reflète leur goût des belles formes et des séduisantes couleurs.

Tel est le caractère de M. de Kaulbach et tel est son art.

Ses portraits ont fait sa réputation. Mais, plus encore que ses portraits, ses tableaux permettent de connaître l'artiste.

Dans ses premières œuvres, il se rattache à la Renaissance allemande. Rubens et Van Dyck, le dernier surtout, sont ses modèles. Ainsi Un jour de mai (1879, Dresde). Un grand

(1) Parmi les meilleurs peintres de Técole coloriste de Vienne, il faui citer M. Scliram, an élève de Makart, dont l'exposition à Berlin a été remar<|uée (1899); M. Hynais (1854) un élève de Feuerbacli. On lui doit surtout des composition allégoriques, comme le rideau du théâtre de Praj^ue, et la décoration du Burytheater de Vienne. M. de Pater (1842) : Jamais revenir/ en souvenir de l'expédition polaire de 1872-74.

paysage composé comme ceux des classiques. Entre deux masses d'arbres, une échappée, au fond des montagnes, et sous les branches étendues, un ciel haut et pur, la lumière dorée du soir. A droite, autour d'une table^ un vieillard, un jeune homme, des femmes, dans les riches costumes de la Renaissance finissante. A gauche, une fillette en blanc danse avec un gamin vêtu de noir. Au milieu, dans la partie éclairée, cinq enfants habillés de couleurs sombres reçoivent leur goûter des mains d'une jeune femme en blanc gracieusement penchée.

Depuis ce tableau, la manière de M. de Kaulbach s'est constamment accusée ; les principes en sembleraient difficiles à concilier. Dans sa facture, il prend Franz Hais pour modèle, non pas sans doute celui de la Vieille Femme au hibou et des derniers tableaux de Harlem, mais le Franz Hais des Musiciens de Cassel ou même celui des Rieurs de Schwerin. L'influence des Préraphaélites se fait sentir dans le dessin des figures : quelques-unes rappellent directement Botticelli. Enfin le coloris procède' aujourd'hui moins des Flamands et plus des Vénitiens; Ton y trouve cependant des teintes sombres et pleines que les Vénitiens n'ont pas cherchées.

Avec ses portraits, M. Kaulbach a donné des scènes gracieuses dans des paysages idéaux comme Danses de Printemps; et des scènes plaisantes tel le Rendez-vous troublé^ le Carnaval d^enfanis; et des figures symboliques : Sainte-Cécile y Pomone ; et des fantaisies satiriques. M. de Kaulbach a l'humour amer de son oncle mais, d'un tour d'esprit presque Parisien, il s'occupe moins de la politique et plus de l'amour.

Gomme exemple de la troisième manière de l'école coloriste, je citerai La Madone de M. Marr (1898).

Un cercle d'ombre, ouvert en face de nous : à droite, des rocbers le ferment; à gauche, ce sont les grandes ailes bleues aux reflets tricolores d'anges vêtus de blanc, qui se tiennent

KAIILBACII (F. A. VON)

debout. Dans le milieu du tableau, une échappée, le ciel bleu de la nuit; au-dessous, de petits anges à g[enoux. Contre les rochers, Saint Joseph debout dans sa robe brune, la Vierge assise avec un manteau rouge attaché sur la tète. Mais Tenfant- Dieu, qu'elle tient sur ses genoux, répand une lumière éblouissante : cette lumière fait briller le doux profil, la robe blanche de la Vierge, la main de Saint Joseph cachant ses yeux éblouis, les visages, les cheveux blonds, les blanches tuniques des anges, le sol qui parait de Feu. Au milieu du cercle, trois anges agenouillés et comme transfigurés dans la lumière, derrière eux, leurs ombres bleutées entre des traînées ardentes.

