DU XIX* SIÈCLE
A la fin du dix-huitième siècle, au commencement du dixneuvième, ridéalisme inspira la littérature et les arts; son influence se fit sentir dans la politique, dans lés mœurs et jusque dans les actes de la vie quotidienne. L'Allemagne professa même une philosophie proprement idéaliste. Pour comprendre ce mouvement, il convient d'exposer quel était Tétat de T Allemagne à cette époque.
-' Vers le milieu du dix-huitième siècle, Tinfluence de la France avait répandu dans toute l'Europe la même civilisation aristocratique. Il en était alors de la société comme de Thomme même : habitué à des exercices de force et de souplesse, il en conservait dans toutes ses manières une grâce extrême et portait sans ridicule un costume qui tenait à la fois de celui de la femme et de celui du soldat. Pour ne plus vivre sous les armes, tous n*en avaient pas moins gardé Thabilude du courage : on parlait plaisamment d'un duel sérieux et la guerre se faisait en dentelles. Si le temps avait passé des folles aven-
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tures amoureuses^ les mœurs, sous Madame de Pompadour, étaient telles encore que les prouesses des amants ne semblaient pas des forfanteries banales.
De même dans la littérature. Formé à la discipline et aux idées générales, Tesprit pouvait impunément se permetrre toutes les audaces et toutes les délicatesses. Sans les œuvres de Tâge classique, sans Fénélon, Racine et La Bruyère, la prose facile de Voltaire ne serait pas si correcte et si pure. Sans Bossuet, sans Descartes^ continué par Spinoza et Leibnitz, comment les philosophes seraient-ils restés sérieux et même profonds dans des œuvres de vulgarisation où ils ne se refusaient ni Tesprit^ ni même les propos galants ?
Mais tout alors, monarchie absolue, centralisation, aristo* cratie, mœurs faciles, littérature aimable, liberté complète de Tesprit sous un gouvernement despotisque qui ne tolérait pas d'initiative, dans une société qui réprouvait les moindres manifestations du sentiment comme grossières, tout ne semblait-il pas disposé pour faire triompher Tune des facultés de rhomme au détriment des autres, la souveraine raison ?
Descartes avait reconnu dans la raison notre maîtresse faculté, quand il disait : «Je pense donc je suis, v La Rochefoucauld y avait trouvé le fondement même de la vertu. Il tenait a pitié pour «une passion qui n'est bonne à rien au dedans d'une âme bien faite.,, et qu'on doit laisser au peuple, qui,, n'exécutant jamais rien par raison, a besoin de passions pour le porter à faire les choses, w
Gomme en France, le rationalisme triomphait en Allemagne, et l'époque même en a gardé le nom. Frédéric II el Joseph II gouvernaient au nom de la raison ; c'est en son nom qu'écrivaient Wolf et Gottsched et Mendelssohn et Nicolai : les Allemands se plaisent à dire que, pour eux, la Révolution de 1789 s'est faite dans les salles de leurs Universités (I). Le
(1) L'époque de Frédéric II s'appelle en Allemagne époque du rationalisme^ (Aufklarung) ou époque delà raison d'État (Staatsraison). Wolf (1679-1754) est le philosophe du rationalisme, Gotlsched (1700-66) en est le critique. Mendelssohn (1729-86) et Nicolaî (1733-1811) lui restèrent fidèles à une époque où il était
développement des sciences fortifiait ce que Taine appelle la religion nouvelle de la vérité. Aussi bien les sciences étaientelles alors moins expérimentales que théoriques, et Ton tenait pour In première de toute la science de la raison, les mathématiques.
Mais la raison en vint à se raisonner elle-même. Pour établir le rationalisme sur une base scientifique et donner à la philosophie la certitude des mathématiques, Kant analysa la raison. Et que découvrit-il ? C'est que les catégories, ces formes premières de toutes nos perceptions, comme la substance^ la (juantitéy la qualité, c'est que le temps et l'espace sont les idées a ^?*tbri de la raison pure. Par suite la raisonne nous apprend rien que la raison elle-même ; ce que nous appelons le monde matériel n'est que l'ensemble des phénomènes qui se produisent chez les êtres raisonnables. En cherchant à donner à la philosophie la certitude de la science, Kant n'avait pas seulement condamné la philosophie mais la science. Pour rétablir la certitude, il fut obligé de recourir' à cette faculté qu'il nomme la raison pratique, mais qui est en vérité le sentiment ; sa philosophie, le chef-d'œuvre du rationalisme du dix-huitième siècle, détruit ainsi le rationalisme et marque la fin de l'esprit du dix-huitième siècle, le commencement de l'esprit du dix-neuvième.
