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CHAPITRE PREMIER

LA PEINTURE RELIGIEUSE DE l'aLLEMAGNE CONTEMPORAINE

Des nations de TEurope, rAllemagne serait peut-être celle qui a le moins conserve son ancienne foi religieuse. Sans doute protestants et catholiques y remplissent encore les églises le dimanche, les souverains font officiellement profession d'un culte, et, les socialistes exceptés, les auteurs populaires n*y sont pas hostiles au christianisme. Mais les ouvrages scientifiques, les définitions des dictionnaires prouvent que la tradition n'exerce plus d'influence sur les intelligences et, pour laconduitedelavie,ron remarqueau moins chez les protestants du Nord ce qu'Ibsen signale chez les Scandinaves : le respect de la lettre du christianisme avec l'oubli croissant de son esprit.

Cependant nous trouvons en Allemagne toutes les confessions : catholiques ultramontains, catholiques libéraux, vieuxcatholiques, protestants de toutes sectes depuis ceux qui sont presque des catholiques jusqu'à ceux qui professent les doctrines de Strauss. Par suite, la peinture religieuse révèle les inspirations les plus diverses.

Et la technique change avec l'inspiration. D'une manière générale l'on peut dire que les traditionalistes restent fidèles à l'idéalisme; que les peintres d'histoire suivent, les uns les principes de l'école coloriste, les autres ceux du naturalisme; enfin que les symbolistes emploient volontiers les procédés de l'impressionnisme. Maischaque genre connaît toutes les inspirations et toutes les factures. Aussi, pour comprendre la peinture religieuse de l'Allemagne moderne, convient-il d'étudier chaque genre en particulier et d'y suivre l'évolution de l'ancien idéalisme au naturalisme, puis à l'impressionnisme.

Deux remarques doivent pourtant dominer cette étude. D'abord, les maîtres de la peinture religieuse ne sont plus des catholiques comme au temps d'Overbeck mais des protestants ou même des libres penseurs. Ensuite la plupart de ces maîtres, y compris MM. Bôcklin et Max Rlinger, s'inspirent plutôt de la philosophie que de la religion, si bien que leurs œuvres relèvent de Tart symbolique et non de Tart chrétien.

Dans ses formes anciennes, le traditionalisme est encore représenté par quelques Nazaréens, les peintres de genre de Dusseldorf et les coloristes de Munich.

La dernière œuvre importante de TEcole nazaréenne est la série des cartons de Geseischap pour V Église de la Paix à Potsdam. Gomme un naturaliste, Geseischap faisait ses études d'après nature; il y rendait fidèlement les traits de ses modèles, si rudes que fussent ces traits, mais, comme les maîtres du commencement du siècle, il prétendait dans ses fresques idéaliser la nature. Aussi, plus vigoureux que ses fresques, ses cartons n'ont-ils pas la vigueur de ses études.

Des cartons religieux de Geseischap le meilleur est ï Adoration des Bergers (1897). Dn portique ouvert; par la baie du fond l'on aperçoit une ville, un paysage méditerranéen. Les types semblent d'Italiens du Midi qui auraient du sang arabe. Au milieu, la Vierge, à genoux devant la Crèche, où l'Enfant- Dieu ouvre pour la première fois ses bras rédempteurs. Près de la crèche, et de même agenouillés, un enfant, un vieillard, plus loin un jeune homme, un patriarche au front chauve, aux mains jointes; derrière eux saint Joseph, une femme, un garçon qui porte un agneau, un berger. A droite, deux figures aperçues par la baie; au premier plan, l'âne et le bœuf, deux pâtres : l'un joue de la flûte, l'autre souffle dans ses pipeaux, de jolies têtes italiennes, pleines de vie et de gaieté. Le natu-

ralisme fait le charme de cette tardive production de Tidéalisme. Geseiscbap prétendait montrer que Fart ancien vit toujours; il ne montrait rien sinon que cet art est mort.

Les peintres de genre ont donné quelques tableaux agréables comme les Madones de M. Brtitt et de M. Defregger, et celle de M. Knaus, dont le type e^, en plus noble, celui d'une tsigane.