Avec M. Gabriel Max de Prague (1840) Técole de Munich devint impressionniste. Déjà ses premiers tableaux représentent des scènes étranges, mais leur composition est encore celle de Piloty. Ainsi :

La Fiancée du Lion. La cage du fauve. Puissant et calme, il a posé ses griffes sur la jeune fille vêtue de blanc dont le sang rougit les dalles. Au dehors, son rival le vise avec un fusil. Qu'importe ! personne n'aura la fiancée du lion.

Un Salut (1874). Dans le cirque, contre le mur, qui soutient les gradins à peine aperçus. Deux lions, un tigre miaulant. Les caressant d'une main, de l'autre appuyée au mur, une jeune chrétienne, vêtue de blanc, lève lu têle et cherche du regard celui qui jeta la rose blanche tombée devant ses pieds.

Puis M. Max a traité des sujets d'une inspiration plus morbide, comme une Vision de Heine. Voici le poème :

Chaque nuit, je te vois en rêve, je te vois gentiment sourire, et

j'éclate en sanglots, et je tombe à tes pieds chéris Tu me regardes

passionnément, tu secoues ta petite tête blonde; de tes yeux glissent les perles de tes larmesi.. Secrètement, tu me dis un mot à voix basse.

liO I.A PEINTUKE ALLEMANDE

puis lu me donnes ton bouquet de cyprès. Je m'éveille; le bouquet disparu, le mot oublié ! (Intermezzo — 56)

Voici maintenant le tableau :

Gomme fond, un paysage Je rêve. Deux grandes masses d'arbres noyés dans l'ombre; au milieu, la lueur pà!e du coiichanl presque disparu. A droite, Heine, à genoux, les mains jointes, pâle, déjà malade, le regard fixe, suppliant, presque maniaque. Sa bien-aimée, sa Muse de songe et de douleur, debout dans des vêtements sombres, la taille trop forte, un voile de crêpe sur sa blanche poitrine, autour de son pâle visage. Les joues bouffies, te nez fin, la bouche muette, les yeux tristes d'une inguérissable tristesse. Et les mains, de longues mains fines et pnles aux doigts fuselés, tiennent l'une le manteau de deuil, l'autre le bouquet de cyprès.

Catherin^ Emmerich. Une symphonie en blanc, mais la blancheur de ta souffrance et de la mort. A la lueur d'une bougie posée sur une table à gauche, nous voyons contre le mur blanc un lit blanc, la stigmatisée vêtue de blanc, deux linges croisés sur la tête ; entre ses pâles mains aux trous sanglants appuyées au front, les joues décolorées, le nez tiré, la bouche au sourire douloureux, les yeux noirs fixés sur le crucifix posé sur les genoux (Munich).

Astarté (d'après Byron). Sur le sommet de la Jungfrau, le fanlâme d'Astarté apparaît à Manfred.

Masfred. ^ Ce que je vois peut-il 6trc la mort? il y a de la rougeur sur ses joues, non, je le vois maintenant ce n'est pas la couleur des vivants, mais une teinte étrange, l'on dirait ce rouge contre nature que l'automne met aux feuilles mortes

Le FANTOME d'astauté. — Manfred.

Manfred. • — Parle, parle, je ne vis que pour un son, et ce son est ta voix,

Fantôme. — Manfred! Demain finiront tes maux terrestres. Adieu!

Manfued. — Un mot encore — Suis-je pardonné?

Fantôme. — Adieu.

Manfred. Réponds, nous verrons-nous encore ?

Fantôme. — Adieu.

Manfred. — Un mot par pitié. Dis que tu m'aimes.

Fantôme. — Manfred ! {Le fantôme disparaît.)

M. Max rend ainsi la pensée de Byron. Comme fond, les ténèbres, qui s'épaississent dans un ciel que le couchant fait encore rose. Vêtue d'une robe blanche, d'un voile de crêpe noir que les reflets rougissent, des fleurs blanches dans ses cheveux noirs qui pendent, renversée en arrière, raide, les pieds invisibles, dans l'attitude de ces fantômes de nous-mêmes, que les spirites appellent notre corps astral, les bras croisés, les mains à plat sur la poitrine, la pâle Âstarté s'élève, la tête penchée à gauche, le teint pareil à l'ivoire, le visage bouffi, la bouche sensuelle; dans les grands yeux, dont la pupille noire cache presque le blanc, une mystérieuse tendresse, faite de souffrance et de pitié (1).