L'art était Timage de la société, comme elle rationnel et comme elle d'une galanterie de bon ton ; l'union de l'un et de l'autre esprits produit justement ce qu'on appelle la préciosité. Cependant l'art du dix-huitième siècle reste un art vigoureux parce qu'il est classique, qu'il a pour base la Renaissance et le style Louis XIV et que l'un et l'autre procèdent de l'antique. Que deviendraient macarons, cartouches et rocailles si
attaqué parles partisans de la Renaissance littéraire Allemande et par ceux de Rousseau.
cette décoration n'était supportée par des monuments logiquement composés, et Fortement construits? Sans les belles formes qui survivent du mobilier Louis XIV, sur quoi tiendraient les coquilles, les ovales tordus ? De même dans la peinture, il y a Poussin et Claude Lorrain derrière Watteau et Fragonard, comme il y a les Flamands et les Hollandais derrière Greuze.
En Allemagne, Tart ne faisait qu'imiter ; depuis la guerre de Trente Ans y TAllemagne semblait avoir perdu la faculté d'être originale. L'architecture connaissait deux styles ; l'un catholique, le baroque apporte d'Italie à Vienne ; l'autre protestant, le style classique du Palladio, transformé par les Hollandais. Mais le goût du luxe et le prestige de Louis XIV firent triompher le baroque dans les cours protestantes (I). Le premier roi de Prusse Frédéric T' avait un architecte de génie : Schliiter construisit le château ^ fondit la statue du Grand Électeur, que l'on voit sur le Long Pont et sculpta les beaux masques de guerriers mourants pour V Arsenal construit par Nehring (2),
Sous l'influence de l'art Français, le baroque transformé devint le rococo ; dès lors, comme le dit Semper, le cadre remplaça les autres formes de l'architecture ; on le vit s'enlacer au contenu à la façon d'une plante. C'est à la transition du baroque au rocaille qu'appartient l'édifice le plus original de
(i) Le baroque adopte alors certaines formes de l'architecture française comme la galerie. L*on appelle baroque les formes tardives de la Renaissance dans les- ((uellcs foutes les lignes droites sont remplacées par des lignes courbes. Son principal maître est le Bernin. — Les Allemands appellent rococo notre style rocaille.
(2) SchlUter (1664-1714) : Château de Charlottenburg (1696), Arsenal (1698). Statue du Grand Electeur (1703), Château (jusqu'en 1706). Tombeau de Frédéric 1*^ (1713), mort en Russie. — Poppelmann (1662-1736) : Zwinger (1711-1722). Palais Japonais ^1715). Parmi les œuvres importantes du baroque en Allemagne il faut citer les églises de Munich, de Dresde, de Vienne et de Prague ; le château des archevêques de Cologne à Brlihl (1728); à Vienne, le Belvédère (1693-1724) par Hildebrand, Schonbrunn et le Manège d'Hiver, Hofburg (1716) par Fischer (1650-1724), Bamberg (1698-1704), Wurzburg (depuis 1720) par ISeumann (1687-1753) ; le palais du Grand Jardin à Dresde (1679-80), etc. Le meilleur sculpteur de Vienne est Donner ^1692-1741). On lui doit la fontaine de la Prudence sur le Neumarkt.
H.0-,3I l^a— L. 0-,i7, ;,Mu(c dr Dinde.)
rAllemagne, le Zwinger de Dresde, construit par P^ppelmann. Un style, qui rappelle celui de la porcelaine, récemment inventée. (En Allemagne et dans l'Europe entière, les formes de la porcelaine ne s'imposèrent-elles pas au mobilier et même à Tarchitecture ?) Autour d'une cour ovale, des terrasses, de longs bâtiments recouverts de toits Chinois, des pavillons élancés, dont les cinq portes, les cinq fenêtres flanquées de cariatides, forment le piédestal d'un Atlas ou d'un Hercule. Le Zwinger devait se terminer par une terrasse qui borderait l'Elbe, comme celle que le comte de Briihl fit plus tard élever devant son palais. Dans ce décor fantastique, il faut s'imaginer la cour d'Auguste le Fort, électeur de Saxe et roi de Pologne : le luxe de Louis XIV fidèlement imité; ce qui subsistait chez les grands des coutumes et des uniformes de la vieille Allemagne ; la Pologne, dont les mœurs rappelaient et la Russie et l'Orient ; les défilés avec les carrosses dorés, les carrousels, les fêtes de jour et de nuit, les bals masqués, où le roi, la reine, les favorites, les princes et les princesses se mêlaient à la foule sous des déguisements.
