HoDGsON, An arlisls Holiday
raphaélite pour étudier sur place, et brin par brin, une touffe de fougère. Dans sa hutte de bois et de toile enduite de goudron, qui précéda de dix ans la roulotte fameuse de M, de Nittis, M. Hamerton eut à supporter le froid, l'humidité, les rafales, la curiosité des paysans qui venaient croyant lui voir exécuter des tours, les attaques des chasseurs de nuit, les sottes questions des hobereaux du voisinage et cela pendant des mois*. Ce même désir d'exactitude a inspiré à M. Boot Tidée de peindre ses vues d'océan et de rivières à bord d'un bateauatelier aménagé de façon à aller en mer et en eau douce, qu'il a nommé le Thétis et dont les voyages sont fameux parmi les artistes anglais. Alma- Tadema produit beaucoup, il est vrai, mais en professant et en prouvant par son exemple que rien ne se fait sans peine et en ne gardant pour son œuvre propre aucune indulgence. Si un morceau qui lui a coûté mille efforts lui paraît inutile ou dangereux : « L'art vit de sacrifices! » dit-il, et il gratte le morceau. Si l'œuvre entière ne lui paraît pas bonne, il la détruit, sans hésitation, avec une vaillante fantaisie. En 1859, un de ses tableaux en^ voyés à l'Exposition de Bruxelles fut refusé par le jury. Cela représentait un incendie. Il pria ses amis de venir voir cette toile dans son atelier, de la trouer et de passer au travers comme par une porte. Il donna lui-même l'exemple, en sautant, tête
\ . Ph.-G. Hamerton, A painters Camp.
première, dans les flammes de son tableau. Cette boutade n'estpas sans vaillance. Elle nous montre la nécessité de Teffort, le prix de la constance, la puissance de la volonté. C'est le premier enseignement de la peinture anglaise.
Elle en comporte d'autres, de nombreux et d'utiles, sur les phénomènes de la nature, les faits de rhistoire et le sens de la vie. « Tout grand art est plus ou moins didactique, » dit Ruskin, et encore :« Pour le peuple, Tartdoit être didactique, comme but principal. » Nous avons là Texplicatian et,jusqu'à un certain point, Texcuse de ces détails poussés jusqu'à la minutie, de ces accessoires prodigués au prix de l'effet d'ensemble qui encombrent la plupart des peintures anglaises. Ils sont destinés à nous instruire. Ce n'est point pour tirer vanité de son savoir-faire, de son adresse, de sa virtuosité, que le peintre anglais étudie chaque détail de sa fleur ou de son rocher : c'est pour que nous ne confondions pas un dicotylédone avec un monocotylédone et un terrain granitique avec un terrain schisteux. On se souvient qu'un des premiers P. R. R., CoUins, mit dans un de ses tableaux un Alisma plantago qui gagna les botanistes à sa cause. M. Chesneau nous a raconté l'histoire d'un savant fort étonné de trouver dans un musée de zoologie un tableau de Hunt, le Berger mercenaire , et fort ému d'y reconnaître, au premier plan, le papillon sphinx tête de mort admirablement représenté, unGeranium robertianu?n età^ autres plantes
peintes avec tant de précision scientifique que cette toile aurait pu servir à une leçon d'histoire naturelle...* «Ainsi, dit Ruskin,la question de savoir si Ton préfère un tableau fini ou non fini n^est pas du tout une question de goût : c'est simplement la question de savoir si Ton veut voir juste ou faux, et ceux que leur inclination conduit à préférer Tobscurité à la lumière, Tillusion au fait, feraient mieux de s'adonner à toute autre chose qu'à l'art. » Pour lui, il n'hésite pas à déclarer que l'enseignement scientifique des lois de l'univers ou des faits de l'histoire doit être le premier but du peintre. Il ne fait aucun cas d'un premier plan de Téniers qui ne nous apprend rien sur la constitution géologique du sol, ni sur les familles des plantes qui y poussent, ni sur l'ordre des architectures ruinées qui y gisent : « Je ne vois pas, dit-il, quelle peut être la différence entre un maître et un novice, sinon le pouvoir de rendre les vérités plus délicates dontjeparle en ce moment. Car manier librement la brosse et peindre du gazon, des herbes, avec assez de soin pour satisfaire les yeux, sont des qualités qu'une ou deux années d'études peuvent donner au premier venu. Mais retracer sur le gazon et les plantes ces mystères d'invention et de combinaison par lesquels la nature s'adresse à l'intelligence, rendre la fissure délicate et la courbe descendante et l'ombre ondulée de la terre éboulée,
\. Ernest Chesneau, La Peinture anglaise.
2r>i LA PEINTURE ANGLAISE CONÏEMPORALNE.
d'un doigt léger et précis comme la touche de la pluie elle-même, découvrir dans toutce qui apparaît de plus méprisable et de plus insignifiant un témoignage nouveau de ce que fait le pouvoir divin « pour la gloire et pour la beauté » , le proclamer et renseigner à ceux qui ne regardent, ni ne pensent, voilà qui est, en même temps que le domaine particulier d*un esprit supérieur, le devoir précis qu'en attend la Divinité*. »
Ce dernier trait nous découvre le fond de la pensée anglaise. Si Tart doit être didactique, ce n'est pas comme fin dernière, c'est parce qu'il doit, en nous apprenant par le menu combien est admirable la création, nous élever à l'adoration du créateur. Ruskin, déjà un vieillard, écrivait le 16 septembre 1888, à Chamouni : « Tout ce qui est contenu dans l'expression passionnée de ma jeunesse fut manifesté et concentré dans cette formule donnée, il y a vingt ans, [au début de mes conférences d'Oxford : « Tout grand art est adoration! » Watts, critiquant Haydon, déclare que « tout art qui a eu un réel et durable succès a été le vulgarisateur de quelque grand principe d'esprit ou de matière, de quelque grande vérité, de quelque grand paragraphe du livre de la nature » ; et llunt précise ce but en disant : « Je crois que toute personne éclairée qui va dans un musée et qui s'y familiarise avec le témoignage des liens