CHAPITRE IV
L'HISTOIRE — M. ALMA TADEMA^
M. Âlma Tadema, le plus connu des peintres anglais parmi nous, n'est pas un Anglais, mais un Hollandais et un Frison. lia vu, dans son enfance, les femmes de Leeuwarden aller au marché avec les robes brillantes, les splendides fers d'argent et les voiles qui ne sont plus guère portés aujourd'hui que par des figures de cire dans des musées. Il a passé sa jeunesse à Anvers, puis à Bruxelles. C'est à Anvers qu'il a appris la peinture sous le baron Wappers et le baron Leys; c'est à Bruxelles qu'il a peint toute sa série de scènes mérovingiennes et un bon nombre de ses scènes romaines. M. Aima Tadema n'habite Londres que depuis 1870, mais son art est anglais, bien anglais par toutes les intentions de sa donnée, par tous les artifices de sa composition.
1. Hblen Zimmbrmann, Aima Tadema. His life and work Art anmial. — Ellen Gosse, Laurens Aima. Tadema. — John RusKiN, The Art of England. The historié schools. — M. Aima Tadema expose à la Royal Academy et à la New Gallery.
l'hISTOIBE. M. ALMA TADEMA. 141
Sa donnée, on la connaît : c^est la reconstitution la plus exacte possible de la vie antique. Ce Hollandais, dont le nom sonne un peu comme une fiij de vers latin, ne peint pas n'importe qui, ni n'importe quoi. 11 ne peint que les maîtres du monde, et, en deçà de deux siècles après Jésus-Christ, il se désintéresse de la façon dont le monde peut aller. Il suit dans son jardin Tarquin le Superba fauchant de son sceptre les pavots; il attend une audience d' Agrippa, mêlé à la foule des solliciteurs; il hue Claude se cachant derrière un rideau et rit de plaisir au défilé des Bacchantes. Rien ne vient le tirer de cette contemplation rétrospective où il vit depuis trente ans. Non seulement toutes ses lectures, non seulement toutes ses recherches, toutes ses pensées le ramènent à la cité antique; mais, pour qu'il lui fût impossible d'en sortir, il s'est bâti, aux environs de Londres, une maison romaine oii son rêve est devenu réalité. Dès le jardin qui l'entoure et le portique qui y conduit, avant d'avoir mis le pied sur le seuil ou un SALVE de mosaïque vous invite, on se sent dépaysé et trop vieux- de dix-huit cents ans. Comment faire ouvrir cette lourde porte de bois? Aucune sonnette,, aucun marteau n'apparaît; seul un masque de cuivre^ une face hideuse de comédie, grimace sur la porte. Mieux avisé, vous saisissez cette figure et vous en meurtrissez le panneau, qui s'ouvre enfin avec un long écho. Voici les murs épais, les revêtements de marbre, les escaliers brillants d'une maison
aniique. Voici ratrium avec ses colonnes, la serre avec ses palmiers et, dans un coin, Tautel avec les offrandes aux dieux lares. Voici l'atelier avec son grand dôme, ses colonnes doriques et Ton peut se croire chez Antistius Labéon, un jour où le proconsul a laissé là les affaires pour peindre. On écoute Teau des vasques chuchoter des airs qu'elle chuchotait déjà au temps d'Ovide; on regarde briller les mêmes fleurs qui brillaient à Caprée. On oublie Covent Garden, le Derby, la crise agricole, Madagascar, et la dernière inauguration du prince de Galles. L'artiste alors apparaît pleinement ce qu'il est : un peintre de genre, un reporter habile et sensitif , qui décrit ce qu'il a vu , raconte ce qu'il a entendu, hier, aujourd'hui, dans la foule des affranchis ou à la table des sénateurs. L'autre matin, il a aperçu quelques gracieuses jeunes filles, avec des fleurs, se ranger autour de l'escalier d'or qui descend de son atelier, pour une cérémonie, une bénédiction : il les a peintes et a envoyé cela à la New Gallery, Vous l' étonneriez beaucoup en lui disant qu'il ne peint pas son temps et son pays : il n'en connaît pas d'autres. Gela de l'archéologie, fi donc! Mais c'est de la vie courante. Ge n'est plus la Rome de David ou du Poussin, les cérémonies publiques, les actions d'éclat, les grands événements qui bouleversent le monde autour des rostres retentissants. Nous avons ici la Rome de l'intimité, la Rome telle qu'on la voit dans les lettres de Gicéron à Atticus, la vie antique