Gomme l'architecture, la peinture s'inspirait de la France et de l'Italie. Au temps du baroque, elle était surtout décorative, mais le rocaille remplaça fresques et tableaux parles boiseries sculptées et les marbres polychromes. D'ailleurs, la seule grande œuvre décorative du baroque est d'un étranger ; de 1750 à 1753, le Tiepolo peignit les célèbres fresques du palais de Wurzbourg.
Dans la seconde moitié du siècle, la peinture allemande ne connut plus que le tableau de chevalet, et, si elle produisit de bons artistes, ce furent des imitateurs. Cependant leurs œuvres ne méritent pas le mépris où longtemps on les a tenues ; et l'heure de la réparation semble venir pour plusieurs comme elle est enfin venue pour Watteau et pour Tiepolo. Les portraits de Denner rappellent par leur conscience et leur soin du détail ceux des anciens maitres allemands ; Dietrich traite tous les genres, imite toutes les manières: ses meilleurs tableaux s'inspirent de Rembrandt. Comme peintre
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de batailles, il faut citer Rngendas ; comme peintre d'animaux les Roos, mais, plus encore que la peinture française, la peinture allemande montrait un art qui s'inquiète seulement de la technique et dans la technique même se soucie peu d'inventer. Le temps était proche où, sous peine de disparaître, Tune et l'autre devraient se transformer en s'inspirant d'idées nouvelles, en créant, pour les exprimer, des formes et des procédés nouveaux (1).
La brillante civilisation du dix-huitième siècle ne pouvait durer ; elle était celle d'un petit nombre de privilégiés, qui ne tenaient compte ni des justes réclamations de la bourgeoisie, ni de la misère des paysans. Ceux-là même la condamnaient qui l'avaient établie, leb nobles, les littérateurs et les savants. Tout en affectant de ne rien estimer que la raison, ils souffraient de ne pouvoir exprimer leur affection aux êtres, qui leur étaient chers, et se reprochaient leur égoïsme comme un crime contre l'humanité.
Le premier en France, Rousseau eut le courage déparier de la nature à des hommes qui ne vantaient que la civilisation. Sa doctrine répondait si bien aux aspirations de tous qu'en peu d'années mœurs et préceptes se trouvèrent changés. «C'est, dit Carlyle, qu'avec tous ses défauts, Rousseau avait le signe caractéristique des héros, il prenait la vie au sérieux. De toute la philosophie d'alors, de tout ce scepticisme et ce persiflage, Rousseau avait su dégager le sentiment que cette vie, notre vie, est vraie, et non pas un scepticisme, un théorème, un persiflage, mais un fait, la réalité, une terrible réalité, v
(1) Rugendas (1666-1742) ; son arrière-petit-fils (1775-1SJ6). \oir Peintres de Batailles. De même pour Rutbardt (œuvres de 1663 à 1672). Les Hoos, Henri (1631-85), Théodore (1638-98\ Philippe (1651-1705), Melchior (1659-1731), Joseph (1728-1805). Denner (lè85-1749), Dietrich (1712-74).
En Allemagne, lé mouvement, qui avait commencé avant Rousseau, se développa plus encore qu'en France ; car le génie même de T Allemagne répugnait à la civilisation du dix-huitième siècle, qui était l'exagération du génie latin.