L'école coloriste a produit un chef-d'œuvre : la Pîetà de Bôcklin, mais, pour montrer les tendances de cette école^ mieux vaut décrire la Pieià et le Crucifiement de M. Stuck.

Pour sa Pietà (1890), M. Stuck s'est inspiré du tableau d'Holbein au Musée de Bâle.

— Sur la pierre du sépulcre, le Christ étendu raide. Debout près du corps livide, la Vierge dans son manteau sombre, ses mains seules lumineuses^ qui cachent son visage.

Le Crucifiement, Une plate-forme. A gauche, des prêtres aux vêtements rouges et noirs. Dans les bras d'une femme, la Vierge évanouie» Â droite, sur des croix, leurs pieds touchant le sol, l'un des larrons dans l'ombre, l'autre au premier plan et se tordant; au milieu le Christ couronné d'épines, la tête aux longs cheveux noirs pendant sur la poitrine, le visage calme jusque dans la mort. Au bas de la plate-forme, les figures hideuses de la foule, qui hurle.

. Et si l'œuvre nous parait belle et forte, qu'y reste-t-il de l'idéalisme d'autrefois, qu'y reste-t-il même de l'esprit chrétien?

Des peintres naturalistes, le plus puissant est M. Gabriel Mq\ ; Il prétend analyser les sentiments et même les sensations des personnages sacrés.

L'Annonciation. Comme fond, des nuages avec des têtes d'anges. Devant un pupitre couvert de riches étoffes, la Vierge, agenouillée sur un coussin, aretourné la tête. Une lueur trouble se dégage des longs cheveux noirs épars sur les épaules. Les yeux disent le pur amour, les lèvres disent l'extase. Un visage jeune et beau, mais du type étrange, qui plaît à Gabriel Max et fait penser au Léonard : pâle, les joues pleines, la lèvre

supérieure un peu longue; l'expression de ferme douceur que donne un esprit absorbé dans une seule pensée. Et voilà qu'un ange apparaît, aux grandes ailes étendues, vague comme un fantôme. Les jambes se perdent dans la tunique fondue en vapeur, le sein est celui d'une mère, les mains se croisent sur le sein pour adorer^ et le visage semble le visage même de la Vierge, mais avec le mystère de Tlncarnation dans le sourire et la douleur de la Pieta dans les yeux baissés.

D'un autre peintre, une pareille conception aurait pu révolter, mais M. Max a mis dans son œuvre une si pieuse émotion, il a montré tant de joie dans les traits de Marie, tant de tristesse dans ceux de Tauge, que l'impression ressentie est vraiment religieuse; nous pensons aux Litanies des Heures Joyeuses, des Heures Douloureuses, des Heures Triomphantes. Si le tableau avait pour titre un rêve de la Vierge et non l'Annonciation, les croyants ne pourraient que l'admirer; car l'idée* en est grande : la Vierge mise en face de la Mère de Douleur, la jeune fille heureuse et belle acceptant volontairement la souffrance, parce que Dieu l'exige et le salut du genre humain.

Mais comme au siècle dernier l'abus du rationalisme avait amené le romantisme, la prétention d'expliquer les miracles de l'Écriture par les récentes découvertes de la psychologie ou même delà physiologie devait produire une réaction mystique. Elle s'est marquée heureusement dans deux œuvres de la jeune école impressionniste où l'on trouve sans doute plus de grâce que de vigueur.

M. Darr(i85i) : Madone.

— Un soir silencieux et doux; le ciel pur, transparent. A gauche, un massif d'arbres. De profil, assise sur un banc de mousse, la Vierge, qui tient l'Enfant Divin, semble une claire apparition. En face d'elle, trois anges agenouillés; l'un joue de la viole, un autre souffle dans une flûte double, tandis que e troisième, son hautbois oublié, regarde avec extase la Madone.

M. Volz (1855) : Maria.

— Le matin. Un paysage aux lignes simples, un clocher baignés dans une douce lumière. Au premier plan, sous Tombre des arbres, des champs enclos de planches et, sur un banc, les pieds dans Therbe où se jouent les rayons, Marie assise : tunique blanche, voile blanc, une mince auréole, pâle, presque de profil, les mains jointes sur le livre que supportent ses genoux.