^ .y^.or' -.. ,'- ^^ ^- — - -* " ' -.«r^*^«^M*Ml— ^^
l'histoire. — M. ALMA TADEMA. 143
telle qu'on la sent dans Térence et dans Plante. Pour notre époque, lasse des grands traits de This^ toire et affamée d'anecdotes, voilà le côté le plus intéressant, parce que c'est le plus semblable à nous. La politique a changé, la guerre a changé, les institutions se sont cent fois modifiées, mais rhomme est resté le même. Que nous fait aujourd'hui un document de plus sur la bataille de Cannes ou sur le meurtre de Jules César? Mais de savoir comment Ton aimait « lorsque le monde était jeune », comment Ton jouait, comment Ton causait sous les oliviers en suivant des yeux la « vague blanchissante d'écume », cela nous attire, nous amuse et, sans nous forcer à tirer une morale, nous instruit. Dans ces figures de l'ancienne Rome, où les classiques ne nous avaient jamais montré que des patriotes surhumains, que des combattants héroïques, portant, pour toute défense, sur leur nudité majestueuse, un casque et un baudrier, M. Aima Tadema nous montre des êtres semblables à nous, faibles comme nous, pires plutôt que meilleurs, se préservant eux aussi des intempéries des saisons; et l'on est tout charmé de rencontrer des hommes là où l'on avait accoutumé de ne voir que des statues. En même temps, Ton a bien, devant ces toiles, l'impression de l'antiquité comme jamais on ne l'avait eue. Non seulement ces anciens paraissent plus vivants, mais ils paraissent aussi plus anciens; et cet Empire dont David fut le Corneille, M. Aima Tadema nous
fait reffetde Tavoir mieux ressuscité, en se bornant à en être le Sardou.
Ce n'est pas qu'à de certains moments Tanecdote ne touche Thistoire et qu'à force de fouiller, de creuser, de pratiquer des jours dans ces substructions du monde moderne, l'artiste ne soit parvenu jusqu'aux larges galeries où un flot de lumière éclaire tout un siècle de débris et un peuple de cendres. Par exemple, son Ave Cœsar! lo Satiirnalia! est une des plus prodigieuses exhumations dont l'art nous donne l'exemple. On connaît le sujet. Caligula vient d'être assassiné. Les conjurés victorieux se sont répandus jusqu'au fond du palais qu'ils ont semé de cadavres. Cette foule aux pieds nus renverse les meubles, souille les tapis séries aux fines fleurs, s'amuse à faire la souveraine, c'est-à-dire à tuer et à piller. Les femmes emportent des objets précieux, roulés dans leurs manteaux. Arrivé dans un réduit, un des soldats, qui marche en avant, déploie le rideau dans lequel se cachait Claude, l'oncle de l'empereur mort. Il s'incline profondément, un peu comme un homme saoul, mal assis sur ses jambes, et le salue du cri : Ave Cœsar! Le vieil empereur, cependant, blême de peur, honteux d'être découvert, stupéfait d'être acclamé, se rejette en arrière, tâchant de se faire un voile du morceau de rideau qu'il roule en sa main crispée. Dans cette minute décisive, « grosse d'un siècle », oîi se joue le sort du monde, il atermoie, se demandant si ces vivats ne sont pas une
l'histoire. — M. ALMA TADEMA. 143
dérision sanglante, s'il est temps de se montrer, et, terrifié par Tironique acclamation de ses partisans autant que par la pensée de ses adversaires, devant TEmpire qui se dresse, inerte il demeure, se cache, et s'effondre toujours dans sa tapisserie. Pendant ce temps, la foule répète ce cri que nous avons tous entendu à de certaines heures de vertige : Ave Cœsar! lo Satumalia! ravie de faire un empereur après avoir déchaîné l'anarchie , se ruant à la servitude comme elle s'est ruée au massacre, et, après avoir foulé aux pieds le chef qu'elle devait craindre, pressée de mettre sur les autels un dieu qu'elle pourra mépriser. Enfin, au milieu de la scène, dominant toutes les têtes vivantes, sur un cippe, le buste impassible, en marbre, d'un vrai César, tourné vers un tableau qui représente un combat en mer et, sous ce tableau, ce seul mot, cette antithèse : Actium.