Sans doute, la réforme ne pouvait venir du peuple : presque partout les paysans étaient encore des serfs, ignorants et misérables (I). Et la réforme ne pouvait venir de la noblesse : les hobereaux menaient la vie rude de leurs paysans, la haute noblesse ne quittait plus les cours et les cours se réglaient sur Versailles. D'humeur chaste, Frédéric 1" de Prusse croyait que sa dignité royale lui commandait d'avoir une maîtresse ; c'était la fille d'un cabaretier, et le roi ne la voyait qu a la promenade. Le grand Frédéric ne savait d'autre langue que le français ; à peine pouvait-il lire l'allemand avec l'aide d'une bonne traduction française, et lui-même disait en 1757 à Gellert: a Je parle l'allemand comme un cocher et maintenant je suis trop vieux pour l'apprendre* »
Mais, dans les villes, il se formait une bourgeoisie riche et * lettrée ; c'est d'elle que partit le mouvement qui transforma l'Allemagne. Nous trouvons dans les Mémoires de Gœthe un charmant tableau de la vie de Francfort pendant son enfance. D'aspect, c'était encore une ville moyen âge : une enceinte flanquée de tours et, dans l'enceinte même, couvents, collèges et quartiers formant comme autant de villes fortes, dont le soir on fermait les portes et Ton barrait les rues. Ces rues étroites, tortueuses, étaient bordées de maisons à pignon : chaque étage faisait saillie sur celui qui se trouvait au-dessous, et, dans le haut, les maisons se touchaient presque. \
Les mœurs étaient policées. Le père de Gœthe savait Tita- I
lien et le français, il avait visité Rome, Paris et la Hollande ; !
sa galerie réunissait les meilleurs œuvres des peintres de Franc- !
fort, les paysagistes surtout, qui reproduisaient les sites du i
Rhin dans la manière des Hollandais.
(i) Mèoie en Prusse, où la noblesie pay.iit cependant certains ini|>6ts depuis 1667, le Grand Électeur avait dû assurer par la déclaration de 1663 les droits des nuble& sur leurs serfs (Leibeigcnc).
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Les principales villes de l'Allemagne avaient comme Francfort leur bourgeoisie, de caractère indépendant et d'esprit cultivé. C'est dans ce milieu que le génie de Frédéric II réveilla le patriotisme presque disparu depuis la guerre de Trente Ans. Il faut Jire dans Poésie et Vérité l'étonaement, puis l'admiration, que suscitèrent les réformes et les victoires du roi de Prusse. L'Allemagne entière se trouva divisée ; les conservateurs dépendaient l'héroïque Marie-Thérèse, les réformateurs et les patriotes ne juraient que par le grand Frédéric. Dans chaque famille, l'un et l'autre avaient ses partisans, et le vieux Goethe rompit avec son beau-père, qui avait mal parlé du roi de Prusse.
Dans le même temps, les écrivains de l'école de Leipzig, Gottsched et Gellert débarrassaient la prose Allemande des locutions françaises, dont l'abus la rendait presque inintelligible. Après eux, Klopstock et Lessing réformèrent tous les genres littéraires ; bientôt, l'Allemagne eut une philosophie, une morale, une esthétique nouvelles.
L'on méprisait l'Allemagoe \ maintenant tous se glorifieront d'être Allemands. Dès 174Ô, Klopstock publie ses premières Odes en l'honneur des dieux Scandinaves ; en 1769 il donne son drame de la Bataille d'Hemiann.
De l'antique, l'on ne connaissait que le style romain, transformé par les architectes du dernier siècle ; pour eux ce style représentait toutes les pompes de la monarchie absolue depuis celles des Césars jusqu'à celles de Louis XIV. Maintenant Tantique apparaît comme l'image de la liberté, de la vertu et de la simplicité républicaines.
L'on cachait les sentiments les plus naturels ; maintenant c'est ce débordement d'amour et d'amitié, qui a rendu le Werther populaire.
L'on méprisait lu nature. Pour les admirateurs de la raison, rien n'existait, qui n'était pas raisonnable. Malebrunche donnait des coups de pied à sa chienne, prétendant que c'était une machine et qu'elle ne sentait rien. Maintenant tous admirent la nature. Gesnner compose ses /(////es. Et Werther^crit à son ami :
CITOnOWlECKI
Couché dans le gazon épais auprès de la cascade, je découvre mille petites herbes jusqu'alors inaperçues; je sens plus près de mon cœur le frémissement du petit monde qui s'agite entre leurs tiges, les innombrables, les insondables formes des vers et des insectes ; je sens la présence du Tout-Puissant, qui nous a créés à son image, le souftle du Tout-Aimant qui nous porte et nous conserve dans le vol d'une éternelle joie.
Plus tard Faust s'écriera : « Esprit de la nature, tu m'apprends à reconnaître mes frères dans le buisson tranquille, dans Tair, dans Teau. »
Vers 1770, la réforme poétique se transforme en mouvement révolutionnaire ; c'est la période que Thistoire connaît sous le nom d'Assaut et Presse (1).