Tandis que ces peintres s'efforçaient de renouveler Tancien idéalisme, d'autres traitaient le genre historique avec une conscience tout allemande : ainsi M. Hermann Kaulbach, M. de Munkacsy, M. Albert de Keller, Tun despremiers maitres de rimpressionnisme. L'œuvre la plus complète de cette école est le panorama du Crucifiement par Piglhein (1888). Le paysage de Jérusalem, la ville aux maisons blanches, les collines arides, où ne poussent que des oliviers, les pentes rocheuses du Golgolha et la foule aux amples vêtements, fidèlement copiée d'après une foule d'aujourd'hui.

Mais les deux œuvres qui, dans leur sincérité, prouvent le mieux les dangers du genre, sont celles où M. deMenzel (I85I) et M, Liebermann (1879) représentent l'Enfant Jésus au milieu des Docteurs : des Juifs polonais au front chauve, à la longue barbe, au nez aquilin, qui tiennent leur menton, réfléchissent ou discutent opiniâtrement en crispant leurs doigts crochus.

Pour bien comprendre l'art religieux symbolique de l'Allemagne contemporaine, il faut d'abord étudier l'exposition Bierchàe 1898.

Voici quel était le sujet proposé (1) : représenter le Christ seul

(1) M* Tlicodore Bîcrck avait mU le S'ijct au conroai'i. G^arfue peintre écrivit une lettre pour expliquer ses intentions.

et sans rappeler aucune scène de sa vie, le représenter dans un portrait, qui donnât la synthèse de son caractère.

Deux peintres seulement envoyèrent des tableaux : M. M. Gabriel Max et M. Brûtt.

M. Max :

— Devant une arche, dont la pénombre laisse apercevoir deux apôtres en costume oriental, le Christ s'avance : de longs cheveux blonds, une fine barbe encadrent son pâle visage aux traits réguliers, presque féminins, à la bouche doucement énigmatique, aux yeux souffrants et rêveurs. Comme les Madones de M. Max, son Christ dit le mystère, la chair faite céleste par Textase, le visage rendu plus beau par la souffrance volontaire oubliée dans la sérénité.

. A la porte d'une humble maison, M. Brûtt nous montre le Christ consolateur, qui^ là main sur son cœur, se reproche de ne pouvoir guérir toutes les souffrances.

M. Skurbina peint avec ses chaudes couleurs un paysage idéal, qui rvif pelle L'Enchantement du Vendredi Saint,

Parcival. — Comme aujourd'hui la plaine me semble belle. Jadis j*ai connu des fleurs merveilleuses; pleines de désir, elles m'enveloppaient même la tète. Mais plantes, boutons et fleurs ne m'ont jamais paru si doux, paru si tendres ; jamais toutes choses ne m'ont semblé si naïvement belles, ne m'ont parlé un si confiant langag^e d'amour.

GuRNEMANz. — C'cst l'euchantement du Vendredi saint... De leur sainte rosée, les larmes repentantes du pécheur fécondent le jardin et la plaine.... Toute créature suit joyeuse les traces saintes du Rédempteur pour Lui adresser sa prière. Ne pouvant Le voir lui-même sur la croix, elle regarde l'homme racheté de la faute et de Teffroi par le sacrifice sans tache du Dieu d'amour... Délivr<^e du péché, la nature a retrouvé son innocence première.

Mais dans ce paysage mystique, M. Skarbina donne à son Christ en robe sombre le visage d'un homme d'aujourd'hui. Les longs cheveux bruns, la barbe noire, les joues pâles, le front saillant, les yeux fixes et presque durs nous montrent le rêveur à Ténergie concentrée, qui s'indigne de l'infortune des humbles, et, passant du songe à l'action, se prépare à les délivrer.