Comment M. Aima Tadema produit-il cette impression si forte, si savoureuse, si particulière de vie antique, qui n'est qu'à lui? On a l'habitude de dire que c'est grâce à son archéologie. Celle-ci est en effet merveilleuse. Non seulement ce peintre a la culture la plus raffinée des lettres anciennes, des médailles et des bronzes, des fresques et des statuettes, mais il a le flair du chasseur. Quand il ne sait pas, il devine. Ainsi, dans sa peinture égyptienne de la Mort du nouveau-né, il a placé aux pieds du mort une parure de fleurs qu'il a supposée pharaonique, et, dix ans plus tard, on a trouvé
exactement cette même parure dans des tombes royales déterrées à Der-el-Bachri. Mais ce n'est là qu'un petit côté du problème. On dit l'archéologie de M. Lecomte du Nouy aussi très sûre, et cependant ses tableaux sont loin de nous donner une impression analogue à celle des restitutions de son confrère anglais. Ce qui fait le charme tout particulier de Toeuvre de M. Aima Tadema, ce n'est point son archéologie, mais son caractère réaliste et pour ainsi dire photographique, appliqué à des sujets qui ne sont plus de la réalité depuis trente générations et qui ne furent jamais du domaine de la photographie. Il est très difficile de dire ce qu'un contemporain d'Hadrien, s'il revenait à la vie, penserait des échappées d'antiquité qu'on aperçoit à Grove end road. Mais si le bonheur voulait qu'il n'y eût pas là des inexactitudes trop flagrantes, il aurait une sensation de réalité que certainement aucun tableau de Timomaque ou de Dorothée ne lui avait jamais procurée. L'impression neuve et piquante qu'on a devant les toiles de M. Aima Tadema ne tient donc pas seulement àce qu'il a meublé de bibelots authentiques les chambres vides où David faisait mouvoir ses Romains. Elle tient surtout à sa façon de composer, et cela est si vrai, qu'il suffirait d'ordonner un de ses tableaux à la façon de David ou de Couture pour que la saveur en disparût totalement, alors qu'on conserverait les mêmes détails archéologiques. L'ordonnance de M. Aima Tadema consiste à évi-
l'histoire. — M. ALMA TADEMA. 147
ter toute ordonnance apparente. C'est, dirait-on, Tobjectif braqué sur un coin de la vie antique et saisissant, au hasard, tout ce qui tient entre les limites du cliché. Peu importe qu'au bas de la toile une tête apparaisse dont on ne voit pas le corps, qu'une poitrine soit coupée longitudinalement par le milieu, qu'une main se tende sans qu'on sache si son possesseur est un homme ou une femme. L'impression de vie prise sur le fait n'en est que mieux rendue. Voyez son Hadrien en Angleterre : une visite aux poteries anglo-romaines. On dirait un dessin du Graphie ou de V Illustration pour accompagner le compte rendu d'une visite princière. Si l'on habillait l'empereur d'une redingote, les dames qui l'accompagnent à la mode de 18.93, — il n'y aurait pas grand'chose à changer, — les ouvriers, de blouses, et si l'on donnait le tout pour une visite du chef de l'Etat aux poteries de Vallauris, personne n'aurait l'idée d'une composition historique. Faites la même chose avec un tableau de David et, en dépit des costumes modernes, l'idée d'une composition, d'une solennité antique subsistera toujours.
Cette impression de procès-verbal, d'instantané, ne va pas sans des défauts de composition.