M. Albert de Keller (1845), formé à Munich et à Paris, n'a pas conservé le coloris éclatant de l'école de Piloty. Il rappelle parfois Couture et parfois les impressionnistes.

Son œuvre la plus forte est La Fille de Jaîre (1885, Munich.) Le fond violet donne le ton du tableau. Dans une vallée plantée de cyprès, un portique formé d'une double rangée de colonnes corinthiennes. Des gens se pressent étonnés, effrayés, ravis de joie. Tous ont le type Juif : hommes avec le turban et la longue barbe, femmes et jeunes filles au fin profil, vieilles à la tête branlante. Sous le portique, le sarcophage orné de bas-reliefs du style grec. La mère de la petite morte s'est jetée sur la pierre et cache sa tête dans ses mains, une femme voilée la console. Derrière, une jeune femme, pressant sa fille tremblante, étend la main gauche pour faire signe que le miracle s'accomplit.

Debout près du sarcophage^ l'Homme-Dieu, vêtu d'une longue tunique rouge, soutient de ses deux mains l'enfant, qu'il a ressiiscitée. Vu de profil, une légère auréole autour de la tête,

(i) Parmi les œuvres connues de M. Mai, jecilerai encore le Christ guérissant un enfant (1884, Berlin), La Nonne de Hambourg (1868), La voyante de Prevorst (Pra({ue), Conte de printemps (Vienne). Voir Peinture religieuse.

pâle, avec la barbe courte et de longs cheveux roux, il a l'air sérieux et doux d'un mt^decin compatissant qui commanderait à la mort. Assise sur le sarcopha^je, les jambe* allongées, la poitrine et les bras nus, le corps ligoté dans les bandelettes, l'enFant de sa main gauche presse la main du Sauveur, comme pour se rassurer; de sa main droite, elle appuie son menton, le coude serré au corps par la terreur. Sous la coifFe blanche, que débordent les cheveux noirs, la blême figure étonnée, la bouche pincée, te nez tiré, les yeux rêveurs sem* blent encore pleins des songes qui faisaient reculer Hamlet devant le mystère du tombeau.

Dans le Sommeil de la Sorcîéref qui représente une exécution au moyen âge, la manière de M. A. de Keller se fuit plus hardie encore. Mais l'œuvre qui étonna le plus la foule et les critiques, est La Martyre. — Un fond violet pâle, le milieu d'une croix. Sur cette croix une jeune femme nue, la léte appuyée contre le bras droit tendu, la main clouée. La main gauche, échappée au clou, tombe sanglante en avant du coude qu'une corde retient. Mal attaché, le corps glisse, les genoux ployés pendent aussi bas que les chevilles liées au gibet. Le ilanc droit est dansrombre,commelesjambes violettes et gonflées, les pieds exsangues; mais la lumière de la lune éclaire la hanche et le bras droit, le côlé gauche de la tèle et du corps. Sur le jeune visage aux traits tirés par l'agonie, accusés parles ombres et les reflets, plus rien qu'un sommeil lourd, le sommeil de la mort enfin venue.

Makart, MM. de Kaulbach, Gabriel Max et de Keller traitent ce qu'autrefois on appelait la grande peinture. L'école de Piloty cultive aussi le genre historique.

D'abord le genre précieux avec Lossow (1843-97), qui représente le wiii* siècle : dans les prairies en fleurs, d'élé-

gantes bergères Watteau surprises par de galants bergers, des nymphes plus libres que les bergères ; dans les alcôves, de jolies femmes plus libres encore que les nymphes.

MM. Franz Simm (1853) et Gampenrieder (1860) représentent TAUemagne au commencement de notre siècle .-jeunes officiers aux uniformes flamboyants , diplomates en tenue de cour, belles dames aux robes collantes attachées sous les seins, parfois même vêtues d'un simple voile : en 1807 un couturier de Leipzig annonçait des robes-chemises, qui tenaient lieu de tout vêtement (1).