Pour M. Arthur Kampf, le peintre de Toiivrier socialiste de la Westphalie, le Christ représente tous ceux qui, depuis des siècles, ont vainement lutté, vainement travaillé, vainement sQuffert. Les bras découragés, ses livres laissés inutiles, il réfléchit, et son visage ravagé, ses yeux fiévreux, sa bouche amère semblent demander : Mon Père, pourquoi m'avez- Vous abandonné?

Les artistes de Técole de Munich ont surtout cherché la belle couleur et la lumière. Dans un paysage romantique, M. Zimmermann peint le Christ en robe blanche, le profil fin, la bouche dure, les yeux mouillés de larmes. Devant un ciel d'orage et de feu, M. Marr représente un rêveur aux traits féminins, au front fuyant, aux yeux tristes et profonds. De M. Stuck, un profil sur fond noir, et régulier comme une médaille : le nez presque droit, les yeux sévères, le front d'un Olympien ; et les longs cheveux, la barbe assyrienne accusent encore la netteté des traits.

Chez deux peintres seulement nous trouvons une inspiration vraiment religieuse ; ce sont MM. Hans Thoma et de Uhde.

M. Hans Thoma.

— Un cadre, surmonté d'un fronton : en haut la croix; sur les côtés, les animaux qui symbolisent les évangélistes, la vigne et les épis du froment. Un paysage idéal : des plaines cultivées, une colline avec un village. Le Christ debout, vêtu de la tunique sans couture ; il est peint jusqu'aux genoux. Sa main droite tient la fleur de la Passion. Le visage d'un Allemand blond, rêveur et doux, le front carré, les cheveux longs, la barbe bouclée; sous les sourcils espacés, de grands yeux bleus rêveurs.

M. de Uhde nous montre le Christ toujours agissant. Dans une gerbe de lumière qui, enveloppant son corps, se répand comme à travers lui sur le monde, Jésus, les bras plies, les mains levées pour bénir; son visage dit l'extase, mais cette extase que donne l'amour de tous les hommes.

Les principaux maîtres du genre symbolique sont MM. de Gebhardt, de Uhde et Max Klinger. Je consacre un chapitre aux deux premiers; Tœuvre religieuse de M. Max Klinger ne saurait se séparer de son œuvre philosophique . Parmi les tableaux des autres peintres religieux, en voici trois qui marquent distinctement les phases principales de révolution de Tart moderne.

Le Christ bénissant les Champs de M. Steinhausen.

— Un paysage simplifié, dont la composition rappelle et Tartde Botmann, et le nouvel art décoratif. A gauche une masse d^ombre; le feuillage d'un grand arbre. Au milieu, en pleine lumière et sous le ciel sans nuage, les lignes très nobles d'une contrée à peine ondulée. Au premier plan, une colline dominant la plaine où paissent les troupeaux. Le Christ, assis et de profil, bénit les moissons; son manteau parait gris dans le clair-obscur, qui fait le visage sombre; les cheveux sont noirs, et, sortant des manches de la tunique blanche, les mains pâles semblent fondues dans la clarté du couchant.

Le Vendredi Saint , de M. Julius Exter.

— Un triptyque ; les petits panneaux avec des anges vêtus de longues robes de brocart, les poses contournées, les mouvements violents, la bouche ouverte, les yeux hagards; devant eux, des lys immenses. Au milieu, un plateau sans un arbre; sur la croix, le Christ lumineux aux traits si effacés, qu'à peine on les distingue. Autour de la croix, quelques hommes, un cercle de femmes à genoux, en robes noires, avec des coiffes ou de lourds bonnets, les traits tirés, les mains jointes. Deux surtout sont remarquables, au premier plan et de profil : une Vieille penchée en avant, si raide qu'elle semblerait bossue, les mains Tune contre l'autre, les doigts allongés, le menton pointu sur les pouces croisés, Tair stupide ; l'autre jeune. et belle, les mains levées, ses grands yeux noirs pleins d'amoi r dans son visage gras et sensuel. (Munich.)