Les novateurs s'attaquent d'abord aux institutions politiques. Voici une scène de Cabale et Amour de Schiller. La maîtresse d'un prince d'Allemagne, une Anglaise, s'adresse au Valet, qui lui apporte un coffret de bijoux.
Lady. — Homme ! qu'a payé ton duc pour ses pierres?
Valet. — Pas un rouge liard.
Lady. — Quoi, rien?
Valet. — Hier sept mille hommes sont partis pour l'Amérique, ils ont tout payé.'
Lady. — Tu pleures ?
Valet. — Les pierres... mais j'avais aussi deux fils parmi eux.
Lady. — Nul ne les a forcés au moius.
Valet. — Mon Dieu, non, tous volontaires! Il y eut bien quelques braillards ponr demander combien le prince vendait le joug d'hommes. Mais notre gracieux seigneur fit réunir les régiments sur la place et fusiller ces braillards. Nous entendîmes craquer les fusils, nous vîmes sauter les cervelles sur le pavé, toute l'armée cria : Hourrah ! en Amérique.
Bientôt les jeunes poètes condamnent, avec le gouvernement, la société elle-même. Dans le Laidiotty Heinse chante l'assomption de la courtisane Laïs ; dans le roman de VArdinghetloy resté célèbre pour de bonnes critiques d'art, il prêche
(1) Siurm und Drang période. Ce nom est celui d'un drame de Rlinger (1775). KHnger (1752-1831).
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la communauté des femmes, telle qu'on la pratique dans les Iles Bien/ieu?'€uses. Karl Moor, le héros des Brigands s'écrie :
Honte à ce vil siècle de castrats, où la loi a changée le vol de l'aigle en traînage d'escargots. La loi, n'a jamais su former un grand homme mais la liberté enfante les colosses et les partis extrêmes. Donnez-moi une armée de gaillards comme moi, et l'Allemagne deviendra une république près de laquelle Rome et Sparte n'auront été que des couvents de nonnes.
En 1775^ le théâtre de Hambourg propose un prix pour la meilleure pièce dramatique, drame ou comédie, et telle est la haine du droit d'aînesse, telle la violence des passions que toutes les pièces présentées ont pour sujet le fratricide. Quand le comte Frédéric de Stolberg fait le pèlerinage de Francfort pour voir la mère de Gœthe, il ne lui parle que de boire le sang des tyrans ; la mère de Gœthe remplit un verre de vin rouge en lui disant : Voilà qui vous vaudra mieux.
Du coup, Ton change le costume (17^0-1780) ; en vrais philosophes, le grand Frédéric et Joseph II ont déjà défendu les longues perruques et les habits brodés ; mais les jeunes révolutionnaires ne veulent rien garder qui rappelle la tyrannie. Plus de perruque, le tricorne, que remplace bientôt le haut de forme des Quakers, les cheveux longs, l'habit à la Werther, drap bleu et boutons d'or, la culotte, la botte, et le bâton noueux, que l'on regarde comme le symbole de la vieille Allemagne. Pour les femmes, la tunique grecque, la taille haute, plus de corset ni de crinoline. Bientôt les élégantes pousseront la simplicité jusqu'à ne porter qu'un voile, comme nos Merveilleuses du Directoire. Tuniques grecques et vieux costumes Allemands semblent aujourd'hui ridicules : mais ils nous font comprendre les idées d'alors, et ces idées sont celles qui ont formé la société d'aujourd'hui (1).
