‹ La peinture allemande aux XIXe siècleChapitre 3 sur 50 · II. t>-,6J — L. 0",JT l/i · texte numérisé non relu

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Hoffmann. La violence des passions est si grande, la conception de la vie si étrange, que Kleist, le meilleur poète dramatique de Técole, cède aux désirs de son amie Henriette Yogel, la tue et se tue sur le bord d*un étang de Potsdam (1811).

Enfin le romantisme a son art propre dont Tieck et Wackenroder rédigent le programme en 1797.

Cet art est mystique et catholique. En architecture, il ne reconnaît qu'un style, le gothique, seul allemand et seul chrétien : dès 1811, Ton recommencera de travailler à la cathédrale de Cologne ; bientôt, gouvernements et particuliers fournissent des fonds pour la restauration et l'achèvement des anciennes églises. En peinture, le romantisme revient d'abord nu vieil art allemand; les frères Boisserée forment une belle collection des mattres du moyen âge et de la Renaissance. Mais Durer et Holbein sont protestants. Les romantiques les abandonnent pour Raphaël. Bientôt Raphaël lui-même leur semblera païen, puis son art classique répugne à leur goût du fantastique, à leur recherche des symboles, comme à leur idée que Tart ne doit sacrifier aucun détail. Archaïsante et minutieuse, la peinture romantique sera celle des Préraphaélites et des AiomisteSy peu différente de l'école anglaise moderne, qui s'en est inspirée (1).

[i) Voici les dates des principaux écrivains de l'école romantique : Fichte(1762- 1814), Schelling (1775-1854), Jacob Grimm (1785-1863), Wilhelm Grimm (1786-1859), Willielm de Schlep,el (1767-1845), Friedrich de Scblegel (1772- 18Î9), Sclileiermacher (1768-1834), Tieck (1773-1853), Wackenroder (1773- 1798), Hardenberg (Novalis) (1772-1801), Schulze (1789-1817), BrenUno (1778-1842), Arnim (1781-1831), Bettina d'Armin (1788-1859), Fouqué (1777- 1843), Holderlin (1770-1843), Kleist (J777-181I), Werner (1768-1823), Hoffmann (1776-1822), Ghamisso (1781-1838), EichendorfF (1788-1857), auzqueU on peut joindre les poètes de l'école de Souabe : Uhland (1787-1862), Kerner (1786- 1862), Schwab (1792-1850). Les poètes de 1812 sont Schenkendorf (1783-1817), Korner (1791-1813) Arndt (1769-1860) et Riickert (1788-1866V Le dernier poète classique est Platen (1796-1835).

Après les victoires de Napoléon, les réformes de Stein et de Hardenberg, qui changèrent la Prusse féodale en État moderne, Ton vit apparaître une nouvelle génération littéraire. En même temps que la guerre contre Napoléon, Uhland, Ârndt, Riickert, Kôrner et leurs amis demandaient le rétablissement de l'Empire d'Allemagne, la concession des libertés civiles et politiques. De nouveau la littérature était révolutionnaire.

Jusqu'en 1815, les princes et les hommes d'État encouragèrent les tribuns et les insurgés, puis, Napcdéon vaincu, ils refusèrent les libertés promises et persécutèrent ceux qu'ils avaient poussés à la révolte.

Mais comment arrêter le mouvement? Les associations d'étudiants couvrent l'Allemagne {Burschenschaften). Partout les étudiants font la loi ; en 1812, ils avaient adopté le vieux costume allemand. Maintenant ils s'affublent de tenues étranges : pantalons collants, grandes bottes, taille de femme, l'habit aux longs pans ou la tunique à brandebourgs, chapeaux immenses ou bonnets de toutes formes. Et ce sont des duels, des bagarres, des conspirations, des concours de gymnastique, des excursions à pied âans les sites romantiques visités au clair de lune, des cavalcades dans les rues des villes terrorisées par les aboiements des gros chiens.

Après l'assassinat de Kotzebue, les gouvernements de l'Allemagne se rallièrent au système du prince de Metternich, les ligues d'étudiants furent dissoutes, Ton restreignit la liberté de la presse. Il semblait que l'on eut oublié les événements des vingts dernières années, et que l'on voulût rétablir le régime antérieur à la Révolution Française.