M. Aima Tadema ne l'obtient qu'en brisant toute l'ordonnance classique, en désarticulant tout le groupement synthétique sur lequel a reposé la composition des maîtres. Au lieu de ramasser l'effet, il le divise; au lieu de conjoindre les lignes,
il les disperse; et rattention, avec elles, s'en va dans tous les coins. On ne sait où est le tableau... Dans son Ave Cœsar! il y en a trois, dont deux au moins vivent de leur vie propre, sans avoir besoin de leurs voisins pour les expliquer. On peut couper la toile d'abord à la ligne du chambranle où s'appuie le buste de l'empereur , ensuite selon une ligne perpendiculaire tombant de la main du soldat qui lève son bouclier. On obtient ainsi trois groupes homogènes : — A l'extrémité droite, le groupe du soldat et de Claude, l'un saluant l'autre. Appelez ce morceau : Ave Cœsar! envoyez-le au Salon, et personne n'en demandera davantage : nul n'aura l'idée que ce n'est qu'un tronçon d'une tragédie en trois actes. — Au milieu, on a le groupe des personnages tués au pied du buste de César. Cela fait un second tableau. — Enfin, à gauche, le groupe des soldats et des femmes criant, n'empiétant pas d'un pouce sur le second tableau, ne se reliant à lai et au premier que par la pensée du spectateur qui en saisit les rapports. Cette disposition est caractéristique du talent de M. Aima Tadema. Dans sa Fête du Vin^ dans sa Route du Temple^ dans son Hadrien y dans sa Béfiédiction, on la retrouve. Ici un groupe, là un autre, plus loin un personnage isolé ; tout cela indépendant, vivant de sa vie propre, ne se rejoignant par aucun trait, ni ne s'exigeant par aucun besoin d'équilibre. On peut morceler l'œuvre un peu au hasard, sans lui faire de mal ; et on la mor-
l'histoire. — M. ALMA TADEMA. 149
celle en effet, si besoin est, pour les commodités de la vente. Il y a quelque temps, M. Aima Tadema, voyant qu'il ne pouvait trouver acquéreur pour son Hadrien^ à cause d'une figure à demi nue qui se trouve sur le premier plan — le nu étant à peu près proscrit dans Tart anglais : — « Qu'à cela ne tienne ! » s'écria-t-il, et il se mit à découper son tableau en trois, vendant fort bien deux morceaux et gardant le troisième, la figure nue, pour son atelier. Personne ne se douterait que ces morceaux faisaient partie d'un ensemble. Ce détail montre au vif le défaut de composition. Allez donc couper la Mise an Tombeau du Titien, qui est au Louvre ; et dites où passerait la ligne de démarcation qui n'entamerait pas quelque chose d'important, qui ne tuerait pas l'œuvre?
Cependant on se tromperait si l'on croyait que M. Aima Tadema se rapproche de nos modernistes français chez qui l'on ne prend pas garde à la composition, où les figures se répartissent un peu au hasard, d'elles-mêmes, comme la nature ou comme une rencontre d'atelier les adonnées. Loin de là, ce joyeux Hollandais qui étonne et divertit tout Londres par ses bons mots, ses conundrums, par sa bonne physionomie d'habitué des tableaux de Téniers, par sa rondeur joviale de félibre débauchant des quakers, est au fond un grand artificieux. Il l'est, à sa façon, presque autant que M. Burne-Jones, et nul ne saurait dire quelles peines il prend pour échapper à l'ordonnance clas-
sique et au point de vue latin. Il a peint dernièrement un tableau intitulé Spring : une théorie de jeunes filles descendant une rue au milieu de monuments antiques et acclamant le printemps. Sa première esquisse était classique; il Ta jetée pour tout refaire, en détruisant Taspect solennel et synthétique du premier jet. Il ne compose pas, il est vrai, mais il dispose très laborieusement ses figures, et cela toujoursde façon à donner à son tableau son maximum de force expressive, à le rendre le plus suggestif possible. Ce qui entre flans une toile de M. Aima Tadema, en apparence au hasard, selon le caprice