(1) Voici les dates les plus importantes de cette période littéraire: Premières Odes Germaniques de Kiopstock (1745), Esprit des Lois de Montesquieu (1748,\ Messiade (1748-73), Contrat social (175%)^ Essai sur les mœurs (1757), Père de Famille de Diderot (1758), Nouvelle Hélotse (1759), Ossian de Macpherson (1762-63), Emile (1762), Minna de Barnhelm (1763). Traité des délits et des
GIIODOWIKGKI
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Gomme la littérature Tart répudia la pompe et Tapprét. Il prit l'antique pour modèle : Tantique ne nous révèle-t-il pas un &Qe de liberté, un temps qui comprenait encore la nature? Perdus par la civilisation, comme le dit Rousseau, les hommes du dix-huitième siècle n'auraient pas su retrouver la nature sans un maître. Dans Tarchitecture, les origines du mouvement étaient plus anciennes : en France, il date de la fin du dix-septième siècle ; la colonnade du Louvre fut un premier essai de retour à Tantique. En Angleterre, Tinfluence hoUaudaise, prépondérante depuis le règne de Guillaume 111, y fit adopter le style du Palladio. Mais ce fut seulement vers le milieu du siècle que la décoration abandonna les cartouches rocaille pour les boiseries blanches et vertes et les guirlandes de roses. Puis Tinfluence de Rousseau ramena le goût de la simplicité antique, et dans le même temps, la découverte de Pompéi fournit des modèles nouveaux. Les lignes droites prévalurent ; partout on plaça les symboles de la vertu républicaine, de Tamour dont tous débordaient : les colombes, les carquois, les torches, les urnes funéraires, les trophées^ les faisceaux, les ornements des boudoirs rappelèrent à tous qu'il fallait avoir Tamour de Werther et la pauvreté de Cincinnatus.
En Allemagne, le Grand Frédéric introduisit le premier le style classique anglais. Knobelsdorff bâtit le château de la ville à Potsdam, Sans-Souci et l'Opéra de Berlin. Gontard éleva les Communs du Nouveau Palais. Puis, ce fut la Porte de Brandebourg de Langhans ; au commencement du dix-neu-
peines de Reccnria, Histoire de l'Art dans Vantiquite de Winckelmaiin (1764), Laocoon (1766), Forêts critiques de Herder (1669), Fiis naturel de Diderot (1771), Émilia Galéotti (1772), GôU de Berîichingeii (1773), Werther (1774), Clauigo (1774), Barbier de Séville (1775), Stella^ première traduction française de Werther (1776), Nathan le Sage (1779), Les Brigands (1781), Critique delà raison pure (1781), Fiesque (1782), Cabale et ilmour( 1783), Mariage de Figaro ,1784), Idées sur C histoire de f^umani/e de llerder (1784-91). />on Car/oi(1787), Mort de Frédéric II (1787), Paul et Virginie (1788), Les Élégies Romaines, V Histoire de la Révolution des Pays-Bas {il%9i),
vième siècle, Schînkel sut, en s'inspirant de Tantique» créer un style original, dont les chefs-d'œuvre sont le Théâtre (1818- 21) et le Musée (1823) (1).
Les arts plastiques se transformaient comme Tarchitecture. Des Français, (le comte de Gaylus entre autres), avaient déjà conseillé aux peintres et aux sculpteurs de s'inspirer plus directement des chefs-d'œuvre classique^. Mais le véritable initiateur de la nouvelle Renaissance fut Winckelmann (A/5/oire de fan dans F antiquité 1764).
Pour écrire cette histoire il résolut de négliger les écrivains Grecs ou Romains et de travailler seulement d'après les statues. L'ouvrage traite de l'art chez tous les peuples anciens, mais spécialement de la sculpture classique. Abandonnant même l'histoire pour la philosophie, l'auteur compose, au sujet des chefs-d'œuvre de la Grèce, un traité d'esthétique complet. Pour lui, deux causes principales ont contribué à donner à chaque nation un art différent : le pays et les institutions politiques. Si les Grecs l'ont emporté sur les autres peuples, c'est d'abord qu'ils vivaient sous un ciel clément, dans des vallées et des golfes, dont les montagnes aux formes harmonieuses leur apprenaient la beauté; c'est ensuite que la république et la liberté les avaient faits des hommes.
De l'étude de la sculpture grecque, Winckelmann tirait ces conclusions : a L'art doit chercher la beauté. Il n'est de véritable beauté que dans le corps de l'homme, qu'on pourrait appeler la mesure de toute choses. La beauté de Thomme résulte des proportions qui existent entre ses parties. Découvrir ces proportions, voilà le but de l'art » .
Ce que Winckelroaun enseignait, son protecteur, son ami, | Raphaël Mengs (1728-79) le mit en pratique. Le chef-d'œuvre de Mengs est le plafond de la villa Âlbani à Rome : Le Parnasse (1761).