Après la douceur affectée, une rudesse voulue. Hardi et jovial, longtemps Thabitué curieux des brasseries et des baraques de foire, Télève de Browers et de Téniers, M. Diez ri 839) donna dW}Ovd sa Chanson des Gueux. Sur les tableaux de sa première manière nous ne voyons que reitres, lansquenets, ribauds et ribaudes : cène sont que beuveries, lippées, coups de poing, embrassades, le tout de la couleur éclatante qui convient aux vieux costumes allemands, d'une pâte grasse comme les sujets, franche comme les propos, rude comme les gens représentés. Puis, Tâge venant, le talent s'affermissant, M. Diez, professeur à Munich, laissâtes rustres pour la société polie; il a peint Thistoire anecdotique des trois derniers siècles : les chevaliers du temps de Gotz, puis les aventuriers de la guerre de Trente Ans, puis les grands seigneurs et les belles dames du xvm* siècle, non sans revenir quelquefois aux paysans ivrognes, aux soudards et aux brigands. (2).

A cette peinture un peu lâchée, qui s'inspire de Franz Hais succéda une manière plus tenue imitée de Pieterde Hoogh et

(1) Cf. le livre de M. Gurliu.

(2) Après la mort de Piloty, Tatelier de M. Diez fut le plus fréquenté; de lions peintres s'y formèrent dans tous les genres: M. M. F. A. de Kaulbach, Claus Meyer; Weishaupt (1848) un animalier; Weiser (1847), qui imite la manière du maître; Ernst Zimermann ; lUuber (1849); dont la Pinacothèque possède un beau Saint^Hubert.

de Jean Verineer van Dèlft, les premiers plein-uiristes Hollandais. Son meilleur représentant est M. Glaus Meyer (1856). Dans les Politiques (1884) et les Joueurs de Dés (1886 à Berlin), sa pâte fine et serrée, son coup de pinceau régulier, son beau coloris, son observation patiente sont celles des maîtres hollandais; il affectionne les mêmes intérieurs sévères, les mêmes fenêtres à petits carreaux, qui laissent voir des maisons de briques aux pignons élancés, les mêmes personnages coiffés du grand chapeau de feutre, vêtus de la blouse noire sur laquelle retombe le col blanc, de la culotte, de bas noirs et degros souliers.

Une autre école de genre est celle des peintres de l'Europe orientale. M. Gysis (1842), d'origine grecque, nous peint sa patrie, les costumes et les mœurs pittoresques, les hommes grands et forts, les femmes au profil classique.

M. Brandt (1831) et M. Wierucz-Kowalcki (1849) sont Polonais, ils nous racontent leur pays, sa vie d'autrefois et sa vie d'aujourd'hui ; leurs tableaux représentent la steppe couverte de neige ou le printemps, que décrit Gogol, « ces herbes si hautes, qu'elles cachent les chevaux comme des arbres; cet océan de verdure aux mille fleurs blanches, jaunes, rouges et bleues. »

Voici, un cortège de noces. Des cosaques de l'Ukraine à cheval, les hommes avec le bonnet de fourrure, les hautes bottes et la robe rouge ou bleue aux larges manches ; les femmes vêtues de jaune et de rouge, coiffées d'une sorte de kakochnik plus lourd. En avant du cortège, entre un tambourinier et un joueur de guitare, le marié sur un cheval bai, culotte bleue et veste blanche, le grand sabre au côté; la mariée à califourchon sur un cheval blanc, robe rouge, manteau blanc. Du bonnet vert, qui semble une couronne, pend un long voile blanc.

Jeune, fraîche, le type kalmouck, elle sourit, heureuse du soleil et du bruit (Brandt).

