‹ La peinture allemande aux XIXe siècleChapitre 8 sur 50 · LE PAYSAGE HÉROÏQUE · texte numérisé non relu

LE PAYSAGE HÉROÏQUE

LMdëalisme classique et ridéalisme religieux avaient pu exprimer leurs sentiments propres, Tun en imitant Tart antique, Tautre en s'inspirant de Tart des vieux maîtres italiens. Mais ridéalisme romantique hésita longtemps avant de trouver dans les fresques et les gravures de Steinle, de Schwind et de Richter la forme qui lui convenait. Ses œuvres considérables relevèrent d'abord du genre classique ou du genre religieux, plus tard du genre historique ; pendant trente ans, il n'y eut de véritable peinture romantique que le paysage idéal.

Aussi bien à la fin du dix-huitième siècle, au commencement du dix-neuvième, Tamourde la nature semblait-il le premier sentiment d'une àme noble. L'influence de Rousseau avait mis fin aux parcs à la française ; le style écossais prévalait, un mélange de Tesprit classique et du romantisme d'Ossian. A Wilhemshôhe, le modèle du genre en Allemagne, nous voyons des prairies, de belles eaux, des cascades, des bassins, au sommet de la colline couverte de bois sombres une pyramide, que surmonte un Hercule, puis des temples grecs, les ruines d'un château moyen-âge, la grotte de Pluton, un village chinois, une mosquée turque. Mais, comme dans les tableaux de Ruysdael, le temple, la ruine, le village ne sont là que pour accuser le caractère du paysage ; et le paysage dit toujours Tamitié, l'amour, le goût de la nature, le sentiment des joies de la vie jointà la mélancolie de vivre. N'était-ce pas la mode en Allemagne de se faire enterrer dans une lie et sous des peupliers pour imiter Rousseau ? Plus tard, les décors romantiques servirent aux initiations de la franc-maçonnerie.

Aucun écrivain n*a mieux que Jean-Paul Richter exprimé la poésie de ces paysages de convention. Dans le Titan (1800), il nous montre comment son héros Albano s'élève aux sentiments les plus sublimes, sous les impressions que lui produisent les sites d'un parc princier.

.... L'horloge solitaire sonna le quart avant minuit ; au fond du bois et comme dans un rêve, l'écho en répéta le son, disant tout bas à l'homme^ qui fuit, le temps, qui fuit.... Albano posa le pied sur une dalle, qui s'enfonça ; un pan de la muraille tomba ; et le bois apparut: un bois d'arbres serrés, aux troncs reliés par des lianes, qui ne laissaient passer aucun rayon de lune. Sous la porte, Albano se retourna. Au-dessus du sombre escalier, un tête pâle le suivait sans corps. Il tire son épée, s'élance dans le bois, ^uidé par le bruit du fleuve souterrain et les tressaillements du sol. Par malheur, il se retourne, la tête du cadavre est derrière lui mais haut dans les airs et sur les épaules d'un géant.

Il fuit à travers les branches plus épaisses ; enfin, il sort du bois. Voici un jardin, l'espace, le clair de lune.... mais quel étrange jardin! des parterres sans fleurs, rien que du romarin, de la rue et des ifs. Autour de ce lieu silencieux, un cercle de bouleaux de deuil penchés comme ceux qui suivent un mort, sous le jardin le murmure du torrent souterrain, et, dans. le milieu, un autel blanc, devant l'autel un homme étendu.

Gomme son enfer, le parc mystérieux renferme aussi ses lieux de délices

Les yeux mouillés de larmes, Albano pénétra dans le val céleste. L'ombre, les parfums. Des montagnes aux allées d'orangers en fleurs.... Toutes les plantes dont les rameaux portent de grandes fleurs, étaient là, pressées au bord du ruisseau, sur les pentes, au sommet des deux longues montagnes, qui, serpentant avec leurs fleurs autour des fleurs du fond et se repliant sans cesse, promettaient une vallée sans fin. Placées de travers sur les montagnes, des fontaines jetaient par-dessus les arbres leurs arcs-en-ciel d'argent dans le ruisseau.... Soudain des sons de flûtes partirent des montagnes et des bois... toujours plus nombreux, aimablement mêlés, de tous côtés des chœurs de flûtes, pareils à des anges, s'envolaient vers le ciel. Ils disaient, combien le printemps est doux, comment pleure la joie, comment désire le cœur. Ils le disaient et disparaissaient dans le bleu printemps du ciel ; et des fleurs humides les rossignols s'envolaient vers les sommets éclairés, faisant leur part dans les chants de triom-

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