Un paysage comme les aime le Dominiquin. Au milieu, un bouquet d'arbres ; de part et d'autres des échappées de lumière,
(i) Knobelsdorff (1697-1753), Langhans (1733-1808), Gontard (1731-1791 , Schinkel (1781-1841;.
puis (le nouveau des masses sombres, montagnes et bois. Contre le fond des arbres se détache le corps nu d'Apollon, qui tient la couronne de laurier et la lyre : nous retrouvons dans TApollon de Mengs les proportions de la statue du Bel* védère, le même cou long, la même tête fine et hautaine ; la chair est traitée dans la manière du Corrège. A la gauche du maître, une déesse aux longs vêtements s'appuie contre une < colonne. Quatre des Muses sont auprès d'elle, les cinq autres à la droite d'Apollon. Elles ne forment pas de groupes comme dans la fresque du Vatican ; chacune préside à 1 œuvre qui lui est propre, et chacune a son type particulier. Les unes rappellent Raphaël, d'autres le Dominiquin, deux les danseuses de Pompéi récemment découvertes. •
Avec cette réforme classique, la fin du dix-huitième siècle ' en connut une autre, naturaliste celle-là. Héritiers de la tra-dition de Denner, Chodowiecki, Graff et Angelica Kauffmanri > peignaient d'excellents portraits. Mais Chodowiecki est déplus un graveur plein de verve qui nous dit toute la vie du temps.' il en montre les mœurs dans le Voyage à Danzig et les dessina pour les almanachs; l'histoire dans les planches consacrées au Grand Frédéric; l'esprit dans ses illustrations des œuvres de Lessing, de Gœthe, de Nicolai (1).
Enfin les deux styles se confondirent dans l'œuvre du sculp- ! teur prussien Schadow. Il est classique dans le tombeau du Comte de La Mark, où Ton voit un enfant demi-nu couché avec son épée entre les genoux (église de Dorothée à Berlin) ; clas- . sique et réaliste tout ensemble dans son charmant groupe des • princesses de Prusse au château de Berlin (1793), franchement" réaliste quand, le premier enfin^ il représente Frédéric et se:$ * généraux en uniforme prussien et non plus en costume romain fâ)* i
(1) Chodowiecki (1726-1801), Graff (1736-181;)), Angelica Rauffmann (1741- > 1807), Schadow (1764-1850).
(2) La fin du dix-huitième siècle, le commencement du dix-neuvième siècle ^ forment aussi Tépoque {glorieuse de la musique allemande. Haydn 1732-1809), Moiart (1756 1791), les premières œuvres de Beethoven (1770-1827) jusqu'en . 1802, représentent r««prit du dix-huitième siècle; Gluck (1714-1787) et Beethoven *■
36 LA PEIINTURE ALLEMANDE
• Depuis 1780, les écrivains allemands demandaient une révolution ; aussi accueillîrent*ils avec enthousiasme la nouvelle de la révolution française : Schiller et Klopstock s'enorgueillirent d'être nommés citoyens de la nouvelle république. Mais Texécution de Louis XVI et la Terreur changèrent leurs sentiments ; une nouvelle école apparut, qui maudissait la raison, la liberté, le progrès, déclarait le moyen âge seul admirable ; dans sa haine pour Tesprit classique, elle repoussait les œuvres de ceux qui, assagis, devenaient les classiques allemands, Goethe et Schiller. C'est Técole romantique, dont les chefs, réunis à léna, rédigèrent le programme en 1797.
Au romantisme, il faut une philosophie nouvelle. Fichte déclare que V Objet-^n-soi de Kant est le Moi; Schelling enseigne Tidentité de Tidéal et du réel.
Au romantisme, il faut une science nouvelle. Jacob et Wilhelm Grimm créent la science de la langue et de la littérature allemandes, tandis que Wilhelm et Friedrich de Schlegel prétendent faire de Tallemand la langue universelle en traduisant les œuvres de toutes les littératures.
Le romantisme a sa théologie, qui sera niystique. Aussi la plupart de ses chefs se convertiront-ils au catholicisme ou du moins en célébreront-ils legénie.Mais le protestantisme devient aussi romantique avec Schleiermacher qui cherche le fondement de la t'eligion dans le sentiment.
Le rpmantisme a sa littérature. Son chef est Tieck, poète, romancier, traducteur du Don Quichotte. Derrière ce chef, ce seront des rêveurs poitrinaires, qui demanderont la mort, comme Novalis et Wackenroder, des mystiques comme Brentajno^ des auteurs de contes étranges comme Fouqué, Chamisso,
dans sa aeconde période jusqu'en 1815, la Renaissance clasaîque; Weber (1786- 18)^6) et Beethoven dans sa dernière manière, le romantisme.
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