M. Roubaud (1856) et M. Rosen sont Russes; le premier peint surtout les campag[nes de Skobeleff dans le Caucase, le second les guerres de Napoléon. Avec MM. Brandt et Kowalcki, et le peintre Hongrois M. Wagner, (1838), ils forment la meilleure école de peintres de chevaux, que Ton trouve en Allemagne. Et ce sont aussi des fervents du coloris, des artistes soucieux de peindre gras et ferme, en même temps que des plein-airistes curieux de tous les effets de la lumière (1).

Avec M. Defregger (1835) l'école de Munich aborde la peinture de paysans. Tyrolien^ M. Defregger a consacré sa vie à célébrer IcTyrol. lien dit d'abord l'histoire glorieuse, surtout les guerres d'Andréas Hofer {Dernière Levée^ 1869, à Vienne — Le Retour des Vainqueurs, 1876, à Berlin, etc.) Puis il montre la vie d'aujourd'hui : les hommes grands et forts, taille fine, nezaquilin, yeux gris moqueurs, la moustache rude, le visage hâlé, les traits accusés par le vent des montagnes; chapeau de feutre gris bosselé avec la plume, gilet aux bretelles brodées, veste grise aux bords verts, bas épais découvrant le genou et la cheville, ou bien la guêtre blanche retombant sur le soulier. Les femmes bien découplées, jupe courte, bas blanc, souliers, le corsage laissant voiries manches bouffantes de la chemise et les bras nus. Le large chapeau de feutre ou le haut-de-forme fait paraître plus fines, plus jeunes encore les jolies figures aux joues rondes et fraîches, aux lèvres rouges souriantes, aux dents blanches, aux grands yeuxbleus espiègles et rêveurs. Et voici le baptême, le mariage, la danse, leschasses,

(1) A cette école des Polonais de Munich il faut encore rattacher Gieryuiski (1846-74) excellent coloriste et l'un des meilleurs élèves de Filoty {Chasse à courre,, à Berlin) et M. Che'ininski (1851), un vi{»oureux peintre de chevaux.

le simple intérieur des vieux, la visite désirée mais coûteuse du (ils en uniforme autrichien, la visite moins désirée mais plus fructueuse du Tyrolien de Salon.

A l'exemple de M. Defreg^ger, d'autres élèves de Piloty cultivèrent la peinture de mœurs, Ainsi M. Kurzbauer (1840-79), bon surtout dans son illustration à^ Roméo et Juliette au Village \ M. Oberlânder (1845), le caricaturiste célèbre des FUegende Blâtter; M. Grutzner( 1846) dont les sujets font penser à M. José Frappa. Des sujets empruntés à la vie des couvents bavarois. Ici le prieur dans sa bibliothèque, là des religieuses parant la Madone. Plus volontiers encore la cuisine, les frères lais, qui boivent de la bière, le sommelier qui déguste le nouveau vin, le cuisinier mettant un brochet au feu : à midi des chasseurs et des paysans prennent place dans le réfectoire des étrangers; quelque Tartarin bavarois raconte ses exploits cynégétiques, il les entrecoupe de citations dans cette langue particulière, que nous appelons Latin de Cuisine et que les Allemands appellent Latin de Chasseur,

Parmi les peintres de paysans, il faut encore citer M. Dieffenbach (1831), MM. Raupp (1837) et Epp , qui cherchent surtout la popularité; M. Hoecker (1854) et M. Echtler (1843) qui ont voulu concilier les découvertes du plein-airisme avec les traditions coloristes de Técole de Munich. Tombée de M. Echtler est l'un des bons tableaux de la Nouvelle Pinacothèque. Enfin c'est encore dans Tatelier de Piloty que se sont formés M. Gebler, Taimable animalier; M. Dill, le vigoureux paysagiste et M. Leibl (I), le fondateur de la peinture naturaliste en Allemagne. Ainsi, comme Dusseldorf, Munich vint progressivement de la peinture d'histoire à la peinture de mœurs et du colorisme au naturalisme et à Timpressionnismc.

(1) M. Leibl fut aussi Télèvo de Ramlierg (1819-75).

Page 1