Enfin les fresques de M. Sasçha Schneider dans Téglise de Colin près de Meissen (en Saxe). I3n arc en plein cintre audessus d'une abside ogivale. Des personnages deux fois plus grands que nature. En haut, le Christ sur une croix lumineuse; de part et d'autre un ange assis. A gauche, et descendant, des soldats, des joueurs de trompettes, nus, avec des manteaux de couleurs vives, des armes éclatantes ; deux anges les conduisent, vêtus de blanc. Au bas et faisant face au cortège, les morts ressuscitent dans un cimetière aux grands cyprès : l'un encore endormi sur la dalle funéraire, l'autre debout dans la fosse ouverte, essayant d'ouvrir ses paupières appesanties, et ses mains hésitantes tàtant l'air comme font les nouveau-nés.

A droite et debout les Anges destructeurs de F Apocalypse. La Mort, un squelette à barbe blanche et vêtu de noir. La Guerre, un géant roux, la tête couverte d'une peau de fauve dont la gueule crache des serpents. La Peste, un cadavre nu, entre ses mains un arc bandé. Vêtue d'une longue robe violette, la Faim au visage de Voltaire, une longue perruque blanche bouclée, sourit et joiie avec une balance. Au-dessous, les damnés précipités dans l'abime sans fond.

Et, mieux que les autres genres, le genre symbolique nous montre ainsi le développement de l'individualisme. Chez M. Steinhausen, le dogme, interprété librement, est encore le dogme. Qu'en retrouvons-nous dans les œuvres deM. Schneider? Il ne nous apprend même pas ce qu'il pense du christianisme, mais seulement ce qu'il pense en étudiant le christianisme. La religion dû pardon et de la pitié ne lui inspire rien que la lutte pour la vie telle que Darwin et Spencer l'ont comprise, la principe de la force primant le droit, dont Nietzsche a fait le fondement de sa morale.

I ' 320 LA PEINTURE ALLEMAISDE

Autant et plus que la peinture religieuse, les Allemands ont cultivé ce qu*on pourrait appeler le genre religieux. D'abord l'histoire des persécutions ou la vie des saints : je rappellerai seulement les œuvres de MM. Baur et Gabriel Max. Puis des scènes pieuses du moyen âge et de la Renaissance^ comme Beischlag aimait à les peindre. Enfin des scènes pieuses de la vie moderne. Dans son tableau de YÉglise^ M. Leibl représentait des paysannes, qui sentaient peu et ne pensaient à rien. L'/n Christo de M. Max Thédy (1858) nous montre au contraire un effort pour analyser les émotions que donne la prière.

— Quatre religieuses dans le banc d'une chapelle : la première tournée de profil comme étonnée, inquiète même ; la seconde d'âge mûr et, suivant l'expression vulgaire vraiment confite en dévotion; la troisième, jeune, tenant à deux mains son livre ouvert, les yeux pleins de ferveur; la quatrième, vieille, ridée^ les mains jointes, la tête baissée et priantavec componction.

Deux tableaux marquent bien les tendances extrêmes du genre religieux contemporain.

M. Gabriel Max, Notre père (Dresde).

— Contré le mur gris, où pend une photographie entourée d'une couronne, un lit blanc à l'édredon rouge repoussé. A genoux, dans le désordre de ses vêtements de nuit, une jeune fille a laissé tomber la lettre aux mauvaises nouvelles et joint aussitôt les mains pour prier. Dans le visage bouffi, morbide, aux lèvres décolorées, aux joues pâles, dont les cheveux noirs augmentent la pâleur, deux yeux ardents, humides, désespérés et cependant encore pleins d'espérance. Cette foi est la foi qui transporte les montagnes.

M. Frithjof Smith : Heureux les pauvres. Une église de

MAX (GABltlEL)

PÈRE [18HT) ni - I.. l",!».

Tillage. Dans les bancs, rien que des faibles : un vieillard, des femmes, des enfants. Et, vague dans la vague clarté, qui tombe des fenêtres, Tirnage lumineuse du Christ : il étend les mains et dit : a Heureux ceux qui souffrent car ils seront consolés. Heureux ceux dont le cœur est simple, car le royaume de Dieu leur appartient. »

Et ces œuvres révèlent moins de piété que de recueillement ; au lieu de lu foi nous y trouvons le désir de la loi ou seulement le souvenir de la foi perdue (1).