d'un coup de Kodak, ce ne sont pas, comme chez nos modernistes, des morceaux sans expression : un arbre au premier plan, une barrière, un dos, une blouse, des choses qui tiennent de la place sans rien ajouter à la pensée, — mais toujours des parties expressives. Dans son Hadrien, ce sont des têtes et des mains qui entrent dans le cadre, sans qu'on voie les corps : des tètes parlantes et des mains loquaces. Dans Cache-' cache, on ne voit qu'un corps, mais deux têtes. Dans Y Ave Cœsar, entrent au moins cinq têtes, qui chacune donnent leur note différente, sans qu'on aperçoive les corps qui les supportent. E7i descendant à la rivière, il y a cinq physionomies très expressives, cinq mains également éloquentes, et pas un corps. Remarquez que, pour l'impression que produit une scène, pour les idées qu'elle éveille, les membres, les draperies, les dos sont
l'histoire. — M. ALMA TADEMA. 151
le plus souvent des impedimenta , du poids mort : ils ne disent rien. Les tètes et les mains, au contraire, sont les transmetteurs les plus directs de ridée du peintre. Or, chez M. Aima Tadema, le carré des têtes, par rapport au carré total de la toile, est plus élevé que chez n'importe quel artiste. Personne n'a moins de poids mort.
L'agencement des personnages est aussi inspiré par le même souci de suggérer des idées, fût-ce au prix de la perfection esthétique de l'ensemble. Que de peines l'artiste ne s'est-il pas données, dans une réplique de son Ave Cœsar, intitulée Claude, pour mettre sur la même ligne, à la même hauteur, la série des bustes des empereurs : César, Auguste, Tibère, Galigula, puis la tête effarée de Claude, blotti dans son rideau, afin que le regard, passant de ceux-là à celui-ci, des figures pâles de la pâleur de marbre à la figure pâle de terreur, sentît l'antithèse! Dans son Ave Cœsar^ il lui eût suffi, pour unifier la composition, de placer au premier plan un soldat, vu de dos, marchant vers Claude et le montrant du doigt à la foule. Cette unique figure conjoindrait toutes les lignes du centre de la scène. On aurait alors un tableau qu'on ne pourrait morceler sans déséquilibrer tout l'ensemble. Peut-être M. Aima Tadema ne s'en est-il pas avisé ; mais s'en fût-il avisé, que probablement il n'aurait pas donné suite à cette idée. Car une pareille figure attaquerait celle de Claude et gâterait l'effet dû à ces trois régions ^u
tableau : la foule, le vide, Fempereur! Enfin, de celte dispersion qu'affectionne M. Aima Tadema suit naturellement la forme allongée, basse, en manière de bas-relief, qu'il donne à ses toiles, et cette forme, qui est celle des frises et des peintures de vases antiques, ne contribue pas peu à évoquer en nous la sensation authentique de la vie romaine. Or cette disposition du bas-relief, ces gestes et ces mouvements empruntés aux peintures de lécythes, vous ne les trouverez presque jamais dans notre École française, pas plus que vous ne trouverez l'abandon des lois de la composition au bénéfice d'une idée. Nos classiques expriment des idées, mais ils composent. Nos réalistes ne composent pas, mais ils n'expriment pas d'idées. M. Aima Tadema, dans sa recherche obstinée — et victorieuse — d'un art personnel et suggestif, se sépare donc bien nettement de nous. Et cela nous fait souvenir que, lorsqu'il vint étudier la peinture à Anvers, âgé de seize ans, c'est sous le baron Wappers qu'il travailla, c'està-dire sous le chef d'école le plus opposé à l'influence française. Sous le même maître, longtemps auparavant, avait débuté. Madox Brown. — Ainsi, aux deux extrémités de la chaîne, nous retrouvons un point de départ semblable, antifrançais. M. Aima Tadema peut être né en Hollande, il peut habiter une maison romaine; il n'en est pas moins un Anglais; il porte la marque britannique, et c'est à cela qu'il doit son originalité.