Cependant l'Allemagne n'était plus la même. En Prusse, le prince de Hardenberg poursuivait ses réformes; leservice mili-

PORTRAIT (1766 ou 1793) H. I",68 — L. l-,Oi 1/2.

(Jlutic de Druide.}

taire et la loi de 1816 sur le régime scolaire faisaient pénétrer les idées nouvelles même dans les villages de la Prusse Orientale et de la Poméranie ; les provinces rhénanes conservaient le code civil et les états de rAllemague du Sud obtenaient des constitutions.

L'aspect même du pays montrait cette transformation. Partout Napoléon avait construit des chaussées, jeté des ponts, élargi les rues des villes, et malgré leurs finances obérées, les anciens gouvernements rétablis imitaient son exemple. Sans doute les paysans conservaient les modes du dernier siècle, mais les habitants des villes adoptaient le costume moderne. A peine quelques vieillards portaient-ils dans la rue la culotte et la perruque. Et, si les hommes qui avaient dépassé la quarantaine se rasaient encore, les jeunes gens avaient déjà la moustache ou même la barbe. Les femmes renoncèrent au costume antique ; le corset reparaissait en 1820, la crinoline en 1825, mais les modes conservèrent une plus grande simplicité; on sentait que la vie de cour et les mœurs galantes du dix-huitième siècle étaient désormais choses du passé.

Tout ainsi, dans T Allemagne de Metternich, annonçait des idées et de mœurs nouvelles, aucune loi ne pouvait lui rendre les idées et les mœurs d'autrefois.

C'est alors que TAllemagne prit conscience d'elle-même dans ridéalisme. Plusieurs causes avaient contribué à produire cet état d'esprit.

D'abord le rationalisme. Dans la première moitié du dixhuitième siècle, les philosophes n'admiraient que l'intelligence, et pour eux l'intelligence se réduisait à cette faculté que les Cartésiens appellent la raison raisonnante. Ils estimaient que la volonté avait son origine dans la raison et méprisaient l'instinct et le sentiment. La France obéissait aux encyclopédistes,

rAIIemagne aux professeurs des Universités. Partout prévalait le rationalisme, et le rationalisme, uni au scepticisme sensualiste de Locke, aboutit à Tidéalisme de Kant.

Le milieu du dix-huitième siècle connut la réaction de Rousseau, qui, pour réformer les mœurs, demandait le retour à la nature ; dans le même temps, Winckelmann et les critiques exigeaient que Tart s'inspirât de Tantique. Puis les poètes allemands s'insurgèrent contre TinQuence française, pour eux TAllemagne nouvelle devait continuer la vieille Allemagne. Tous cherchaient donc leur idéal dans le passé.

A cette réaction philanthropique et sentimentale succéda le mouvement révolutionnaire. Avec Rousseau, la philosophie commença de croire à la bonté naturelle de Thomme ; les vices ne provenaient que des conventions sociales : s'en affranchir, c'était affranchir Thomme du mal. L'on chercha l'idéal dans l'avenir.

Les luttes de la Révolution, les guerres de l'empire semblèrent monstrueuses à des hommes élevés dans des salons ou des universités. Tant de sang versé leur donna la pensée d'une vengeance céleste. Le même sentiment qui inspirait à Joseph deMaistre les Soirées de St-Pétersbourg ^ fit naître le romantisme allemand, épris d'un nouvel idéal, mystique et religieux.

Telles furent les causes de l'idéalisme allemand ; de 1740 à 1815, tous les événements le fortifièrent, comme toutes les transformations de l'art et de la philosophie. Mais, tant que durèrent les troubles et les guerres, l'action détourna les meilleurs de la spéculation. Après 1815, l'action devenant impossible, les plus forts, les plus violents n'eurent plus qu'une occupation : penser. Ce fut alors l'apogée de l'idéalisme.

Or, pour l'idéalisme allemand, le réel n'est, comme Tidéal, qu'une forme de l'esprit. L'idéal est l'abstrait, le réel le concret. La beauté ne peut se comprendre que dans leur union. Mais seul l'art sait les unir. Voilà donc l'art proposé comme la solution même de l'énigme de la vie, comme le but vers lequel tendent et l'effort de la nature et l'effort de la pensée. Voilà donc l'artiste élevé au-dessus de tous les

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