(1) Parmi les peintres i*eli{;ieux, il faut citer d'abord ceux qui traitent encore les anciens sujets dans In manière idéaliste: à Munich, M. Raumeister ; à Berlin Piockhorst (1825-1895) dont la meilleure œuvre est le Moïse du Musée de Cologne. Dans Técole coloriste de Munich : M. Ernst Zimmermann (1852) qui a peint le beau tableau de V Adoration des Bergers (Municb); M. Defregger (Vierge et Sainte Famille) ; M.Echtler, qui s^inspire de Sassoferrato ou de Carlo Dolci. Des peintres d'histoire, comme M. Hermann Prell, des naturalistes comme M. Briilt ont donné aussi des Vierges ou des Saintes Familles^ qui rappellent les Nazaréens par la composition , et par la couleur l'école de Municb.

M. Steînhausen (1846) se rapproche des Prérafaélîtes anglais. Gomme eux, il cultive tous les genres: peinture, gravure, lithographie; la sculpture (médaillons représentant les dieux antiques) ; Tart décoratif (ainsi des études de plantes pour reliures). M. Steinhausen s'est essayé dans des sujets variés; il a peint, dans une maison de Francfort, des fresques sur le Songe d'une nuit d'été. Il a dessiné ou lithographie des compositions pour beaucoup de bontés, entre autres : Schneewittchen et les Sept nains et la Gardeuse d*oies. On a de lui des portraits, entre autres son portrait avec ses enfants. Dans ses grandes œuvres il méprise la couleur et son dessin simplifié manque souvent de fermeté.

On lui doit la fresque du monastère de Saint Théobald à Wernjgerode dans le Harz. Le Crucifiement. — Au sommet d'une montagne, le Christ en croix. A gauche, la Madeleine agenouillée, un chevalier debout, la main sur l'épaule de son fils qui a mis un genou en terre. Une dame, les bras ouverts. Des pauvres. A droite, un malade couché soutenu par une femme à genoux. Deux docteurs qui discutent. Une femme avec des parfums. Des gens du peuple. Deux hommes nus, l'un bien portant, l'autre malade. — Au-dessous du Crucifiement, la Cène. — Le Christ au milieu de la table, les mains étendues. En face de lui et vu de dos, un homme à genoux, qui prie. De part et d'autre du Sauveur, des ouvriers, des paysans, des femmes, des enfants, tous des Allemands d'aujourd'hui mais vêtus de costumes de convention Et leurs rudes visages disent la souffrance du travail journalier, de la douleur devenue coutumière, la foi dans Celui qui est venu, l'inexprimable angoisse que leur cause son départ, a Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus. »

l*armi les lithographies de M. Steinhausen, je signalerai : Soyez sans crainte. — Un paysage de Millet ; quelques nuages à peine dans un ciel de printemps. Au loin, des laboureurs. Au premier plan, un homme qui dort, accablé de fatigue. El les traits tirés de cet homme, la contraction de ses paupières closes nous trahissent des rêves impurs. A ses pieds, le serpent tentateur, un crocodile au buste d'homme, avec une tète de faune plus méchante. Mais, debout, la femme élève son

SI

enfant vers le ciel, leur amour racliètera celui qui va faiblir. — En 1899, M. Steinhausen a publié rillustration de VEtudiant en voyage de Glemens Brentano.

L*on doit à M. Gorintb (1858) La descente de Croix (1895). Cinq bustea sur un ciel livide : la Madeleine embratsanl le cadavre du Christ, porté sur le suaire que tiennent deux apôtres; derrière, la Madone aux yeux fixes. Et le Crucifiement (1898). Toutes les figures pressées sur le premier plan : le Cbrist, dont le corps tombe en avant ; Saint Jean soutenant la Vierge, deux saintes femmes, et derrière, les larrons ; le visage de celui de droite^ un visage d*ouvrier aviné, est proprement hideux. — M. Pfannschmidt de Dusseldorf a donné en 1899 un beau tableau : la Préîentation du Christ au Temple ; les costumes sont, du moins en partie, de l'époque du Christ^ les visages sont d'aujourd'hui.

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